DE L’ORDRE A ÉTABLIR DANS LA MAISON
Généralités.
En traitant la question si importante de la tenue d'uu ménage, je commence par engager la maîtresse de maison à établir chez elle un ordre parfait et une extrême propreté. Si sa maison n’est pas dans cet état lorsqu’elle lira ce chapitre , qu’elle rétablisse l’ordre partout. Quelc[ue répugnance qu’elle éprouve à commencer ce gi’and travail, elle doit s’y résigner ; lorsqu’elle l’aura ; achevé, elle éprouvera une satisfaction intérieure qui la récom- I pensera grandement de la peine qu’elle aura prise. Dès que tout sera nettoyé, classé, arrangé dans un oi-dre parfait, il suffira que chaque chose soit remise <à sa jilace après avoir servi, pour que cet ordre soit maintenu, et ce ne sera plus un travail. Que chaque objet, que chaque meuhle ait une jilace marquée ; que l’armoire au linge ne soit pas celle des vêtements ; que l’armoire aux vêtements ne serve pas à ranger les chiffons, etc.; que les objets disparates ne soient jias mêlés ou confondus dans les armoires. Une bonne mère de famille doit tenir rigoureusement à ce que ses enfants et ses domesticjues contractent cette [irécieuse habitude de l'ordre ; mais, pour y réussir, il faut qu’elle en donne l’exemiile.
Elle doit aussi prendre des précautions et exiger que tout son monde en prenne jiour ne pas salir les ajipartements, sans pourtant se jeter dans l’excès où tombent quelques personnes qui se font, en queh[ue sorte, les esclaves de la ])roi)reté de leur maison. Qu’elle y coirserve une gramle simidicité ; le luxe est une anomalie à la campagne. Il est même fort gênant, parce qu’il exige des soins minutieux , qui sont, pour ainsi dire, incompatibles avec la vie des champs.
Qu’une maîtresse de maison ne souffre jamais que ce qui peut être fait sur-le-champ soit remis à un autre moment ; je ne connais pas de plus fatale habitude que celle de remettre sans néce.ssité au lendemain les choses à faire. La négligence conduit au désordre, à la malpropreté, à la ruine ; il ne faut pas la tolérer.
Lorsqu’il n’est pas possible de faire sur-le-champ ce qu’on a projeté, il ne faut pas perdre cet objet de vue, afin de s’en occuper le plüs tôt qu’on pourra.
En temps oi-dinaire, une maîtresse de maison doit obtenir de ses domestiques que les appartements soient nettoyés, et que tout y soit mis en ordre avant le déjeuner ; si cela n’était pas possible dans les courtes matinées d’hiver, le nettoyage des chambres à coucher peut seul être ajourné, et il ne faut jamais manquer de les mettre en ordre tout de suite après le déjeuner.
Distribution du temps.
Le premier talent d’une maîtresse de maison est de savoir bien employer son temps. Si elle parvient à acquéi’ir ce talent trop rare, elle sera étonnée elle-même des i-ésultats qu’elle obtiendra.
Lorsqu’une maîtresse de maison a fixé la distribution régulière de son temps, elle doit chercher à la maintenir, sans cependant y apporter la l'igueur qu’il faut imposer aux enfants ou aux domestiques.
Elle se lèvera de grand matin : du bon emploi de la matinée dépendent presque toujours le travail et l’ordre de la journée. Une fermière doit être levée au plus tard à cinq heures en été, et à sept lieures en hiver, en variant l’heure à mesure que les jours grandissent ou diminuent.
Si une maîtresse de maison est levée de grand matin, elle a beaucoup de- temps libre avant le déjeuner. Aussitôt ([u’elle est levée, elle doit visiter la cuisine et l’office, donner les ordres pour la journée et s’assurer que les ordres de la veille ont été bien exécutés.
Une femme doit ensuite faire sa toilette, donner ses soins à ses enfants, les habiller, leur distribuer les travaux qu’ils peuvent faire sans elle, pendant qu’elle vaquera au ménage.
Après le déjeuner, une mère s’occupera des devoirs et des leçons de ses enfants, ou d’autres travaux de femme, et emploiera ses heures de délassement à visiter, avec sa famille, les différents travaux en cours d’exécution, ce qui la maintiendi’a au courant de tout ce i[ui se fait dans l’exploitation, et donnera un intérêt particulier à sa promenade. Elle peut aussi, à ce moment, visiter les pauvres et les malades dont elle prend soin.
Elle doit calculer l’emploi de son temps, de manière à être libre vers trois heures do l’a})rès-midi. Alors elle peut s occuper des choses qui lui sont agréables : recevoir les visites de ses amis
ORDRE A t:TABLIR DANS LA MAISON.
uu leur en rendre elle-même, allei' dans les champs, exciter ou ooutenir par sa présence le zèle des travailleurs, faire exécuter ii.u faire elle-même certains petits travaux du ménage ou de la - erme, c[ui sont pour elle une agréable distraction.
Une femme (jui se détermine à habiter la campagne et à s’y H>ccupei‘ séi'ieusement des devoirs qui l’y attendent , ne doit ■ )oint hésiter à mettre la main à l’œuvre.
Chaque jour, sans exception, le matin ou le .soir, une maîtresse Me maison prendra un moment pour mettre en ordre ses comptes "ournaliers, compter avec les domestiques auxquels elle a confié Me l’argent , et inscrire les journées des gens qu’elle a emi)loyés l'iux travaux sous sa direction. Cette règle doit être invariable.
En été , la soirée sera employée aux soins des enfants , à la 'jurveillance du jardin, <à la promenade, à la lecture, à la musique, 'tît à ce délicieux repos ((u’on goûte avec tant de charme dans un beau soir d’êté.
En hiver, les travaux d’aiguille, la lectui'O, la musique, le desdn, doivent se i)artager le temps qui reste libre.
Lorsque la journée est bien employée au travail et à la surveilance , le sommeil ne se fait pas attendre; et comme on se coudie de bonne heure, quoiqu’on se lève de grand matin, on trouve 'encore assez de temps pour se reposer. Six à sept heures de som- ::meil sont bien suffisantes. Néanmoins , pour les travailleurs q>ii ont à supporter de rudes fatigues, la dépense de forces ne peut être réparée , en toute saison , par la même somme de temps con- 'Sacrée au repos. On sait que , dans tous les pays méi’idionaiix , l’usage de la aieste au milieu du jour est univei'sel ; cet usage est ’ fondé sur un véritable besoin. .\ la campagne, pendant les grands itravaux de l’été, une ou deux heures de sommeil au milieu du jour sont indispensables aux ouvriers qui se lèvent de très-graml matin et (jui éprouvent beaucoup de fatigue.
Quant aux gens de loisir, s’ils ont bien , en toute saison, le meme besoin de repos, ils cèdent ])lus aisément à l’atti'ait d’nn r S(*jour prolongé dans un bon lit pendant la mauvaise saison que loi‘S((ue le beau temps les sollicite à se lever de bonne heure pour jouir de la fraîcheur matinale.
Le dimanche, a|irès l’accomplissement de ses devoirs religieux, et le jeudi, comme elle n’aura pas de leçons à donner à ses enfants, une lemine aui'a des loisirs dont elle pourra disposera son gré et fpii lui paiaîtront d’autant plus agi-éables qu’elle les aura achetés par un travail assidu.
TENUE DU MÉNAGE
Coucher et lever des enfants et des domestiques.
L’heure du lever et du coucher des domesti([ues doit être réglée. Il est bien difficile de les empêcher d’enfreindie parfois la règle ; mais la maîtresse de maison s’assurera de temps en temps, [lar elle-même , qu’on ne se fait pas un jeu de ses ordres. Pour obtenir qu’on se lève de grand matin, il faut supprimer une partie des veillées ; car elles ont des inconvénients. Si l’on a plusieurs domestiques, ils passent une bonne partie de la veillée à causer et à rire au lieu de travailler ; si l’on n’a qu’une seule servante , elle s’endort. La suppression des veillées prolongées est plus conforme à une bonne hygiène ; en outre, pendant l'iiiver, c’est un moyen d’obtenir une assez notable économie de lumière et de feu.
L’heure du lever et du coucher des enfants doit être invariablement fixée, et cela est facile, car c’est à la mère-institutrice d’éveiller ses enfants et de les faire coucher. Il faut les accoutumer, même très-jeunes, à la régularité, et à se lever matin : ce sont là de bonnes habitudes qui influeront d’une manière heureuse sur toute leur vie.
Travail des enfants.
Une mère doit apporter le plus grand soin à ce que le travail des enfants soit toujours régulièrement fait. Si sa surveillance ne s’exerce pas avec fermeté et avec suite , les résultats de l’éducation seront presque toujours nuis. Lorsqu’on a fixé les heures de travail des enfants, il faut s’abstenir d’une manière absolue de les déranger à ce moment.
Repas des maîtres et des domestiques.
A la campagne, on peut faire trois repas, surtout si l’on a des enfants. Il convient d’en fixer les heures et de s’y conformer avec exactitude.
Dans le temps des grands travaux, il est souvent indispensable (|ue le maître et même la maîtresse du domaine restent dans les champs pour surveiller les ouvriers, et- comme les repas des travailleurs ne coïncident pas avec les repas des maîtres, il arrive ([ue les maîtres ne rentrent pas à l’heure fixée. Il en résulte un retard très-fâcheux pour la qualité de certainsjnets , et une perte assez considérable de temps pour les domestiques ; je pense donc