V. Argot ancien, p
•1. Godefroy en rendant ce mot par « une sorte de plante », a été induit en erreur par le vers :
Planter de la mouargie...
où le verbe planter, dans son acception métaphorique, n'a rien de commun avec la botanique.
GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE 4o3
MOUCHE, mouchard, tonne encore employé par La Fontaine et J.-.I. Rousseau, tout d'abord attesté dans des textes argotiques,!, 12. V. mouschier.
MOUCHE (?), mousseline, J. i836, I, 211.
MOUCHE, vilain, J. 1849,1,211, propr. ennuyeux comme une mouche.
MOUCHIQUE, vilain, laid, Vid., II, i44 ; Gloss., II, i73 ; Doc, II, iq3. \ . mouche, au môme sens.
MOUCHIQUE, chandelle. Ghauff., II, 5i ; — fr. mouche, action de moucher les chandelles.
MOUE (faire la), en parlant d'un pendu, tourner la face vers le soleil ou la lune, Vill., I, i3i(cf. ii3-ii4); Myst. Ghr.,I, 281 ; Resp., I, a5a.
MOUFLAUTÉ, chaudement vêtu, I, 210. Déformation d'(em)miiouflé.
MOUILLANTE, morue, J. 1628, I, 197 ; Granv., I, 334 ; — probablement déformation de molue, moulue, nom de la morue aux xvi°-xvnc siècles et, aujourd'hui, dans les patois de l'Ouest. — [morve], J. i836, I, 211.
MOUILLANTE, soupe, Vid., II, i44-
MOUILLARD(?), ivrogne, Litt., II, 204.
MOUILLÉ (être), être remarqué, Vid., II, i44. Terme des voleurs du Languedoc. Métaphore tirée de l'emploi technique de mouiller, mettre le chanvre dans le routoir.
[MOUILLOIR] = mouloir, J. i83G, I, 211.
MOUISE, soupe économique, Vid., II7 i44 ; Gloss., II, 171 ; — prov. mouisse, humide. Aussi avec le sens de « misère », dans le bas-langage.
MOULIN, 1° Enfer, B., I, 174, dont le diable est le boulanger; 2° Maison du meunier ou receleur, Vid., II, i44-
MOULINER, bavarder, Vid., II, i44 ; — cf. Oudin : « La langue luy va comme un traquet de moulin, il parle beaucoup ; c'est un moulin à paroles, c'est un bavard ».
MOULOIR, batelier, Vid., II, i44-
MOULOIRE, bouche, ChaulY., II, 90, 93, propr. mâchoire, les molaires broyant les aliments comme la meule le grain ; passer dans la mouloire, manger, Ghauff., II, 93.
MOULUE, farine, Vie, I, i56.
MOUSCAILLE, excrément, Vid., II, i44 ; — prov. mouscalho, gadoue, propr. grande quantité de mouches. Mot passé dans
[\Ok GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE
le bas-langage, II, 242 ; mouscailler, aller à la selle, J. 1628, I, 197 ; Granv., I, 334 ; Vid., II, i44.
MOUSCHIER, moucharder, Coq., I, 97. Le mot n'est pas attesté, en littérature, avant le xvic siècle.
MOUSSANTE, bière, Vid., II, i44.
MOUSSARD, châtaignier, J. i836, I, 211. V. moussue.
MOUSSE, excréments, J. 1628, 1, 197 ; Granv., I, 334; — cf. le proverbe du xvie siècle : « Mousse pour le guet, bran pour les sergens » ; mousser, aller à la selle, mousserie, latrine, J. i836, I, 211.
MOUSSELINE, pain blanc, J. 1849, I, 211; Vid., II, i44, d'après la blancheur de la mousseline.
MOUSSELINE, menottes *. Appellation ironique.
MOUSSER (faire), forcer une porte, Ghauff., II, 93, propr. produire de la mousse, c'est-à-dire faire du tapage.
MOUSSU, vigoureux, Myst., Pass., I, 273, comme un arbre moussu, c'est-à-dire très vieux.
MOUSSUE, châtaigne, J. i836, I, 211 : les piquants de son écorce sont plaisamment comparée à de la mousse.
MOUSTIQUE, méchant, Doc, II, 193. Même association d'idées que dans le synonyme mouchique.
MOUTARD, enfant, Granv.2, I, 334 ; J. 1849, I, 211 ; II, 106; Gloss., II, 1G7. Bas-langage.
MOUTON, espion placé par la police près d'un prisonnier pour gagner sa confiance et le trahir, Granv.2, 1, 334 ; J. 1849, I, 211; Vid., II, i44, c'est-à-dire personne douce comme un mouton. On lit déjà cette appellation ironique en 1777 2, et d'Hautel la donne en 1808, II, 19.
MOUTROT(?), préfet de police, II, 75.
MOUVANTE, bouillie, J. i836, I, 211.
MOUVETTE (?), dénonciateur, II, 75.
1. Dans un pamphlet du xvm* siècle. Le Diable dans un bénitier, 178/i, écrit contre Receveur, inspecteur de la police de Paris, on lit, p. 32 : « Les voleurs ont vin argot et les gens de police un autre: ceux-ci insultent avec une cruauté sans égal aux maux de ceux-là. Quand ils les ont chargés de fers, ils disent entre eux qu'ils leur ont mis la mousseline... »
2. Dans les Mémoires secrets de Bachaumont, t. V, p. 48 : « Ceci a trait à deux moutons, en termes de métier, c'est-à-dire à deux hommes que M. de Clugny avoit excités à paroître entrer dans les projets de Gordon, pour mieux les connaître ».
GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE 4o5
MOUZU. mamelle, J. 1G60 à i836, I, 197, 211 ; — cf. prov. mouse, traire.
[MOXNE] = morne, J. 1690, I, 193.
MUETTE, conscience, J. 1849, I, 311 ; Vid., II, i44-
MUFFLE, nez, Chauff., II, 93.
MUIGHE, nom de dé à jouer, Coq., I, 97. Origine inconnue.
MULET, diable, B., I, 174, comparé au mulet des meuniers l.
[MURON] = mitron, J. 1728-1836, I, 197, 211, 2i5. Dérivés modernes: muronner, saler, muronnier, saunier, muronnière, saunière, J. i836, I, 211.
MUSIQUE, 1° (aller en), Demander l'aumône, Chauff., II, 91, en chantant dans les carrefours (cf. ballader), II, 88 ; 2° (faire de la), Sonder les murs d'une maison pour s'évader, Gloss., II, 167: jeu de mots analogue à harpe ; 3° Police, Gloss., II, 174, 17G, propr. délation : le musicien, dénonciateur, du jargon, répond au musico, délateur, de la germania.
NAGEOIR, poisson, Yid., II, i44- V. nouant.
NAP, louis, Litt., II, 20/». Abrégé de napoléon.
NARQUIN, v. arquin.
NARQUOIS. 1° Soldat mendiant, propr. archer (v. arquin) ; 2° pi. Classe de gueux-soudards, indépendants de la monarchie argotique, portant l'épée au côté (d'où le nom de gens de la petite flambe) et contrefaisant les soldats estropiés, J. 1628, I, 191, 228 (cf. 322), 244 ; Granv., I, 334 ; 3° Nom de l'argot au xvne siècle, I, 58, Gi, 17G, propr. le langage de la soldatesque 2 argotique appelée Narquois. Nom passé au français dès le xvic siècle (comme synonyme de drille), devenu au xvne, l'expression de la ruse et de la moquerie, I, 3oo-3o2.
NASER, détester, Gloss., II, 173, répondant à l'expression vulgaire synonyme avoir quelqu'un dans le nez. V. naze.
1. Cf. Tabourot, Bigarrures, 1072, p. Gi r° : « Les meusniers aussi ont une mesme façon de parler que les cousturiers, appellant leur asne le grand Diable, et leur sac, Raison. Et rapportant leur farine à ceux auxquels elle appartient, si on leur demande s'ils en ont point prins plus qu'il ne leur en faut, respondent : Le grand Diable m'emporte, si j'en ay prins plus que par raison ».
2. Le capitaine Lasphrise l'appelle langage soudardant, I, 000.
4o6 GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE
NAZARETH, nez, Vid., II, i44. Calembourg déjà mentionné par Oudin : « Vin de Nazareth, celui qui ressort par le nés ».
NAZE, nez, Vid., II, i44 ; — prov. naz, même sens.
NAZONNANT, nez, Granv., I, 334; Gloss., II, 167. Déformation du précédent.
NÉGOCIANT, entreteneur, J. 1849, !• 2I1 î négociant au petit crochet, chiffonnier, Litt., II, 2o3.
NÈGRE, négresse, paquet enveloppé de toile cirée, généralement noire, Vid., Il, i44> i45. Personnification ; Nègre blanc, celui qui se vend pour remplacer, Vid., II, i44-
NEP, escroc brocantant de faux bijoux ou de fausses décorations, truc pratiqué surtout par des Juifs, Vid., II, i45. Terme tiré du rohuelsch, II, 9.
NETTOYER, voler, J. 1849, I, 211 : Gloss., I, 173. Primitivement dépouiller quelqu'un au jeu : « Nettoyer une personne, luy gagner tout son argent » (Oudin), terme déjà employé par La Fontaine (Fables, 1, VIII, f. vu). Association d'idées foncièrement jargonnesque : cf. fourbe et polisson.
NEZ (avoir quelqu'un dans le), détester, Doc, II, 188. Baslangage. V. naser.
[NIAIRE] = niere, II, 53.
NIAIS, dupe, Vill., I, 126, 128 : ce sont là les plus anciens textes de cette métaphore, passée tout d'abord chez Gniil. Goquillart et généralisée dans la langue. Image tirée de la vie des oiseaux, comme la plupart des termes signifiant « tromper » : duper, flouer, frouer, piper, tous d'origine jargonnesque.
NIBERGUE, non, Chauff., II, 95 (niberque), J. i836, I, 211 (niberte); Vid., II, i45, Doc, II, 191 ; — cf. fourb. niberta, même sens. Abrégé aujourd'hui en nibe, écrit souvent nib, et passé sous cette forme dans le bas-langage, II, 209.
NICOLAS DE SATOU, président de la Cour d'assises, Rat, I, 338, 339, propr. Nicolas de bois : allusion à son attitude solennelle (cf. figé). Appellation ironique. V. Léon et satou.
NIENTE, rien, Vid., II, i45, terme des voleurs du .Midi; — it. nienle, même sens.
NIÈRE, 1° Lui, Gloss., II, 173 (nierg) ; 2° Niais, Gloss., II, 173 ; 3° Complice, Litt., II, 204. V. niert.
NIERT, individu, Vid., II, i45; — dans l'argot marseillais, niert, mioche. Abstrait du pronom argotique monière, transcrit mon nière ou mon niert.
GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQLE fxO'J
NINARS } Vill., I, i25. - [niais], H, 38.
NINER ? Vill., I. 127. — |viscr. quiJlcr], II, 39. io.
NIOLLE. bête, Yid., il, i£5, Bas-langage (jgnk&ê).
NIORT (aller à), nier, Yid., II. 1 ',."» : Doc,, 11. iga.; LUI., II. so5u Calembourg du \\i siècle, 1, 35-36, que donne aussi Oudiii : a [lier à Niort* ou bien, prendre le chemin de \iurl. nier ». La ville de Mort, en Poitou, était célèbre par ses foires, rendez-vous général des gueux de France, J. 1.628, I. 190, a3i. Expression encore usuelle, II, 2^2. Y.poitou.
MORTE (?), viande. Il, 68, 69.
NIQUE (faire), saisir au cou, Gloss., II, 176.
NISCO, non, Closs., II, 173. Déformation.
NISETTE, olive. .1. iS3(i, 1, •> 1 1 . Origine inconnue.
NIVET, l°ïrou, Chaufl'.. Il, </» ; 2 Chanvre, nivette, chanvrière, .1. i836, I, 211. Origine inconnue.
NOCE, débauche, c'est-à-dire festin de noces, II, 6s, d'où nocerie, même sens, noceur, débauché, \id.. 11. 1 '|5, tous termes du bas langage.
NOCES (danser aux), être fouetté. B., I, 173 : allusion aux soubresauts que le fouet faisait faire aux patients dans leur promenade à travers les rues. Métaphore analogue à mariage, pendaison, et à épouser la veuve, être pendu(cf. I, i32). De même, Louis XI, écrivant à Bressuire. sénéchal du Poitou, lui demande des renseignements au sujet d'un certain Husson, qui avait abusé de sa confiance et ajoute :« Je vous prie... vous le m'envoyez si bien lié et garrotté... qu'il n'eschappe point... pour faire les préparatifs de nopces du gallant aveq une potence J ».
NOCHER, sonner, J. 18^9, I, 211. Origine inconnue.
NOIR (mettre au), jeter à la cave, Chauff.. II, 91.
NOIRCI ? Vill., I,. 12a.
NOMBRIL, midi, J. i836, I, 211 : milieu du jour.
NONNE, compère du voleur à la lire, Yid., II, i45. Même association d'idées qu abbesse et sœur de charité. Dérivés : nonner, aider, Litt., II, 196, 198; nonneur, 1° Même sens que nonne, Yid., II, i45 ; 2° Complice, en général, Doc, II, 181.
NOUANT, poisson, B., I, 174; — anc. fr. nouant, nageant. Y. nageoir.
[NOUJON] = nouant, J. i836, I, 211.