CHAPITRE n. — •M MOYBita D*irrii.UBE us jjmiAVX mobts
Sacnoif I'*. — Considérations sur les débris des animaux.
Tontes les industries qui s'occupent du traitement des substancesanimalesen France manquent de matières premières ou s'en procurent à grands frais chez les nations étrangères; presque en «uaine localité les
substances animales ne suffisent à l'engrais de nos terres, et partout, sans exception, elles peuvent y être avantageusement employées.
Cependant, ces matières utiles sont incomplètement recueillies dans les lieux où se presse une forte population agglomérée, et totalement perdues dana la plupart dfe
ARTS AGRICOLES : tmLITË DES AinMADX MORTS.
Liv. nr.
petite» Tilles, des villages et des hameaux.
Les gens des campagnes, inûustrieux k rechercher une multitude de débris presque sans valeur, négligent, ou plutôt ils repoussent avec horreur et anéantissent , en les enfouissant dans la terre, des débris animaux çfui pourraient leur procurer des ressources importantes.
La répugnance profonde que Ton éprouve généralement pour les cadavres des animaux morts, est un des principaux obstacles à la réalisation des vues utiles qui vont suivre, et cette répugnance est souvent rendue invincible par la crainte de Tinsalubrité qu*on attribue aux matières plus ou moins putrides; nous devons donc nous eflbrcer ae détruire les idées fausses sur ces objets et sur quelques arts industriels improprement appelés insalubres. Ces préjugés, démentis par les nombreux rapports de savans distingués, sont cependant encore empreints dans une foule de réglemens administratifs.
Si Ton examine en particulier chacune des industries qui traitent des matières animales et présentent les plus fortes émanations parmi celles rangées dans la première classe des élablissemens dits insalubres ou incommodes^ on reconnaîtra qu'elles n'ont
i'amais donné lieu à aucune maladie parmi es nombreux ouvriers qu'elles occupent, ni même chez les habiians du voisinage. Des enquêtes les plus minutieuses ont eu lieu, sous ce rapport, relativement aux boyauderîes,aux fonderies d'os , aux fabriques de colle-forte et de produits ammoniacaux, aux tanneries , aux ma nu Tac turcs de poudrelte, enfin aux clos d*écarrissaf;e qui réunissent toutes les causes de putridité, et notamment h Montfaucon II est facile de démontrer ainsi cette importante proposition, (|ue les gens des campagnes n'ont aucun danger à craindre en s occupant d'utiliser les débris des animaux morts, lors même qu'une putréfaction avancée les forcerait a opérer en plein air.
Cette assertion est vraie dans tous les cas observés, à une seule exception près; mais ralTection morbide y relative, à laquelle ont huccombé les animaux , peut être caractérisée d*une manière tellement précise, qu'elle ne donnera jamais lieu à des méprises fâcheuses. La maladie connue sous le nom de charbon (anthrax) se décèle par une tumeur gangreneuse, circonscrite, élevée en pointe, MU* laquelle se forme une ou plusieurs phlyctènes (vulgairement dites cloches)^ accompagnée d'une vive douleur, d'une chaleur ardente ; les pustules élevées sur le sommet de ces tumeurs (ou boutons) se convertissent rapidement en escarres (ou croûtes) noirâtres, qui, semblables à du charbon éteint, ont reçu le nom de charbon. Les animaux atteints du charbon montrent une tristesse profonde; leurs flancs s'agitent fortement; on observe, en différentes parties de leur corps, surtout au poitrail et près des côtes, des grosseurs qui leur causent beaucoup de douleur, et qui rendent, au toucher, des sons analoguesau bruit d'une peau sèche. Après la mort, qui arrive au bout de quinze k trente heures, la langue est noire, le sang ^t la chair sont d'une couleur brune foncée.
Il faut éviter de toucher un animal mort du cliarbon , surtout lorsqu'une blessure à la main pourrait favoriser ou détermioer la contagion. Si Ton n'était pas bien assuré de reconnaître le charbon aux indices précédons, il conviendrait de consulter unméde^ cln-vélérinaire ; cette précaution ne devrait jamais être négligée lorsqu'il sera possible de la prendre ; enfin , dans le cas où il resterait des doutes sur la nature de la maladie, on devrait s'abstenir de dépecer l'animal. Si l'on avait reconnu la qualité contagieuse de la maladie, on enterrera l'animal mort à 1 pied 1/2 environ sous terre^ et ponr le conduire à la fosse, on pourrait se servir d'un crochet fixé au bout d'un long manche. On remarquera d'une manière quelconque la place où on l'aura enterré. Il conviendra ay semer du grain, afin de profiter de cette puissante fhmure soate^ raine: au bout de deux ans, on videra la fosse et on trouvera les os complètement décharnés et propres aux usages que nous indiquerons plus loin.
S'il est démontré que dans le dépècement des animaux morts du charbon, des affectioas mortelles peuvent être contractées par l'opérateur, il ne parait pas moins certain que ces accidens sont extrêmement rares; car on n'en a pas constaté un seul parmi les écarrisseurs qui, à Montfaucon , abattent annuellement 10,000 à 11,000 chevaux, et la chair provenant d'une partie de ces mêmes animaux, et de ceux qui out succombé à diverses maladies épidémiques ou contagieuses, n'a jamais causé d'indisposition chez les individus qui l'ont consommée comme substance alimentaire.
Enfin, nous ajouterons qu'à peine est-il douteux que l'a solution de chlorure de chaux, obtenuaactuellement à si bas prix en France, imprégnée dans une blouse dont se recouvrirait l'opérateur, versée sur ses mains et sur l'animal au moment de l'ouverture, introduite même alors dans l'intérieur du cadavre , laissât planer la moindre crainte de danger. Une des sources des plus fortes inductions en ce sens résulte sans doute des expériences faites récemment sur des vêtemens de pestiférés par une commission de médecins.
L'animal dépecé avec ces précautions, ou seulement coupé en quatre morceaux, puis soumis en vase clos à la vapeur à 130 deçrés, serait facilement désossé, et sans doute d'une innocuité complète dans tous les usages plus loin indiqués. Les intestins et vidanges étendus et recouverts de 6 à 10 pouces de terre ' alimenteraient une riche végétation. Il faut donc espérer çiue Ton aura bientôt la cèriitude de pouvoir tirer parti de tous les animaux morts, sans aucune exception.
Les animaux morts des suites de maladies^ on atteints par la foudre, de même que ceui oui succombent après un excès de fatigue, éprouvent plus facilement les effets de la putréfaction. Il est donc nécessaire de les dépecer le plus tôt possible, et de traiter immédiatement toutes leurs parties par les agens et les moyens indiqués dans cet article.
Au fur et à mesure que Ton met à d^ooo*
£]IAP. 3*. DEPECEMENT DES ANIMAUX.
vert les parties internes des animaux chex lesquels la putréfaction s*est manifestëe, il est convenable de faire sur ces parties les aspersions de chlorure de chaux (1), ou, à défaut, de fréquens lavages à Teau de chaux, ou même avec de l'eau simple.
Sbction n.^^Dépécemene des animaux.
A cela près d'un fort petit nombre d'exceptions, que nous indiquerons plus loin, tous les animaux morts de maladies ou abattus et saignés (3) doivent être dépecés de la même manière. On coupe le plus près possible de leur racine les crins, et Ton arrache les fers des pieds lorsqu'il y a lieu. L'animal étendu à terre, ou sur une table, est maintenu sur le dos , le ventre tourné vers l'opérateur : celui-ci, à l'aide d'un couteau bien affilé, pratique une incision longitudinale dans toute répaisseur de la peau, et même un peu pi us avant, depuis le milieu delà mâchoire inférieure « traversant en ligne droite le cou, la poitrine, et le ventre jusqu'à l'anus ; il incise de même la peau des quatre membres dans le sens de leur long^ueur^ en coupant à angle droit la première incision , et s^rrêtant près de chacune des extrémités, où il fait une incision circulaire.
Saisissant alors de la main la moins exercée un des côtés de la peau dans l'incision longitudinale, il la détache successivement sur le ventre, la poitrine, le cou, les jambes, et les parties latérales à l'aide de coupures qui s'insinuent entre la peau et la chair; on doit avoir le soin surtout, si l'on manque d*habitude et crue l'animal soit mai- ^^re, de diriger le tranchant de la lame vers ia chair, dont on entame toi]gours quelques portions, afin d'éviter que ia peau ne puisse être endommagée.
Dès que toutes les parties ci-dessus indiquées sont écorchées^ on retourne Tanimal sur le ventre, afin d'achever de le dépouiller. La queue, fendue longitudinalement par la première incision, est développée; sa partie intérieure, osseuse et charnue, est tranchée aussi loin que possible de sa racine , afin de laisser plus d'étendue à la peau: on continue^ comme nous l'avons dit, de séparer celle-ci Je toute la région du dos^ k laquelle elle adbère encore; arrivé vers la tête, on tranche les oreilles près de leur insertion, et l'on termine Topélration en dépouillant toute la partie postérieure de la face.
Dans les localités où la proximité des taonenes, m^sseries, maroquineries, etc., permet d'expédier à ces établissemens les peaux toutes fraîches, on laisse sans la dépouiller toute la partie interne de la queue; les oreilles, et même les lèvres peuvent également être laissées adhérentes à la peau, de peur de l'endommager en les extrayant : les écorcheurs
de profession le font è dessein pour rendre la peau plus lourde , parce qu'elle se vend au poids*
Lorsque l'animal a été dépouillé comme nous venons de le dire, on enlève tous les intestins, les viscères de la poitrine et le diaphragme , que Ton dépose non loin de là ; on désarticule les quatre pieds , après avoir relevé les tendons, afin d'éviter de les couper en tranchant le jarret et le genou ; on désarticule ensuite les membres po&térieurs (jambes de derrière) en coupant les muscles qui leur correspondent le plus près possible de l'insertion aux os du bassin ; les extrémités antérieures (jambes de devant) sont séparées de même, et l'on s'occupe alors d'enlever toutes les chairs sur ces diverses parties , en mettant à part les plus beaux morceaux lorsqu'ils sont susceptibles de servir d'aliment : les chairs extraites entre les c6tes, dans les vertèbres du cou, et dans toutes les parties anfractueuses de la tête, sont en petits lambeaux ou raclures (3).
Extraction de la eraisse.^'En dépeçant un animal, on doit rechercher la matière grasse sous la peau autour du cœur, des intestins,
Ï>rè8 des parois internes entre le péritoine et es parties inférieures de l'abdomen^ dans l'épaisseur du mésentère et du médiastin , enfin entre les gros muscles : c'est dans ces derniers que sa découverte est plus difficile et exige une certaine habitude pour être enlevée promptement. Nous n'insisterons pas ici sur les usages de la graisse (la conservation des cuirs, le graissage des essieux, la fabrication des savons, etc.), qui sont d'ailleurs la plupart bien connus.
enlèvement des tendons et leurs usages. — Les tendons sont ces parties fibreuses, résistantes, qui attachent les muscles aux os ; on les connaît généralement, dans la campagne surtout, sous le nom de nerfs : de là viennent ces locutions vulgaires de membres nerveux et celles relatives à divers objets , tels que bois, fers, etc., qui ont du nerf. Ces indications suffisent sans doute pour mettre à la portée de tous ce que l'on désigne par le nom de tendons. — C'est surtout près des extrémités que les tendons, mieux isolés, son t plus faciles à extraire. Pour les enlever, on les tranche au rez de leur point d'attache, en passant la lame du couteau entre eux et ros, et enlevant avec eux les petits lambeaux de la peau restés adhérens aux pieds, et qui sont propres aux mêmes usages.
On peut généralement les utiliser, soit, lorsquils sont assez longs ^ en les clouant humectés sur des bois qu'ils relient fortement, soit, desséchés et de toutes dimensions, en les vendant aux fabricans de colle Jorte, ou en les faisant cuire à rétouffée, puis les employant, avec le liquide gélatineux qu'ils fournissent ainsi, à rendre les pommes- I de-terre ou recoupes plus nutritives pour les
(1) L'eau de Javelle, étendue de 2 ou 3 fols son volome d'eau, peut remplacer la solution de chlorure de dianx dans cette application, comme dans beaucoup d'autres.
(2) Lorsque dans un seul endroit on abat et Tou saigne un ^rand nombre d'animaux, comme dans les clos cTequarrissage et dans les atuittoirs, on doit Moeillir tout Je sang dans des baquets ou autres rases pour le traiter comme nous le dirons plus loin.
(3) Noos verrons plus loin dans le traitement ultérieur des chairs, comment on peut, par une forte cmsson à la vapeur ou dans l'eau, détacher des os toutes les parties qui y sont adhérentes.
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