I. Bssatms naturels
Pendant la saison dont nous venons déparier, la multiplication des abeilles est considérable; aussi un bruit sourd se fait-il enten- ' drc, et il augmente chaque jour d'intensité. Bientôt on voit sortir de quelques ruches, de 11 heures à 3 heures, des mates ou faux bourdons; c'est un indice que la mère a pondu depuis 8 à 10 jours dans les alvéoles de reine, et qu'il sortira avant peu un essaim. On dispose en conséquence aes ruches qu'on nettoie bien et qu'on parfume en les frottant avec des plantes aromatiques ou avec l'extrémité de tiges fleuries. On prépare également un sac dans lequel on fixe deux cerceaux pour en écarter les parois, et placés assez loiu de l'ouverture pour qu'on puisse le fermer à volonté; 2 grands balais ou une petite pompe à main comme celle des jardiniers, un seau plein d'eau, 1 fumeron ou 2, une ou 2 longues perches termiuées ^par un crochet à l'extrémité supérieure, un plumasseau et à défaut une petite branche & feuilles souples, une branche d'un pied et demi dont la tête, de 6 à 10 pouces de long, est taillée en boule alongée, un plateau, un couvercle de ruche, un ou 2 paillassons de jardinier ou un ou 2 grands torchons, un camail et du sable fin, enfin un peu de miel pour en délayer au besoin avec de Teau.
Tout cet attirail disposé, on place quelques-unes des ruches sur des plateaux, ou on les suspend à des arbres autour du rucher. On peht même en mettre dans les places des ruchers qui sont vides. Alors il ne reste plus qu'à faire une garde exacte pour épier la sortie des essaims qui peut avoir lieu depuis 10 heures du matin jusqu'à 3 heures du soir dans les temps ordinaires, mais qui peut commencer depuis 0 heures jusqu'à 4 par de fortes chaleurs.
On laisse l'essaim sortir tranquillement et se balancer dans l'air ; ce n'est que lorsqu'il prend une directibn contraire à celle qu'on désire, qu'on s'empresse de lui lancer du sable et de l'eau et qu'on fait beaucoup de bruit, non seulement pour empêcher les ouvrières d'entendre et de suivre leurs conducteurs, mais encore pour prévenir les voisins qu'il est sorti un essaim. Le bruit, l'eau, le sable sont un orage pour l'essaim qui s'arrête et se place, soit contre une branche d'arbre, soit contre un mur, et quelquefois se pose à terre. On garantit les abeilles des ravons du soleil, s'il est possible, pendant qu^elles se groupent en formant une fioule ou une grappe de raisin.
Lorsqu'une grande partie des ouvrières est réunie^ si elles sont à terre, on pose une ruche dessus, en la soulevant d'un côté de deui pouces pour l'entrée des abeilles, et on intercepte les rayons solaires qui douneut sur la ruche. On accélère l'entrée des ouyrières avec de la fumée ou le plumasseau, et dès qu'on voit des abeilles se placer à l'entrée de la ruche et y battre des ailes pour rappeler celles qui sont dehors, on les laisse tranquilles jusqu'à ce que le calme soit rétabli dans l'essaim.
Si les abeilles se groupent contre une bran-
deux secousses promptes pour en détacher l'essaim qui tombe dans la ruche. S'il reste encore beaucoup de mouches contre la branche, on les fait tomber avec le plumasseau. On pose ensuite la ruche auprès de l'arbre sur un plateau, un paillasson ou une toile, en la retournant bien doucement, ce qui n'empêche pas la plupart des abeilles de rouler et de sortir de la ruche, dont elles ont bientôt couvert les parois extérieures. On agit comme ci-dessus pour les faire rentrer, mais si la mère est retouinée sur la branche, bientôt des ouvrières y retournent et y forment un groupe autour d'elle. On les ramasse comme auparavant, mais dans le couvercle, dont on fait tomber les abeilles, soit dans la ruche qu on a retournée, soit sur le plateau après avoir seulement penché la ruche en arrière. Dès que des ouvrières sonnent le rappel, l'opération est terminée, et on se contente de faire de la fumée sous la branche pour chasser les ouvrières qui y reviennent, et si elles s'obstinent à y revenir, on frotte la branche avec de la chélidoine, de la camomille puante ou de l'éclair, dont l'odeur les chasse.
Lorsque la branche est trop grosse poipêtre secouée, on oblige les izbeiues à se bien réunit"^ soit avec la fumée ou avec le plumasseau , et en passant les barbes d'une forte plume entre l'essaim et labranche,onlesfsiittoinber dans la ruche. Quand l'essaim s'est placé entre deux ou trois branches et qu'on peut poser dessus la ruche qu'on a aspergée a eau miellée, on y fait entrer l'essaim; mais sIop ne peut faire usage de la ruche, ce qui a lifu surtout loraque l'essaim s'est niché dans uu trou d'arbre ou de mur, alors, après avoir trempé Textrémité ou branchage de la grande branche dans l'eau miellée, on la pose sur le trou, on l'y enfonce et on la tourne bien doucement, et quand une grande partie des abeilles s'y est attachée, on les secoue dans la ruche.
Les essaims, et principalement les essaims secondaires, s* écartent quelquefois du rucher. Le sac est alors plus cqmmode pour les rapporter, parce qu'après les y avoir fait entrer on le ferme pour rapporter l'essaim, et si on a été oblige d'employer la branche miellée pour le recueillir, on la place dans le sac dans lequel on la suspend, avec l'attention, en nouant celui-ci pour le fermer, d'en laisser sortir quelques pouces.
Si les abeilles qui sont placées sur une branche la quittent pour retourner h la ruchC' mère, ou si, entrées dans la ruche^ elles &>
CULTURE DES ABEILLES
sonnent pas le rappel et en sortent peu^àpeu, c'est la prenve que la reine n'est point avec l'essaim ; dans ce cas, elles ressortiront de la ruche-mère le lendemain ou lesurlendemain. Mais, lorsque l'essaim n*abandonne la ruche qu'un jour ou deux après leur entrée, c'est airelle ne leur confient pas; il est indispensable de les mettre dans une autre, et de flamber et frotter la première avant de l'employer de novtveau.Quoique les essaims sortis soient ordinairement fort doux, la prudence exige qu'on prenne des gants et qu on mette son camail. On porte l'essaim à la place qu'on lui destine, aussitôt que l'ordre est élabli dans la ruche et qu'on ne voit plus que quelques ouvrières rôder autour.
Quelquefois 3 essaims sortent à la fois et se posent sur la même branche. S'ils sont faibles, on les oblige à se rapprocher et à se confondre pour n'en former qu'un bon ;mais sils sont forts, on emploie le fumeron et le plumasseau pour les écarter et les faire tomber an même instant dans 2 ruches qu'on pose à terre, en plaçant plus près de Tarbre celle dans laquelle il y a moins d'abeilles. Deux essaims se mêlent quelquefois dans l'air ou sur l'endroit qu'il ont choisi, et ne forment qu'un groupe. On les fait tomber dans une ruche pour les verser ensuite sur un paillasson ou un linge étendu à terre, et aux extrémités duquel on a mis 3 ruches, y compris celle dont on a chassé les abeilles. On sépare le tas d'abeilles en 2 parties pour les diriger vers les ruches soulevées d'un pouce du côté du linge et les y faire entrer, et si le rappel sonne aux 2 ruches, l'opération a réussi. S'il n'avait lieu qu'à une ruche, c'est que les deux reines y seraient entrées, et tout serait à recommencer, h moins qu'on n'eût à sa disposition une jeune reine au'on donnerait à Faulre ruche, ou un grana alvéole contenant une nymphe ç|u'on y placerait. Si, en séparant les 2 essaims , on aperçoit une aes reines, on la prend avec facilité parce qu'elle ne se sert de son aiguillon qu'autant qu'on lui fait mal, et on la met sous un gobelet pour la donner à une des ruches, dès qu'on sonnera le rappel k l'autre. J'ai dit que lorsque 2 JaihCss essaims sortent et se rapprochent, il faut les réunir ; mais si on les ramasse dans 2 ruches, on pose l'une sur son plateau et l'autre à terre auprès. Le soir, on retourne cette ruche, on pose l'autre des*&us, et d'un fort coupon détache l'essaim de la ruche supérieure; on met celle-ci de côté pour prendre l'autre et la placer sur le plateau où on a mis une assiette qui contient une demi-livre de miel ; on la retourne bien doucement en la posant. Le lendemain on vérifie s'il ^ a une reine morte au pied de là ruche ; s'il n'y en a pas, on lève la ruche par-derrière pour examiner s'il s'est formé 2 groupes, ce qui obligerait à recon&mencer le soir l'opération, parce que 2 essaims travaillant séparément dans une ruche dont les dimensions sont pour un seul essaim, donnent en général de mauvais résultats. Si on voulait réunir 2 essaims sortis à 3 ou 4 jours d'intervalle, on mettrait le plus ancien en état de bruissement ; on aspergerait la ruch'ï avec de l'eau miellée après l'avoir retournée ; ensuite on y ferait tomber
le nouvel essaim, et on la replacerait sur le plateau qu'on aurait garni aune demi-livre de miel.
Ces opérations sont utiles dans les cantons très -favorables aux abeilles, parce qu'on peut sans danger en laisser sortir 2 essaims, surtout si on trouve à en vendre; mais, dans les arrondissemens médiocres il ne faut permettre que la sortie d'un essaim, parce que la ruche-mère, trop affaiblie en ouvrières, ne peut s'approvisionner d'autant de miel ni se défendre aussi bien contre sesennemis. Or,c'est une règle certaine aue 12 ruches Jortes donnent plus de profit que 24 médiocres. Ainsi, dans les cantons médiocres, il faut faire rentrer dans la ruchemère les essaims secondaires le soir même de leur sortie.
n. Essaims forcés^ artificiels et par sépara^ tion.
On vient de voir toutes les peines gu'il font se donner pour ramasser les essaims; mais, comme dans un grand rucher il peut en sortir plusieurs à la fois, que d'une autre part la saison peut retarder la sortie et donner le temps à la reine-mère de tuer toutes les jeunes reines, ce qui pourrait empêcher l'essaimage pendant un mois et plus, et conséquemraent ne procurer que des essaims plus à charge qu'utiles , on a pris le parti de prévenir ces inconvéniens en les faisant soimême dès qu'on s'aperçoit, par la sortie des mâles et par le bruit qu'on fait dans les rucheSy que l'épociue de Tessaimageest arrivée. On yparvient de plusieurs manières :
VMn forçant les abeilles d'abandonner leur ruche. Pour y parvenir, on a un tabouret de la hauteur d^ine chaise, recouvert d'une planche au milieu de laquelle on a fait un trou assez grand pour v faire entrer la partie supérieure d'une ruche d'une seule pièce , qu'on y place; l'ouverture en haut, après avoir mis les abeilles en état de bruissement. On en met une vide à sa place pour amuser les ouvrières qui reviennent des champs. On couvre la ruche en expérience par la ruche préparée et destinée pour l'essaim, on la maintient aux points de jonction par une ligature, assez large pour couvrir le bord des 2 ruches et même les entrées faites dans leur parois. 3 ou 4 minutes après, on frappe avec des baguettes la ruche pleine, en commençant par sa pointe, pour remonter trèslentemerït jusqu à la ruche vide, et on continue jusqu'à ce qu'on entende un fort bourdonnement dans cette dernière ruche.
Alors, pendant qu'on continue les coups, une personne défait la ligature et lève doucement la ruche vide et seulement assez pour voir de quel côté les abeilles montent. On soulève alors cette ruche du côlé opposé pour s'assurer s'il y a assez d'abeilles pour former un bon e&.saim, et lorsqu'il y en a suftisamment, ou enlève cette ruche pour la mettre en place, après avoir posé une demilivre ou mieux une livre de miel sur le pJa> teau. On diminue l'entrée de la ruche, ou même on la ferme pendant un quart-d'heure. On donne du miel, parce que, prises à l'improviste, les abeilles ne se sont pas gorgées*
AJiTS AGRICOLES : KDUCATICK9 DES ABEILLES.
UT. IV
au lieu que les essaims naturels s'approvisionnent pour Z jours.
Si la reine jr est montée avec les ouvrières, dès ç[ue ces dernières sont libres il en sort plusieurs; mais, bientôt, d'autres abeilles sonnent le rappel, et les premières rentrent. Dans le cas contraire, il n'y a point de rap« pel, Topera tion estmanqueeet à recommencer, et les ouvrières sortent peu-à-peu pour retourner à la ruche-mère, ce (Qu'elles font, à moins qu'on n'ait une jeune reme, dont on a miellé les ailes, à leur donner, et après l'entrée de laquelle on ferme la ruche pendant UQ quart d^heure.
Quant à la ruche-mêre qu'on a tout de suite remise en place, les ouvrières qui reviennent des champs v entrent, et si la mère y est restée, l'ordre s'établit tout de suite ; mais si elle est avec l'essaim, beaucoup d'ouvrières sortent, volent autour jusqu'à ce que la vue des nymphes de reine on, àleur défaut, d'œufs ou de vers d'ou^Tières de moins de 3 jours, déterminent les abeilles qui sont dans rintérleur à battre le rappel pour rétablir Tordre, ce qui fait connaître que l'opération a réussi.
T* Si on veuto^/r sur les ruches villageoises ou à hausse y on les met dans leur position naturelle sur le tabouret; mais cet instrument doit alors avoir son ouverture fermée avec un morceau de toile de fil de laiton. On garnit ses côtés avec de la serpillière qu'on y cloue tout autour, excepté sur le devant, où la toile n'est attachée que dans le haut pour qu'on puisse mettre sous le tabouret un fumeron ou un réchaud contenant des charbons en feu, sur lequel on a jeté des débris de toile ou de la bouse de vache desséchée. On tire le couvercle à la ruche villageoise ou la hausse supérieure de la ruche à hausse. On place sur la T" le corps d'une ruche vide qu on recouvre du couvercle de la ruche- mère, si cette dernière contient beaucoup de miel. On en fait autant à la ruche à hausse ; on met alors le fumeron ou le réchaud sous le tabouret. Les coups de baguette, joints à la fumée, réduisent à moitié, au moins, le temps nécessaire pour faire monter Tessaim. Ensuite on agit co.ume cidessus, sauf le miel qu'on ne donne pas à Tessaim, à moins qu'on ne soit forcé ae rendre le soir le couvercle ou la hausse aux ruchesmères, si elles n'en ont pas d'autres. On fait ces essaims depuis 9 heures du malin jusqu'à 3 heures du soir.
3" Quant à ceux qu'on forme par séparation avec les ruches qu'on divise sur la largeur, il faut, la veille, les ouvrir pour s'assurer de quel côté sont les alvéoles de reine. On rapproche les 2 parties sans les attacher, et le lendemain, depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit, après avoir attiré par quelques coups la reine du côté qu'on veut emporter, et avoir mis les abeilles en état de bruissement, on sépare les 2 parties de la ruche, on applique à chacune une partie vide. On apporte celle qui contient la mère de l'autre côté du rucher et on laisse l'autre en place. Les 2 ruches, ayant moitié du couvain et des provisions, n'ont besoin de rien.
4* Les mauvais temps ou d'autres causes exposent quelquefois les apiculteurs qui lais -
sent sortir les essaims à n'en avoir qu'un petit nombre, quoique leurs ruches soient trop garnies d'abeilles, et qu'une partie soit forcée de passer la nuit sous le plateau où elles se forment en groupe. Alors ils peuvent former des essaims de la manière suivante. Ils prennent une ruche bien préparée qu'ils emmiellent un peu; s'ils ont de jeunes reines, ils en prennent une dont ils emmiellent les ailes pour l'empêcher de voler. Ensuite, après avoir retourné la ruche, ils passent une plume entre le plateau et un groupe d'abeilles pour détacher ce dernier et le faire tomber dans la ruche, puis ils en font autant à d'autres groupes, le touttrès-promptement,ius- 5u'à ce qu'ils trouvent Tessaim assez fort, .lors ils le mettent tout de suite en place avec une livre de miel; ou bien, s'ils ont une ruche très-forte en abeilles qui n'essaime pas, après avoir disposé une ruche comme ci-dessus, on la met de onze heures à midi à la place de la ruche qu'on emporte dans la partie la plus éloignée du rucher. Les abeilles qui reviennent chargées de provisions, après être entrées et sorties de la ruche, se décident à y rester à la vue du couvain ou de la reine qu'elles nettoient, et elles sonnent le rappel. Alors Tessaim est fbrmé.
Quelquefois, un essaim sort sans awir trouvé un lieu pour se fixer, et il s'abat dans le rucher pour se réunir à un autre essaim. Si ce dernier est faible et de Tannée, on l'y laisse entrer ; mais si cet essaim est fort et j de Tannée précédente, on s'oppose à la réunion, parce que, dans le t*' cas, les 2 essaims pourraient en donner un qui sortirait trop tard pour réussir, et que cependant on n'empêcherait pas toujours sa sortie en augmentant les dimensions de la ruche ; dans le 2* cas, il y aurait un combat entre le nouvel essaim et l'ancien qui ferait périr beaucoup d'abeilles, et la destruction pourrait être très-grande si les abeilles des ruches voisines se joignaient aux combattans. Pour prévenir cette perte, on diminue beaucoup l'entrée de la ruche attaquée, on y répanci de la fumée, et on présente au nouvel essaim une ruche bien préparée et emmiellée dans laquelle il finit par entrer.
m. Essaims secondaires.
On ne doit faire ou laisser sortir un second essaim d'une ruche, que lorsque le canton leur est très-favorable et qu*on en a besoin pour soi ou pour la vente. S'il en sort un, il faut le ramasser, et, à la nuit tombante, le jeter devant la ruche où les ouvrières rentrent. Ensuite, on met les abeilles en état de bruissement, et on lesy tient quelque temps, si la forme de la ruche ne permet pas de voir les alvéoles de reine et de les enlever. Les jeunes reines développées profitent du moment pour s'échapper ae leurs alvéoles ; elles s'attaquent jusqu à ce qu'il n'en reste qu'une de libre dans la ruche, et on trouve les autres le lendemain matin au pied de la ruche. On enlève en outre un ou 2 rayons de chaque côté, qu'ils soient vides ou pleins de miel, et on coupe Textrémité inférieure des autres ravons. La destruction des jeunes reines et le vide produit dans la ruche em-