Ch. Nisard, Etude sur le langage populaire, p. 3o
LES SURVIVANCES DE l'\RGOT ANCIEN ^07
Grihchb, voleur, et grixXcher, voler (1800), termes usuels dans le bas-langage.
.r deviens grinch' quand j'ai pas mangé.
(Richepin, Gueux, p. i85).
\ i \ *nt les escarpo el \i\'nt les grinche»!
(Bruant, Hue, 11. u>).
On n' se cliaiiH" pus. on grinche un peu.
(Idem, llonle, p. i83> On s'est lié avec des volnirs, on a boulotte de la galette §rùxhie < Méténier, p. 106).
11 [l'ouvrier sublime] grinche les outils des autres et ceux du patron (Poulot, p. 83).
Grivibr, soldat (Yidocq), désigne aujourd'hui spécialement
le lignard ou soldat de la ligne (Virmaître). Son synonyme plus ancien, grivois, fait depuis longtemps partie de la langue générale.
Haute, la 11 \i te, classe des gens riches (1829), terme appliqué dès l'abord aux voleurs en grand et aux filles riches, ensuite en général à la haute société, à l'aristocratie. J' rigol' quand j' vois les gens d' la Imulc V cou engoncé comm' des bossus.
(Richepin, Gueux, p. 173).
En attendant que les gas d' la Haute... S' caval'nt et vont s' mett' au vert.
(Rictus, Soliloques, p. n3).
Je ne la reconnaissais pas tant elle ressemblait à une dame de la haute (Zola, p. 5oa).
Jaspiner, bavarder (1G28), aujourd'hui surtout parler, causer, d'où JASPiN, discours, plaidoyer (Rossignol).
Il jaspinera au quart pour la forme... Il a pas jaspiné au moins? (Méténier, p. 1O1 et 289).
Son jaspin esbloque les badauds.
(Richepin, Gueux, p. 187).
Eun' écriveuse à faux jaspin...
(Rictus, Soliloques, p. 53).
Terme très répandu dans les patois, au sens de bavarder, mais aussi dans les acceptions de : grogner, gronder (Rennes), se quereller, se taquiner (Yonne), se prendre au bec, s'injurier Bresse), enrager, maugréer, être vexé ( A.njou).
Jobe, dans la locution battre jobe, dissimuler, faire le niais <Vidocq), qui a passé dans plusieurs parlers provinciaux : à Lille, battre le jobre, c'est faire le niais (Vermesse), et, en Normandie, battre le jobe, c'est flâner, ne rien faire (Moisy).
La locution populaire monter lejobe, duper, tromper (Delvau), accuse une origine analogue.
Jonc, or (Vidocq), encore vivace : tout ce qui est en or est du jonc (Rossignol).
Des diamants à sa limace et du jonc plein ses poches (Méténicr, p. iGi).
Larbin, mendiant (1828) et domestique (Vidocq), ce dernier sens passé dans la langue générale. On donne aussi ce nom au valet d'un jeu de cartes (larbin savonné, valet blanc). Quant à lui, il donne dans le larb in savonné (Poulot, p. i3'j). R'moucliez moi c' larbin, Sous sa fourrure ed' casaque, Comm' i' pu' bon l'eau d' Lubin !
(Richepin, Gueux, p. 180).
Des larbins à perruques poudrées...
(Bruant, Route, p. 167).
Quand un larbin y parvient maître, L'est cor pus inuff' que son patron !
(Rictus, Soliloques, p. 49).
Le mot désigne spécialement le valet de grande maison, le laquais.
La figure circonspecte et finaude du larbin... (Theuriet, Charme dangereux, p. 3g5).
Rigaud cite larbinerie, domesticité ; Yilliers de l'Isle-Adam a risqué larbinisme, manière vile de penser et d'agir (H. -France). Lime, chemise (i53o), et limasse (1700), encore vivaces, surtout le dernier.
Est-c' qu'un mâle a besoin d' limace,
D' can'çon, d' flanelle ? C'est d' la grimace...
(Richepin, Gueux, p. 170).
Terme très usuel dans le langage des filles et des casernes (Merlin).
Lingue, couteau (i5qG), sous la forme lingue, d'où linguer, donner des coups de couteau (Rossignol).
Titre envié et gagné à coups de lingue... Faudra que je la lingue, la sale carcasse! (Méténier, p. ikh et 189).
On y fout gentiment un p'titcoup d' linyu' dans 1' ventre
(Bruant, Rue, II, 4a).
Loubion, bonnet (1800), expression employée à la prison de Saint-Lazare pour désigner le petit bonnet qui complète l'uniforme des prisonnières (Virmaître, Suppl.).
Lourde, porte (1628), encore vivace.
Vlà le dab du guinche qui boucle sa lourde'. (Méténicr, p. 190).
Dans le langage des voyons, lourde désigne l'hôtel garni (Rigaud) et, dans celui des casernes, la porte de la salle de police (Merlin).
Le dérivé lourdier, portier (Rossignol), est donné, dans l'argot des tricheurs, au complice chargé d'aller, au départ du train, s'emparer de la portière du wagon et de n'y laisser pénétrer (pie les gens qui lui paraissent bons à exploiter (Hogier- Grison, Le monde où l'on Iridié, p. 227).
Malle, prison, d'où enmaller, mettre en prison (Villon), vieille métaphore jargonnesque analogue à coffre et encore usuelle, dans le langage des casernes, au sens de « salle de police ».
En voilà assez, faut eu finir, tout le peloton couchera à la malle ce soir (Courtelinc, p. 70).
Maquiller, voler (1628), au sens spécial de tricher : celui qui en jouant arrange les cartes, de façon à avoir un beau jeu et gagner, maquille les brèmes (Rossignol).
En maquillant les brèmes, on jaspine mieux (Méténier, p. 188). P't-èT qu'en maquillant dans la banque... ? \\< c d' la galette à la manque On fait suer V pognon des gogos.
(Uichepin, Gueux, p. 187).
Marlou, malin et souteneur (Vidocq), avec la forme abrégée MARLE, et les diminutifs marloupin et marloupatle. Les modernes marions à la fine chemise, Au col cassé rayé de lignes en couleur, Auv pantalons patins, aux cravates en Heur... Ce marloupatte pâle et mince Se nommait simplement Navet...
Quand qu'on paie en monnai' d' singe
Nous aut' marloupins, Les sal's mich'tons qu'a pas d'iinge, On les pass' chez paings.
(Richepin, Gueux, p. 182, 191 et 197).
Des marions, de la grande ville,
Nous allons chanter...
Quand la marmite est à la Tour, El' marie il est dans la débine !
(Bruant, Bue, I, 46, et II, 76).
Par extension, on appelle marlou tout homme peu délicat nvec les femmes et même tout homme qui a mauvais genre (Cadol, cilé par Larchey).
24o CONCLUSION
Voici deux exemples de marlou au sens de « malin » ( Rigaud en cite la variante merlousier, rusé) :
La viscope en arrière et la trombine au vent, L'œil marlou il entra chez V zingue.
(Ilicliepin, Gueux, p. i64).
Titine était bien trop marlouse (Méténier. p. 20-2).
Le mot est familier à plusieurs parlers provinciaux : Normandie, marlou, protecteur à gages d'une prostituée (Moisy) : Anjou, celui qui vit en concubinage avec une femme (Verrier et Onillon).
Marque, fille (Villon), ancien terme de jargon conservé sous la forme altérée largue (Rossignol), et sous celle composée marque de ce, femme de voleur, abrégée en maquecée, maquerelle (Hayard).
Trois des largues les plus girondes... Leurs largues tricotaient des pincettes (Méténier, p. \hk et 187).
Au temps de Parent-Duchàtelet, largue désignait, dans le langage des filles, la maîtresse d'un homme *.
Marqué, mois (Vidocq), aujourd'hui surtout sous la forme