DES DOMESTIQUES
Ces soins ne sont jamais stériles; il faudrait fine les domestiques fussent bien ingrats pour ne pas répondre , par un zèle soutenu et un véritable dévouement à la bienveillance et à la sollicitude de leurs maîtres. C’est une erreur de croire que l’on obtiendrait les mûmes résultats en élevant le gage des domesti- (pics. Tout en se préoccupant avec é(juité de l’intéi’ût des hommes, il faut aussi chercher à les engager par le cœur, si l’on veut en faire des serviteurs affectionnés. Le dévouement qui naît seulement de l’argent est éphémère , il disparaît aussitôt que les dons qui l’ont fait naîti-e cessent ou même n’augmentent pas; le dévouement qui vient du cœur est vrai et durable.
Une maîtresse de maison doit mettre tous ses soins à établir la bonne intelligence parmi son monde, et, pour cela, il faut qu’elle s’observe beaucoup, afin d’être juste et de ne jamais montrer de ])artialité, lors même ([u’elle aurait des iiréférences. Si quoique différend s’élève entre deux domestiques, elle doit écouter leurs ex))lications avec une attention bienveillante et conserver un calme ))arfait pendant qu’eux-mêmes ont perdu leur sang-froid : c’est le seul moyen de maintenir sa dignité; elle doit réflécbir avant de condamner l’un ou l’autre, et, lorsqu’elle a prononcé, em- ))loyer toute son influence et sa raison pour calmer celui qui se trouve offensé, et engager l’autre à faire le premier les avances de la réconciliation. S’il s’y refuse, il faut le ju-endre en particulier, obtenir cette réconciliation et effacer les dernières traces de la rancune qui pourrait exister encore. De la bonne intelligence qui règne entre les domestiques dépend , en partie, la bonne exécution des ti'avaux auxquels ils se livrent en commun.
Une maîti’esse de maison doit exiger cpie tous ses domesticjues lui parlent avec déférence, et que les hommes n’entrent jamais dans sa maison sans se découvrir; en retour, elle les traitera avec une politesse bienveillante , et lorsqu’elle se trouveixi présente à leurs repas et qu’ils se lèveront par respect, elle les fera rasseoir sur-le-cbamp. Si queb(ues-uns d’entre eux ne conservaient ]>as cette déférence , absolument nécessaire au maintien de l’ordre, elle devra les reprendre doucement , et , si la réprimande était inutile, en parler à -son mari, qui alors userait de son autorité. Si elle était .sans effet, il deviendrait indispensable de renvoyer le coupable. Cela arrivera bien rarement si la maîtresse sait , en toutes circonstances, conserver son calme et sa dignité.
Si un domestique a encouru la rigueur du maître par quebjue faute grave , mais excusable, la maîtresse de la mai-son doit s’el-
TENUE DU MÉNAGE
forcer d’obtenir de son mari un pardon qui peut touclier le coupal)le ; elle doit être l’ange tutélaire de tout ce qui l’entoure.
Le premier jour de l’an , il faut qu’elle distribue les présents d’usage avec discernement, de manière à ne pas exciter la jalousie.
Un petit présent fait à propos et avec justice, dans une occasion qui a pu le motiver, touche beaucoup les domestiques et les dispose au dévouement. Les soins que l’on a de leur santé, de leurs intérêts , de leurs plaisirs , la prime accordée sur les produits de l’exploitation , la régularité qu’on exige dans leur service, la fermeté sans dureté avec laquelle on les dirige. Injustice et l’impartialité, avec lesquelles on les traite, sont les meilleurs moyens d’avoir de bons serviteurs. Les domestiques qui n’apprécieront pas ces procédés quitteront l’exploitation et ne seront pas à regretter. Ceux qui resteront s’attacheront sincèrement^à la famille et à la maison, parce qu’ils y trouveront tout ce qui peut fixer l’attention et l’estime des hommes. Leurs maîtres concevront aussi de l’attachement pour eux, et de cet accord résultera un ensemble parfait qui contribuera à la prospérité générale.
Les domestiques qui sont sous la direction de la maîtresse de la maison doivent , avec l’assentiment de son mari , être gagés par elle et recevoir ses ordres. A ce propos, j’insiste sur l’importance d’un parfait accord entre un mari et sa femme pour tout ce qui a rapport à la direction de la famille , à l’exploitation , et à la tenue de la maison. Les ordres donnés par l’un ne doivent jamais être révoqués par l’autre, sauf, s’il y a quelque méprise ou dissidence, à s’expliquer entre eux lorsqu’ils seront seuls, mais jamais en présence des enfants ou des domestiques. Il convient donc que le mari et la femme se communiquent certains ordres qu’ils aui'ont donnés, afin de ne se contrarier jamais.
Il est bon quelquefois de consulter les domestiques sur l’exécution de certains travaux qui sont de leur compétence : cette confiance flatte leur amour-propre , aiguise leur intelligence et les dispose à bien faire. D’ailleurs, ils peuvent souvent donner de bons avis sur des détails qui échappent au maître.
Participation des domestiques aux bénéfices de l'exploitation.
Un des meilleurs moyens de maintenir le zèle des domestiques et de les attacher aux intérêts de la maison , c’est de leur donner une petite part dans les résultats obtenus par leur tra -
DES DO^[ESTIQUES.
wail. On veut ([iic les doinesti(iues prennent à ereiir les affaii'es dcle leurs inaîti'cs, et on ne songe pas <|u’ils y sont éti'angers, et (jcju’il leur faudrait les plus rares vertus poui’ satisfaire à de telles eexigenccs. Fin dehors des bons procédés, f[ui peuvent gagner aux imaîti'es l’affection des serviteurs, il faut s’occuper assez de leur tbien-être ou de leurs intérêts pour qu’ils n’aient pas la pensée de chercher ailleurs une place mieux rétribuée. Queh[ue bons et dévoués qu’ils soient, il y a toujours avantage à faire appel <à la 1 fois au cœur des hommes et au i>lus puissant mobile des actions Ibumaines, l'intérêt personnel.
Je crois que les domestiques, dans une exploitation agricole I bien conduite, doivent avoir une prime légère sur tous les produits dus à leurs travaux et à leurs soins ; cette indemnité est 1 payée au centuple par l’ardeur qu’ils mettent à augmenter les I produits dont ils doivent avoir leur part.
Ainsi, le berger ou la bergère aura une prime pour chaque agneau arrivé à un âge déterminé ; une autre prime i)ar mouton gras vendu.
La vachère recevra également une prime sur les veaux et sur le beurre.
La fdle de basse-cour recevra une prime sur les volailles, sur les jeunes porcs et sur les porcs engraissés, vendus ou consommés dans la maison.
Les laboureurs auront également une prime sur les céi éales, sur les plantes oléagineuses et sur les bestiaux vendus. Le chef laboureur aura en sus tant pour cent sur les bestiaux achetés ou vendus par lui avec profit.
Cette modique somme, variable selon le succès des récoltes, augmente le salaire des domestiques sans avoir l’inconvénient d’élever le prix des gnges , et entretient leur ardeur. Les domestiques défendent les intérêts de leurs maîtres comme leurs propres intérêts, et font tout ce ([ui dépend d’eux pour augmenter les produits.
Toutes les femmes de la ferme recevront une prime en nature sur le chanvre ou sur le lin et la laine.
Voici quelques chiffres qui indiquent approximativement les primes qu’on peut donner aux divers employés d’une exploitation rurale de moyenne étendue ;
Lorsque le chef laboureur vend des bêtes de travail, il reçoit ce qu’on appelle la pièce. Il i)artage avec tous les lahoureui's qui sont dans la maison depuis un an au moins une prime de 2.0 cen-
TENUE DU MENAGE
Unies par hectolitre de froment, de colza, ou autre récolte d’une valeur à peu prés égale, et 15 centimes |)ar hectolitre de seigle, do blé de printemps et autres récoltes é((uivalentes.
Un petit valet chargé du soin des ânes, de la garde des vaches et de l’entretien de leur étable , partage avec la vachère toutes les gratifications accordées par les acheteurs sur la vente de cesanimaux.
Le berger reçoit 10 centimes par agneau qui atteint la Saint- Jean (24 juin), époque à laquelle on sèvre ordinairement les agneaux, et la même somme par mouton gras vendu au boucher.
La femme de ménage de la ferme, qui a soin des porcs et des volailles, reçoit 50 centimes. par cochon de lait, i fi-anc par cochon gras vendu, 5 centimes par tête de volaille tuée pour le service de la maison, ou vendue au marché. On trouvera peut-être cette gratification un peu forte; mais si l’on considère les soins minutieux qu’exige une volaille avant d’être engi'aissée et ses chances si nombreuses de maladie et de mort, la prime cessera de paraître trop élevée.
La vachère, chargée de traire les vaches et de faire le beurre, reçoit 5 centimes par kilogramme de heuia-e.
Influence des domestiques sur le succès d'une exploitation.
Le succès d’une exploitation agricole dépend en grande partie de la bonne direction donnée aux domestiques et des moyens emjiloyés pour les engager à bien remplir leurs devoirs. Il ne faut jamais oublier que presque toujours les bons maîtres font les bons valets.
Si, par la manière dont il conduit ses serviteurs, un maître l)arvient à donner à sa maison une bonne réputation, il est certain d’avoir toujours les meilleurs sujets du pays. La libéralité dans les récompenses, la part faite aux domestiques dans les bénéfices de l’exploitation , sont surtout profitables à la bourse du maître, tout en plaçant les domestiques dans une condition plus avantageuse que celle des serviteurs du voisinage. On sème pour recueillir.