Ibidem, t. II, p
JOB, veau, CbaufT., II, 94, propr. sot.
JOBELIN. nom du jargon au xvc siècle, Vill., I, i34, propr. le langage des jobs ou prétendus tels (cf. bigorne). Le mot est fréquent chez Villon et chez les écrivains de son école, parfois sous le nom plus complet jargon jobelin, I, 18, 20. En littérature, le mot a pris un double sens :
1° Langage inintelligible :
Mais que diable est ce qu'il demande ? Je n'entens point son jobelin ' ;
2° Ruse de gueux :
Par la mort ! je feray bien Argent pour le lin atraper.
En doibz tu aulcuns à piper \ ton entente ou jobelin"2 ?
c'est-à-dire à ton avis et subtilité.
JONC, or. Rat, I, 33g ; J. i836, I, 209 ; Granv.», I, 333 ; Vid.„ II, i38; — d'après la couleur. Encore usuel, II, 238.
JONC, cachot, Vill., I, ia3, i34, i36, désigne proprement la. litière de jonc des prisons.
JONCHER, 1° Tromper, Vill., I, 127; joncherie, tromperie, Mil., I, 129; 2° Dorer, J. i836, I, 209. Le premier sens, ancien ; le deuxième, moderne.
JONCHEUR. 1° Trompeur, Vill., I, 129; 2° Doreur, J. i836, I, 209. Le sens ancien de cette famille de mots, commun à Villon et aux Mystères du xve siècle 3, remonte à joncheux, escroc, qu'on trouve dans un document de 1389 : le procureur du roi y qualifie le prisonnier Perrin Courtault de « joncheus, c'est-à-dire cabuseur des gens4 ». L'acception primordiale de ce terme policier semble être « paillard » (de jonc, paille des prisons), d'où « filou », sens passé de Villon chez (iiiill. Coquillart et les autres poètes de l'époque.
JONCLIER, orfèvre, Litt., II, 3o5. V. jonc.
JORER, parler, Chauff., II, 93. Origine inconnue.
JORGET, v. georget.
JORNE. jour, Vid., II, i38; Doc, II, 188; — prov. jorn,. même sens.
r. Farce nouvelle de Colin (dans l'Ancien Théâtre, t. II, p. 399). ■>.. Fr. Michel et Le Houx de Lincy, Recueil des farces, t. 11, pièce 8. 3. Cf. Mistcre du Vieil Testament, v. 17660 (joncherie) et /18167 (joncher).
'1. Cité dans Fr. -Michel, p. 2/ji.
JOSEPH, cocu, Litt., il, 204, propr. benêt, innocent. Baslangage.
JOUE ? Vili.,I, i36.
JOUER, v. bombe, boule, harpe et violon.
JOUR, torture, Coq., I, 97, 106, c'est-à-dire le jour critique, la journée la plus dure à passer pour un accusé.
JOUSTE, proche, J. i83G, I, 209; — Poitou, jouste, auprès ■de. V. juxte.
JUC, gibet, Vill., I, 129; Myst. Ghr., I, 281, propr. juchoir (sens du mot dans l'ancienne langue).
JUDACER, embrasser quelqu'un pour le tromper, judacerie, trahison, Vid., II, i38. Allusion à Judas de l'Evangile.
JUGE DE PAIX, bâton, Chauff., II, 90. Appellation facétieuse depuis longtemps populaire, II, 88.
JUILLETISER, détrôner, I, xi ; II, 99. Terme politique éphémère, égaré dans le vocabulaire de Vidocq.
JUSTE (la), la cour d'assises, Vid., II, i38. Abréviation de justice; cf. germ.jasta, justice.
JUXTE, le long de, auprès de, Vie, I, 149; J. 1628, I, 196, 219, 23i ; — anc. fr. juxte, même sens.
LABAGO, là, Vid., II, i38. Amplification de là-bas (cf. icigo).
LAC (tomber dans le), être dans une misère extrême, Litt., II, 206. Bas-langage.
LAFFE, la vie, J. i836, I, 209; Gloss., II, 166, c'est-à-dire Vaffe. V. affe.
[LAFFE] =jajfe, II, 168.
LAFIEROTTE (.'>), préfecture, II, 47 : la petite fière. Ironie.
LAGO, là, Vid., II, i38, 193. Encore usuel, II, 259.
LAGOUT, eau, J. 1849, I» 2°9> pour Vagout, propr. l'égout (Anjou, agout) : cf. sous le rapport du sens, le synonyme vase, eau, du bas langage.
LAINE, mouton, Vid., II, i38 : bête à laine.
LAIRRER (?), assembler, II, 75.
LAIT A BRODER, encre, Vid., II, i38, c'est-à-dire liquide à écrire. Dans les prisons, le lait remplace souvent l'encre, et les détenus, pour échapper au contrôle du greffe, emploient
le lait pour écrire entre les lignes tracées à l'encre (Virmaitrc).
LAMPIE, repas, J. i836, I, 209; — cf. lampée, gorgée.
LAMPION, sergent de ville, J. 1849, I, 209 : l'agent est planté dans la rue pour éclairer, guider et protéger le passant. \ . hi'c de gai et cierge.
LANCE, v. ance.
LANCEQUINER, 1° Pleuvoir, J, 1849, I, 209 ; Granv.2, I, 333, et Vid., II, i3g (lansquiner); Doc, II, 180; 2° Pleurer, Doc, II, 180 (lansquiner >; — lance, eau, pourvu du suffixe argotique quin. Mot passé dans le bas-langage, II, 216.
LANGER, pisser, J. i836, I, 209, dérivé de lance, eau.
LANDAU A BALEINES, parapluie, Granv.2, I, 333; Gloss., II, 16G. Ironie.
LANDIER, blanc, J. i836, I, 209. Origine inconnue.
LANDIER, commis de l'octroi, landière, boutique de forain ; Vid., II, 139. Mot tiré de lendit (prononcé landy), la plus ancienne des foires parisiennes.
LANDREUX, infirme, Vid., II, 98; —Champagne, landreux, frileux, malade, à côté de landroux, landpux, déguenillé (teigneux, en Poitou), propr. couvert de lentes (tendes).
LANGUE VERTE, 1° Argot des tricheurs ou joueurs sur le lapis vert ; 2° Bas-langage, sens introduit par Delvau, II, CG.
[LANGUINER] = lansquiner, J. 1849. I, 209.
LANSCAILLER. uriner. J. 1628, I, 196, et 1660, I, 196 (lescailler); J. 1690, I, 196, et Granv., I, i33 (lascailler). V. lance vt htncequiner.
LANSQUINER, v. lancequiner.
LANTERNE, fenêtre, J. 1849, K 3°9 ; Granv.*, I, 333 ; II, 106. V. vanter ne.
LAPIN, homme, Granv"2., I, 333, propr. luron, gaillard. Bas-langage.
LAPIN FERRÉ, gendarme, Vid., II, 139, c'est-à-dire (ironiquement) léger comme un lapin à qui on aurait mis des fers aux pattes. Terme des voleurs normands.
LARBIN, 1° Mendiant, Granv.2, I, 333; Gloss., II, 166 ; 2° Valet de bourreau, Doc, II, 191 ; 3° Domestique, Aid., II, i3g ; larbine, servante, Doc, II, 191 ; larbinerie, domesticité, Vid., II, 139. Même mot que Vhabin, le chien (Doubs, larbio, mourmé nabin, chien). Terme passé au bas-langage et au français. Il, a38.
LARÇONuM, poche, II, 75.
LARCOTIER, débauché, Vid., II, 139. Dérivé de largue , larque, femme. V. le mot suivant.
LARGUE, 1° Prostituée, Granv.V I, 333 ; Vïd., II, i39 ; J. 18^9, I, 209 (et larque) ; 2° Femme, épouse de voleur, Gloss., II, 176; Doc., II, 180. Déformation moderne de marque, encore usuelle, II, a4o.
LARGUE CAPE, prostituée, Doc, II, 181, pour larquepè, composé de larque, même sens, et de l'initiale de son synonyme pétasse.
LARQUE, v. largue.
LARTIF, v. artif.
LARTON, pain, lartonnier, boulanger, Vid., II, 139; Doc, II, 178. V. arton.
LARTY, v. artis.
LASCAILLER, v. lanscailler.
LATIN, nom moderne donné à l'argot, I, 186, envisagé comme une langue savante, accessible aux seuls initiés.
LATTIFE, linge blanc, J. 1849, 1, 209, pour l'attife, mot tiré de s'attifer.
LAUMIR, perdre, J. 18/19, I' 2°9- Déformation de chaumir.
LAURE, bordel, Vid., II, 139, propr. couvent. Dans le baslangage, abbesse désigne la tenancière d'une maison publique (Rossignol). Un célèbre lupanar de Toulouse portait au moyen âge le nom de la grando abadiè, la grande abbaye (Mistral).
LAVER, 1° Vendre, Granvv*, I, 333; J. 1849, I, 209 ; Gloss., 11, 166. Terme tiré du bas-langage où le mot est attesté déjà au xvnie siècle (v. Fr.-Michel) ; 2° laver les pieds, être déporté, Litt., II, 204 (v. bain).
LAZAGNE, lettre, Vid., II, 139; Doc, II, 191, propr. lasagne (it. lasagna), pâte étendue en feuilles et taillée en forme de rubans.
LAZI-LOFFE, mal vénérien, Vid., II, 139, propr. mal de Saint-Lazare, cette prison des Vénériennes étant appelée en argot Saint- Laze. V. loffe.
LËGRE, foire, légrier, marchand forain, Vid., II, 139; Doc, II, 191 : même mot qu'allègre, gai, dispos ; — cf. germ. alegria, cabaret.
LENTIFIÊRE (?), préfecture, II, 47. V. Lajlerotte.
LÉON, président de la cour d'assises, Vid., II, 139. Nom facétieux. V. Nicolas de satou.
LERMOND, étain, lermonner, étamcr, J. i836, 1, 209. Origine inconnue.
[LESC AILLER] == lascailler, J. 1660, I, 196.
LÉSINER. 1J Hésiter au moment d'achever une entreprise ; 2° Tricher au jeu, Vid., II, i3g.
LETTRE DE COURONNE, tasse de gueux, écuelle de lépreux, B., I, 173, cette dernière, signe de reconnaissance comme la tonsure des moines.
LETTRES DE JÉRUSALEM, v. Jérusalem.
LÈVE-PIEDS, escalier, échelle, Vid., II, 139.
LÉZARD, mauvais camarade, Vid., Il, 139, semblable au reptile qui se cache dans les trous.
LIANS, bras. Vie, I, 1G4.
LIBET. portefeuille, Gloss., II, 176. Origine inconnue.
LIGES, bas de soie, Vid., II, 139, c'est-à-dire lisses.
LICHANCE, boisson, Litt., II, 200; licher, boire, licheur, buveur, qui aime à boire aux dépens des autres, Granv.2, I, 333; Aid., II, 139. Bas-langage.
LIEFFRE, prêtre, Coq., I, 96, propr. glouton, I, 86.
LIÈGE, gendarme, \k\., II, 139. Allusion à la légèreté de sa course.
LIETTES, aiguillettes, Vie, I, i65, c'est-à-dire cordons.
LIÈVRE, gendarme, Gloss., II, 17C. V. lapin ferré.
LIGNANTE, la vie, Vie, i65, 166. Allusion à la ligne vitale de la main, suivant les diseurs de bonne aventure.
[LIGNOTE] = ligotte. II, 69.
LIGOT, jarretière, Vie, I, i65, propr. attache ; ligotande, ligottante, cordage, ChauiT., II, 91 ; Vid., II, 139.
LIGOTTE, corde, Vid., II, 139; Doc, II, i83, spécialement corde mince de trois mètres de long, dont se servent les agents de la Sûreté pour attacher le poignet de la main droite d'un détenu. Terme policier passé dans la langue générale ; ligotter. garrotter, Vid., II, 139.
[LIGOURTj = tripeligourt, I, 60.
LILLANGE, Lille, Vid., II, 139. Déformation.
LILLOIS, fil, Vid., II, 139, fabriqué à Lille.
LIMACE, limasse, chemise, Granv., I, 333= J. 1728-1849, I, 196 ; ChauiT., II, 91 ; Vid., II, 139; Doc, II, 181 (et limacière, lingère) ; dans l'argot marseillais, limaço. Mot encore vivacc, II, 238. V. lime.
Les Sources de l'Argot Ancien, t. II. 25
LIMANDE, homme sans cœur, homme plat, Vid., Tï. i3<), c'est-à-dire plat comme une limande. V. galette.
LIMANS, linceul, Vie, I» r6fi. X.lime.
LIMASSE, v. limace.
LIME, chemise, Myst. Chr., 1, 278 (lyme) ; Vie, I, iG3, 166 ; B., I, 172 ; J. 1628, I, 196, 23o ; Vid., II, i3g ; Doc, II, i84, Terme commun aux argots romans et remontant au bas-lat. limas, sorte d'habit de femme ; il a passé, ainsi que ses dérivés, dans plusieurs langues secrètes de la France '.
LIMER ?Vie, I, i48.
LIMOGERE, chambrière, Me, I, 149 (limougere) ; .1. 1628, I, 228, propr. lingère. V. lime.
LIMONADE, plat, assiette, Vid., II, 139. Association d'idées obscure.
LIMOUSINE, plomb, Vid., Il, i4o : la bande de plomb qui couvre les toits a été assimilée au manteau de roulier appelé limousine.
LIMOUSINEUR, couvreur qui vole le plomb garnissant le toit, Vid., II, i4o.
LINGE LAVÉ (avoir son), être à bout, être arrêté, J. 1849,1, 209, propr. avoir vendu son linge. V. laver.
LINGRE, couteau, Vie. I, 166 (ingre) ; J. 1628, I, 196 (lingres) ; Granv., I, 333; Chauff., II, 91 ; Vid., II. i4<>: — propr. couteau de Langres (cf. J. 1728, I, 196 : Laingresi, ville célèbre pour sa coutellerie. Mot passé dans le bas-langage, II, 238. Dérivés: lingrer, frapper à coups de couteau, lingrerie, coutellerie, lingriot, canif, Vid., TI, i4o.
LINGRE DE CHALEUR, sabre, Chauff., II, 9',, c'est-à-dire couteau chaud.
LINSPRÉ, prince, Vid., II, i4o. Anagramme.
LIRE (savoir), v. savoir lire.
LISETTE, veste, Chauff., II, 94 ; Doc, II, 179. Appellation analogue à georget.
LITRER, avoir, posséder, Aid., II, i4o; Doc, II, 188, 191. Forme tirée d' itrer, pour gitrer.
LOCHE, oreille, locher, écouter, Chauff., II, 93 ; Vid.. II, i4o; Doc, II, 191, propr. cuiller à potage, d'après sa forme. Même image dans le rotwelsch.
LOFFE, 1° Nigaud, imbécile, Rat, I, 34o ; Gloss., II, 170,