DEVOIRS ET TRAVAUX D’UNE MAITRESSE DE MAISON
Une miutrcs.se de maison a de nombreux devoirs à rem|dir. L’oi'dre et la i)ei-fection ([u’elle a]iportc dans leur accomidisscment contribuent beaucoup à la ])rospérité de la famille. Elle doit se bien pénétrer de l’importance de sa tâche , et ne ]ias craindi’c de l’aborder résolument : elle y trouvera des jouissauces pures, puisées dans le sentiment de son utilité. L’ennui ne l’atteindra jamais, car l’ennui naît de l’oisivité, ou de l’inutilité des choses f[ui nous occupent; et, lorsqu’on a pu ]>arveiur à bannir l’ennui de son existence, le bonheui' est bien ]>rét d’y venir prendre place. La plus petite circonstance fidt naître et renouvelle les jouissances au milieu des([uelles la vie coule ra- (•idement et avec ce charme qui accompagne toujours le vrai et l’utile.
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Une jeune fille à laquelle on veut donner une éducation qui la rende apte à diriger l’économie domestique d’une exploitation agricole, ne doit rien négliger de tout ce qui peut lui faire acquérir des talents agréables et orner son esprit. Ces talents , à la campagne, lui vaudront les mêmes succès qu’à la ville, et, comme ils s’y rencontrent plus rarement, ils seront plus remarqués; queUjues études sérieuses lui donneront de l’assurance et lui permettront de causer avec son mari d’une foule de choses qui intéressent les hommes ; car, si elle veut plaire à son mari , dont elle est souvent l’unique société , elle doit s’efforcer de se tenir à sa hauteur. Gomme elle doit charmer les loisirs communs, elle pourra, pour se livrer ^aux' études qu’exige sa position , négliger la connaissance d’une multitude de petits travaux d’aiguille insignifiants et apporter moins de 'recherche dans sa toilette.
On pensera peut-être que l’agi’iculture et les soins qu’exige une ferme sont des études bien séi-ieuses pour une jeune fille ; mais l’étude de la grammaire, de rarithmétique , de l’histoire et de la géographie est-elle moins sérieuse ? Si l’on copsidcre l’instruction agricole comme aussi importante, on l’abordera sans plus de crainte , on la poursuivra avec la même persévérance , et ce genre d’instruction sera une source de plaisirs réels.
Une femme, dans ces conditions, trouvera, aux études agricoles, de puissants attraits : d’abord le charme de la nouveauté, puis le plaisir de mener une vie active et utile, à tous. Le rôle insignifiant que les mœurs actuelles ont laissé aux femmes, les empêche d’acquérir, dans la société, l’importance dont elles pourraient jouir en devenant plus positives et plus actives. Grâce au rôle }dus sérieux que nous leur assignons, leurs maris trouveront en elles de véritables associées; elles acquerront un titre de plus à leur tendresse, et, comme un chef de famille ne peut avoir de meilleur conseiller que sa femme, dont les intérêts sont si intimement liés aux siens, la communauté y gagnera sous tous les rapports.
A la campagne , une femme a deux ménages à gouverner : le ménage de sa famille et celui de la ferme; ils ne peuvent être communs ; elle doit y consacrer les mêmes soins et une égale surveillance. Si la direction est quelquefois modifiée par les exigences de l’exécution , l’économie et l’ordre doivent présider à tout , dans les deux ménages.
La maîtresse de maison doit avoir entièrement , sous sa direc-
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tion immédiate, toutes les fdles de service de la ferme. La bassecour, c’est-à-dire la vaclicrie, la laiterie, la porclierie et l’élève des volailles; les -jardins et les vergers, ainsi que les bêtes â laine, quand elles ne sont pas la principale spéculation de l’exploitation, font aussi partie de ses attributions. Elle doit être au courant de tous les travaux à exécuter dans la ferme , afin de pouvoir seconder son mari dans sa surveillance et le supj)léer en cas d’absence ou de maladie. Il est donc indispensable qu’elle connaisse toutes les pièces de terre de l’exploitation et l’assolement auquel elles sont soumises, et qu’elle tienne un compte exact des dépenses et des recettes de tout ce qu’elle dirige, afin de pouvoir facilement juger des pertes et des jirofits, et se rendre compte de la dépense du ménage de la maison et du ménage de la ferme.
Le jardin est sous la surveillance de la maîtresse de la maiso)i. Si elle n’a pas de jardinier, c’est elle qui doit dii iger le jaitlinage ; il faut donc qu’elle en connaisse tous les détails, afin de pouvoir faire exécuter par des journaliers ondes domestiques, en général peu expérimentés, les travaux quotidiens qu’il exige. Chaque objet produit par ses soins acquerra un nouveau prix.
Une maîtresse de maison doit aussi prévoir les besoins de la ferme, et faire semer et cultiver dans les champs, en temps utile, tous les légumes qui sont nécessaires au nombreux personnel ((ui compose l’exploitation. Elle trouvera une immense économie à faire, pour ses domestiques, une amide provision de bons et nourrissants légumes, qui, après le pain, doivent former leur principal aliment ; elle fera cultiver ces légumes dans les champs, par les laboureurs et les femmes delà ferme, sans que le jardinier soit obligé de s’en oceviper.
Pendant les grands travaux de l’été , la lu'ésence de la maîtresse de maison est souvent nécessaire là où ils s’exécutent, cai' son mari ne peut être partout, et rien ne remplace l’œil du maître.
L’économie est une des premières sources de la prospérité agricole, et le bon emploi du temps des travailleurs est une îles bases essentielles de l’économie. Les travaux d’été absorbant une grande partie des fi’ais d’exploitation d’une ferme, la surveillance de ce.s ti'a’aux est indispensable.
L opportunité de la rentrée des récoltes n’est pas moins importante; une personne qui n’est pas absoi'bée par le travail manuel peut penser à beaucoup de choses que les meilleurs domesti({ues peuvent oublier ou ne savent pas prévoir. Une maîtresse de
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maison doit aussi prendre des déterminations dans les moments difficiles, ce que ne peuvent faire des ouvriers; elle sauve souvent ainsi une récolte menacée. Dans cette sai.son, elle négligera un peu certaines occui>ations intérieures pour prendre une plus grande part aux travaux des champs : elle regagnera ce temps dans la morte saison. Il faut donc qu’elle sache comment chaque besogne doit être exécutée, et qu’elle soit familiarisée avec le langage approprié aux divers travaux; elle doit connaître ce qui constitue, la perfection d’un labour, d’un binage, d’un sarclage; le degré de dessiccation nécessaire aux foins et aux céréales; le point de maturité convenable et les meilleurs modes de conservation des légumes et dés fruits.
Dans les exploitations où le troupeau n’est pas l’un des principaux produits , sa direction et la surveillance de sa nouri’iture appartiennent à la maîtresse de maison; elle doit donc étudier tout ce qui s’y rattache.
C’est du choix des vaches et de la nourriture qu’on leur donne (|ue dépendent les bons produits qu’on peut en attendre. C’est à la maîtresse de maison de se pourvoii de bonnes vaches et de rappeler à son' mari la culture des plantes qui conviennent à leur nourriture , car la vacherie doit être entièrement dirigée fiar elle. L’élève et l’engraissement des porcs sont aussi de son domaine. Si ces deux opérations sont bien conduites, elles peuvent donner des bénéfices importants et procurer une grande ressource au ménage. Le choix et la qualité des fourrages doivent appeler son attention : car c’est du choix d’une bonne nourriture et de soins intelligents que dé])endent la beauté et la bonté des produits.
Une fermière doit mettre tous ses soins à bien approvisionner sa basse-cour de volailles de toute es))èce, de manière qu’il soit l)Ossible d’en vendi'e un assez grand nombre pour couM'ir les frais de nourriture de celles qu’on aura consommées dans le ménage.
Le soin des ruches lui ap})artient aussi ; et comme, dans une agriculture perfectionnée , on cultive une multitude de plantes ([ui fleurissent et fournissent aux abeilles des aliments appropriés à leur nature, les ruches bien dirigées peuvent donner un bon revenu.
Enfin , il est une multitude de ju'océdés et de recettes qui augmentent presque sans frais l’aisance et le bien-être de la famille. J’e.ssaierai d’initier mes lectrices à la connaissance do tous ces détails.
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Une femme doit aus.si .s’occuper avec sollicitude do tous les soins qu’exige la santé de toutes les ))crsonnes qui composent sa maison ; il faut qu’elle leur distribue les médicaments (pi’ordonne le médecin et qu’elle veille, avec soin, à ce que ses prescriptions soient bien exécutées. Il est donc absolument nécessaire qu’elle acquière quebjues connaissances en médecine domestique, pour pouvoir traiter les cas simples, qui, s’ils sont bien soignés au début ne s’aggravent pas, et pour pouvoii- juger du moment où il devient nécessaire d’appeler les secours du médecin.
La distribution des aumônes doit être exclusivement réservée à la femme : c’est une bien juste et bien douce récompense de toutes les peines qu’elle se donne.
Une maîtresse de 'maison doit veiller avec soin au maintien des bonnes mœurs de tous les gens de sa maison , rapjieler doucement au devoir, par le raisonnement, ceux qui pourraient s’en écarter, et provoquer leur renvoi , s’ils ne tiennent pas compte de ses observations. Elle ne doit rien négliger pour que tous puissent remplir avec régularité les devoirs que leur religion ju’escrit.
A la fois maîtresse de maison et fermière , elle doit exercer une surveillance active sur ce ([ui se passe chez elle et dans la ferme ; il faut qu’elle n’ignore rien de ce qui s’y fait, et, loi-squ’elle a donné dos ordres, elle doit en exiger l’exécution. Pour faciliter le travail, il convient que les ordres soient donnés, autant ([ue i>ossible, le soir pour le lendemain. Par des visites inattendues , une maîtresse de maison tiendra tout son monde en baleine; il vaut mieux prévenir le- mal qu’avoir à le réprimer.
JO
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