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Par exemple : nier (rien), suader (conseiller), etc

3. Citons-en ces deux exemples : pante (faible, peureux), pâtre (dupe) et pintre (dupe) : le premier est mal interprété, les deux autres mal transcrits ; trois erreurs pour l'unique pantre (dupe) ; tique y est interprétée « terre », au lieu de « ver », contresens qui a passé dans Delesalle.

h. Tous ces trois sens sont imaginaires : bier n'a jamais signifié que « aller » ; on lit, dans le même manuscrit, ambler (fuir) : c'est encore une erreur, au lieu de arnbier, même sens, du Jargon.

5. Traduction fantaisiste : il s'agit tout bonnement du coesmelot, ou petit mercier, de la Vie généreuse. La forme et le sens erronés se lisent dans Jean La Rue, Virmaître et Hector France : « Cosmel, trésorier ou logeur des voleurs ».

0. L'existence d'un pechonner, voler, est plus que douteuse ; quant à péchonnerie, le mot indique le premier degré de la hiérarchie des mercelots, l'initiation dans le métier.

I08 DOCUMENTS JARGONNESQUES -

Tous ces termes, d'une valeur purement historique, étaient absolument déplacés dans un glossaire d'argot dela première moitié du xixe siècle ; aussi ont-ils induit en erreur Larchey et les autres lexicographes qui les donnent au langage des malfaiteurs contemporains du compilateur1.

Rien de bien intéressant non plus dans le Nouveau Dictionnaire de police de i835, qui renferme un article sur l'argot où l'auteur utilise le glossaire des Mémoires d'un Forçat. « Le cadre de cet ouvrage, dit-il, nous oblige à nous restreindre à quelques-unes des expressions les plus usitées de l'Argot. » Citons-en : Confesser (un mort), le dépouiller; daron, maître d'un lieu où l'on reçoit les larrons ; sable, misère ; ma tante, Mont-de-piété.

F. -Y. Raspail avait publié la même année 2 une série de lettres sur les prisons de Paris accompagnées d'un vocabulaire argot-français, donnant entre autres ces termes : Bocson (cabaret et bordel), daufe (membre viril), estourbir (tuer), faufière (tabatière), fourloure (mal portant) et fotirlourer (tuer), paumer (perdre au jeu), rembroquer (= reluquer), roublard (homme mal mis, chose de peu de prix), surin (couteau).

Nous avons parlé ailleurs de l'édition de i836 du Jargon de V Argot reformé, qui, bien que parue à une année d'intervalle seulement du vocabulaire de Yidocq, en

t. Notons dans le même glossaire manuscrit des termes douteux, tels que : « cayon, caution » et a esponton, paria, compagnon rejeté du Devoir pour quelque faute », qui ont passé dans les dictionnaires de Delesalle, Bruant et Hector France.

2. Dans le journal Le Réformateur de i835 ; voir notamment le numéro 346.

diil'ère essentiellement. Nous n'avons pins qu'à mettre sous les yeux du lecteur l'œuvre du célèbre policier1.

Dictionnaire Argotique.

\i;vdfs, foule, multitude, rassemblement.

\ i; \ r-uKi.i it, abat-jour.

VliHUi: DE MONTE-A-REURET, OU de MONTE -A-REBOURS. Nos

romanciers modernes, Victor Hugo même, qui, dans le Dernier jour d'un Condamné, paraît avoir étudié avec quelque soin le langage bigorne, donnent ce nom à la guillotine, quoiqu'il soit bien plus ancien que la machine inventée par Guillotin, et qu'il ne s'applique qu'à la potence ou à l'échafaud. Celui qui jadis était condamné à passer tous ses jours à la Trappe ou aux Camaldules, ne voyait pas, sans éprouver quelques regrets, se refermer sur lui les portes massives de l'abbaye. La potence était pour les voleurs ce que les abbayes étaient pour les gens du monde ; l'espoir n'abandonne qu'au pied de l'échafaud celui qui s'est fait à la vie des prisons et des bagnes ; mais lorsque le voleur est arrivé au centre du cercle dont il a parcouru toute la circonférence, il faut qu'il dise adieu à toutes ses espérances, aussi a-t-il nommé la potence Y Abbaye de monte-à-regret 2.

Abkquer, nourrir un enfant ou quelqu'un gratuitement.

Abèqjueusjs, nourrice.

i. En principe, dans notre réimpression, nous avons omis toute superlluité : mots archaïques, termes purement français et vocables livresques. Partout où la définition du mot est remplacée chez Vidocq par une longue description de la chose exprimée, nous lui avons substituée une explication plus serrée tirée généralement du Dictionnaire de Delesalle.

■>. Mémoires, I, 228 [complainte de galériens] :

Notr' guignon eût été pire, Si, comme de jolis cadets, On nous eût fait raccourcir A l'abbaye de Monte-à-regret.

Et II, G : Tu as peur d'aller à l'abbaye de Monte-à-regret.

IIO DOCUMENTS JARGONNESQUES

Abloquir, acheter à prix d'argent ; se dit aussi pour acquérir. — Abloquisseur, celui qui achète ou qui acquiert.

Aboulage acre, abondance.

Abouler, venir et payer1 ; abouler de maquiller, venir de faire une chose ou une autre.

Aboyeur, celui qui, dans une prison, est chargé d'appeler les prisonniers demandés au parloir.

Abreuvoir a mouches, grande plaie d'où coule le sang. Ce terme est passé dans la langue populaire2.

Accent, faire l'accent, v. arçon.

Accroche-cœurs, favoris.

Achar, acharnement.

Acre, fort, v. aboulage.

Aff, affaire ; cf. pontes pour l'aff; pour l'ajf, par dérision.

Affaire, vol à commettre (t. Il, p. 337)3.

Affe, vie ; cf. eau-d'affe.

Affranchi, corrompu, connaissant ou pratiquant une ou plusieurs des nombreuses manières de voler 4.

Affranchir, corrompre, apprendre à quelqu'un les ruses du métier de fripon ; ainsi l'on dira : Affranchir un sinve avec de l'auber, corrompre un honnête homme avec de l'argent, l'engager à taire la vérité ; affranchir un sinve pour grinchir, faire un fripon d'un honnête homme.

i. Mémoires, II, 227 : Allons, aboule, du carie... III, 20: Il faudra bien qu'il aboule.

2. Erreur. Le terme est foncièrement populaire, on le lit déjà dans la Comédie des Proverbes, acte I, se. 8 : « Si tu y avois seulement pensé, je ferois de ton corps un abreuvoir à mouches et te montrerois bien que j'ai du sang aux ongles ». Oudin définit ainsi l'expression dans ses Curiositez (16A0) : « Abreuvoir à mouches, une grande playe sur la teste où les mouches peuvent boire », et Philibert Le Roux, dans son Dictionnaire comique (17 18) : « Abreuvoir à mouches signifie une plaie large et profonde, faite du tranchant d'un sabre ou à coup de bâton ». L'expression s'est maintenue dans le style burlesque et dans le parler vulgaire.

3. Mém., III, 3o : Il y a deux ou trois affaires que je reluque, nous les ferons ensemble.

4. Mém., IV, 69 : Des pantres nouvellement affranchis, j'aurais beau faire l'arçon...

Affurage, bénéfice, profit. — Affurer, gagner '.

Affûter, tromper (t. II, p. 333).

Aidance, service.

aiguille, clé. Terme dont se servent les voleurs de campagne.

Aile, bras ; sous l'aile, sous le bras.

Air (se donner de /'), se sauver (Mém., Il, 7). V. donner.

Alarmiste, chien de garde.

Alentoir, alentour, aux environs.

Allumer, regarder attentivement2 : allumer ladaronne et le momacque, regarder la mère et l'enfant (t. I, p. 101).

Altèque, beau, bon, excellent.

Américain, compagnon du charrieur (t. H, p. 65), escroc qui feint d'arriver d'Amérique avec de l'argent.

\mi, camarade de prison, voleur3.

Amour, chiffonnier (t. II, p. 278).

Andosse, dos (t. II, p. 90).

Andouille, homme indolent, sans caractère.

Anguille, ceinture.

Antifler, marier.

Antonne, église. Terme des voleurs parisiens.

Antroller, emporter.

Apôtre, doigt.

Aqutger, battre, blesser; on aquige aussi les cartes pour les reconnaître au passage, et les filer au besoin.

Arbalète, croix que les femmes portent au col ; arbalète de chique, d'antonne, de priante, croix d'église.

Arcasien, arcasineur, celui qui écrit des lettres de Jérusalem (mendiant à domicile).

1. Mém., II, 6 : En goupinant comme ça, on n'affure pas d'auber.

a. Mém., III, ia5 : Allume, si tu remouches la sime ou la patraque.

3. Mém., III, 99 : C'était un ami de collège que j'avais retrouvé ; io4 : toi qui passes pour un ami. Cf. Balzac, Vautrin, p. 3a : « Un ami signifie, en argot, un voleur émérite, un voleur consommé, qui, depuis longtemps, a rompu avec la société, qui veut rester voleur toute sa vie et qui demeure fidèle quand même aux lois de la haute pègre ».

1 ] 2 DOCUMENTS J ARGCOÎNESQUES

Arc at, faire ou monter un arcat, escroquer de l'argent à une personne au moyen d'une lettre de Jérusalem (v. ce mot).

Arche, coffre ; aller à l'arche, chercher de l'argent, dans une partie de billard (t. 1, p. 20).

Arçois (faire V), faire le signal qui sert aux voleurs, et plus particulièrement aux assassins de profession, pour se reconnaître entre eux. Ce signal se fait de cette manière : le bruit d'un crachement et simuler un G sur la joue droite et près du menton, avec le pouce de la main droite. On fait aussi Y arçon pour avertir celui qui se dispose à travailler de ne pas commencer, attendu qu'il est observé ou en danger d'être saisi.

Ardent, chandelle ; v. fauche-ardent, tranche-ardent.

Arganeau, ou organeau, anneau de fer placé au milieu de la chaîne qui joint entre eux les forçats suspects.

Arglche, argot.

Arguemines, mains. Terme des voleurs flamands.

Aricotage, le supplice de la roue. — àricoter, rompre. — Aricoteur, le bourreau, celui qui rompt.

Arlequins, morceaux de viande de diverses sortes, provenant de la desserte des bonnes tables et des restaurateurs, qui se vendent à un prix modéré dans plusieurs marchés de Paris. Ce mot est passé dans la langue populaire *.

Arnache, i° illicite; 20 tromperie ; à l'arnache, en trompant de toute manière. — Arnacher, tromper (t. II, p. 333).

Arnelle, Rouen. — Arnellerie, rouennerie (marchandise).

Arpagar, Arpajon

Arpions, pieds.

Arqleplncer, saisir vivement2.

Arsonnement, masturbation. — Arsonner (s'), se masturber.

Aspic, médisant, calomniateur. — Aspiquerie, médisance, calomnie.

1. Mémoires, IV, g5 : Un arlequin qu'il avait acheté au marche' Saint-Jean [Note : Petit tas de viandes mélangées que l'on vend à la halle pour les chat,s, pour les chiens et pour les pauvres].

a. Mém., II, i5 : J'ai promis de reconobrer tous les grinchisseurs et de les faire arquepincer.

LE VOCABULAIRE DE VIDOGQ Il3

\- ricoT, vermicelle.

\toi seb, encourager.

Vioi i. estomac; avoir de l'atout, rire courageux, hardi.

Vu m m , boucle.

\ niiioi eu. acheter des effets volés.

\i ber, argent monnoyé.

Vi mônier, variété do dé tourneur (l. I, p. 102, 218), voleur à l'aumône.

Vi tan, grenier.

\i tor (<f), d'autorité.

Wale-tout-cru, variété de détourneur (t. I, p. 102, 218), voleur de diamants qui quelquefois les avale.

\\ vi.nm, gosier.

\\ ergots, œufs.

\\o\n ni bel hue si 1; iv tête, être couvert de crimes. Prohibe argotique des voleurs juifs ; ils disent en hébreu : « Si vous avez du beurre sur la tète, n'allez pas au soleil : il fond et tache. •>

Babillard, confesseur, livre. — Babillarde, lettre. — Baiuller, lire.

Bâchasse, travaux forcés, galères.

Bâches ( faire tes) ou bachotter, terme dont se servent les /loueurs, et qui signifie : établir les paris dans une partie.

Bachotteur, compère chargé du deuxième rôle, dans une partie jouée ordinairement au billard.

Bâcler, fermer.

Bagout, nom propre. — Bague, nom propre.

Baigneuse, chapeau de femme.

Baite, maison.

Balader, choisir, chercher. Dans le langage populaire, ce mot signifie : marcher sans but, flâner.

Balais, gendarme. Terme des camelots ou marchands ambulants.

Balancer, jeter ; balancer le chiffon rouge, parler; balancer ta <anne, de vagabond devenir voleur ; balancer ses halènes, cesser d'être voleur.

Les Sources de l'Argot Ancien, t. II. 8

Il4 DOCUMENTS JARGONNESQUES

Balançoire, fraude.

Balançons, barreaux.

Balle, franc *.

Balle, balle d'amour, physionomie, jolie physionomie ; jaire sa balle, convenir 2.

Balociie, testicule. — Balocher, tripoter, faire des affaires illicites.

Baluchon, paquet 3.

Banc, lit de camp (t. II, p. 37).

Banquette, menton.

Barbaudier du castu, gardien d'hôpital.

Barberot, forçat chargé de raser ses camarades, barbier de bagne.

Barbichon, capucin.

Barbillon, souteneur de filles.

Barbot, canard.

Barbote, fouille d'un détenu à son entrée en prison. — Barboter, fouiller.

Barbotier, guichetier chargé de la fouille, femme chargée des mêmes fonctions envers les visiteuses.

Barre, aiguille.

Basourdir, tuer, étourdir.

Bastringue, étui de fer-blanc, d'ivoire, d'argent, et quelquefois même d'or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passeport, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l'anus.

Batif, batifonne, neuf, neuve.

Batouse ou batouze, toile.

Battant, cœur.

Batterie, mensonge, patclinage.

Batteur, menteur.

Batteurs de digue-digue, faux épilcptiques (t. II, p. 80, 90), voleurs qui simulent l'épilcpsie, soit pour détourner l'attention

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