‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 105 sur 295 · Ÿ. AUDOUIN · texte numérisé non relu

Ÿ. AUDOUIN

SECTION II. — De la nourriture du ver-à-soie.

$ I”.--Considérations générales et physiologiques.

Le ver-à-soie, comme chacun sait, fait sa nourriture de la feuille du mürier; à sa naissance et dans son premier âge il demande une rzourriture légère et de facile digestion; son économie intérieure est dirigée vers l’accroissement de ses organes, et fort peu sans doute vers le but de sa carrière , la formation de la soie. Donnons-lui donc d’abord de jeunes feuilles à peine écloses, et surtout des feuilles de sauvageons. Celles-ci sont le produit brut de la nature et les plus analogues au jeune sujet; une feuille bien développée serait d’ailleurs trop dure et trop nourrissante. Il faut que la nourriture et l'estomac suivent une marche simultanée; l’agriculteur doit chercher à imiter, à seconder la nature, et jamais à la forcer.

Je conseillerai au propriétaire de müriers d’en avoir toujours à l’état de sauvageon un nombre sufhsant pour la consommation de sa chambrée, au moins jusqu’à la 3° mue.

Ces müriers seront plantés à des abris et à l'exposition la plus chaude, afin que la pré-

cocité de leur végétation puisse permettre de faire la chambrée avant l’époque des fortes chaleurs.Je dis à dessein à l’époque des fortes chaleurs, parce que ce sont elles, et non la haute température, que craignent les vers-àsoie; ceci s’expliquera lorsque nous traiterons de leur éducation.

Les personnes qui n’ont point encore de müriers sauvageons dans l'exposition indiquée, et auxquelles il tarderait de mettre ce précepte ën pratique, planteront, en attendant, des müriers nains contre des murs bien crépis et à la plus chaude exposition, ces arbres doivent avoir un tronc très-court, un pied aû plus, car la précocité est en raison inverse de la hauteur de la tige.

Ilne faut pas s'attendre que le mürier, ramené par force à de si petites proportions, puisse vivre long-temps ; aussi n’est-ce pas comme moyen d'exploitation, mais comme mesure expectative que je conseille de le teuir si bas, et seulement pour attendre le moment où l’arbre en plein vent, qui doit durer des siècles, aura acquis l’accroissement nécessaire pour être sans inconvéniens privé de ses feuilles.

S If, — Des feuilles qu'on à proposées pour remplacer celles du mürier.

On a fait, dit-on, beaucoup d’expériences pour résoudre ce grand problème; c’est surtout dans le Nord qu’on l’a tenté, mais, pres-

ue toutes ces expériences ont complètement échoué, ou au moins n’ont qu'imparfaitement réussi. Les vers-à-soie mis sur les feuilles de rosier sauvage, de ronce, d’érable, de maïs, etc., meurent plutôt que d’en manger ; ils peuvent vivre à la vérité de la feuille de scorsonèreet même filer des cocons; mais, dans une éducation faite toute entière avec cette feuille, il meurt une bien plus grande quantité de vers, etles cocons produits sont moitié plus petits et moitié moins pesans.

Je ne nie pas ni accorde que le ver-à-soie ne puisse prendre une autre nourriture que celle de la feuille de mûrier; si d’autres l’assurent, je me tais: mais de ceque l’insecte peut exister, en tirera-t-on la conséquence qu'il fiiera de la soie, et de la soie de bonne qualité? je ne puis l’admettre. Ces insectes et son arbre ont été découverts en même temps et dans le même pays, et l’un sur l'autre; la nature les a donc créés l’un pour l’autre, comme la cochenille et le nopal.

Si l’on manquait de feuilles avec l’espoir de s'en procurer plus tard, le mieux et le seul parti serait de faire jeûner la chambrée; si l’on n’avait pas l'espérance de s’en procurer, comme il arrive souvent après une grêle ou une forte gelée blanche, il n’y a rien à tenter, on jette les vers-à-soie.

$ Ii. — De la cueillette de la feuille.

Il faut cueillir la feuille aprés que le soleil ou la chaleur a dissipé l’humidite de la nuit, du brouillard ou de la pluie, et cesser avant que la fraicheur du soir où la pluie com-

mencent.

(1) Transact. de la Soc. Linn.de Londres,tom. VU, tab, 3.

chap. 7°.

La feuille mouillée est tres-préjudiciable aux vers-à-soie, elle leur occasione un dévoiement qui les affaiblit et les retarde s'il dure peu, les fait périr s’ilse prolonge. Dans l'intérêt même de l'arbre, on évite de la ramasser (c’est l'expression vulgaire) quand il est mouillé, car alors son écorce attendrie cède facilement au frottement et à la pression des échelles, des pieds et même des mains des ramasseurs ; il en résulte des déchirures par où l’eau pénètre, comme elle le fait aussi, quoique plus insensiblement, par les petites plaies qu'occasione l’arrachement des feuilles. J'ai vu une plantation tout entière périr peu-à-peu , pour avoir été ramassée plusieurs années consécutives pendant un temps de pluie.

La cueillette se fait au moyen de longues échelles que l’on applique contre le mürier. Le ramasseur s'attache un sac à sa ceinture, se tient d’une main aux branches et de l’autre cueille la feuille : pour cela il empoigne une branche sans la serrer, puis fait couler la main de bas en haut, toujours dans le sens de la branche, et arrache les feuilles sans effort.

Quelques éducateurs ont prétendu qu’il fallait cueillir les feuilles l’une après l’autre, ou même les couper avec des ciseaux et les laisser choir tout naturellement dans des draps étendus par terre. Je conviens que cette méthodeest fort supérieure à celle que j'indique, et je la conseille même fortement à tous ceux qui font une chambrée sur la table de leur cabinet; mais, je le demande, quel est le village dont la population tout entière suffirait à une chambrée qui consomme par Jour 30 ou 40 quintaux de feuilles! Laissons donc de côté ces idées théoriques, et faisons ramasser notre feuille selon l’ancien usage.

Le ramasseur ne doit mettre les pieds sur l'arbre que lorsque les échelles ne peuvent plus y atteindre; les plus longues n’ontguère plus de 25 pieds, au-delà elles seraient trop difficiles à manier. Lorsqu'il a rempli le sac pendu à sa ceinture, il le vide dans un drap ; ce drap doit toujours être étendu à l'ombre : si cela ne se peut et que l’ardeur du soleil soit un peu forte, il faut recouvrir avec ur autre drap la feuille ramassée, car elle est très-sensible au hâle. Par la même raison, dès que le drap est plein, on doit le transporter au magasin, où nous allons le suivre pour traiter de la conservation de la feuille.

$ 1V.— De la conservation de la feuille au magasin.

Le magasin est un appartement au rez-dechaussée, ordinairementau-dessous de la magnanerie; il doit être pavé, voüté et bien aéré, principalement du côté du nordsila localité le permet, et étre assez vaste pour contenir une quantité de feuilles suffisante pour deux jours au moins. Avant d'y introduire la feuille on asoin de balayer parfaitement le pavé, et de l'arroser ensuite afin de produire de la fraicheur. Cela fait, la feuiile est répandue sur le pavé en l’agitant le plus possible. Pluselle doit resteren magasin, moins on doit l'amonceler; un pied d'épaisseur est assez, si on veut la copserver plus d’un jour. Ces précautions prises, on ferme les ouvertures qui Pour-

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