‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 138 sur 157 · Muse Normande, éd. Héron, t. II, p. 1G · texte numérisé non relu

Muse Normande, éd. Héron, t. II, p. 1G

laient un bras pourri, Vie, I, i55 (cf. 169, a3i, 297). On attribuait des vertus merveilleuses à cette main de gorre ou main de gloire ', l'une et l'autre formes représentant des étymologies populaires tirées de mandragore, plante qui joue un grand rôle dans le domaine des superstitions populaires.

JAMBE EN L'AIR (?), potence, II, 58, 77.

JAPPE, langue, Gloss., II, 17G.

JAR, v. jars.

JARDIN (être au), aller faire un coup, Lilt., II, 197.

JARDINER, 1° Ennuyer, fatiguer par des paroles, Gloss., II, 173; 2° Railler, se moquer, Doc. II, 187; J. 1849, *» 2°9- Même association d'idées qu'au synonyme bêcher. Au \vie siècle, jeter des pierres dans le jardin de quelqu'un, c'était diriger une attaque ou un reproche contre une personne dans une conversation générale et sans avoir l'air de s'en occuper.

JARDINIER, complice du charrieur, Vid., II, i38.

JARGOLLE, la Normandie, Vid., II, i38; J. i836, I, 209 (Jergole), propr. le pays du jargon, cette province ayant été un des principaux foyers des gueux : en ancien français, jargouiller est synonyme de jargonner.

JARGOLLIER, Normand, Vid., II, i38 ; J. i830, I, 209 (Jergolier).

JARGON, nom de l'argot ancien à partir du xuic siècle, époque où l'on rencontre le mot, avec ce sens spécial, au nord et au sud de la France, sous les variantes gargon et gergon, I, 2, cette dernière encore usuelle au xvie siècle, I, 43, i3g, 3o3. Voici les renvois aux textes dans leur ordre chronologique : I, i4 (.Rouen, 1426) ; Coq., I, 88, 89, 90 (=; i455) ; I, 22 {= 1407); Myst. Ap., I, 270; Vie, I, i3g ; B., I, 172 (cf. 298); J. 1628, I, 177, 229; Resp., I, 2Ôi, 254, 264. Les dictionnaires, depuis Y Académie jusqu'à Trévoux, I, 79, donnent cette acception spéciale du mot jargon, encore vivace en allemand. Sous le rapport étymologique, jargon ou gargon désigne entre

1. Cf. Dictionnaire de Trévoux, v° main de gloire : « Des voleurs condamnés à mort ont avoué à la torture qu'ils s'en servoient pour stupéfier et rendre immobiles ceux à qui on la présentoit, de manière qu'ils laissoient voler leur argent et leurs meubles sans pouvoir, se remuer ni avoir la force d'appeler à leur secours. A l'égard de la composition, ils déclarèrent que cette main de gloire se faisoit avec la main d'un pendu... On se sert de cette main comme d'un chandelier, et dans tous les lieux où l'on va avec la chandelle allumée [composée de la graisse de penduj, ceux qui y sont demeurent immobiles. »

autres, dans l'ancienne langue, le gazouillement des oiseaux et le babil des petits enfants, d'où la notion de langage inintelligible.

Langue à la fois secrète et artificielle, voilà les deux caractères essentiels de l'ancien argot. Aux raisons d'ordre linguistique que nous avons déjà données dans la préface, ajoutons ici ces témoignages d'une valeur documentaire incontestable :

i455. Coquillards, I. 91 : « Et est vray, comm' il dit, que lesdiz Coquillars ont entr'eulx un langaige exquiz que aultres gens ne scevent entendre, s'ilz ne l'ont révélez et aprins ; par lequel langaige ilz congnoissent ceulx qui sont de ladicte Coquille, et nomment proprement oudict langaige tous les faiz de leur secte ; et a chacun dcsdiz faiz son nom oudict langaige. »

1628. Jargon, I, 190 : « Les vieux merciers ordonnèrent un certain langage entr'eux... 11 arriva que plusieurs merciers... trouvèrent [aux foires] grande quantité de pauvres gueux, desquels ils s'accostèrent ET LEUR APPRINDRENT LEUR LANGAGE et Cérémonie. ))

Ibid., I, 221 : « Les Archisupposls qui sont des escoliers desbauchez... qui enseignent le jargon à rouscailler bigorne, qui ostent, retranchent et reforment l'Argot ainsi qu'ils veulent. »

i63o. Response, I, 26/j : « Il sera très chenastre d'assigner nos- Estats Généraux pour estre tenu à ce printemps en ce chenu pacquelin de Languedoc... et qu'entre cy et ce temps là les doctes Archisupposts aient le soin de composer un nouveau jargon pour estre enseigné à toutimes les frères qui se trouveront aux susdits Estats. »

1800. Chauffeurs, II, 80 : « La bande étoit composée, en dehors des voleurs proprement dits, ... d'un Instituteur de mioches, qui... s'appliquait surtout a leur apprendre a parler l'argot... ))

L'histoire vient ainsi corroborer les conclusions de la linguistique. Le langage des malfaiteurs se révèle d'un caractère foncièrement artificiel : ses origines et son développement sont également factices *.

1. Dans un ouvrage de vulgarisation linguistique qui vient de paraître — La Philosophie du langage, par Albert Dauzat, Paris, 191a — on lit, à la p. 18G, que « les linguistes ont eu, jusqu'à nos jours, des notions absolument fausses sur l'argot des malfaiteurs, en le considérant comme un langage artificiel consciemment créé dans un but cryptologique », alors que « des sociologues comme M. Mceforo et Van Gennep, lui ont restitué son caractère de langage normal normalement développé ».

Nous avons montré dans la préface le peu de confiance qu'inspirent les sources jargonnesques utilisées par Lombroso et ses disciples, parmi lesquels se trouve précisément M. Niceforo, dont les autorités sont toujours Victor Hugo, Larchey, Vitu... Nous ne reviendrons pas

GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE S'JC}

JARGONNER. parler jargon, Yill., I, iaô (h: \I\st. Ap., I, 270. Le mot se lit, à la même époque, dans une ballade française <le Villon (éd. Longnon, p. 81) :

Je congnois quand pipent jargtmnt, . .

JARGUE (en)? Litt., II, 197.

JARNAFFE. jarretière, Vid., II, i38. Mot déformé.

JARS, jargon, Vid., II, 137 (jar) : J. 1849, I, 209. Forme abrégée de jargon. L'expression entendre le jars, être rusé, est attestée par Godefroy dès l'an if>a6, et se lit, au xvme siècle, dans 1' « Histoire de M. Guillaume » du comte de Caylus I. \. p. 10 des (Hùivrcs) : « Je fis signe à ma maîtresse, qui entend lr jant autant qu'il se puisse », c'est-à-dire qui entend la plaisanterie, l'allusion1. L'homonymie avec jars, mâle de l'oie — (( ils jaryonneid comme les jars » (Paré) — a amené cet autre rapprochement : m II entend le jars, il a mené les oies, c'est-à dire, c'est un homme expert » (Oudini-.

JART. robe. Coq., I, 97 ; Yill., I, 12J, propr. robe en laine ; — anc. fr. jart, poil long et dur dans la laine.

JARVILLER (?), parler, II, 75.

JASANTE, prière, jaser, prier, J. i836, I, 209.

JASPIN, oui, J. 1628, I, 196, 239, et i83G, I, 209; Granv., I, 333 : mot induit de jaspiner, propr. bavardage, sens de jaspin dans le bas-langage. II. 237.

JASPINER. 1 Parler, Granv., I, 326, 333; Vid., II, i38 i« terme des voleurs parisiens »); 2° Parler argot (v. bigorne), Doc, II, 178 : l'un et l'autre sens depuis longtemps populaires, II, 18, 20. 69, 79, 237. Le sens primitif de jaspiner est japper

non plus sur le caractère aléatoire des théories ethnologiques, fondées sur tles détails imparfaitement connus ou sur des renseignements <oiiti stables. Il suffira de conclure que la conception du jargon comme un langage naturel est en pleine contradiction avec les faits linguistiques et historiques. Les sociologues, faute de connaissances spéciales, confondent trop souvent les parlers vulgaires avec les langues secrètes, et c'est précisément cette confusion qui a entraîné celle du patois et du jargon, du langage naturel et du parler artificiel. 1. Cf. Ph. Le Roux : « Entendre le jargon, entendre à demi-mot, être fait et expérimenté en quelque chose, être fait au badinage : Je rata un vieux drille qui entend ce jargon ».

1. Godefroy identifie à tort avec jars (=■ jargon) un homonyme d'autre origine et de sens différent qu'on lit dans le Séjour d'honneur d'Octovien de Saint-Gelais, éd. iÔ2G, f° iG r° :

Mille chançons dont la leste est doublée,

Dances etjartz, motz ditz à la volée...

38o GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE

(Normand, japiner), sens conserve par le dérivé jaspinement, aboiement, Vid., II, i38. La forme jasper, pour japper, se lit chez d'Assoucy (v. Fr. -Michel, p. 235).

JAUNE, été, J. i836, I, i84, 209, 248.

JAUNET, pièce d'or, Litt., II, 209. Bas-langage.

JAVARD, lin, J. i836, I, 209, c'est-à-dire mis en javelle.

JEAN (faire le saint), v. Saint Jean

JEAN DE LA VIGNE, crucifix, Vid., Il, i38. En moyen français, Jehan des Vignes, désigne la vigne personnifiée et son fruit, le vin, dans un sermonjoycux du xvc siècle : Car Jehan des Vignes qui est tout beau Incontinent leur gaste le cerveau '.

Ce nom viendrait, suivant Fr.-Michel, d'un des acteurs de bois du théâtre des marionetles qui était ainsi désigné et jouait le rôle de Jésus-Christ sur la croix.

JEAN L'HOUSSINE, bâton, Vid., II, i38, répondant à un synonyme moyen français dans une farce du xvc siècle : Velà Jehan du Houx rué jus Plus n'en auroys esbat ne jeulx2...

Personnification facétieuse analogue à Martin bâton.

JERGOLE, v. Jargole.

JÉRUSALEM (lettre de), lettre écrite de la prison en vue d'escroquer de l'argent, Vid., II, i38. La préfecture de police était située rue de Jérusalem.

JÉSUITE, dindon, Vid., II, i38, acclimaté en Europe par les jésuites. Bas-langage.

JÉSUS, nom donné au jeune inverti qui sert d'appât pour faire chanter les individus portés à cette passion, A id., II, i38; J. 1849, I, 209, propr. innocent qu'on débauche.

JETÉE (?), mètre, II, 75.

JETTARD, cachot, J. 1849, I, 209; Gloss., II, 174, et Litt., II, 2o3 (schtard), c'est-à-dire endroit où l'on jette les coupables.

JIBERNE, v. Giberne.

[JIROBLE] = girofle, J. 1849, I, 18G, 209.

JOB, niais (plutôt feint), joberie, niaiserie; Vid., II, i38; battre job, dissimuler, Vid., II, 110, expression passée dans plusieurs parlers provinciaux, II, 237 ; — moy. fr. et dial. jobe, sot, jobard.

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