‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 148 sur 157 · Brouez au large et vous esquarrissez · texte numérisé non relu

Brouez au large et vous esquarrissez

Et gourdement aiguisez le pelle...

c'est-à-dire : Et vite prenez la clef des champs. Cette expression de jargon a passé de Villon dans la poésie libre du xv" siècle ; on la lit dans le poème Le grant garde derrière, éd. Bijvanck, p. 33 :

Et se celuy

A point depuis advisé le pelé, c'est-à dire ne s'est point sauvé...

PERPÈTE <à), à perpétuité, Aid., II, i48.

PERSIL (aller au), accrocher des passants, J. 1849, l« 2I2» propr. chercher des clients généreux qui offrent à dîner (l'heure du persil, c'est avant le dîner, l'apéritif), comme on va au persil, avant de préparer les repas.

PERTE DE VUE (à),aux travaux forcés àperpétuité, Yid., II, i48.

PESSIGNER, saisir, prendre avec violence, prendre en général, Yid., II, i'»8 (et pesciller) ; Doc, II, 191, 198 ; — prov. pestigna, pincer, attraper, prendre.

PET, 1° Tapage, danger, J. 1849, *« 3I2 (Pé) ! 2° Plainte en justice, pétage, même sens, péter, se plaindre, péteur, plaignant, Yid., II, i48.

PÉTARD, 1° Liard, sou, Granv.2, I, 335; Gloss., II, 174, propr. bagatelle; 2° Haricot, Yid., II, i48 : allusion au bruit des vents qu'il forme '.

PETIT MONDE, lentille, Yid., II, i48.

PÉTO de roi), prétendu nom du grand Goesre, II, 80.

PETOUSE, une pistole, J. i634, I, 198; Granv., I, 335 ; — cf. prov. petouso, sorte d'offrande. — [pistolet], II, 71.

PÉZE, argent monnayé, Vid., II, i48 ; Gloss., II, 174, propr. poids. Mot passé dans le bas-langage, II, 245.

PEZOUILLE, paysan, Ghauff., II, 93 ; — prov. pesoulh, pou (cf. gaenau, gueux et pou). Mot devenu populaire sous la forme pedzouille, II, a45.

PEZOUL, pois vert, Chauff., II, 53 ; — prov. pesoa, petit pois.

PHARMAÇONNER (?), inspecter, II, 47.

. PHARO, v.farot.

PHILANTHROPE, filou, Yid., II, i48. Galembourg.

PHILIBERT, même sens, Yid., II, 1 48. Terme des escrocs parisiens. Calembourg.

PHILIPPE (petit et gros), écu de trois et de six livres, Yid., II, 149. Nom d'une monnaie d'argent fabriquée au coin du roi Louis Philippe.

PHILOSOPHE, filou, Yid., II, 149, appliqué spécialement aux tricheurs, aux grecs. Galembourg. — [chiffonnier], II, 5a.

PHILOSOPHES, mauvais souliers, J. 1849, I, 212; Yid., II, 149. Mot passé dans le bas-langage ; « Regarder donc le pale-

1. Le haricot est appelé vulgairement musicien et artilleur, ce dernier dans le Loiret (cf. Bolland, Flore, t. IV, p. i5y).

Les Sources de l'Argot Ancien, t. II. 27

4l8 GLOSSAIRE ÉTYMOLOGIQUE

tôt à la propriétaire, des philosophes vernis, pus que ça de lusque », Poulot, Le Sublime, p. 186.

PHILOSOPHIE, misère, Vid., II, 149. Ironie.

PIAF, orgueil, Vid., II, 99. Bas-langage.

PIAILLER, boire souvent, I, 3i, 3o3. Dérivé inconnu aux documents jargonnesques. V. pier.

PIANCE, boisson, Myst. Test., I, 268 (pience). Philibert Le Roux cite pianche, vin, liqueur bachique, avec cet exemple tiré du Parnasse des Muses : « Hélas ! bonne pianche, que ferai-je sans toi ? »

PIARD, buveur, piarde, boisson. V. pie et gourd.

PIAU, lit, J. 1638, I, 197, 23a ; Granv., I, 335. Prononciation vulgaire de peau (v. ce mot).

PIAULE, v. piole.

PIAUSSER, se coucher, dormir, J. 1628, I, 98 ; Granv., I, 335, c'est-à-dire se mettre au lit. Y. piau.

PICANTI, poux, J. i634, I, 195, et 1660, T, 195 (picantins) : « Des picards, des pouils, parce qu'ils piquent » (Oudin). V. piquantine.

PICON, piquon? Vill., I, iaS, i33.

PIGORAGE, butin de voleur, picoreur, voleur de grande route, Vid., II, 1^9, jadis soldat maraudeur. Termes des voleurs du Midi.

PICOURE, haie épineuse sur laquelle on étend le linge à la campagne, J. 1628, I, 218, 235, et i836, I, 212; — propr. piqûre. V. deflorir et Jlorie.

PIGOUSE, même sens, Chauff., II, 92 (pigouse) ; Vid., II, 126, 1^9. Forme dialectale du précédent.

PICTANCHER, boire ferme, J. 1628, I, 197, 240; Resp., I, 253 ; Rat, I, 339. V. picter et pitancher.

PIGTER, boire, J. 1628, I, 197; Resp., I, 253 ; Granv.. 1, 335 ; Chauiî., II, 90 (piqueter) ; Vid., II, 149 ; — propr. boire de la piquette.

PIGTON, vin, Rat, I, 339 ; Chauff., II, 94 ; Granv.2, I. 335; Vid., II, 149, Doc, II, 181 : c'est-à-dire piqueton, piquette, mot passé dans le bas-langage, II, 245.

PIE, boisson, dans ces deux expressions de l'argot ancien : croquer pie, boire copieusement, I, 22, 29, 3o, 268 *, et la pye

1 . Dans ce passage, le Mistere du Vieil Testament fait suivre croquer ceste pie de croquer de ce moust.

est juchée, la boisson est finie, le pol est \ id«;. Mil., I, i35, qu'on trouve réunies dans ces vers d'un mystère du w siècle (ce sont les mendiants qui parlent) :

Allons deviser sur le coude

Tout à coup et croquer la pie,

Et quant sera juckée la pie,

Le demeurant aura conseil '...

La dernière expression était encore vivace, à Rouen, à L'époque dé Darid Ferrand:

liait <m buvant du jus, o /> gaigae l'eaglee;

V> cauffe ses boudim sveuq <u vin cleret, Et depis une tais que la pie est jomjuiée, Je veux estre berné si no pale du fret -.

Pie, boisson, et pie, oiseau, sont un seul et même nom, qui a produit toute une famille de mots, d'origine foncièrement vulgaire, commune à la littérature et au jargon pendant les w et \\i" siècles. I, 29-.S2 ; ils tombent après dans le burlesque: pie, '< pour ivre, soûl, imbu de vin » (Pb. Le Roux) ; pienche (v. ci-dessus piance); pion, ivrogne, ï, 212, mot qu'on lit chez Rabelais et dans une vieille farce 3, à côté de pionner, boire ferme, dans une pièce écrite à Rouen en IÔ56 '', l'un et l'autre encore \ ivaces dans les patois : Rerry, Maine, etc. ; pioler, se griser, dans les patois, d'où Yonne, piolée, quanti lé de vin absorbée par un ivrogne ; piot, mot rabelaisien, I, 3i, « terme dont on se sert en raillerie ou en débauche, pour dire du \in. C'est un homme qui aime le piot. Il est bas » (Dictionnaire de V ieadémie de 1694). \ • piard. Le plus important de ces dérivés est : pier. boire, MIL, L i35 ; B., 1, 172, propr. se griser comme la pie, I, 3, 4, 3i, 70. Ce verbe, attesté en français dès le xuie siècle, I, 33, et qu'Oudin donne, en i64a, comme « parola di zergo », a passé au xve siècle dans la germania

1. Mystère de Sainte Barbe, cité par M. Bijvanck, dans son Essai critique sur 1rs icurres de ] Mon, Paris, i883, p. 63-64.

2. C'est-à-dire:... si on nous parle de froid. Muse Normande, éd. Héron, t. Ht, p. 7.1.

Page 1