DES DOMESTIQUES
Conditions de l'engagement des domestiques.
Je pai'lerai avant tout des conditions de l’engagement des domestiques; ces conditions varient beaucoup. Il faut se conformer aux usages du pays qu’on habite.
En général , on donne aux domesti([ues un gage mensuel ou annuel en argent, le logement et la nourriture. Dans certaines contrées, les domestiques ont droit, en outre, au blanchissage , à l’habillement, aune ration quotidienne de vin, café, sucre; parfois ces allocations en nature sont converties en argent, et le domestique se nourrit et s’habille à ses frais.
On doit chercher à conserver les domestiques le plus longtemps possible; pour cela, il faut les prendre jeunes et les habituer à la maison, de manière qu’elle leur semble en quelque sorte leur chez eux.
On doit, en les prenant, leur donner le plus faible gage possible, avec la promesse d’une augmentation graduelle jusqu’à ce qu’ils soient arrivés à un taux fixé, .sans préjudice des primes dont je vais parler et des gratifications qu’ils mériteraient par une continuité de zèle et un attachement que tout bon maître doit savoir apprécier et récomi)enser.
Droits des maîtres et droits des domestiques.
Les juges de paix prononcent sur les différends qui peuvent survenir entre les maîtres et les domestiques. Les jeunes filles et les jeunes gens mineurs ne peuvent ni s’engager, ni rompre leur engagement, ni recevoir leurs gages sans le consentement de leurs parents ou tuteurs. Une femme ne peut s’engager sans le consentement de son mari.
D’après le Code civil (art. 1780), nul ne peut engager ses services qu’à temps et pour une entreprise déterminée.
Dans les usages de Paris et des environs, le domestique qui
DES DOJrESTIQUES.
s’engage reçoit une prime qu’on appelle le denier à Dieu; elle varie de 5 à ‘20 francs, selon l’importance des gages.
Un domestique a le droit de rompre son engagement en prévenant son maître huit jours avant le moinmit où il veut s’en séparei', et , réciproquement , le maître peut congédier son domestique en le prévenant huit jours à l’avance.
En cas de mécontentement grave, un maître peut congédier sur-le-champ un domestique en lui payant huit jours de gages et de nourriture.
Qualités à rechercher dans les domestiques.
Les qualités à rechercher dans les domesti(pies sont surtout : la ))robité , l’activité , la bonne volonté, l’ordre et la propreté. La probité est indispensable ; quant aux autres qualités, il ne faut épargner aucun effort pour les dévelojqier et en donner l’habitude aux domestiques. Il faut leur faire connaître, dès les premiers jours de leur arrivée, en quel lieu se trouvent tous les objets dont ils ont à faire u.sage, et exiger qu’ils les remettent en i)lace lorsqu’ils ont cessé de s’en servir.
La propreté doit régner sur la personne des domestiques et dans tous les lieux confiés à leurs soins ; leurs vêtements et leur linge doivent être toujours en bon état.
Manière de traiter les domestiques.
Une maîtresse de maison doit traiter ses domestiques avec douceur, mais sans faiblesse; elle doit chercher à gagner leur confiance et leur attachement, et devenir leur conseiller, sans pour cela se familiariser avec eux, ni surtout les initier aux affaires intéi'ieures de la famille. Elle fera bien de leur donner des conseils sur l’emploi de leurs économies. Généralement les gens de la campagne consacrent le peu d’argent qu’ils ont à acheter un petit morceau de terre qu’ils paient deux ou trois fois sa valeur, et dont ils ne retirent qu’un médiocre revenu tant qu’ils sont domestiques. Il faut leur faire sentir l’avantage ([u’ils auraient à accumuler leurs épargnes jusqu’à leur mai'iage. C’est la crainte de mal employer ces épargnes, si péniblement accumulées, qui détermine les domestiques à acheter les iiièces de terre : les Caisses d’épargne les délivrent de toute inquiétude et sont pour eux le meilleur placement.
11 faut veiller à ce que les domestiques ne se laissent pas aller
TENUE DU ilÉXAGE.
au goût de la toilette et aux folles dépenses qu’elle entraîne, mais exiger qu’ils soient i)ropres et bien tenus. Lorsqu’on est ])arvenu à leur faire placer quebjue argent à la Caisse d’épargne , le désir et la possibilité d’augmenter leur petit pécule les excitent à de nouvelles économies, et leur donnent la force de résister à la tentation de faire des dépenses inutiles.
Pour éviter que les domestiques aillent chercher des divertissements dans des lieux peu convenables, où ils perdraient leur temjts et contracteraient de fâcheuses habitudes, on fera sagement de tâcher de les amuser, et de saisir de temps à autre les occasions de leur procurer d’honnêtes plaisirs qui ne puissent pas nuire aux devoirs de leur service.
Comme règle générale , il sera bien convenu , en engageant les domestiques, que nul d’entre eux ne pourra s’absenter de la maison, même les jours de fêtes, sans la permission des maîtres. On leur permet d’aller aux fêtes des villages voisins, où la famille se rend aussi ; la crainte de voir arriver leurs maîtres les emj)éche de se livrer à des jeux interdits , ou à des excès de boisson dont ils auraient à rougir. Lorsqu’on est content des domestiques, il est bon de leur donner de i)etitcs fêtes dans certaines occasions ; le plaisir qu’ils y prennent , et surtout celui qu’ils y trouvent à y convier leurs amis , les attachent à la maison. Ces divertissements sont peu coûteux : un violon , quelques galettes et quelques bouteilles de vin en font les frais. Il est bon que les maîtres et leurs enfants y prennent part : leur présence maintient l’ordre et ajoute à la joie générale ; mais il ne faut pas que la présence des maîtres soit continue, elle deviendrait une gêne et ferait taire toute gaîté.
De temps en temps, une maîtresse de maison doit régaler ses gens. La sobriété de leur vie leur fait trouver un grand plaisir a un rei)as plus succulent qu’à l’ordinaire. Ainsi , lorsqu’on tuera un porc, comme une bonne ménagère saura en tirer tout le jiarti possible , elle profitera de cette occasion pour régaler ses domestiques, qui trouveront un double plaisir à ce régal, puis- ([u’ils le devront au talent et à la bonne volonté de leur maîtresse. Au carnaval , quelques pièces de volaille leur sont très-agi’éables : c’est la viande des riches, disent-ils, et par ce motif ils la préfèrent à tout ce qu’on peut leur offrir. Un verre de vin de la table du maître , distribué à propos de temps en temps dans le moment des rudes travaux, est aussi pour les domestiques un stimulant et un plaisir.