ARGUMENT
Tout le droit rural se résume dans la commune, et se manifeste par les rapports mutuels des individus et des familles qui la composent. La commune est la première forme de gouvernement auquel les peuples ont été soumis en sortant de l'état sauvage. Les communes sont nées, et les communaux ont été constitués aussitôt que les hommes se sont réunis en société pour régler la jouissance des fruits de la terre et en renouveler la production. Les communaux et les communes se confondent dans une même origine.
Les communes ont confié à des chefs choisis par elles le soin de les protéger et de les défendre. Le concert de ceux qui exerçaient ces fonctions électives, en formant un gouvernement central de leurs éléments réunis, a créé, à leur profit, une force capable de dominer la
volonté de leurs électeurs, et c'est ainsi (|uo les communes se trouvèrent assujetties au pouvoir héréditaire «'t au joug des seigneurs.
Tous les peuples de la vieille Europe ont commencé de la même manière. C'est pourquoi les statuts locaux ont précédé les lois générales, et la constitution des petites sociétés a servi de modèle aux grandes.
La division des empires, les bouleversements politiques, la disparition des races aborigènes, n'ont pas anéanti partout les vestiges de l'organisation primitive.
L'ombre des forets immuables qui abritait les populations celtiques et ludesques, cache encore, comme la cendre d'IIerculanum et de Pompéï , d'inappréciables trésors que les patientes investigations des érudits mettent incessamment en lumière. Encore un peu de temps, l'exploration de nos dépôts publics, la publication des inventaires des archives communales et départementales, auront agrandi le champ des études, et, en apportant de nouveaux documents à l'bistoire de la ruralité, permettront d'expliquer ce qui reste obscur et incompris dans les traditions populaires de nos cantons forestiers, car, c'est aux lieux où les forêts sont restées debout, (|ue les mœurs et les institutions primordiales ont subi le moins d'altération , que la tyrannie et le despotisme ont hiissé k; moins de traces de l'abaissement et de la dégradation do la dignité humaine.
Dès à présent, nous pouvons proclamer, comme une vérité historique incontestable, que la liberté a été le principe, la propriété commune, l'objet, le système représentatif, le moyen, de même que la protection
réciproque et la garantie nuitiielic furent la fin et le but de ces petites sociétés dont l'existence se révèle dans l'assemblée annuelle du plaid de la marche allemande.
Les usages coutumiers qui en dérivent sont aussi des témoignages de la sagesse des nations. Ils abondent en préceptes et en maximes dont le législateur pourra faire une utile application, lorsque des études comparatives approfondies lui auront démontré que ces usages tirent leur raison d'être de nécessités absolues qui sont de tous les temps, et auxquelles la loi rurale qui n'obéit qu'à la nature, est obligée de se conformer, condamnée qu'elle est à tourner sans cesse dans un cercle sans fin, sans autre guide que Tusage qui éclaire sa marche et lui montre la voie qu'elle doit suivre.
Telles sont les propositions que je veux essayer de développer dans cette monographie historique des communaux et des communes.
Ce cadre, quoique bien restreint en apparence^ embrasse cependant une foule de questions se rattachant aux plus iihportants problèmes de l'économie rurale, que la découverte de documents nouveaux, les Coutumes locales du Bailliage d'AinienSj, et les Weislhûmer allemands de J. Grimm, va permettre de discuter et de résoudre. Les unes et les autres, quoique les premières soient à peine connues du public, et que les seconds soient écrits dans des idiomes difficiles à comprendre, et encore plus difficiles à interpréter, donnent lieu à de curieux rapprochements dont le résultat est de faire
jaillir des clartés inattendues sur les temps les plus obscurs de l'histoire de nos institutions nationales.
Si les inductions que j'en tire heurtent les idées reçues et contredisent les opinions les plus accréditées, au moins le lecteur aura, dans la série des textes que je fais passer sous ses yeux, une preuve de la lionne foi de mes appréciations et un moyen de réfuter les erreurs que j'aurai commises.