‹ Les sources de l'argot ancienChapitre 90 sur 157 · Voir Argot Ancien, p · texte numérisé non relu

Voir Argot Ancien, p

vilaine est blèche ; bléchard, être ou objet laid (Rossignol) ; dans les faubourgs, on dit d'une femme laide, disgraciée de la nature : elle est rien blèche ; bléchardc, c'est le superlatif de blèche (Virmaître).

Dans le langage des typographes, faire blèche, c'est amener un coup nul dans le jeu des cadratins ; par extension, faire banque blèche, c'est ne pas toucher de banque (Boutmy).

Dans la langue littéraire, blèche est à peu près sorti d'usage, mais il est vivace dans le bas-langage, en dehors de l'emploi technique des typographes ; aux exemples déjà donnés (t. I, p. i4o-i4i) ajoutons ces deux autres :

C'était un môme assez costeau, Mais il 'tait avec eun' cathau, Qu'était blèche...

(Bruant, Rue, II, 34).

J' dis pas, c'est sûr, j' suis qu'eun' pierreuse, Eun' loqu' d'amour, eun' malheureuse, Mais quoi, j' s'rais t'y cent fois pus blèche, Pus dégueulé', pis dans la dèche, C/est-y eun' raison pour que j' claque ?

(Rictus, Soliloques, p. iô).

Dans les parlers provinciaux (Anjou, etc.), blèche signifie rechigné, renfrogné.

Blot, prix, affaire (Vidocq) : acheter une chose bon blot.. c'est l'acheter bon marché (Rossignol) ; quel blot la menée ? quel prix la douzaine ') (Hayard).

Le mot entre dans plusieurs locutions familières au baslangage : c'est mon blot, j'ai ce que je désire; ça fait le blot, ça fait le compte (Virmaître).

Un gluant, ça n' f'rait pas mon blot.

(Richepin, Gueux, p. i84).

Non, mon vieux, ça fait pas mon blot.

(Bruant, Route, p. iq3).

Boucler, enfermer le détenu dans le cabanon (Vidocq), terme policier passé dans la langue générale, principalement dans l'argot des casernes : Un militaire mis à la salle de police est bouclé (Rossignol). De même, au sens de fermer : boucler sa porte (Idem).

Bouffarde, pipe (i836), mot devenu populaire : un peintre dit volontiers ma bouffarde, en parlant de sa pipe (Rigaud). On fume sa bouffarde Près d' la mèch' qui garde... (Nibor, p. 20/i).

Le mot désigne spécialement la grosse pipe dont se servent les gens du peuple.

BOULAKGER, diable (Vidocq), mot familier au Lyonnais : « ainsi dénommé parce qu'il met à cuire les damnés dans son four » (de Puilspelu). L'association d'idées accuse un tour d'esprit différent : l'argol désignant l'enfer par moulin, le diable y reçoit le surnom de boulanger.

Braise, argent (Vidocq).

Offre-nous une tournée ? — Peux pas, nib de braise (Rossignol).

Tu gagnes assez de braise avec nous ( Mrténicr, p. .'12).

Terme familier aux ouvriers, aux filles, avec les dérivés : braiser, payer, braUeux, riche.

J' dépens' la brais' que j' gagne.

Nom de Dieu !

Quand j' pompe un coup d' bleu.

(Richepin, Gueux, p. 1G9).

Ça s'appell'des gens' à son aise, Mais c'est pas eux qu'est les malins, Si c'est touj ou r' eux qu'a la braise, C'est touj ou r' eux que s'ra les daims.

(Bruant, Rue, I, 1 17).

Quand on n'est pas braiseux d' naissance, Pour viv' faut ben truquer un peu...

(Idem, I, 1 19).

Littré donne braise comme terme spécial à l'argot des ateliers ; les revendeurs du Temple s'en servent (v. ci-dessous bille) et il a passé dans les parlers provinciaux (Anjou, etc.).

Brème, carte à jouer (i 836) : La fille publique est en brème parce qu'elle a une carte délivrée par la préfecture de police ; l'agent de la sûreté qui a une carte de réquisition est aussi en brème < Rossignol).

Le sens de « carte à jouer » est prépondérant dans le baslangage, d'où brèmer, jouer aux cartes : j'ai passé la soirée à brèmer (Rossignol).

Huit brèmes... rien que du battant tout rouge... Elle m'a demandé son autorisation, sabrème comme elle dit (Méténier, p. 29 et 2G0). Après un prime enjeu conclus, Retourne vite une autre brème...

(Richepin, Paradis, p. 19?).

Broque, double liard (1628), aujourd'hui sou ou centime : Je suis coupé, je n'ai pas un broque (Rossignol) ; cinq broques font un rond, vingt ronds font une balle, cinq balles font un roue de derrière ou forte thune ( nigaud). Hayard cite la form

parallèle un bourgue, un sou, forme alléguée aussi par Bruant, v° billon.

Gambroi se, province, campagne (i836), aujourd'hui au sens restreint de « banlieue » : Je vais m' balader dans la cambronse après la croustille (Hayard). Le dérivé, cambrousier, paysan, provincial (Rossignol), charlatan (Hayard), désigne encore : le brocanteur, dans l'argot des revendeurs du Temple (Delvau) et l'ouvrier-peintre-vitrier, dans le jargon des peintres en bâtiments (Rigaud).

Dans le parler de l'Yonne, cambrouche signifie un homme très grand et très fort (Jossier), c'est-à-dire un paysan.

Camelot, colporteur, descendant de l'ancien coëmelot, petit mercier : sous sa forme moderne, le mot désigne à la fois le petit marchand de bimbeloteries et le vendeur d'imprimés dans la rue ainsi que l'employé des magasins de mercerie. Dans ce sens, le terme est d'introduction récente et dérive de cameloter, vagabonder, qu'Oudin donne déjà (i64o) comme « mot de narquois », en même temps que camelotier, gueux, c'est-à-dire mercier-gueux, sens encore conservé dans le Bas- Maine : camelotier, marchand de drap ou de toile (Dottin). Dans l'Anjou, encameloter veut dire ensorceler, c'est-à-dire embobeliner quelqu'un par des boniments semblables à ceux dont use le camelot pour placer sa marchandise (^Verrier et Onillon).

Camelote, toute espèce de marchandise (1800), aujourd'hui marchandise de mauvaise qualité : tout l'article de Paris qui se fabrique vite, mal, à très bas prix, est de la camelote (Rigaud). Le mot a pénétré dans plusieurs parlers provinciaux aux sens très variés qui révèlent des traces de son origine jargonnesque :

i° Complot, dans le Haut-Maine (Montesson), d'où cameloter, comploter ou parler l'un à l'autre à voix basse (Idem) ;

20 Contrebande, à Genève et à Lyon, d'où camelotier, contrebandier (Humbert) ;

3° Concubinage, en Champagne : vivre en camelote (Tarbé).

Camoufle, chandelle, bougie (1829), mot passé dans le baslangage :

Eteins le cierge ou la camoufle...

(Riche-pin, Paradis, p. 80).

La camoufle, restée allumée, éclairait sa défroque (Zola, p. ~i'\'\).

De même, dans les parlera provinciaux : Havre, Mayenne, (latine, etc. '.

Gamoi i h sb, déguiser (Vidocq), encore vivace dans le môme sens (Rossignol) ou dans celui de falsifier la boisson (Higaud). <)n s' camoufle en p'tit jeune homme.

(llicbepin, GuéiX, p. 192).

II. -France donne en outre le dérivé eamoufleuv, agent déguisé.

Capok, chenapan, filou (1G28), passé du jargon au bas-langage (et de là dans la langue générale) avec ces sens :

i° Joueur habile, rusé et même filou ;

2° Elève qui espionne, qui dénonce ses camarades ;

.1 Lâche, poltron.

La première acception esi an soutenir immédiat des anciens Gapons; les deux dernières ont pénétré dans les collèges par l'intermédiaire des voyous ou polissons (t. I, p. 5a), comme l'a\ait déjà indiqué d'Ilautel; d'où caponner, dans l'argot des écoles, rapporter au maître les fautes de ses camarades. Le tenue est d'origine foncièrement jargonnesque (v. Glossaire).

Carme, monnaie, argent (i83o), d'où carmer, payer (Rossignol), l'un et l'autre familiers au bas-langage.

La môme I je te gobe ! si tu veux, je prends la piaule sous faux blaze, tu feras le turbin et ou s'arrangera pour le carme (Métènier, p. i95).

Quej' pilonn', que j' n'ai pas d' métier... Que j1 suis sans aveu-z-et sans carme.

(Bruant, Route, p. 23).

Casqler, donner aveuglement dans tous les pièges (Yidocq), aujourd'hui payer bon gré mal gré : C'est une bonne pâte, nous allons le faire casquer d'une tournée (Rossignol).

Le mot est usuel dans le langage des malfaiteurs, des souteneurs et des filles, des marins, etc.

Quand ils ont casqué, on dirait qu'ils regrettent leur galette (Méténier, p. 33).

Quand 1* pant' a V doigt dans la miebe,

S'i casque pas gros, Gare au bataillon d' la guiche!

C'est nous qu'est le dos.

(llicbepin, Gueux, p. 192).

Avec l'argent d' la campagne, Que 1' commissaire m'a casqué,

Page 1