D£S ROUES HYDRAULIQUES
Les machmes à vaveur applicables aux moulins h farine ne différent nullement de celles <|iii s'emploient à communiquer le mouvement à tout autre espèce de mécanisme; il n'est donc pas nécessaire d'en parler ici. ^ous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages aui traitent spécialement de ces machines et des dirrérens perfectionnemeus que la science y a introduits, tant sous le rapport de la force motrice que sous le rapport de la solidité des appareils et de Téconomie du combustible.
Veau est de tous les moteurs celui qui en France a [irésen té jusqu'ici le plus d'avantage. 1 i est peu de nos provinces qui ne possèdent des chutes d'eau nombreuses et bien réparties. La sécheresse est rarement assez forte et assez longue pour diminuer le volume de ces eaux d'une manière fâcheuse, même dans nos provinces les plus méridionales, et l'hiver n'est ni assez rigoureux ni assez prolongé dans nos départemens du Nord pour (}ue les glaces soient un obstacle long et sérieux. Toutefois, il faut reconnaître qu'un temps viendra où les moyens de transport étant perfectionnés, les machines encore plus simples et plus économiques, il sera possible d*appliquer généralement la vapeur a la mouture desgrams et de placer ainsi les moulins au centre des grandes consommations. La conséquence de cette révolution sera de rendre, soit à la navigation, soit à l'irrigation une grande quantité d'eau qu'on ne peut, dans l'état actuel des choses, consacrer à ces précieux usages.
Section III. — Despiicei prindpaUi qui campo$mt k$ tnculim étalons sur les court d'eau.
Les moulins à eau diffèrent entre eux:
1^ Par la forme et la capacité de leurs réeepteurt ou roue$ hydrauliques^ qui reçoivent leur mouvement de l'action immédiate de l'eau ;
2^ Parla dimension et la disposition de leurs organes, ou pièces qui effectuent le travail de la mouture a différens degrés, comme meules, blutterie, nettoyages, etc.;
3^ Par les pièces intermédiaires^ dont les seules fonctions sont de communiquer aux différens orj^nes l'action de la roue hydraulique et de la distribuer à chacun d'eux selon le degré de vitesse qui leur est nécessaire.
S«moH ly. — Des roues hydrauliques.
La science de l'hydraulique a, depuis quelques années, fait d'immenses progrès, dont l'application, réservée d'abord pour les grandes usines, filatures, fabriques, etc., s'est bientôt étendue aux moulins à farine. Ces progrès datent à peu pré» de 1820. A cette époque il n'y avait guère chez nous que les charpentiers qui s'occupassent de la construction des moufins, aussi tout j était-il antique et l^ssièrement ajusté.
11 importe au plus haut d^;ré aux proprié-
taires qui veulent construire des moulins ou en changer le mécanisme d'avoir une estima» tion bien exacte de la force d^eau dont ils peuvent disposer, et de consulter à cet égara des hommes habiles, consciencieux et expérimentés.
Une fois la force d'eau bien constatée (et on doit la calculer sur les eaux les plus basses ), il est aussi de la plus grande importance d'y appliauer le moteur hydraulique qui lui convient le mieux. La dimension et la force qu'il faut donner aux roues hydraulimies n^'est pas chose indifférente pour atteindre le maximum de l'effet auquel ces moteurs puissent arriver.
Il ne peut v avoir à cet égard de système absolu; l'ingénieur-mécanicien que Ton cousuite peut jeter une grande lumière sur le système au'ii convient le mieux d'adopter par rapportàla chute et au volume moyen de l'eau, et par rapport aussi à la vitesse nécessaire aux organes de la mouture.
^ous nous bornerons donc ici à parler des différens genres de roues hydrauliques en usage, laissant aux gens de l'art le soin d*en faire telle ou telle application suivant les circonstances.
Voici ces diverses espèces de roues hydrauliques :
Les roues horizontales, dites à cuvettes, ou turbines, mues far percussion ;
Les roues verticales pendantes, mues parle courant de l'eau ;
Les roues verticales en dessous , mues par impulsion sur une chute quelconque ;
Les roues verticales dites à la Poncklbt et mues par pression et percussion tout à la fois;
Les roues verticales de côté, mues par la gravité ou le poids de Peau ;
Les roues verticales en dessus, mues également par la gravité de l'eau.
L'eau . comme nous venons de le dire , agit sur les divers systèmes de roues , ou par impulsion ou par pression, ou par percussion et impulsion tout à la fois.
Quelle est en général la meilleure manière ? quel est de ces trois modes d'action celui qui permet à l'eau de communiquer la plus grande portion du mouvement qu'elle recèle?
On a cru long-temps, et ce préjugé existe encore, que l'eau avait une grande intensité de puissance mécanique lorsqu'elle arrivait sur l'aube avec fracas , tandis que l'imagination ne voyait qu*une action faible et languissante dans la tranquille pression de leau. Grâce aux observations de nos savans, il est aujourd'hui démontré que c'est précisément cette violence d'action qui anéantit une bonne partie du mouvement moteur, tandis que par la pression on ne perd en pratique au'une ti*ès petite quantité de la force. Il faut donc, pour tirer tout le parti possible de la puissance mécanique de Veau, la faire agir par pression. L'action par percussion devrait être bannie de toute espèce de moteur hydraulique.
et on poomit, an cootraire, pultendre que la farîoe fiid>rîqiiée dans on moulin k vapeur a plus de (jualitr, attendu que le mouvement des meules peut être plus facilement régulariaé. Ce qu'il j a de plus vrai, c'«>si i|ij«*, de bon établissement à la vapeur, i boD ëublissement à i*eau» el aussi à qualité de grains égale, et à moutura également bien dirigée et soignée, il ne peut j avoir dans la fan'oe de différence leosible.
J I**. — Det rooes lioriioQUles à cuvette, dites
Turbines.
La roue hydraulique d'un moulin à cuvette est horizontale et reçoit Faction de la percussion de Teau. L'arbre de cette roue est ainsi vertical et sert de gros fer à la meule courante, laquelle est adaptée à son sommet. L'exlrëmilé inférieure de cet arbre pivote dans une crapaudine posée sur une sorte de palier. L'eau est lancée contre le dessus de la roue dans une direction tangente à sa circonférence. Les fia. 451 et 452 représentent en élévation et en plan une roue a
cuvette dont l'arbre est appliquée donner le mouvement à une meule. La roue tourne dans une cuve en bois analogue à Varchure d'une meule de moulin, et oui s'élève assez au-dessus de cette roue pour empêcher l'eau de s'en échapper et la forcer à tournoyer de manière à ce qu'elle en traîne les aubes. Les aubes sont disposées obliquement, afin que l'eau puisse les rencontrer à angle droit.
Aussitôt après le choc, l'eau s'échappe de«tous côtés sous la roue , comme on le voit dans la figure.
Les avantagea des roues à cuvette sont ceux-
ci : leur extrême simplicité , le peu d'entretien qu'elles coûtent, puisqu'elles donnent directement l'impulsion à la meule et qu'on n'a ni dents ni tuseaux à réparer; leur peu de frottement.
Leurs %nconv&^xelM sont les suivans : l'eau n'agit pas contre elles avec avantage, parce que, en général, pour donner aux meules la vitesse convenable, on est obligé de faire ces roues si petites que les aubes en occupent le tiers du diamètre. L'eau agit avec moins de puissance <jue contre les roues en dessous , parce que, étant moins enfermée lorsqu'elle trappe une roue à cuvette , la perte causée par sa non élasticité se réalise entièrement. Il faut une grande quantité d'eau pour les faire agir avec la puissance nécessaire *, aussi ne les voit-on ordinairement employées que sur des grandes rivières et particulièrement dans le midi de la France.
Une considération importante et qui doit aussi empêcher qu'on ne donne la préférence aux roues horizontales, c'est qu'il est assez difficile de monter et surtout de maintenir avec justesse l'arbre vertical sur la crapaudine et dans le collet supérieur qui doit le contenir exactement dans la verticale, condition essentielle pour que la mouture s'opère régulièrement et avec profit.
S II. — DeB roues Terticales pendantes et des moulins pandtns.
On désigne sous le nom de mouline pendans
DE LA MEUNERIE. liv. it.
ceux qui sont établis sur les grandes rivières, soit sur des bateaux, soit sur les ponts , soit sur pilotis.
1* Dee mottlint à bateaux,
"Le nombre des moulins à bateaux diminue tous les jours ; ils ont Pinconvénient de gêner la navigation , de ne pouvoir moudre par les fortes gelées à cause aes glaçons mouvaos qni briseraient les aubes de la roue , d'être aussi plus sujets que les autres moulins aux inconvéniens de la sécheresse et des grandes eaux. Les bateaux étant soumis aux oscillations continuelles causées par le mouvement des eani, le mécanisme du moulin n'est jamais dans l'état de stabilité convenable et les roeuln sont conséquemment sujettes à des dérangemens j accidens qu'il faut surtout éviter poor obtenir une bonne mouture.
On distingue deux sortes de moulias sar bateaux :
1^ Ceux dits moulin à double hamait.pant quHl y a deux roues^ une de chaque côté du kteau; ces deux roues sont montées sur un seul arbre et s'entr'aident ainsi pour donner le mouvement aux organes du moulin.
Cette construction est vicieuse; l'eau en frappant l'avant-bec du bateau est oblige de se diviser et prend naturellement des directions latérales obliques qui l'éloigoent des flancs du bateau et conséquemment des rooes, qni alors ne sont frappées que par des portions du courant dont la vitesse est amortie par ces dérivations.
Comme il n'y a ni coursier ni vannes, on ne peut régler la prise d'eau , ni par consé-
2uent régulariser le mouvement au moulin. m ne peut même l'arrêter qu'au moyen d'un frein analogue à celui dont on se sert dans les moulins à vent.
Si la vitesse du courant n'est pas égale de chaque côté du bateau , ce qui ne peut manquer d'arriver, surtout quand les eaux baissent, une des deux roues ira nécessairement plus vite aue l'autre; et, dans ce cas, la roue
quemment grande déperdition de force.
2^ Les moulins à bateaux dits à simple harnais, parce qu'ils n'ont qu'une seule roue placét entre deux bateaux. Cette construction n'offre pas les mêmes incon véniens que celle dont nous venons de parler. Les deux bateaux établissent, dans l'espace compris entre eux , une espèce de coursier, dont l'embouchure, au moyen des avant- becs des bateaux, est très favorable à l'introduction de l'eau. Ce coursier est garni d'une vanne et conséquemment le mouvement du moulin peut se régler et s'arrêter avec facilité.
Les deux bateaux forment une base très large oui donne à tout ce mécanisme autant de stabilité que peut en comporter ce mode de construction.
Le moulin à bateaux à simplehamais est de beaucoup préférable au moulin à double harnais; cependant, de tous les genres de moulin, les moulins à bateaux sont, sous tous les rap* ports, les moins convenables.
ciup. a3'.