FR. -EUGENE VIDOCQ
arrivés (1837), beaucoup de Bohémiens, cependant on en rencontre encore quelques-uns, principalement dans nos provinces du Nord. Comme jadis ils n'ont pas de domicile fixe, ils errent continuellement d'un village à l'autre, et les professions qu'ils exercent ostensiblement sont celles de marchands de chevaux, de brocanteurs ou de charlatans. Les Romanichels connaissent beaucoup de simples propres à rendre malades les animaux domestiques, ils savent se procurer les moyens de leur en administrer une certaine dose, ensuite ils viennent otîrir leurs service au propriétaire de l'établc dont ils ont empoisonné les habitants, et ils se font payer fort cher les guérisons qu'ils opèrent.
lis Romanichels ont inventé, ou du moins ont exercé avec beaucoup d'habileté le vol à la carre qu'ils nomment cariben '.
Ces Bohémiens français parcourent encore la province en roulotte, exercent diverses industries et pratiquent aux fêtes et foires le vol sous différentes formes (ù fesbrouffe, à la fourchette, etc.), tandis que leurs femmes exercent le colportage déguisé.
C'est aux Romanichels que le vocabulaire argotique moderne est redevable de ces termes cités par Yidocq : berge (année), chourin (couteau), grès (cheval), ce dernier figurant déjà dans le vocabulaire des Chauffeurs. Ces Bohémiens appellent leurs femmes marquises (mot emprunté au jargon) et la pièce d'or senaqui : tsigane, somnakay, or.
1. Cf. Rossignol, Dictionnaire d'argot (1900), p. G5 : « Karibaine. Ce nom n'est connu que des bohémiens, ramonis [lire : romanis] et gitanes, c'est le nom d'un vol pratiqué par les femmes. Il consiste à demander à des commerçants à changer ou acheter, en donnant bénéfice, des pièces de monnaie d'un millésime quelconque. Si le commerçant est trop confiant, elles en font disparaître le plus possible, et n'en trouvent pas au millésime et effigie demandés. »
Les Juifs apparaissent pour la première fois dans l'ouvrage de Vidocq. Ils n'ont pourtant pas joué un rôle isolé. Une seule bande, celle de Nathan (1802i852), était composée du père, de la mère, de six filles et de six gendres, réunissant sur leurs diverses têtes deux cent neuf années de condamnation. Tous étaient A^oleurs à la carre ou à la détourne, le père étant en outre receleur1.
D'autres voleurs juifs, les Bluin, les Klein, les Cerf, les Lévy, ont longtemps lassé la police par l'audace de leurs vols ou de leurs recels5. Le patois qu'ils parlaient, le judéo-allemand, a certainement contribué à égarer les recherches. Vidocq n'en cite qu'un proverbe (en français) : avoir du beurre sur la tête, être couvert de crimes.
Plusieurs de ces voleurs étaient d'ailleurs originaires de l'Allemagne (v° dring-gelt). Le jargon qu'ils parlaient coïncidait de tout point avec le rotwelsehz. Les exemples que cite Rigaud, une quarantaine d'années après Vidocq, du patois des merciers ou colporteurs juifs, se retrouvent tous dans le rot-