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Daron. père, daronne, mère (1728), mots très populaires. Pense à ta daronn' qu'ai' t'aim' tant.

(Richepin, Gueux, p; ni<>)- Mon daron voyait tout en noir...

Mie a pus d' daron, pus d' daronne, Aile a pus personne.

(Bruant, Rue, I, 98 et 200).

Sûr <|u';i s'ni frtnch*, Gironde et bonne... Que j' la prendrai pour eune daronne.

(Rictus, Soliloques, p. 64).

D'il au tel attribue déjà en 1808 le mot au langage des ouvriers ; on le lit antérieurement dans l'Histoire de M. Guillaume cocher du comte de Caylus (Œuvres, t. X, p. 63) : « Il était maître de tout jusqu'à manier l'argent de la daronne, sans compte ni mesure . Dans le patois de Lille, daron désigne le maître de la maison, le mari (Vermesse).

Dauphin, pince de voleur (1790), en français, sens récent (il manque encore à Littré), d'origine argotique, comme son synonyme monseigneur (v. Glossaire).

Demi rger, s'en aller (1725), encore usuel.

Je ne veux pas des clients comme vous, il faut démurger de chez nous : aile/, démunie: ! (Rossignol).

Vlà la coterie qui démunie... Je l'ai pas vu depuis hier au soir qu'il a démurgé (Météaier, p. 100 et 276).

Douilles, cheveux (1829), terme passé dans le bas-langage. Mince de douilles jaunes !... C'est pour ça que tu as verni tes douilles (Méténier, p. 378 et 288).

J'ai les douilles comme un balai de macadam (Poulot, p. i85).

Richepin emploie, au même sens, la forme douillards, que Rossignol rend par celui qui a des cheveux :

\ i\' la gai té ! J'ai pas d' chaussettes ;

Mes rigadins font des risettes ;

Mrs tas d'' douillards m' servent d' chapeau...

(Richepin, Gueux, p. 173).

Mot très usuel dans le langage des casernes (Merlin).

Eau-d'affe, eau-de-vie (1790). Mot populaire à Paris et dans la province : Guillemant note le mot comme « général » dans la Bresse et la Bourgogne.

Enquiller, entrer, faire entrer (1725), d'où renquiller, rentrer ; aussi avec le sens de caser, pourvoir d'une place.

Il y a longtemps que je cherche à m' enquiller dans cette boite (Virmaître).

23o CONCLUSION

Je viens te trouver pour que tu m'enquilles ce cadet là quelque part (Poulot, p. 17/1).

Dans le langage des typographes, s'enquiller veut dire être embauché (Boutmy). Ce verbe est usuel dans quelques parlers provinciaux où il trouve des applications très variées.

A Lyon : Enquiller, enfiler : yenquille la rue... se cacher, se blottir pour ne pas être vu ; renquiller, remettre dans sa poche : j'ai renquillé mes liards (de Puitspelu).

En Anjou : Anquiller, enquiller, faire entrer : on enquille son pardessus par dessus son petit veston et l'on a l'air habillé ; enquiller, enfiler, engager, insérer, planter dans, enfoncer (une barre dans un trou) : j'ai enquille le bout de la barre dans le trou de scellement (Verrier et Onillon).

Enterver, comprendre (xvc siècle), entraver (1725), surtout sous cette dernière forme que donnent seule Hayard et Rossignol :

T'as entervé. Chouett', mon amour.

Va, la môm', truque et n' fais pas tour.

(Richepin, Gueux, p. 190).

Le verbe est encore usuel dans le parler angevin : Enterver, comprendre, saisir, entendre.

Esbrouffe, air important, embarras (1827), aussi avec le sens de « tapage », et les dérivés : esbrouffant, inouï, incroyable (Delvau) ; esbrouffer, épater, dire des sottises à quelqu'un, l'interdire (Rossignol) ; esbrouffeur, faiseur d'embarras, fanfaron.

Si Vincent de Paul était là, serait-il esbrouffe?... S'il devait leur donner des instructions, il se laisserait esbrouffer... Il fait le connaisseur, il esbrouffe... Il est gueulard et esbrouffeur (Poulot, p. 5o, 69, 90 et 96).

S'il est possible de faire tant d'esbrouffe, dans un moment pareil !... Il marchait de l'air esbrouffeur du citoyen qui est d'attaque (Zola, p. 332 et 392).

Nous fîmes des voyages esbrouffants Jusques en Amérique.

(Xanrof, Chansons à rire, p. i38).

Le mot et ses dérivés ont passé dans la langue générale et dans plusieurs parlers provinciaux (picard, angevin, etc.).

Escarpe, voleur-assassin, escarper, voler pour assassiner (1800), termes encore vivaces et passés dans la langue générale.

Autour de lui chiffonniers et escarpes se rangèrent silencieuse-

LES SURVIVANCES DE L'ARGOT ANCIEN 2.Sl

ment... Il a escarpé un pantc qui lui fourrait sous le blair un crucifix à ressorts (Méténier, p. aïo et 390).

Bscofpieb, assassiner (1800), terme passé dans le bas-langage : blesser ou tuer quelqu'un ; se dit également au point de vue moral : je l'ai rudement escoffié dans l'estime de ses amis (Virmaitre).

Rappliques un peu par ici, que je vous désosse ! Ah ! ils veulent m'escofjier ! (Zola, p. 50 1).

De même, dans les parlers provinciaux : Anjou, Bresse, Lyon, etc.

Estourbir, tuer (Vidoeq).

Des histoires pour estourbir un pauvre diable (Méténier, p. 390).

C'est le deuxième chat que je leur eslourbis en douceur (Mirbeau, p. 20/I).

Terme familier aux parlers provinciaux : étourdir et tuer (Anjou), faire mourir, assommer (Bresse), tuer, etc. (Lyon).

Fade, part dans un vol, et fadeh, partager les objets volés (Vidoeq).

Le voleur qui a reçu sa part du produit d'un vol a eu son fade ; fade, bien servi, avoir largement son compte (Rossignol).

Ils veulent bien que je fade avec eux (Méténier, p. 52).

Mot passé dans le langage des ouvriers où fade désigne la quote-part de chacun dans une dépense générale, l'écot que l'on paie dans un pique-nique : toucher son fade, toucher sa paye ; être fade, être soûl, mot à mot avoir son compte, sa charge de boisson (Higaud).

De même, dans le langage des typographes : Avoir son fade, être bien servi dans une distribution de liqueurs ou de comestibles ; par extension, recevoir son compte (Boutmy).

Faffe, faffiot, papier (Vidoeq), aujourd'hui surtout fajfes, papiers d'identité et billets de banque (Hayard). L'ouvrier appelle son livret faffiot (H.-France).

Fanandel, fanande, camarade (1G28), terme passé dans le bas-langage, comme son synonyme zigue.

Vlà les fanand' s qui radinent...

(Richepin, Gueux, p. 191).

Un zigue, un gas, un fanandel.

(Rictus, Doléances, p. 3^).

Le mot signifie aussi « ami » (Hayard). Flic, flique, sergent (Vidoeq), terme policier devenu populaire.

Je veux pas des fliqaes autour de moi... Les Jliques s'amènent... (Méténier, p. 4<j et 217).

Alors j' pique \la course au boul'vard Sebasto, Où qu' j' tomb' dans les bras d'un Jlique Qui voulait m' conduire à l'hosto.

(Bruant, Route, p. i56).

Au temps de Parent-Duchâtelet 1, les filles désignaient par jlique un commissaire de police.

Ajoutons flicart, gardien de la paix (Rossignol). Fouille, bourse (i458), et fouillouse, poche (1597), vieux mots de jargon qui ont survécu. Le premier a produit le dérivé enfouiller, empocher.

L' nav's pont' et c'est Bibi

Qu'enfouiW Taubert... Et ça fait 1' compte !

(Blédort, dans Bruant, Dictionnaire, p. 119).

Le terme fouillouse se lit dans un ancien noël poitevin : Daux peces dons leur fouillouse, En venont, achetirant tant de chouses2....

et se trouve aujourd'hui dans plusieurs patois, où ce mot signifie :

En Normandie, poche de vêtement : aller à fouillouse, tirer de l'argent de sa poche ou acquitter une dette (Moisy) ;

Dans le Poitou, poche, escarcelle (Lalanne), et dans la Basse- Gâtine, petit sac, bourse : as-tu la fouillouse garnie ? (Puichaud) :

Dans la Bresse, poche : mets-ça dans la fouillouse (Guillemant) ;

Dans l'Anjou, poche d'un vêtement surtout considérée comme renfermant l'argent de poche (« ne se dit qu'en plaisantant », Verrier et Onillon).

Fourguer, vendre des objets volés, et fourgat, receleur (Vidocq), ce dernier mot sous sa forme abrégée fourgue (Hayard, Rossignol).

J'aime pas pus les pègres que les fourgues (Méténier, p. 195).

Frangin, frère, et frangine, sœur (Yidocq), mots passés dans le bas-langage.

Merci, vous êtes de bons frangins .'... Et dire que c'est moi qui a fait

1. De la Prostitution dans la ville de Paris, i836, t. I, p. 187.

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