Argot Ancien, p. 1/19-1 5o
l\. La finale bono est un élément additionnel qu'affectionne le langage militaire (cf. makache bono).
LE VOCABULAIRE DE VIDOCQ Io3
neur de pédéraste : it. ruspante, volaille, propr. grattant), relisions (testicules = provençal, même sens).
Parfois les diverses formes du même mot dérivent d'une source dialectale différente : Gouépeur, vagabond, reflète le Bas-Maine gouépeux, gouèpe, mauvais sujet i Dottin), tandis que gouape, même sens, vient du provençal gouapo, viveur. C'est un terme fort répandu dans les patois et ailleurs : dans l'argot espagnol guapo signifie galant, amoureux (dans la langue littéraire : brave ', beau, élégant) ; en napolitain et milanais, guapo désigne le fier : une des classes constitutives de l'association criminelle de la Camorra porte le nom de Guapos. En Savoie, gouapo signifie ivrogne, comme dans le Morvan, gouape, d'où gouaper, boire à outrance (en Normandie : plaisanter). Le mot est tout récent dans l'argot, où il a pénétré à la fois des provinces du Nord et du Sud.
Le vocabulaire de Vidocq renferme, en outre, quelques ternies boliémiens et juifs, ou plutôt judéo-allemands du rotwelsch, déjà mentionnés (v. ci-dessus, p. 7 à 9).
Notons aussi quelques vocables curieux : carouble, carrouble, fausse clé, déformation du synonyme carreau; mirzale, boucle d'oreille, de mirza, petite pendeloque en forme de poire qui ornaient les croix des femmes en 1840 ( Littré) ; miseloque, comédie, proprement mise de loques ou d'oripeaux; traque, peur, proprement bruit2, sens analogue au synonyme taffe.
1. Cf. Salillas, El Delinquente espanol, la Hampa, Madrid, 1898, p. 3i : « El tipo nacional del guapo, llamase el Cid, Francisco Esteban o José Maria el bandido generoso... »
2. Dictionnaire de Trévoux : « Trac, terme factice et populaire qui exprime le bruit d'une chose qui se remue avec violence et qui a donné le nom au jeu de tric-trac ».
IOA DOCUMENTS JARGONNESQUES
Restent quelques mots obscurs : Baucoter (impatienter), bouis (bordel), brobèche (liard), bruge (serrurier), fligadier (sou), frangin (frère), gandin (décoration), macaron (traître), poulainte (vol par échange), roublard (laid, défectueux), sive (poule), trimilet (fil), vade (foule).
Mais la plus grande partie du vocabulaire de Vidocq consiste en termes français plus ou moins détournés de leur sens. Gomme nous avons étudié ailleurs le procédé, il suffira de faire ressortir ici quelques-uns de ces groupements idéologiques.
L'agriculture a fourni plusieurs images : fagot (forçat), faucher (couper), gerber (juger, condamner), pré (bagne); le grand pré, la mer (d'après sa couleur verte), assimilée à une campagne : faucher le pré, être aux galères, locution argotique déjà employée par Le Sage, GilBlas, 1. II, ch. v : a Je vous trouverai trop heureux si l'on ne vous condamne qu h faucher le grand pré. »
La marine a donné corvette et frégate, termes de bagne pour désigner le pédéraste, ainsi que godiller (« éprouver un accès de priapisme »), proprement faire avancer un bateau en faisant osciller la godille ou l'aviron à l'arrière ; bachotter, tricher au jeu, proprement conduire un bachot, répondant à la locution populaire mener en bateau, monter un bateau, tromper, escroquer1. '
Remontent à cette même source les termes suivants au sens général d'escroquerie ou de mystification :
Arcasse, d'où arcassien et arcat, genre de mendiantescroc et de mendicité-escroquerie : monter une arcasse
i. Une expression analogue était déjà usitée, à l'époque d'Oudin (iG'io), dans le langage des tricheurs : « Mettre dans le bateau, mettre en colère, faire perdre un homme pour toute la compagnie ».
est identique à mouler un bateau, c'est-à-dire mystifier dans le but de voler.
Drague, escroquerie, d'où dragueur, escamoteur, formes parallèles à drogue, aumône (= mystification) et drogueur, mendiant-escroc : termes tirés de draguer, dialectal droguer (v. Glossaire), proprement soutirer de Tarirent, racler les bourses.
Les ternies de médecine caractérisent l'état critique du malfaiteur: la fièvre cérébrale, c'est l'accusation capitale, le redoublement de fièvre, une nouvelle charge ; tomber malade, c'est être arrêté, et être guéri, être libre. Le mot castu a d'abord désigné l'hôpital, ensuite la prison, à l'exemple du synonyme moderne hosteau.
Les expressions de cuisine servent à rendre les notions de trahison : casser (c'est-à-dire la croûte) et manger (le morceau), monter sur la ta/de et servir (de belle) signifient à la fois dénoncer et avouer ; et d'autre part, cuisinier, mouchard, et cuit, condamné, à côté de brûler, dénoncer.
Ces groupements d'idées sont devenus extrêmement abondants dans l'argot moderne. Un terme comme fagot, par exemple, y a produit les synonymes coteret et falourde (« forçat libéré ») ; mais la plupart du temps cette germination est factice, et c'est aux auteurs récents de dictionnaires d'argot et aux chansonniers contemporains qu'on est redevable de cette floraison purement artificielle.
Le vocabulaire de Yidocq a été précédé d'une série de lexiques dont la nullité ou la médiocrité font d'autant plus ressortir les mérites du modèle original. Il nous reste à les passer rapidement en revue.
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Le Dictionnaire d'argot ou Guide des gens du monde, pour les tenir en garde contre les mouchards, filoux, filles de joie... par un Monsieur comme il faut (1827), suit d'assez près la dernière réimpression du Jargon de V Argot. Il renferme quelques expressions originales : Pâte (lime), roufier (soldat), roumard (roué), tartir (faire ses besoins) qui méritent d'être relevées.
Le Glossaire d'Argot qu'on lit dans les Mémoires d'un Forçat (1829) est assez important pour être cité à côté de celui de Vidocq, dont il diffère souvent, de même que les termes d'argot épars dans les Mémoires d'un Forban philosophe (1829).
Quant au Nouveau Dictionnaire d'argot par un Ex-Chef de brigade sous M. Vidocq (1829), il reproduit essentiellement le Jargon de l'Argot de 1728, augmenté — prétend l'auteur anonyme — « d'un grand nombre de mots mis nouvellement en usage. » Citons parmi ces derniers : Briqman (sabre), cabot ferré (gendarme à cheval = chien ferré), calebasse (tête), ferlampier (condamné habile à couper ses fers ; cf. Vidocq), fourmiller (courir = marcher, Vidocq), grinche (voleur), manche (quête), moutard (enfant), panturne (catin), sapin (gendarme), ainsi que les premiers exemples de largonji ou anagramme argotique : lanterne (fenêtre = vanterme) et lousse (gendarmes du département
sas pollSSe).
Un glossaire manuscrit de la même époque est cité par Larchey qui l'a inséré dans son Supplément. C'est un travail médiocre et de seconde main compilé par un ancien conseiller à la Cour de Paris, M. Jacquinot, qui a surtout utilisé le Jargon de l'Argot de 1728 et le lexique de
Yidocq 1, et n'a réussi qu'à réunir un amas de fantaisies2 et d'erreurs3. En fait de documents anciens, l'auteur a connu, probablement d'après la réimpression de Techencr, la Vie généreuse, mais il en interprète souvent les données de travers sans que Larchey s'en aperçoive.
Bier, voler, mendier, tromper 4 ; bier sur l'anticle, mendier en disant que c'est pour finir son voyage; bier sur le coutime ( = toutime), mendier par tous les moyens ; bier sur le franctnitou, mendier en contrefaisant le malade ; bier sur la poigne (=foigne), mendier en se disant ruiné par la guerre ; bier sur le minsu, mendier simplement, sans autre artifice ; bier sur le rujfe, mendier en se disant victime d'un incendie.
Blesche, apprenti voleur.
Cagou, voleur se portant caution pour un nouveau venu.
Coesre, chef de bande, et coire, id.
Cosmel, trésorier et intendant des voleurs5.
Narquois, soldat déserteur.
Péchon, enfant, apprenti gueux, apprenti voleur ; péchonner, voler ; péchonnerie, vol6.
Rusquin, écu, et sourdelle, potence.
1 . Cf. dans le Supplément de Larchey les articles : aquiger, arçon, arlequin, chaud, coucou, etc. La date du manuscrit doit donc remonter à 18/io plutôt qu'à i83o.