‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 87 sur 157 · Cf. Argot Ancien, p. i · texte numérisé non relu

Cf. Argot Ancien, p. i

2l8 CONCLUSION

Aquiger, attraper et faire mal (109G), aujourd'hui sous la forme attiger, frapper (Hayard), blesser grièvement et être atteint d'une maladie vénérienne (Rossignol). D'Hautcl donne, déjà en 1808, cette dernière forme comme particulière aux polissons parisiens (t. I, p. i43).

Arquepinger, arrêter (1829) : Tu perds rien pour attendre, je t'arqaepincerai (Méténier, p. 193). Terme passé, au sens de prendre ou saisir, dans le bas-langage parisien (Delvau) et provincial : Anjou, arquepincer, pincer quelqu'un qui est en fraude ; Bresse, prendre, arrêter : il s'est fait arquepincer (Guillemant).

Arton, pain, la plus ancienne forme que connaisse le jargon (i455), aujourd'hui larton, d'où lartonnier, boulanger (Hayard), à côté d'ARTiF (1800), aujourd'hui lartif, pain (Rossignol).

Moi, j'suis birbass', j'ai b'soin d' larton...

(Richepin, Gueux, p. 180).

L/ gardien des travaux fait du riff à menuit, I laisse toujours chauffer mézigue Et rôtir mon morceau d' lartif.

(Bruant, Rue, II, 20G).

Ce vieux mot de gueux, familier au bas-langage, a passé dans plusieurs langues spéciales — argot breton, bellau, ménédigne, etc. * — et dans les parlers provinciaux :

Provence, artoiin, le pain, et spécialement le pain grossier (Mistral) ;

Lyonnais, arton, pain, ne s'emploie que dans les expressions : Quel troc d'' arton ! Donne-moi une chique d'arton, et autres de ce genre (de Puitspelu) ;

Anjou, arton, pain, terme faubourien (Verrier et Onillon). Albert, argent (i455), terme usuel dans le bas-langage. Payes-tu un glacis? — Je n'ai pas d'aubert (Rossignol). Viens-tu ? J' vas poisser d' Yauber...

C'est pas rigolo, l'hiverî

(Ricbepin, Gueux, p. 181).

On bouffait chez 1' pèr' Lafrite Pour un peu d'aubert...

(Bruant, Rue, II, 61).

C'est le plus ancien des synonymes d'origine jargonnesque

i. Voir Argot Ancien, p. 187.

— cf. ci-dessous bille, braise, pèze — qui aient passé dans le parler vulgaire.

Babillarde, lettre (1728), mot encore usuel.

Dans Le fourrier de ce matin, j'avais douze babillardes (Rossignol).

Us savent triturer une babillarde... Le matin y m'est venu une babillarde île la petite Coco (Méténier, p. 120 et 122).

De là bab illarder, écrire une lettre (Rossignol). Balader, aller demander l'aumône en chantant (1G28), comme taisaient les mendiants aveugles, d'où aller en flânant, se promener sans but. De là balade, promenade, tlànerie. Où vas tu ? — Tu vois, je vais me balader (Rossignol). Je me serais baladé pour rien... (Méténier, p. 218). Ou'a trop longtemps que/ me balade La nuit, le jour, sans toit, sans rien...

(Rictus, Soliloques, p. 20).

Après le balthazar arrosé d'importance, la balade dans les champs ou les bois (Poulot, p. 200).

Un petit tour de balade l'après-midi... elle faisait un dernier tour de balade... (Zola, p. 78).

Terme devenu tout à fait populaire et passé dans les parlers provinciaux l ; on en a tire les dérivés : baladeur, flâneur, et baladeuse, voiture légère de marchand forain sur laquelle il traîne lui-mémo sa marchandise ou voiture supplémentaire ajoutée à un tramway.

Baluchon, petit paquet de gueux (Vidocq) : Prends ton baluchon et décanille d'ici (Rossignol), avec le dérivé baluchonner, faire des paquets : Le voleur qui ne trouve pas d'argent dans une maison où il s'est introduit, fait des paquets de linge et vêtements, baluchonne (Idem).

Dans le langage de l'ouvrier, baluchon désigne le petit paquet de hardes ordinairement contenu dans une serviette ou un mouchoir dont les quatre coins sont noués ensemble. Les petits prennent leur baluchon sur l'épaule Et mettent leurs sabots au bout garni de tôle.

(Richepin, Gueux, p. 70).

C'est avec ce sens que le mot a passé dans les parlers provinciaux "2. Dans la Bresse, baluchon est le bagage qu'on emporte avec soi : Y a pas longtemps qui vint dans le pays, son baluchon au bout de son bâton (« terme d'argot partout

Page 1