CHAPITRE rV. — IlfCOBATlON ASTIFICiaLLC
Llncobation artificielle est l'art de faire éclore et d'élever en toute saison toutes sortes d'oiseaux de basse -cour ou d'agrément , et particulièrement des poulets, par le moyen d'une chaleur artificielle et sans le secours de mères couveuses. Cet art, pour être pratiqué, exige la connaissance des appareils au moyen desquels on supplée à la chaleur de la poule, et celle des méthodes les plus certaines pour élever les poulets nés dans ces appareils.
SscnoN r*. — Des appareils pour faire couver les œufs.
Ces appareils sont des couvoirs, des fours ou des etuves de diverses espèces.
D'après le témoignage des écrivains de Tantiquité et des temps modernes, les Egyptiens, depuis un temps immémorial, ont •laroé et eonservé la pratique de Tart de
faire éclore et d'élever les poulets dans des fours en briques appelés mamals, dont nous ne donnerons pas la description, parce que c'est un procédé imparfait, et qui n'est pas applicable dans notre pays.
Dans le siècle dernier, RAaumuk essava, ce qu'on avait déjà tenté aussi avant fui. de faire éclore des poulets d'une manière économique au moyen de fours ou tonneau^i chauffés par la chaleur qui se dégage de 1& fermentation du fumier. Ce savant a fait, à ce sujet, des expériences nombreuses qui sont restées comme le témoignage de sa sagacité et de sa patience, mais qui n'ont fourni aucun procéaé réellement applicable. Nous passerons donc à la description d'appareils plus modernes.
$ 1*. — Couveuse artificielle.
Parmi les appareils simples dont on pourrait faire choix aujourd'hui pour faire éclore
ARTS AGRICOLES : CAL£FAC:TEUR^OUVOIR D£ M. IJIMARE. Liv.tv.
des poulets , an des plus commodes est une petite couveuse artificielle. Cette couveuse, doolon voit la coupe par le milieu dans la fig. 84 est composée de 2 vases cylindriques Y'iR. 84. ^o fer-blanc, l'un A, de 27 cent. (10 po.) de diamètre, sur 3S centim. (1 pi.) de hauteur, et l'autre B plus petit, mais dans uu rapport tel , qu'en le plaçant dans le grand il reste entre eux, en tous sens, un vide de 27 millim. (1 po.), qui doit contenir l'eau cnaude destinée à élever la température des œufs placés dans le petit vase.
Six petits tu}[aux C de 2 à 3 millim. (1 lig.) de diamètre, percés à la partie inférieure de raopareil, et s'ouvrant au denors, amènent l'air nécessaire à l'incubation dans le vase intérieur B. On place au fond de ce dernier un lit de coton, puis les œufs au nombre de 20 ou 25, enfin un autre lit de coton pour les préserver da refroidisment, et on ferme l'appareil au moyen d'un couvercle D percé d un grand nombre de trous très- fins. Quand on fait usage de l'instrument, il faut qu'il perde, par le contact de Tair extérieur, précisément autant de chaleur qu'il en reçoit par l'influence d'une petite lampe £ placée au-dessous, et c'est à quoi on arrive par une étude de quelques jours, au moyen d'un thermomètre F plongé dans l'eau, et qu'on peut faire glisser au dehors dans le bouchon de liège qu'il traverse, et d'un autre thermomètre G dont la boule est placée au milieu des œufs, et don ton peut facilement lire les indications sans ôter le couvercle et découvrir les œufs. On remplit rintervalle des deux vases avec de l'eau chauffée à 36** R. (46 cent.), au moyen de l'orifice H fermé par un bouchon , et on allume la lampe. Si la température s'élève on lait descendre la lampe le long du pied I sur lequel elle peut glisser; si elle s'abaisse, on la rapproche, et l'on arrive bientôt à déterminer la distance oui convient à l'appareil et à la lampe. Les lampes à huile étant sujettes à charbonner leur mèche . et à donner une combustion imparfaite, et par conséquent une chaleur inégale, il vaut mieux faire usage <rune lampe à sucool et à mèche d'amiante. On obtient ainsi une flamme égale à peu de frais, et qui ne brûle pas 2 onces d'alcool en 24 heures.
§ II. — Caléfacteur-couvoir de M. Lemare.
Uu autre appareil plus commode que le précédent, est le couvoir dont on voit ta vue
f>erspective, et la coupe par le milieu dans a fiff, 85. Il se compose de deux parties qui s'emboîtent l'une sur l'autre. La partie inférieure est formée, V d'un cercle ou cylindre extérieur en bois A dont le fond est en carton ; 2"* du réservoir en cuivre ou en zinc B destiné à contenir l'eau qui doit entretenir la chaleur convenable : de ce réservoir partent 2 tubes; l'uu C terminé par un robinet, et sur lequel est soudé un tube vertical
D qui s'élargit à la partie supérieure et par lequel on introduit l'eau ; l'autre est un petit tube recourbé qui sert à faciliter Tintroduçtion de l'eau dans le réservoir à la partie supérieure duquel il est soudé.
Fig. 86.
î^ partie supén'/iiiL- j' osi un double corps rempli avec de la ouate dans toute sa circonférence. Le centre contient le panier aui œufs F; autour de ce panier règne un espace vide qui permet à la chaleur du réservoir de se répandre sur les œufs. Le tout est terminé par nn couvercle ouaté G. A cet appareil od ajoute un thermomètre de Réaumur, une lampe à cric et un paquet de mèches.
Le régulateur du feu , oui est fondé sur le principe de la dilatation ae l'eau, et dont on voit une coupe sur une plus grande échelle dans la fig. se compose d'un flotteur I, cylindre creux plus léger que l'eau, qui se meut dans le grand tube, et d'un registreL attache au flotteur par une chaînette, qui passe par un tube d'un petit diamètre soudé d'un bout sur le robinet, et de l'autre qui traverse le flotteur auquel ilsertdeguide.La descente de ce registre est bornée par une coulisse inférieure, et sa montée par une autre coulisse semblable.
Pour se servir du caléfacteur-couvoir, on remplit d'eau chaude le réservoir en cuivre par le tube D. On couvre l'appareil et on introduit un thermomètre par les trous P pratiqués à la partie latérale et supérieure. Quelques heures après on visite le thermomètre sans découvrir le couvoir. Si celui-ci est encore à une température trop élevée, par exemple 40'*, on l'abandonne encore quelque temps, et ce n'est que lorsque le thermomètre ne marque plus que 35 à 36* Réaumur, qu'on met lesœufs. Cesœufe et le panier causeront beaucoup de refroidissement; dèslors on visite souvent le thermomètre, et ce n'est que lorsqu'il est descendu à 29 ou 30* qu'on allume la lampe.
On verse doucement un verre d'eau dans le tube D, jusou'à ce qu'il soit rempli à un pouce près; alors son registre L est monte à son arrêt supérieur, et ne laisse au passage de l'air que le plus petit espace; et c'est, au contraire, le plus grand qu'il doit livrer, puisque le thermomètre ne marque que 30*. On soutire donc par le robinet un petit filet d'eau qu'on lai&se couler jusqu'à ce que le registre soit presque entièrement descendu à son arrêt inférieur, c'est-à-dire qu'il laisse libre toute l'ouvertiu^e. La corn-
ETUVE BONNEMAIN.
busiioD de la lampe H devenant plas active, U chaleur s'accroîtra , i*eau augmentera de volume, le registre montera et diminuera proportionnellement à cette dilatation le passage de Tair , et arrivera à son plus haut degré d'ascension on en approchera. Le thermomètre aussi aura monté de 1 ou 2*"; mais le passage de l'airétantrélréci, la combustion se ralentira, Teau moins dilatée laissera tomber le flotteur et avec lui le re^stre, et l'effet contraire se produira, et ainsi de suite.
La lampe s'introduit, sous le réservoir par une petite ouverture O qu'on tient fermée avec une porte. A la partie supérieure du réservoir B, est soudé un tube court J , qui passe par un trou pratiqué au fond du panier, et qm est destine à soutenir un petit godet dans lequel on met un peu d'eau.
La mèche de la lampe doitétre mouchée une fois le matin et une fois avant qu'on se couche. Il suffit aussi d'y mettre de l'huile deux fois par jour. On visite également le tube régulateur de temps à autre, pour voir s'il ne s'est pas évaporé un peu d'eau , et vérifier si le point le plus élevé et le plus bas de la dilatation de l'eau correspondent bien à la plus petite et à la plus grande ouverture du registre.
Au reste , dit M. Lsii arb , ces couvoirs ont réussi, quoiau'ils ne fussent pas munis de régulateurs au feu, et la chaleur s'y conserve très-bien.
$ IU.~Étove Bonnemaln.
Les couvoirs déjà décrits ne sont guère propres qu'à une incubation pratiquée sur une petite échelle; quand on veut faire de retart l'objet d'une spéculation étendue, il faut avoir recours à des étuves plus vastes, et établies sur un plan différent. Celle qui a donné les résultats les plus avantageux est rétuve de BoMNEMAiN , qui s'est occupé, en France, avec succès, de l'incubation artificielle.
Cette étuve est construite sur le principe de la circulation de l'eau, principe fondé sur cette observation qu'on est à même de répéter chaque jour, que dans une chaudière i-emplie d'eau, et sous laquelle on allume du .feu, les premières portions du liquide qui sont échauffées deviennent plus légères et montent à la surface, tandis que les portions qui sont restées froides à la surface vont au fond prendre la place de celles qui s'élèvent. Ce phénomène se renouvelle tant qu'il y a inégalité dans la tempéra- Fig. 86. ture des différentes cou-
ches d'eau. Ainsi, si à la chaudière fermée A {Jig, 86), on adapte un tuyau B , qui s élève à une certaine hauteur, et redescende ensuite en faisant diverses sinuosités D, jusque près du fond de la chaudière dans laquelle il rentre en C, qu'on remplisse d'eau tout l'appareil, et qu'on allum.e du feu sous la chaudière, les
AGRlCUI.TlTRlr
r" portions d'eau imprégnées de calorique et devenues plus légères, monteront à la partie supérieure de cette chaudière, puis dans le tube B, où, dépouillées en parlie de leur chaleur par l'air environnant, elles s'écouleront par le tuyau D, et rentreront en C dans la chaud ière. Cette circulation continuera tout le temps qu*il y aura du feu sous la chaudière, et Si l'on suppose que les tubes rampent dans l'intérieur d^une chambre ou d'une étuve, l'air intérieur s'échauffera par son contact avec les parois des tubes chauds, et on pourra ainsi élever d'autant plus la temperature qu'on augmentera davantage l'étendue ou la surface des tuyaux. Un appareil de cette nalure, employé à chauffer un espace quelconque, se nomme un calorifère à eau chaude. On conçoit qu'on pourrait, par des moyens à peu près analogues, faire circuler dans les tubes de l'air chaud ou de la vapeur d'eau bouillante, comme M. Barlow Ta fait en Angleterre pour un établissement d'incubation artificielle.
L'étuve de Bonnemain se compose d'une chambre carrée ou oblongue, dont les parois sont en briques , et qui est chauffée par des séries de tuyaux faisant partie d'un calorifère
à eau chaude. Sur la chaudière h.{fig. 87} de
Fig. 87.
ce calorifère, est implanté un tuyau vertical D G réuni avec un tuyau horizontal EF, auquel sont soudés des ajutages à rides B, qui s adaptent à un égal nombre de tubes a a introduits dans la paroi de l'étuve. Ces tubes traversent celle-ci sous une pente insensible, et vont sortir par le côté opposé, où, après s'être deux fois recourbés, ils rentrent, 8 à 9 po. au-dessous, dans l'étuve qu'ils traversent de nouveau pour ressortir et rentrer encore. Enfin, après avoir fait dans l'étuve 2 ou 3 circulations semblables, ils se réunissent de nouveau au dehors dans un seul tube transversal H, auquel est adapté un tuyau R qui descend latéralement dans la chaudière jusque près de son fond : ce tuyau, dans sa partie plongée dans la chaudière, est entouré par une enveloppe pleine d'air qui empêche que l'eau descendante ne soit échaurfée avant d'atteindre le fond. Il serait sans doute plus convenable de ne faire renti'cr ce tuyau que près du fond de la chaudière. Un tube ouvert K , élevé au-dessus du point le plus haut du