‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 33 sur 157 · Lucien Rigaud · texte numérisé non relu

Lucien Rigaud

C'est le plus judicieux des lexicographes de l'argot, le seul doué de sens critique et qui témoigne de

soupe [Deles., Br. et H.-Fr. : lafle] ; lignotte (= ligotte, Vidocq), corde [Deles. et Br.]; tollard, bureau (=z bourreau), tourlourer (—fourlourer), assassiner [Deles. ; Virmaitre].

1 . Cf. la naïve remarque de Arirmaître : « Cette expression épargner le poitou se comprend peu ; en effet, poitou veut dire public ; or, il n'est pas d'usage que les voleurs l'épargnent, puisque c'est lui justement qui forme toute sa clientèle. » Voir ici même, t. I, p. 34.

Mes Lundis, p. a53. Delesalle et H. France donnent également le mot.

recherches originales. Il restitue à chaque classe sociale le parler qu'il affectionne. La première édition de son livre, parue en 1878, portait le titre : « Dictionnaire du jargon parisien. L'argot ancien et l'argot moderne ». C'est une des sources importantes du langage parisien.

Rigaud a montré moins de discernement en ce qui touche le jargon, qui pour lui ne remonte pas au-delà du début du xixe siècle et dont il ignore totalement l'historique, comme le prouvent ces assertions surprenantes sous sa plume :

Pékin. Sujet de la cour des Miracles qui faisait partie de l'armée des croisés, au xne siècle (Hist. de la prostitution par Pierre Dufour1).

Tafe, peur, fuite... A la cour des Miracles (xnc siècle) on appelait thafurs, les vagabonds...

Truc. Métier, dans l'argot des voleurs. A la cour des Miracles le truc était un genre de vol qui consistait à dépouiller celui dont on implorait la charité.

Ebloui du nom de Victor Hugo, Rigaud a également eu tort d'admettre certaines fantaisies argotiques du grand poète (telles que bichot, gahisto, gat. pilche) .

Citons encore ces coquilles : Apic, œil (= ail), bronque, ministre (= branque, âne) ; carouble, soir,

1 . Nous avons vainement cherché la citation dans cet ouvrage ; le seul passage où il s'agit de la Cour des Miracles, se lit au tome IV, p. io5 et suiv. L'auteur n'y fait que reproduire certains détails de Sauvai.

LES SOLRCES SECONDAIRES 71

nuit1, résultat d'une fausse interprétation : être vu à la caroable ne signifie pas « être arrêté le soir », mais être surpris en fracturant une porte à l'aide de la carouMe, fausse clé (Yidocq), sens seul attesté2; cygne (= ciguë), pièce de monnaie, coquille passée dans Delesalle et Bruant ; orgues, affaires, sens imaginaire, orgue étant simplement le suffixe des pronoms argotiques; pétouze, pistolet {= pelouse, une pistolle, Vie généreuse i5q6), coquille passée dans Larchey, Delesalle et Bruant; refondante, allumette, pour rifaudante, flamme, etc.

Ces réserves faites, la valeur réelle du livre de Kigaud réside dans l'exacte notation des parisianismes, dont il offre un recueil à la fois abondant v\ original.

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