TOME HI
leur il s’élèvera dans le courant de la journée. Le thermomètre #irima doit, au contraire, être préparé tous les soirs pour connaître le minimum de la température dans le moment le plus froid de la nuit ou de la matinée. L'indication positive de ce moment, de même que l'heure précise où la chaleur a été la plus forte, ne peuvent d’ailleurs être constatées par ies 2 instrumens, si on n’a pas soin d'y porter de temps en temps les yeux, pour observer l'instant préeis où le liquide remonte dans l’un et descend dans l’autre; mais ils peuvent être tous les deux très-utiles aux éducateurs de vers-àsoie, pour s'assurer de l'exactitude du magnanier qu'ils emploient ; ils leur indiquent d'une manière rigoureuse les rénima et les maxrima de la température de l'atelier pendant leur absence.
3° Hygromètres.
Une des choses les plus nuisibles dans une chambrée de vers-à-soie étant l'humidité, il est nécessaire de connaitre, aussi exactement que possible, dans quel état, sous ce rapport, se trouve l’air de la chambrée ou de latelier. L'air atmosphérique est en général sec lorsque les vents soufflent du nord et de l’est, et humide lorsqu'ils viennent du midi ou du couchant; mais, pour le connaitre d’une manière plus positive, on se sert des Lygrométres, dont nous avons donné la description Ti, p. 6, 7,/6g.10, 11.
L'expérience a prouvé qu'on n’a rien à craindre pour les vers-à-soie tant que l'hygromètre de Saussure ne dépasse pas 65°; mais toutes les fois qu'il en marque 70° et au-delà, il faut faire dans la cheminée de l'atelier du feu avec des bois légers bien secs ; la flamme qui s’en élève met en mouvement les colonnes d'air envi- à ronnantes et leur imprime une douce agitation qui sèche l'atelier. En même temps qu'on fait des feux de flamme à pour dissiper l'humidité, on peut ouvrir fit plusieurs ventilateurs pour chasser l'air |
esant et le remplacer par celui du de- }à
ors qui ne peut jamais être aussi hu- ik mide. Quand un atelier a beaucoup d’é- M tendue , il serait avantageux d’y placer 2 hygromètres à une certaine distance l’un de l’autre, afin de mieux connaitre les degrés d'humidité des diverses parties de la chambre. L’'hygromètre peut encore servir à annoncer divers phénomènes atmosphériques et à se garantir de leur influence.
4 Armoire incubatoire, couveuse artificielle, boites pour mettre les œufs à éclore, etc.
Les œufs de vers-à-soie laissés à la nature écloraient spontanément lorsque la tempéralure de l’atmosphère s’élèverait à 12° ou à peu près; mais alors leur éclosion se prolongerait pendant plusieurs semaines , et il ne serait pas possible d'entreprendre des éducations régulières. Pour obvier à cet inconvénient, on a cherché à hâter l'éclosion des vers en appliquant à leurs œufs une chaleur artificielle, et la 1'° dont on fit usage fut celle
du fumier ; mais la difficulté de ménager convenablement la chaleur par le fumier entassé , et surtout d’écarter l'influence des exhalaisons qui s’en élèvent, fit bientôt renoncer à ce moyen; on trouva beaucoup plus commode d'employer, pour couver la graine, la chaleur du corps humain. Cette méthode, imaginée d’abord en Italie, se répandit dans les autres parties de l’Europe méridionale où les vers-à-soie furent portés, et elle fut pendant long-temps la seuleen usage; ce n’est que depuis assez peu de temps qu’on lui a substitué de nouveaux moyens, et encore aujourd’hui, dans les campagnes, les personnes qui n’élèvent pas une grande quantité de versà-soie font éciore la graine par l'influence de la chaleur humaine.Ce sont ordinairement les femmes qui sont chargées de l’éclosion; elles distribuent la graine dans de petits nouets de toile contenant chacun une once de graine, qu’elles placent autour de leur ceinture pendant le jour et sous le chevet de leur lit pendant la nuit. Ces nouets sont ouverts une fois par jour, dans les commencemens, pour aérer la graine et la remuer; dans les derniers jours on les visite et on les remue deux fois dans les 24 heures, pour s'assurer du moment où les vers commencent à paraitre. L'usage de ce moyen pour hâter l’éclosion des œufs diminue tous les jours, et les personnes qui -se livrent à des éducations de plusieurs onces de graine les font éclore dans l'étuve dont nous avons parlé plus haut , ou se servent d’une armoire particulière inventée depuis quelque temps, dite armoire incubatoire où couveuse artificelle (fig. 131), dans laquelleon place les œufs;
Fig. 131.
ils y receivent la chaleur convenable, entrelenue par une lampe à l’esprit-de-vin, et qui est réglée et graduée au moyen d'un thermomètre dont la partie inférieure plonge dans l’armoire, tandis que l'extrémité supérieure est saillante par le haut de l’armoire, afin de pouvoir juger du degré de chaleur que l’on active ou diminue à volonté, en augmentant ou diminuant le foyer du calorique.
Cette armoire s'ouvre en un des côtés et elle est divisée intérieurement en plusieurs élages de tablettes. Dans plusieurs cantons et parliculièrement aux environs d’Anduze, dans les Cévennes , on se sert d’une autre boîte dont la chaleur est entretenue par un bain-marie.
Pour placer les œufs dans l'armoire incu-
| batoire où ils doivent éclore, on a de petites
CHAP. 7°, boîtes (£g. 132) en carton ou en boistrès-mince,
doublées intérieurement en papier; on les distribue dans ces boîtes selon leur grandeur respective, de manière que chaque once de graine occupe environ 10 pouces carrés d’espace, el on a soin chaque Jour de les remuer avec une cuiller en forme de spatule faite en fer, en étain ou en buis; une cuiller ordipaire peut, dans tous les cas, servir à cet usage sans qu'elle soit faite exprès.
On pourrait aussi se servir avec avantage, pour faire éclore lers vers-à-soie des divers couvoirs dont nous avons donné la description à l’article Zrzcubation artificielle, T. III, p. 79 et suiv.
5° Tablettes de transport, tablettes et claies, cabanes, etc.
Dans les ateliers pourvus de tous les ustensiles propres à une éducation de vers-àsoie. on a une ou plusieurs tablettes de transport. (Jig. 133). Ce sont de petites planches en
Fig. 133.
bois léger, larges d’un pied, longues de 2, garnies de 3 côtés d’un rebord également en bois mince, haut de 12 à 15 lignes, et mu-
nies dans leur milieu d’un manche surmonté | d’une poignée, afin qu’elles soient plus faci- |
les à transporter partout où il est besoin.
Toutes les fois qu’on veut s’en servir, on les garnit de papier sur lequel on met les vers
u’on a besoin de changer de place, et en faisant ensuite glisser le papier par le côté de la tablette qui n’a pas de rebord, les vers se trouvent changés avec beaucoup de facilité d'une place à une autre; on évite par ce moyen de les blesser, comme pourraient le faire les ouvriers s'ils étaient obligés de les toucher immédiatement avec les mains.
À défaut de tablettes, de simples planches peuvent servir au transport.
Les tablettes sur lesquelles les vers-à-soie passent leur vie jusqu’au moment où ils les quittent pour filer leur soie, sont établies soit autour de la chambre ou de l'atelier, le centre seulement restant libre, soit au contraire , ce qui est préférable pour la meilleure circulauon de l'air, en laissant tout autour 2 pieds, ou à peu près, libres pour le service de l'atelier, et en faisant occuper aux tablettes tout ce qui reste dans l’intérieur; ces planches ( #g.127, mm mm ) sont alors établies sur 2 ou 3 rangs, ou plus, selon la largeur de l'atelier. Dans ce dernier cas, des montans faits en bois carré de 3 pouces d'épaisseur , doivent être solidement
établis à 3 pieds à peu près les uns des au- | cette plante n’est pas cultivée, on
tres, fixés d’un bout dans le plancher infé-
DE LA MAGNANERIE EN GENERAL
rieur, et de l’autre sur les solives du supérieur. Ces montans doivent être garnis de traverses ou forts tasseaux sur lesquels on établit les tablettes faites en bois blanc de 6 lignes d'épaisseur. Dans un atelier tel que celui dont nous avons donné les dimensions (fig. 127, ccc), on fait 5 étages de tablettés, nou compris le plancher; le tout établi solidement, surtout les supérieures, sur lesquelles il sera nécessaire d'appuyer les échelles pour porter la nourriture aux vers qui, dans le 5° âge, y seront établis; car, pour la facilité du service, les tablettes les plus élevées, de même que celles qui reposent sur le plancher, ne doivent être employées que dans les derniers jours, lorsque tout le reste de l'atelier est déjà garni de vers. A la rigueur, on peut très-blen placer les vers sur ces tableites , telles que nous venons de dire qu’on devait les construire, en les recouvrant et les garnissant auparavant de feuilles de papier grand et fort; mais dans plusieurs endroits, les tablettes ne sont pas pleines , elles ne forment pour ainsi dire que des espèces de supports sur lesquelles on établit des claies faites en roseaux ou en osier (/g. 134), et c’est sur ces claies, garnies également de papier (#g. 134 A),qu'onplaceles vers-à-soie.
Fig. 134.
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Dans tous les cas, les tablettes ou les claies doivent être munies, tout autour, d’un re-
| bord en bois mince de 2 1 à 3 pouces de hau-
teur, afin de prévenir la chute des vers qui se trouvent sur les bords, et qui sans cela sont très-sujets, dans les 2 derniers âges surtout, à tomber de leurs tablettes sur le plancher.
Le rettoiement des tablettes ou des claies est une chose nécessaire toutes les fois qu’on délite les vers ou qu’on les enlève de leur litière pour les mettre dans une nouvelle place. On appelle Ztiére les débris des feuilles
ui, depuis quelques jours, leur ont servi
e nourriture. Pour bien nettoyer l’ancienne place que les vers ont occupée, on se sert d'un petit balai court, fait de manière qu'il puisse enlever les feuilles à demi pourries et les excrémens qui pourraient rester attachés à la surface supérieure des claies, lorsqu'on a enlevé la masse de la litière. Dans les ays méridionaux où l’on cultive le grand millet on fait le plus souvent ces petits balais avec les sommilés de cette graminée, qui sont divisées en de nombreux pédoncules d’une consistance assez raide. Dans les endroits où
ourra employer à sa place de la bruyère, des ra-
meaux de genêt ou des menus brins de bouleau.
Plusieurs échelles sout nécessaires dans une magnanerie pour distribuer la feuille aux vers qui sont placés sur les tablettes supérieures, auxquelles on ne peut atteindre autrement. Nous conseillons simplement, tant pour l'intérieur des magnaneries que pour la cueillette des feuilles, des échelles simples et doubles, à échelons ronds ou plats, comme on les aura, et telles qu'on les trouve d’ailleurs partout, parce qu’elles nous ont paru faciles à approprier aux différens services dont il est question.
Des paniers de différentes grandeurs sont écessaires pour porter et distribuer la feuille du mürier dans les différentes parties de ja nagnanerie, et la distribuer aux vers sur les tablettes. Ces paniers doivent être légers et, de préférence, faits en osier; leur forme importe peu, mäis en général il faut qu'ils soient pourvus d’une anse, et que celle-ci soit munie d’un crochet par lequel on puisse les suspendre toutes les fois que cela sera nécessaire, soit au rebord des tablettes, soit aux échelons supérieurs des échelles, quand on les emploie pour porter la nourriture avx vers placés sur les tablettes élevées.
Lorsque les vers sont parvenus à cet état qu'on appelle la maturité, ils cessent de manger, ils quittent la litière, courent cà et la sur le bord des tablettes, en levant de temps en temps la partie supérieure de leur corps, Comme pour chercher une place propre à faire leur cocon; ces signes annoncent qu'ils sont tout prêts à cominencer ce travail. Dès qu’un certain nombrede versindique ainsi que la fin du 5° âge est arrivée, il faut s'occuper sans retard de lenr procurer les moyens de faire leurs cocons.On a imaginé, pour leur rendre ce travail plus facile, de leur construire des cabanes où haies (fig. 135)
Fig. 135.
sur lesquelles ils pussent monter. Ces cabanes se font avec de petits faisceaux composés de rameaux effilés, flexibles et secs, liés seulement par le bas et par leur gros bout.
Dans le midi, on prend ordinairement, pour composer ces petits faisceaux, des rameaux de Ja bruyère arborescente, de l’alaterne ou du genèt , mais dans les pays où ces espèces
ne se trouvent pas, ou sont rares on peut employer à leur place d’eutres espèces de bruyère, ou des rameaux de bouleau cueillis à la fin de l'hiver, avant le développement des feuilles. Quelle que soit l’espèce dont on forme les fsisceaux, ceux-ci doivent être d'un tiers au moins plus longs que l’espace qui se trouve entre deux tablettes, afin que la partie qui forme la base de chaque poignée étant appuyée sur les tablettes, la por tion supérieure, dont toutes les brindilles doivent rester libres et divergentes, puisse être plus ou moins forcée et recourbée en berceau par le plancher de la tablette qui se trouve au-dessus. On place ainsi sur chaque tablette, après l’avoir auparavant bien nettoyée, le nombre de faisceaux nécessaires, en les espaçant à 3 ou 4 pouces les uns des autres, et en les disposant de manière à former, par le haut, des espèces d’arcades ou berceaux, et en laissant d’ailleurs assez d’espace d’un berceau à l’autre, pour que les vers qui ne montent pas tout de suite puissent encore être à l’aise dans le bas des tablettes, et continuer à y recevoir leur nourriture jusqu’au moment où ils quitteront la litière. En construisant les cabanes, il faut avoir bien soin qu'elles ne débordent jamais les tablettes sur lesquelles elles sont appuyées, afin que les vers auxquels il arrive de tomber après y être montés, ne fassent pas des chutes de trop haut, et que, tombant sur les tablettes, ils puissent de nouveau remonter facilement dans la ramée, tandis que s'ils tombaient en dehors, leur chuteles exposerait davantage à se blesser, et ils ne pourraient plus retrouver le chemin des cabanes.
On a conseillé un petit chéssis à peu près semblable à la tablette de transport dont on a déjà parlé, pour mettre les papillons mâles et femelles lorsqu'ils sont accouplés, et un ckevalet sur lequel est tendu un linge pour y placer les femelles après qu’elles sont fécondées, et sur lequel elles doivent faire la ponte de leurs œufs. Ces deux ustensiles, qu’on trouve figurés dans les ouvrages de DaxpoLo et de M. Boxarous, ne nous ont pas paru nécessaires. Nous nous sommes tou- Jours servis, pour placer nos papillons, d’un petit meuble à plusieurs tiroirs ayant chacun 2 pieds de longueur, 1 pied de largeur et 3 pouces de hauteur. Nous mettons dans différens tiroirs : 1° les papillons accouplés ; 2° les femelles séparées des mâles après avoir été fécondées ; 3° les mâles gardés pour les donner aux femelles qui n’ont point encore subi l’accouplement. Les tiroirs dans lesquels nous placons les femelles fécondées ou accouplées sont garnis, dans le fond,d'un morceau detoileou d'étoffe de laine ou de cotonsuffisammentgrand, sur lequelles femelles pondent leurs œufs. Le tiroir dans lequel il n’y a que des mâles n’est garni que de papier. D’après cette manière de faire, ces papillons sont.toujours tenus dans une ob.
scurité complète, excepté dans les momens fort courts où l’on ouvre les tiroirs pour effectuer les accouplemens, les surveiller ou en operer la séparation, et rien ne peut détourner les femelles du travail de la ponte.
L'obscurilé parait être favorable au pa-
cHAP 7°.
pillon du ver-à-soie, qui est un insecte nocturne. La petite chambre qui a servi d’étuve, et qui, depuis long-temps, n’a plus d’emploi à l’époque de la naissance des papillons, est un lieu convenable pour cet objet.
A ces tiroirs, placés dans un meuble particulier , on peut, à la rigueur, substituer des boîles carrées, en bois mince ou même en carton, d’égale largeur et longueur; 5 à 6 de ces boîtes, placées les unes sur les autres, seront suffisantes pour faire 6 à 8 onces de graine, et, pour intercepter le jour à la supérieure on la recouvrira d’une grande feuille de carton. Pour se procurer une plus grande quantité de graine , il vaudra mieux avoir un meuble , qu'on peut faire faire depuis 8 jusqu’à 12 tiroirs, et même plus.
LoisELEUR-DESLONCHAMPS.
$ IV. — Purification de l’air des ateliers.
Les causes occasionelles des maladies qui affectent le ver-à-soie, ont été l’objet des recherches des naturalistes qui en ont étudié les symptômes, la marche, ainsi que les altérations qu’elles produisent. Tous leurs travaux nous portent à conclure que, dans l’état actuel de nos connaissances, il est plus difficile de guérir les maladies de cet animal que de les prévenir.
Les moyens de prévenir les maladies ve consistent pas seulement dans le choix de la feuille du mürier, dans l’ordre des repas et la quantité de nourriture appropriée à chaque période de la vie de ces insectes, dans une température convenablement graduée, et dans l’espace progressif qu’on doit leur faire occuper à mesure qu'ils se développent; ils reposent plus encore dans les soins nécessaires pour les préserver des émanations produites par la fermentation de leur litière et des matières excrémentitielles.
Dans le but de détruire ces funestes émanations , que la circulation d’un grand volume d’air, la propreté, les soins, et la surveillance ne suffisent pas toujours pour éloigner, les habitans des campagnes essaient vainement de faire brûler des feuilles odoriférantes, de l’encens on des baies de genièvre; les vapeurs qui en proviennent masquent plutôt qu’elles ne détruisent les mauvaises odeurs de Pair atmosphérique ambiant, et les seules fumigalions efficaces dans ce cas, sont celles qui peuvent changer la nature des émapations répandues dans les ateliers, les décomposer et faire contracter à leurs principes des com-
binaisons nouvelles qui ne soient pas douées-
de principes nuisibles.
Guidé par cette théorie, M. ParOLETTI fut le premier en 1801 à appliquer le cAlore à l'assainissement des ateliers. Depuis lors, DanpoLo et ses nombreux imitateurs ont constaté par une longue expérience les effets salutaires de ce gaz dont l'usage est devenu vulgaire chez les cultivateurs éclairés. Ce dernier agronome avait aussi recommandé le procédé de Smrru, consistant à charger l'atmosphère de vapeurs d'acide nitreux, qui se dégagent du nitrate de polasse (salpétre) arrosé d’acide sulfurique (huile de vitriol); et une pratique de plusieurs années me porte a croire que ces vapeurs, moins irrilantes
DE LA MAGNANERIE EN GÉNÉRAL
ue celles du chlore, ont plus d'efficacité dans les ateliers peu spacieux.
Cependant, quel que soit le pouvoir désinfectant du chlore et des vapeurs nitreuses, ils n’exercent pas d’action sur l’acide carbonique qui, en se dégageant en grande quantité des matières végétales et animales, rend Pair qui lui sert de véhicule moins propre aux fonctions respiraloires. Il fallait rechercher un procédé capable d’agir simultanémentsur l'hydrogène, partie constituante des miasmes, et sur l'acide carbonique, isolés ou combinés entre eux. Dans ce but, j'ai fait choix du chlorure de chaux, dont on connaît
bien aujourd’hui la propriété de désinfecter
l'air et de ralentir la putréfaction, et j'ai tenté des expériences comparatives afin de m'assurer de son efficacité pour assainir les ateliers de vers-à-soie. Ces expériences ont eu un succès décisif, et les résultats que j'ai obtenus me paraissent assez remarquables
our fixer l’attention des éducateurs de versa-soie et les déterminer à employer le chlorure de chaux à l’assainissement de leurs ateliers ; la facilité avec laquelle on le prépare, le prix modique auquel 1l revient, contribueront sans doute à en introduire bientôt l'usage dans notre économie agricole.
Pour procéder à l'assainissement d’un atelier de vers-a-sote, il suffit de placer au milieu de cet atelier un baquet ou une terrine contenant une partie de chlorure de chaux sur trente parties d’eau environ, ou 30 grammes (1 once) de chlorure sur 1 litre d’eau, pour chaque quantité de vers provenant d’une once de graine; on agite la matière, et, quand elle est précipitée, on tire à clair, on renouvelle l’eau, et l’on réitère l'opération 2 ou 3 fois dans les 24 heures, suivant que je besoin d’assainir l’air est plus ou moins impérieux. On ne change le chlorure que lorsqu’il cesse de répandre de l’odeur.
Mais, en recommandant ce nouveau mode de désinfection, je ne saurais trop inviter aussi les cultivateurs à ne pas négliger de faire pénétrer dans les ateliers un courant d'air qui chasse celui qu’ils contiennent, et de faire fréquemment des feux de flamme, de manière à lui procurer une expansion qui le détermine à céder sa place à l’air extérieur; tant il est vrai qu’une ventilation bien dirigée me semble encore préférable aux moyens que la chimie, dans l’état actuel de nos connaissances, peut offrir aux éducateurs de vers-à-soie. BonarFous.
SECTION IV. — Soins à donner aux vers-asoie, ou éducation dans les différens âges.
$ I°*. — Éclosion de la graine, naissance des vers.
Pour avoir des éducations de vers-à-soie qui soient productives, la première chose à faire est de se procurer de bonne graine ; c’est ainsi qu'on appelle ordinairement les œufs de ces insectes, probablement à cause de la ressemblance qu'ils présentent avec de menues graines. Celle qu'on peut avoir de sa propre récolte doit toujours être considérée comme la meilleure, parce qu’on est plus sûr de ses qualités, et que quelquefois on est trompé en l’achetant ailleurs; cependant,
LIv. 1V,
lorsqu'on en est dépourvu, il faut s'en pro- | n’en reste plus sur les linges ou l’éloffe. Cela
curer en la faisant venir des pays les plus avantageusement connus sous le rapport des soies qu'ils fournissent au commerce.
C’est une erreur de croire, ainsi que cela a lieu dans plusieurs cantons où l’on se livre à l'éducation des vers-à-soie, qu'il faut de temps en temps changer la graine d’un canton pour celle d’un autre. Ce préjugé n’a pu prendre naissance que dans les cantons où l’on ne donne pas les soins convenables aux vers; car il n’y a que cela qui puisse faire dégénérer la graine, qu’on peut au contraire améliorer jusqu’à un cerlain point par de bonssoins;ainsi,en 1824, des vers nourris de mürier rouge nous donnèrent des cocons dont le cent ne pesait que 1 once 6 gr.
La graine de ces cocons ayant été conservée, nous sommes parvenus à l’améliorer et à la régénérer de telle sorte qu’en 1827 les vers qui en étaient descendus firent des cocons dont le cent pesait déjà 6 onces {1 gr. 24 grains, et en 1829, cent cocons, toujours de la même race, pesèrent jusqu’à 6 onces 4 gros.
La graine se conserve ordinairement attachée sur des morceaux de linge ou d’étoffe de coton ou de laine, sur lesquels elle a été pondue, jusqu’au moment où l’on veut la vendre, où quelque temps avant de la soumettre à l’incubation pour la faire éclore. Ellese vend au poids, et le prix d’un once varie depuis 3 jusqu’à 5 fr. et même plus, selon que la récolte précédente a été plus où moins abondante. Dans presque tous les pays où l’éducation des vers-à-soie est en pratiques l'once de graine ne fait que les 4/5 de celle de Paris ou du poids de mar c; l’once d'Italie est encore plus faible; elle ne contient que 39.138 œufs, selon Dandolo, celle du midi de la Frauce environ 40,000, et celle du poids de marc à peu près 50,000.
On peut conserver la graine et reculer assez long-temps l’époque de son éclosion en la plaçant dans des caves ou des carrières, dont la température soit basse et varie peu; des expériences nombreuses nous ont démontré, dans les essais d’éducation multiples auxqueis nous nous sommes livrés, que dans les glacières on peut la conserver au moins tout l'été, et durant un temps que nous n’avons pu déterminer. Dans tous les cas, afin de préserver la graine de l'influence de Phumidité, il est essentiel de placer les linges sur lesquels elle est collée, dans des bocaux dont on lute bien hermétiquement l’orifice.
Pour détacher plus facilement la graine des linges ou des morceaux d’étoffe sur lesquels le papiilon femelle l’a fixée, on les plonge dans une suffisante quantité d’eau à Ja température de 10 ou 11° R. et on les relire après les y avoir laissés 5 à 6 minutes, ce qui suffit pour dissoudre la substance gommeuse qui tient les œufs attachés aux linges. Alors, on applique ces derniers sur une table en les tenant bien tendus, ei avec un couteau de bois ou d’os, ou même de fer qui soit très-émoussé et qu’on passe en l’appliquant du plat entre l’étoffe et les œufs, on détache ceux-ci avec beaucoup de facilité. Au fur et à mesure qu’on en a détaché une certaine ‘quantité, on la dépose dans un vase rempli d’eau à la même température, jusqu’à ce qu'il
fait, on agite doucement cette eau avec la main en cherchant à séparer les œufs qui pourraient être collés les uns aux autres. Dans cette opération, tous ceux qui surnagent ne valent rien, on les enlève et on les jette; tous ceux qui vont au fond sont féconds.
Quand on juge que ces derniers sont suffisamment lavés et nettoyés, on décante avec précaution l’eau qui les recouvre, afin de n’en pas perdre, el tout ce qui est au fond du vase est retiré et mis sur un ou plusieurs tamis serrés ou sur des linges, ou seulement dans des assiettes que l’on incline à moitié afin d’en faire égoutter l’eau. Dans un lieu sec, un peu aéré, la graine est assez sèche au bout d’une journée; cependant, de peur qu'elle n'ait encore un peu d'humidité, il vaut mieux la laisser exposée à l’air pendant 2 ou 3 jours, en la remuant plusieurs fois pendant ce temps, pourvu que la température du lieu où elle est ne soit pas à plus de 9 ou 10°. Si on a une grande quantité de graine, il faut recommencer l'opération à plusieurs reprises, parce qu'on ne peut guère faire subir la préparation indiquée ci-dessus à plus de 8 à 10 onces à la fois. Il est loujours bon d’ailleurs qu’elle soit faite un mois environ avant de mettre à éclore, et dans un moment où l'embryon est encore dans le plus grand repos: si on la faisait,au coniraire, trop près de l’éclosion, cela pourrait nuire à eetle fonction. Jusqu'au moment de préparer l’incubaüon, la graine peut être gardée dans des assieties, dans de petites boites plates où les couches aient 4 à 5 lignes d'épaisseur, ou enfin enveloppee dans du papier. La graine ainsi convenablement préparée et bien sèche peut aussi être distribuée dans de petites boîtes par 2 à 4 onces, où elle ne souffre pas de pression, et être envoyée parteut où elle sera demandée.
BoissiEr DE SAUVAGES dit que la graine se détache toujours assez facilement de l’étoffe sur laquelle elle a été pondue, sans qu’il soit besoin d'employer jes lavages; mais nous croyons qu’on doit en la détachant en briser davantage; d’ailleurs, la graine reste malpropre,etenfinles œufs clairs etinféconds ne peuvent facilement être séparés, et comme ils restent mêlés aux bons, on n’est Jamais à même d'apprécier au Juste la quantité de bonne graine qu’on a mise à éclore.
Dans l’état de nature, la graine commence à éclore spontanément lorsque la température s’est maintenue pendant environ 15 jours entre 10 et 12°; mais alors les vers naïsent les uns après les autres pendant plusieurs semaines de suite, et il n’y a pas moyen de faire d'éducation régulière et profitable. Pour obvier à cet inconvénient, on conserve la graine
-à la plus basse température qu’il est possible jusqu'au moment où l’on voit que les bourgeons du mürier, qui doivent servir à la nourriture des vers, commencent à se développer ; alors on dispose la graine qu'on veut faire éclore ainsi qu'il a été dit plus haut, soit pour lui faire subir l’incubation au nouet, soit pour fa placer dans la couveuse artifi cielle, l'armoire incubatoire ou l’étuve proprement dite. Ce qui a été déjà dit sur léclosion au nouet est suffisant; mais nous devons
cmaP. 7°. SOINS À DONNER
ajouter quelque chose sur la manière d'opérer par les autres procédés, et sur les degrés de chateur qu'il est convenable d’entretenir dans les appareïls dont il vient d’être question, ainsi que dans l’étuve où la chaleur doit être portée successivement et ensuite soutenue aux degrés convenables.
Danvoro fre à 13 Jours le temps nécessaire pour faire éclore les vers en exposant pendant ce temps la graine dans l’étuve aux degrés de chaleur aïnsi qu’il suit: les deux 1°° Jours la température est fixée à 14°, le 3° jour elle est
orlée à 15°, le 4° à 16°, le 5° à 17°,le 6° à 18°, e 7° à 19°, le 8° à 20°, le 9° à 21°, les 10°, 11° et 12° à 22°, et le 13° l’éclosion des vers com-
mence. Celle-ci s'annonce dans les derniers
jours par le changement de couleur des œufs; ils étaient d’abord d’un gris cendré un peu foncé, ils s’éclaircissent et prennent peu-àpeu une couleur cendrée claire, de laquelle is passent enfin au blanc sale.
Il parait d’ailleurs que l'éclosion plus rapide ou plus ralentie dépendde circonstances atmosphériques qui ne sont pas encore bien connues, car M. Boxarous, dans un mémoire sur une éducation de vers-à-soie faite en 1822, dit avoir fait éclore ses œufs en 10 Jours, en commencant également par donner à l’étuve une chaleur de 14 et en ne l’élevant qu'à 20 et 21° les 9° et 10° jours. A,
Un auteur antérieur aux deux précédens, BoissiER DE SAUVAGES, dit que les graines éclosent en 4 à 5 jours en les exposant à 30 ou 32°; mais qu’alors il y en a une grande partie qui manque. Le même dit encore qu'ayant suspendu un petit paquet de graine à sa fenêtre sur un mur exposé au midi où la chaleur directe du soleil faisait monter le thermomètre à 45°, pendant qu'il descendait la nuit à 15, ce qui fait une différence de 30° de chaleur du plus au moins, cependant tous les œufs produisirent des vers, quoique fort à la longue.
A la fin d’avril 1830, après avoir transporté, dans une chambre où le thermomètre a été maintenu pendant 4 jours à 14°, de la graine qui, les jours précédens, n’était qu’à 10° et méme au-dessous, nous avons tout-a-coup, le 5° jour, élevé la température à 26°, 27°, et le 4° jour, après que la graine eut été exposée à cette chaleur constante, les vers commencèrent àécloreen grande quanlité; dès le 3° jour même il en élait né plusieurs. Nous avions opéré sur plus de 2 onces de graine; l’éclosion fut très-abondante pendant 4 Jours, et les vers étaient très-bien portans.
uoi d'il en soit, les vers qui naissent le 1°" jour sont ordinairement peu nombreux, et on néglige de les recueillir ; mais on commence le 2° à les relever, en employant les moyens que nous allons détailler; on en fait 4 ou 5 levées dans le courant de la journée. La naissance des vers est toujours plus abondante depuis le lever du soleil jusqu’à 2 ou 3 heures après midi, elle se ralentit ensuite beaucoup dans le reste de la journée, et pendant la nuit elle devient tout-à-fait nulle. La tovalité des vers met au moins 3 à 4 jours à gaître ; tant que l’éclosion parail assez nombreuse, on recueille les vers, et on ne cesse de le faire que lorsqu'ils deviennent trop rares pour que cela en mérite la peine.
AUX VERS-A-SOIE. 135 Au moment où l’on commence à voir sortir les petits vers de leurs œufs, on leur donne de petits rameaux garnis de jeunes feuilles de mürier dont le développèment coïncide toujours avec celui des vers quand leur éclosion n’a pas été trop hâtée. Si l’on plaçait les rameaux immédiatement sur la graine, il arriverait souvent, lorsque les vers seraient montés dessus, et lorsqu'on voudrait les relever pour en substituer de nouveaux, qu’on enlèverait en même temps des œufs non encore éclos ; pour obvier à cet inconvénient, on couvre toute la graine de chaque boîte avec un morceau de canevas, ou mieux encore d’un morceau de papier un peu fort, sur toute la surface duquel on à pratiqué avec une grosse épingle des trous nombreux formant comme un petit crible. Ce papier doit être appliquésur la graine par le côté où l'on a fait entrer l’épingle,et on recouvre sasurface supérieure de jeunes bourgeons de mürier détachés de leurs branches, ou même de petits rameaux garnis de leurs feuilles. Si on ne prenait cette précaution dès qu’on voit un certain nombre de jeunes vers sortir de la graine, ceux-ci, aussilôt après leur naissance, se répandraient de tous côtés, errant à l'aventure, cherchant à satisfaire l'appétit qu’ils ont déjà. Guidés par l'instinct et ee Péeur des feuilles de mürier placées sur le papier criblé qui est audessus d’eux, ils en traversent rapidement les trous pour aller prendre leur nourriture. Quand l'éclosion se fait bien, souvent en une eure tous les bourgeons de mürier sont tellement garnis de vers, que toute verdure à disparu ; on n'aperçoit à sa place qu’une sorte de fourmilière noirâtre où les petits insectes sont'par milliers. Alors on enlève avec précaution les rameaux ou les bourgeons de mürier, tout chargés qu’ils sont de vers, en les prenant, surtout si ce sont de simples bourgeons, avec de petites pinces plates et légères
dites érucelles, et en ayant la précaution de ne presser que très-modérément l'instrument, el on les dépose sur une petite tablette de transport garnie de papier, pour aller ensuite, lorsque la levée est términée, les placer sur les tablettes (£g. 136) où doit commencer leur
Fig. 136.
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