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IV. — Maximes de Voleurs

Cette pièce, de date incertaine, est attribuée par Hogier- Grison (Le Monde où l'on vole, 1887, p. 293 à 3o3) à « un La Rochefoucauld inconnu, qui avait probablement du temps à perdre entre quatre murs ».

On n'est pas sapé pour avoir pris, mais pour n'avoir pas fait chibis.

Ça n'est jamais l'oiseau qu'on file dans le trou qui va en cage, c'est l'autre.

Si la ferraille est doranchée, va à la foucaudière ; si c'est du jonc, va au moulin.

Deux poteaux d'altèque ne se bidonnent pas.

Quand un meg te rebouisera, jette-le sur ses arpions : s'il a des bateaux-mouches, c'en est un...

Devant le blave à ressort remise bibi.

Si tu poisses un bogue, c'est urph ; mais cramponner la bride, c'est balouf.

Ce n'est pas le cierge qu'il faut allumer, c'est le messier.

Gare aux cognes si tu casses ta canne.

Déboucle tes naseaux pour éventer une souricière ou on te plaquerait au schtard.

Si dans une affaire tu as la dringue, c'est que tu es mauvais charron : balance tes halènes.

Quand un curieux te lunera dans une ratichonnicre, rapille toi dans l'egrugeoir.

Avec un nière à l'estorgue ouvre les dardants pour éviter l'esgard.

Aboule aux parmezards, mais nettoie les linsprés.

Bonjourier, quand la brandillante aura jappé, fais-toi une tronche et, le combriot en poigne, fais l'équerre en Saint- Jean.

Mieux vaux être au large dans une cage à fourches que d'être ligotté dans un cabriolet.

La cafarde est une vache, le reluit une bourrique, mais la sombriole une frangine.

Mieux vaut faire un vidage de fouillouses qu'un dévidage d'aminches.

Contre la lourde colle ta loche ; si c'est franc, fourre l'oiseau ; s'il ne veut pas chanter, file l'enfant.

Si on t'attache un bidon, une fois au defouraillage, un saindhomme à la casserole qui t'aura servi.

Il vaut mieux vider un beurrier que d'emplir un conservatoire.

Quand il fera vache, tire toi en camplouse roupiller sur la verdouze, respire des terreuses et en rappliquant tâche de frire un rigolot.

Ne fais pas Joseph un liège et un chariot : le premier te briderait chenument et l'autre te roquerait toquement.

Quand tu auras trop de rouillard par la fiole, va sorguer.

En gerberie défrimousse les fargueurs ; une fois débouclé, tu les passeras au trèfle.

Ne te fais jamais brodancher la couenne, on verrait que tu sors du collège.

Si tu fabriques un panama, fais ta saucisse de son pot-aufeu, elle te tirera le boudin de la taule pour enquiller.

Si le mouiJlard te cramponne, dégringole-le.

N'enquiquine jamais le soleil dans le taffetas qu'on te colle à l'ombre.

Mieux vaut effaroucher une pépette et avoir le condé que de chopper dix naps et aller se laver les pieds.

MWIMES DE VOLEURS 305

Nourris un môme deux: longes plutôt que d'être marronne au grinchissage.

Ne coque jamais ton centre au meunier, son moulin n'est souvent qu'une écurie à bourriques.

Si tu M des salés, fais de la môme une fourchette et du gosse un raton.

Ne rouscaille. jamais avoir payé ; si tu la casses, fais scouper" que ce sont des sapements politiques.

Ne jacte jamais ton barbot dans un bocard, le sacristain te servirait au quart.

Mange sur le pouce, mais ne te mets jamais à table.

Si en pastiquant la maltouze, tu remouches les sondiers, fends ton compas, ça pue 1

Quand un gras-doublier pomaquera sa camelotte, qu'il ne la repige pas, il serait fait bath !

Si tu as les pieds dans le dos, cavale ; si tu es gaffé de riffe, turbine.

Moins tu casses, moins tu payes.

11 vaut mieux aller à Niort qu'à Tours.

Sème la camelotte au lieu de la garder dans le pied.

Les boutanches de lartonniers sont de la roustempoigne, celles de joncliersont du bath, chambarde-les !

Si les maquereaux sont les tyrans de la merluche, les marmites, les colombes de la cuisine, les charrons sont les bourgeois du grinchissage.

Si tu es malade, va en cambrouse, tu n'écoperas peut-être pas la centrouse.

Comme opinions sois partageux, laisse la vioque aux rupins et effarouche leur saint-frusquin.

Encasque dans la trèple, c'est là qu'on fais les plus rupes chopins.

Ne sois ni lourd à la plonge ni dur à la tire.

Brûle le pégriot si tu ne veux pas être roussi.

La blanquette dans le battant, c'est girond; mais dans la vandale, c'est plus bath.

Serre aussi bien la louche à un ferlampier qui a une victoire de dix patards, qu'à un pègre qui a une lime brodanchée.

Si tu fabriques un endormage, ne te goure pas de gobson, tu roupillerais .

Si tu as le piment sale, va au bain.

Si le bonnet de coton ne donne pas, fais le rende.

Quand la camarde t'aura refilé sa contremarque, tu peux jaboter avec le ratichon, mais ne lui casse que des emblèmes.

C'est toc d'être à la comédie, carre donc pour ne pas tomber dans le lac.

Effarouche une thune ou cent dentelles de millets, tu payera le même fade : vas-y donc de riff.

Il vaut mieux rompre son larton que son banc.

Mieux vaut perdre son rigolot que sa sorbonne.

Jabotte au blanchisseur, chique au quart, emblémis les figés et rigole avec les passe-lacets.

Quand tu seras plein de sigs et des tailbins, plaque-toi dans un bon paquelin et fais le bénisseur.

Une fois ta praline posée, ne repique plus au turbin, gourdifaille, vive des rouillardes et gondole-toi avec ta largue.

Outre ce « Bréviaire des voleurs », Hogier-Grison a fait insérer dans ses ouvrages plusieurs pièces en vers : Chanson d'un vieux voleur, une Complainte « vieille chanson d'argot », et Maximes des tricheurs i. Ce sont là des essais d'amateurs à peu près dénués d'intérêt. 11 y a belle lurette, que la pègre n'a plus ses poétaillons. Depuis la fusion de l'argot dans le bas-langage parisien, des chansonniers insignes ont succédé aux rimeurs des âges précédents; mais les productions de ces « poètes montmartrois » sortent du cadre de notre ouvrage.

i. Le monde où Von flibuste, 1887, p. 325-327; Pigeons et vautours, 1887, p. 169-18/1 et 23cj-2/,5.

Nous avons essayé de suivre, dans les pages qui précèdent, les vicissitudes du lexique jargonnesque depuis le \\ siècle jusqu'à nos jours. Chemin faisant, et à différentes reprises, nous avons noté l'incursion de ces vocables spéciaux dans les milieux étrangers au royaume de l'Argot. Après avoir fait ressortir cette action continue du jargon sur la langue générale et sur le bas-langage, il nous a paru utile de compléter ces renseignements par un relevé des derniers vestiges que cette langue, tout d'abord secrète, a laissés dans l'argot moderne et, par l'intermédiaire de celui-ci, dans le langage populaire parisien et les parlers provinciaux. On aura ainsi une vue d'ensemble du vocabulaire argotique dans le temps et dans l'espace.

Mais avant d'aborder cet ensemble de survivances, il importe de faire saisir par un mot typique la variété et l'extension de cette influence argotique. Le terme rupin va nous servir d'exemple et nous

allons essayer d'en étudier le développement successif. Cette évolution présente les aspects suivants :

i. Origine. Dérivé de rupe, dame, — forme parallèle à ripe, l'une et l'autre formes communes à la Vie généreuse1, — le mot rupin, gentilhomme, accuse ainsi une origine franchement jargonnesque. Sous le rapport de la forme, l'alternance vocal ique rappelle celle de grupper à côté de gripper ; quant au sens, le rapport rupe-rupin trouve son pendant dans celui de marque-marquin 2. On a donc eu tort de faire venir le mot du tsigane3, le vocabulaire argotique ignorant toute influence ancienne de cette provenance4.

2. Historique. Le mot rupin fait sa première apparition au commencement du xvn' siècle et, depuis, on peut en suivre les destinées jusqu'au xix°. Voici le tableau qui résume ces différents témoignages :

1628. Jargon, I, io5 : Rupin, un gentilhomme; 238 : Puis ils s'enquestent où demeure quelque marpaut pieux et rupines et marcandieres dévotes ; 23 1 : Un autre qui contrefit l'operateur... et trompa la rupine qui leur avoit preste son galier : 232 : Un de nos frères qui a afïuré un rupin.

i63o. Response, I, 255 : Il bia demander la thune à la lourde d'un gros rupin ; 256 : Encores qu'elles soient sœurs, il y a aussi grande différence entre l'une et l'autre, comme il y a entre un rupin et un pallot ; 207 : Ce grand Dasbuche de l'uni-

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