‹ Maison rustique du XIXe siècleChapitre 70 sur 239 · V. AUDOUIN · texte numérisé non relu

V. AUDOUIN

Sbction II. — De 'a nourriture du ver-^'Soie, 5 I".— Considérations générales et physiologiques.

Le ver-à-soie, comme chacun sait, fait sa nourriture de la feuille du mûrier; à sa naissance et dans son premier Age il demande une nourriture légère et de facile digestion; son économie intérieure est dirigée vers Taccroissement de ses organes, et tort peu sans doute vers le but de sa carrière , la formation de la soie. Donnons- lui donc d'abord de jeunes feuilles à peine écloses, et surtout des feuilles de sauvageons. Celles-ci sont le produit brut de la nature et les plus analogues au jeune sujet ; une feuille bien développée serait d'ailleurs trop dure et trop nourrissante. Il faut que la nourriture et l'estomac suivent une marche simultanée; l'agriculteur doit chercher à imiter, à seconder la nature, et jamais à la forcer.

Je conseillerai au propriétaire de mûriers d'en avoir toujours à Vétai de sauvageon an nombre suffisant pour la consommation de sa chambrée, au moins jusqu'à la 3* mue. Ces mûriers seront plantés à des abris et à rexposition la plus chaude, afin que la pré-

UV. !▼.

cocité de leur végétation puisse permettre de faire la chambrée avant l'époque des fortes chaleurs. Je dis à dessein à Tépoque des fortes chaleurs, parce que ce sont elles, et non la haute température, que craignent les vers-àsoie; ceci s*expliquera lorsque nous traiterons de leur éducation.

Les personnes qui n'ont point encore de mûriers sauvageons dans l'exposition indiquée, et auxquelles il tarderait de mettre ce précepte en pratique, planteront, en attendant, des mûriers nains contre des murs bien crépis et à la plus chaude exposition , ces arbres doivent avoir un tronc très-court, un pied au plus, car la précocité est en raison inverse de la hauteur de la tige.

Il ne faut pas s'attendre que le mûrier, ramené par force à de si petites proportions, puisse vivre long-temps; aussi n'est-ce pas comme moyen d'exploitation, mais comme mesure expectative que je conseille de le tenir si bas, et seulement pour attendre le moment on l'arbre en plein vent, qui doit durer des siècles, aura acquis l'accroissement nécessaire pour être sansinconvéniens privé de ses feuilles.

^ II. —Des feuilles qu^on a proposées pour remplacer ^ celles du mûrier.

On a fait, dit-on, beaucoup d'expériences pour résoudre ce grand problème; c'est su^ tout dans le Nord au'on la tenté, mais, presque toutes ces expériences ont complètement échoué, ou au moins n'ont qu'imparfaitement réussi. I>es vers -à -soie rois sur les feuilles de rosier sauvage, de ronce, d'érable, de maïs, etc., meurent plutôt que d'en manger; ils peuvent vivre à la vérité de la feuille de scorsonère et même filer des cocons; mais, dans une éducation faite toute entière avec cette feuille, il meurt une bien plus grande quantité de vers, et les cocons produits sont moitié plus petits et moitié moins pesans.

Je ne nie pas ni accorde que le ver- à-soie ne puisse prendre une autre nourriture que celle de la feuille de mûrier; si d'autres l'assurent, je me tais: mais de ce que l'iusecte peut exister, en tirera-t-on la conséquence qu'il filera de la soie, et de la soie de bonne qualité.' je ne puis l'admettre. Ces insectes et son arbre ont été découverts en même (emps et dans le même pays, et l'un sur l'autre ; la nature les a donc créés l'un pour l'autre, comme la cochenille et le nopal.

Si Ton manquait de feuilles avec l'espoir de s'en procurer plus tard, le mieux et le seul parti serait de faire jeûner la chambrée; si l'on n'avait pas l'espérance de s'en procurer, comme il arrive souvent après une grêle ou une forte gelée blanche^ il n y a rien à tenter, on jette les vers-à-soie.

§ III. — De la cueillette de la feuiUe.

Il faut cueillir la feuille après ^ue le soleil ou la chaleur a dUsipé l* humidité de la nuif, (lu brouillard ou dt; la pluie, et cesser avant que la Iratcheur du soir ou la pluie commencent.

(l) Trnnsact, de în Soc. !.inn. de Londres, tom. VU, tah. 3.

GMAF. 7*.

Page 1