‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 6 sur 157 · Ibidem, p. io/i-ioô · texte numérisé non relu

Ibidem, p. io/i-ioô

FR.-EUGKNE VIDOCQ I I

Pilles : chai le y retappe;

Marchands forains : landière (boutique de foire), pkUantFope (=JUqu) :

Marchands de chevaux : bouton (pièce de vingt francs) ;

Marchands d'habits : point (franc) :

Roulottiers parisiens : imltreuse (valise) ;

Saltimbanques : trèpe (foule) ;

Voleurs de campagne : aiguille (clé), grande lire (route), etc. ;

Voleurs de la haute pègre : bruge (serrurier).

Ces attributions nombreuses et exactes, notées ici pour la première fois, donnent à l'œuvre du célèbre policier une précision et une variété inconnues dans le domaine argotique : « J'ai indiqué, nous dit l'auteur, toutes les fois que je l'ai pu, à quelle classe appartenait l'individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu'il habitait ordinairement ; un travail semblable n'a pas encore été fait1. »

Mais ce vocabulaire, dont les éléments multiples ont été recueillis dans des milieux si divers, ne tarda pas à vieillir. Quelques années seulement après son apparition, Pierre Joigneaux, dans ses « Prisons de Paris » (i84i), constate déjà que « le glossaire publié par Yidocq est presque à l'argot moderne ce que la langue de Froissait est à celle du xix° siècle, »

i. Yidocq, Les Voleurs, t. I, p. \l\.

C'est évidemment exagéré. Il n'en est pas moins vrai que les glossaires d'argot joints aux « Mémoires d'un Forçat » (1829) et à Y « Intérieur des prisons » (1846) diffèrent sensiblement du vocabulaire de Vidocq. Mais ce dernier a seul exercé une influence réelle : tour à tour exploité par Fr. -Michel (18.V1), Colombey (1862), Christophe Moreau (i863), Larchey *, etc., il constitue encore, et surtout aujourd'hui, le plus riche répertoire en matière argotique.

Notre réimpression, en utilisant les données éparses des « Mémoires » et des « Voleurs », fait ressortir la richesse souvent latente de ce vocabulaire, dont l'auteur avait parfaitement raison d'affirmer dans sa préface : « Ce Dictionnaire, je ne crains pas de le dire, est fait avec plus de soin que tous ceux qui l'ont précédé. Les lecteurs y trouveront de nombreuses observations sur l'origine et la valeur des mots, et des détails peu connus sur la manière de procéder des diverses catégories de voleurs. Ces détails ne seront pas la partie la moins curieuse et la moins utile du livre2. »

1. Larchey attribue souvent à Vidocq des termes qu'il ignore : arsenal (arsenic), artis (argot), barboter (voler ; dans Vidocq : fouiller), petun (tabac), tire-bogaes (voleur de montres), etc.

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