‹ Maison rustique du XIXe siècleChapitre 51 sur 239 · ARTS AGRICOLES : INCUBATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

ARTS AGRICOLES : INCUBATION ARTIFICIELLE

n'a qu'un petit nombre de poulets, et ainsi que cela se pratique quelquefois dans les campagnes, c'est de confier ceux nouvellement nés à un chapon , qui s'affectionne à eux autant que l'aurait pu faire la poule qui leur aurait fait voir le jour. Le chapon conducteur ne le cède en rien en talens et en assiduité à la poule la plus attachée à ses poulets et la plus attentive à les soigner. Un seul chapon pûeut suffire à élever autant de poulets qu'en élèveraient 8 ou 4 poules , et en conduit bien 40 à 50. D'ailleurs il reçoit tous ceux dont on veut bien le charger, et il lui est indifférent quel âge lisaient, surtout quand par des leçons on lui a donné une éducation convenable.

Lorsau'onn'apas de chapon conducteur, il faut préparer aux poulets un nouveau logement où ils puissent jouir d'un air chaud et salubre. Ce logement ou poussinière est une cage ou mieux une boite proportionnée au nombre des poulets qu'on veut y faire vivre, ainsi qu'à leur âge. Cette boite est à peu près trois fois aussi longue que large, et est munie d'un couvercle à charnière. Une des. lon-

gues faces de la botte est grillée du haut en as, dans toute sa longueur, en fil de fer ou en barreaux de bois, comme les cages d'oiseaux. La poussinière qui n'est destinée qu'à loger 50 poulets nouvellement nés, sera assez spacieuse , si elle a 3 pieds de long, 1 pied de large et autant de hauteur.

Pour réchauffer les poulets et leur tenir lieu des ailes de la poule, la poussinière est garnie d'une mère artificielle. Cette mère est une sorte de pupitre {fie. 97) dont le bout le Fig. Ô7. .- plus bas est encore assez élevé au-dessus du p Lan sur lequel la mère est posée , pour qu'un petitpoulet puisse passer dessous sans trop fltichir les jambes.

'J oute sa surface intérieure est la p iss éo di^: |K'au de mouton ou d'agneau j bien Jotirnie de laine douce. La petite charpente de cette mère est un châssis fait en toit; ce châssis laisse à la peau fourrée qui est tendue à sa surface inférieure, une flexibilité qu'elle n'aurait passi ce toit était fait d'un ais,et il est posé de chaque côté sur une planche mise de champ, plus haute à sa partie antérieure, ou plutôt il est porté sur 4 pieds, dont les postérieurs sont très-courts. Une hauteur de 2 pouces leur suffit si la mère est destinée à des poulets nouvellement nés. Les2pieds an • teneurs ont alors assez de 4 pouces; on leur en donne davantage et on augmente proportionnellement celle des pieds postérieurs , à mesure que les poulets deviennent plus srands, ou si la mère est destinée à des poulets plus âgés.

Cette mère peut occuper toute la largeur de la poussinière. Sa longueur est arbitraire ; il suffit d'en avoir une de quinze pouces, si elle n'est destinée qu'à recevoir quarante ou cinquante jeunes poulets à la fois.

Ceux de la poussinière ne sont pas longtemps à connaître à quoi la mère peut leur être utile; ils savent se rendre dessous toutes les fois qu'ils songent à prendre du repos et a se mettre chaudement.

Liv. nr.

Les poulets seraient encore plus chaudement sous la mère artificielle si une de ses extrémités était fermée ; elles peuvent Têtre l'une et l'autre par un rideau de flanelle qui oppose peu de i*ésistance à ceux qui veulent entrer et sortir ; mais, dit Réaumur, il faut bien se garder d'en fermer l'une des deux avec un corps arrêté fixement, attendu que les poulets ayant l'habitude de s'entasser les uns sur les autres , les plus forts montent sur les plus faibles, et les écrasent si ceux-ci ne trouvent pas à s'échapper par l'ouverture la plus basse de la mère. On voit au reste que l'inclinaison du châssis favorise le classement des poulets , les plus petits s'avançant pins avant que les plus gros.

Malgré la fourrure et l'entassement des poulets, il est rare, surtout dans la saison rroide, qu'il règne en tout temps dans la capacité de la mère une chaleur suffisante. Pour pouvoir y entretenir une température

Sui doit être environ de 15 à 18 degrés , éaumur conseille dans ce cas de placer en dessous une boite contenant une chaufferette, remplie de braise couverte de cendre. Il vaut mieux introduire dans cette botte un vase de ^ès, de fer ou d'étain, rempli d'eau bouillante, qu'on renouvelle 3 fois par jour dans les temps les plus froids. En été et dans une partie du printemps et de l'automue, l'eau chaude renouvelée le soir suffira pendant toute la journée. Un thermomètre placé dans la mère sert à déterminer la température qui règne dans son intérieur.

Dans \id système d'incubation de Bonnemain, on chauffe la poussinière en introduisant dans son intérieur, au-dessus des châssis qui portent la peau de mouton, les tubes qui ont circulé dans l'étuve, et au moment où ils vont se rendre de nouveau dans le calorifère, (/£^. 98); ce Fig. 98.

qui suffit poury entretenir une ■ chaleur douce •*!

et constante.

La mère doit être placée à une des extrémités de la poussinière, mais elle n'en sera pas assez proche pour la toucher, et on aura soin de laisser entre elle et le bout un dégagement capable de contenir quelques poulets.

La poussinière sera garnie de juchoirs placés à diverses hauteurs, de petites trémies pour contenir les grains et la nourriture des poulets, et d'un vase rempli d'eau, mais à ouverture étroite, afin que ces jeunes animaux ne puissent se mouiller les pieds ou quelques parties de leur plumage. Dans les essais a iacubation artificielle faits en Angleterre , on lui a donné un double fond mobile comme aux cages d'oiseaux, pour favoriser le nétoie* ment quotidien, et chaque iour ou répandait sur ce fond une couche de terre sableuse, pulvérulente et séchée au four.

Pendant la nuit, et dans tous les jours où le temps est rude, les poussinières doivent être mises à couvert dans une chambre bien close qu'on chauffera même en hiver, ou, ce

Î[ui est plus simple, elle sera rapprochée des ours ou des foyers où l'on entretient une chaleur constante. Mais lorsque les jours ne

au.9. $• CONSIDËR&TIONS ECONOMIQUES SUR L'INCUBATION ARTIFICIELLE. %9

ment, comme Chaptax. Ta vu pratiquer avec

sont ni froîda ni pluvieux, on ne doit pas hésiter il mettre les jpoussinières au grand air, en faisant choix des endroits à l*abri du vent et exposés aux rayons solaires.

Nous n'avons parlé que des poussînières pour les petits poulets; de beaucoup plus grandes, mais sur le même modèle, sont nécessaires pour ceux d'un Age plus avancé. Oq pourrait construire des poussinières à compartimens qu'on enlèverait à mesure que les poulets deviendraient plus forts. Dans tous les cas, (juand ces boites ont de grandes dimensions, il faut les monter sur des roulettes pour les faire facilement changer de place.

Si on exploitaitun peu en grand l'incubation artificielle, il serait à propos de faire construire, aussi économiquement que possible, une grande poussinière qui consisterait en

succès à Montpellier, des viandes ou matières animales communes, soit rôties ou bouillies, soit crues, hachées et mêlées avec du grain, des criblures, des vannures, etc. Les vers de terre, les asticots sont aussi fort du goût des poulets, et on fera bien de leur en donner quand on pourra s'en procurer en grande quantité et à bas prix (rqy. t III, p. 74). On peut aussi leur distribuer des plantes potagères crues et du mouron ; mais il faut leur donner cette nourriture avec discrétion, et ne pas en faire leur principal aliment

Les soins à donner aux autres oiseaux de basse-cour qu'on ferait naître par des moyens artificiels sont à peu près les mêmes que ceux mis en usage pour les poulets. Il faudrait seulement varier la nourriture suivant les espèces, et apporter quelques modifica-

nn bâtiment rond ou octogone, ayant au cen- . ^ ^

tre un poêle pour le chauffer, et un assez i tions au régime d'après les moeurs ou les ha< erand nombre de compartimens où les pou- bitudes propres à chacune d'elles, iets seraient réunis par âge, chose importante si on ne veut pas exposer les plus jeunes élèves à être écrasés ou affamés par les plus gros. Des portes à coulisses pratiquées sur le devant permettraient aux poulets de venir s*ébattre pendant la chaleur du jour dans de petits jardins correspondans a chaque compartiment. Pour les oies et les canards, on établirait de petits bassins dans ces jardins, qu^oQ pourrait d'ailleurs orner et ombrager de plantes ligneuses qui n'ont rien à redouter de ces jeimes animaux.

$ Yl. — Ifourriture des poulets.

Les poulets nés par des moyens artificiels ne se nourrissent pas autrement que ceux éclos sous la poule.

On est assez dans l'usage de leur offrir pour première nourriture du jaune d'œuf durci et mis en miettes ; cette nourriture est chère. Souvent on mêle le jaune d'œuf avec du pain émietté; mais on çeut s'en tenir à ne leur donner que de la mie de pain seule. Ils sont en état, dès les premiers jours, de digérer des graines, et on peut mêler du millet à la mie de pain qu'on leur donne. Outre le millet, qu'ils aiment beaucoup, on peut leur donner de la navette, du chenevis, du froment, du seigle, de l'avoine, du sarrazin, du mais mondés ou concassés grossièrement , du caillé égoutté avec soiu et coupé en petits morceaux, des pommes-de -terre cuites à l'eau ou à la vapeur, réduites en farine grossière; et qu'on laisse légèrement sécher à rair,'ctc-, etc.

On peut encore leur faire des pâtées avec de l'orge crevée dans laquelle ou fait entrer de la mie de pain et du lait; leur distribuer des pâtées faites avec les restes du pot-aufeu ou la desserte de la table, des matières grasses, des os concassés ou broyés fine-

propres i

Vll.-^Gonsidérationi économiques aur llncobation artificielle.

L'incubation artificielle est avantageuse à pratiquer dans tous les lieux où il est nécessaire de faire éclore de jeunes poulets dans les saisons où les poules ne couvent pas, ou bien dans les circonstances locales où il s'agit de produire régulièrement un grand nombre de poulets au milieu d'un petit espace. Dans les grandes villes, près des centres de grande consommation et des lieux où la volaille peut se débiter à un prix élevé et où les proauits des couvaisons naturelles ne suffiraient pas aux besoins, on réalisera sans doute des profits en faisant éclore ainsi ces jeunes animaux. En outre, une consommation beaucoup plus étendue de la chair des oiseaux de basse-cour par le peuple des villes et des campagnes pourrait encore rendre cette industrie plus lucrative. Mais il faut se rappeler que partout elle doit toujours être exercée d'après les principes de la plus stricte économie, et qu'elle ne pourrait être entreprise d'une manière profitable dans les endroits où le combustible et les salaires sont à des prix élevés, et surtout dans les lieux où on ne pourrait se procurer à très-bas prix tous les matériaux nécessaires à la nourriture et à l'engraissement de ces oiseaux. Au reste, l'art de faire éclore les poulets n'offre pas de difficulté ; ce oui est difficile, c'est de les préserver des épidémies qui frappent tous les rassemblemens d'animaux de même espèce, et de pouvoir les élever à un prix inférieur à celui ces poulets élevés dans les campagnes. L'expérience, le temps et les lieux peuvent seuls décider des avantages qu'on peut retirer de cette industrie. F- M.

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