L LUN TS
éducation. Aussitôt que cela est faît, on remet sur le papier-crible d’autres bourgeons ou d’autres rameaux de mürier qu’on enlève encore 2ou 3 heures après lorsqu'ils sont couverts de nouveaux vers, et on continue ainsi à en faire des levées successives pisqu'à ce que l’éclosion des œufs soit entièrement achevée, ou au moins jusqu'à Ce que les vers des deruières levées deviennent trop peu nombreux pour mériter d’être recueillis.
$ IL. — Premier âge.
Le ver-à-soie, au moment de sa naissance, a { ligne 1/4 de longueur, et il pèse 1/110 de grain poids de marc. Tout son corps est hérissé de poils et il paraît noirâtre à la vue simple; avec la loupe on reconnaît que sa tête est écailleuse, d’un noir plus luisant que le reste du corps, qui est composé de 10 anneaux. A cette époque, tous les vers nés d’une once de graine peuvent facilement tenir dans un espace de 2 pieds carrés; mais, au lieu de les mettre tous ensemble en les disposant sur les tabletttes, on les divise sur plusieurs places de manière qu'il ne soit pas nécessaire de les remuer jusqu’au moment de la 1'° mue, et de sorte qu'ils puissent alors y occuper 9 à 10 pieds carrés. Comme tous les vers ne sont pas nés en même temps, et que si on leur donnait à tous une quantité égale de feuilles de müûrier à manger, les 1‘ avanceraient davantage que les derniers, il faut chercher à les rendre égaux, au moins ceux qui sont nés le même jour. On y parvient en eloignant les époques des repas pour les 1°" éclos, tandis qu'on les rapproche pour les derniers , de manière qu’à la fin de la journée ils aient tous reçu autant de nourriture les uns que les autres. Quant aux vers qui sont nés à 1 ou 2 jours de distance, comme il n’est
as possible de les rendre égaux à ceux éclos e 1° jour, on les place sur des tablettes différentes que l’on distingue par des numéros, parce que, pendant toute l’éducation, ces der-niers vers seront toujours en retard des 1‘'° d’un nombre de jours égal au temps pendant lequel leur naissance a été différée.
Pendant tout le 1° âge oz donne chaque Jour aux vers 4 repas , qu'on leur distribue à des intervalles égaux. Si on a fait coïncider le commencement de l’incubation avec le développementdes feuilles de mûrier,celles-ci
curront être données aux vers telles qu’on es aura cueillies sur les arbres; elles se trouveront proportionnées à la grosseur des vers ; mais si l’éclosion a été retardée , et que les feuilles soient devenues un peu grandes, on les coupera en petits morceaux, ce que l’on fait facilement en en prenant de petites poignées et en se servant de ciseaux ou d’un couteau: par ce moyen on multiplie le nombre des bords par lesquels les petits vers se mettent le plus ordinairement à les manger ; cependant nous avons vu souvent les plus etits vers attaquer les feuilles par leur miieu même.
DanpoLo et M. Bonarous se sont donné la peine de peser ce que les vers d’une once de graine consomment de feuilles pendant les différens âges de leur existence; ils ont trouvé que, pendant le 1° celte quantité montait à 7 livres en tout, et d’après cela ces auteurs prescrivent le poids de ces feuilles pour chaque journée et chaque repas ; mais il nous a paru que c'était compliquer les embarras de l’éducation que de s’astreindre à avoir toujours la balance à la main pour distribuer chaque repas. La consommation ne peut d’ailleurs être invariable, elle est soumise à la bonne santé des insectes.
La durée du 1° äge n’est que de 5 jours,
d’après Danpozo el M. Bonarous, et cela à une température constante de 19°. - Nous nous croyons forcés de dire que jamais, dans aucune des nombreuses éducations que nous avons faites, nous n'avons pu obtenir de semblables résultats ; ce n’a été qu’à une chaleur de 21° à 22° que nous avons vu le 1°" âge se terminer en 5 jours; autrement il s’est toujours étendu à 6, 7, 8 jours, et même beaucoup au-delà, lorsque la température n'a été que de 18°,17°,16°, et au-dessous. Quoiqu'il en soit, il est hors de doute qu'il y a economie de temps et de feuilles à tenir les vers dans une température un peu élevée et constamment la même, sans compter que l’on perd moins de vers que lorsqu'on fait trainer l’éducation en ne donnant pas assez de chaleur.
La1'"* rue s'annonce par l’éclaircissement de la couleur des vers ; au moment oùils s’endorment, ils deviennent luisanset comme bouffis. Quand on voit les vers engourdis, on diminue la quantité de feuilles ; on n’en donne qu’à peu près ce qu’il en faut pour ceux qui restent éveillés et mangent encore ; lorsqu'on les voit tous endormis, on peut pendant un jour entier ne leur rien donner du tout jusqu'à ce qu'ils aient fait leur 1'° mue, c’est-à-dire qu'ils aient quitté leur {'° peau pour en revêtir une nouvelle. Cette mue, ainsi que les 3 autres qu'ils doivent encore subir, est une époque critique pour les vers, et il y en a toujours plusieurs qui succombent. Quelque soin que l’on prenne pour traiter tous les vers également bien, il y en a aussi toujours quelques-2ns dont la mue est précoce, et d’autres pour lesquels elle est tardive, de manière que le temps de la mue n’est jamais moindre d’un jour 1/2 à 2 jours et même 2 jours 1/2. Les différentes mues ne sont pas d’ailleurs égales entre elles; la 1° est plus courte que la 2°; celle-ci que la 3° ; enfin, celle qui dure le plus long-temps est la 4°, et c’est aussi, en général, celle dans laquelle il périt le plus de vers.
$ IL. — Deuxième âge.
Aussitôt après la 1° mue, commence le 2° dge;les vers pèsent alors 1/8 à1/9 de grain ; ils ont 3 lignes 1/2 à 4 lignes de longueur; tout leur corps parait chargé d’une sorte de poussière; il est tacheté régulièrement de mouchetures d’un brun foncé ou d’un brun roussâtre , placées sur un fond blanchâtre ou grisätre. Dès qu’on s’apercoit que les vers revêtus de leur nouvelle peau ont repris toute leur vivacilé, on doit sans retard les enlever de la liüère qui s’est formée sous eux par les débris des feuilles qui ont servi à leur nourriture. Pour rendre ce déplacement plus facile, on étend, sur les petites chenilles, de jeunes rameaux de mürier garnis de leurs bourgeons et de leurs feuilles, et 2 à 3 heures après, lorsque l’on voit que les vers sont montés de leur litière sur ces rameaux et qu'ils en sont tous chargés, on les transporte sur d’autres parties de tablettes où on les distribue de manière à ce qu'ils soient disposés sur un espace d'environ 20 pieds carrés, ce qui est l'étendue dont ils auront besoin jusqu’à la fin de leur 2° âge. Comme il y a tou-
cBAP. 7°.
jours des retardataires qui n’ont point accompli leur mue en même temps que les autres, au lieu de jeter la litière hors de l’atelier, on laisse passer 4 à 5 heures, et lorsqu’au bout de ce temps on voit un nombre assez considérable de vers ayant enfin achevé leur 1° mue, on les recouvre de nouveaux rameaux comme la 1'° fois, afin de recueillir ces vers en retard. Le moyen de faire regagner à ces derniers le temps perdu par eux, c’est de leur donner le lendemain et le Jour suivant un repas de pius qu’à ceux qui ont l'avance, et ce moyen doit être employé par la suite pour tous les retardataires des différentes mues.
Quant à ceux qui peuvent encore être restés sur la litière, comme ils ne sont ordinairement qu'en petit nombre, et que leur long retard annonce peu d’énergie vitale, on les jette ordinairement hors de l'atelier avec la vieille litière. Quatre repas en 24 heures continueront à être donnés aux vers pendant tout le 2° âge qui, à la température de 18 à 15° 1/2, ne dure que 4 jours selon DanpoLo et M. Boxarous, et pendant lequel les vers d'une once de graine mangent 21 livres de feuilles mondées ; mais, de même que nous avons déjà dit que nous avions vu le 1° âge durer plus que ces auteurs ne l’indiquert, de même aussi nous avons observé que le 2° âge se prolongeait toujours plus de 4 Jours, et nous répétons ici cette observation pour la dernière fois, afin de n’y plus revenir pour les âges suivans , mais en leur appliquant la mème remarque. Supposant donc ja durée du 2° âge invariable, les vers devront s’endormir le 4° jour; à la fin du suivant ils seront réveillés, auront fait leur 2° mue, et on les relèvera alors de leur litière de la mauière prescrite.
$ IV. — Troisième âge.
Mesurés et pesés aussilôl après leur changement de peau, les vers en commencant leur 3° ge ont 7 lignes de longueur et pèsent chacun 1 grain. Leur couleur est à peu près la même que dans le 2° âge, mais pis claire; quelques-uns sont mouchetés de brun foncé sur les anneaux inférieurs de leur corps; le 4° à compter de la tête estmarqué de2 lignes figurées comme des croissans étroits. Le 3° âge, d'après les auteurs déjà cités, dure 7 jours, et pendant ce temps les vers consomment 70 livres de feuilles. La chaleur de la chambre peut être un peu diminuée, il suffit qu'elle soit de 18° d’abord, et ensuite de 17 seulement. Dans les deux âges précédens les vers ont pu rester d’une mue à l’autre sur leur litière, sans en être changés; mais, comme la durée du 3° âge est plus longue, et que les vers étant plus gros font une plus grande consommation de feuilles et rendent
ar suite des excrémens plus considérables, il faut, au milieu de cet âge, avoir soin de les déliter par les moyens déjà indiqués, et la vieille Ntière étant jetée hors de l'atelier, on approprie la place que les vers ont occupée, c'est-à-dire environ 32 pieds carrés, afin qu'elle puisse servir de nouveau ; ce qui doit se faire d’ailleurs à chaque fois qu'on enlève une ancienne litière. Le 6° Jour du
AGR
SOINS À DONNER AUX VERS-A-SOIE
3° âge les vers s’endorment, occupant alors 46 pieds carrés, et ils s’éveillent le 7° jour ayant fait leur 3° mue.
$ V.— Quatrième Age.
Déjà les vers ont changé 3 fois de peau en prenant toujours à chaque fois un accroissement plus considérable. Cette fois ils ont 1 po. de longueur ( #g. 137 ), et le poids de
Fig. 137.
chacun d’eux est de4 grains. Leur couleur genérale est blanchâtre, mais chaque anneau de leur corps est tiqueté d’une multitude de peuts points grisätres ; les 3 anneaux supérieurs sont toujours plus clairs que les suivans, et les 2 trails en croissant que porte le 4°, sont devenus plus larges, roussâtres, avec une ligne blanche dans le milieu. Pendant le 4° age, dont la durée est de 7 jours comme le précédent, les vers provenant d’une once de graine auront besoin d'occuper depuis 60 jusqu’à 110 pieds carrés, et c’est alors, afin de pouvoir facilement jJeur donner tout l’espace qui va leur devenir nécessaire dans cet âge et surtout durant le suivant, qu'il faut les transporter sans délai dans le grand atelier. Pendant cet âge la consommation des feuilles augmente tous les jours d’une manière sensible. Cette consommation, d’après les auteurs cités plus haut, est fixée à 240 livres, qui sont encore distribuées en 4 repas chaque jour, en faisant attention qu'on va toujours en augmentant la quanlité de chaque repas jusqu’au 4° jour, qui est celui où les vers mangent le plus; car ensuile leur appétit diminue jusqu’au moment où ils vont faire leur 4° mue; alors, de même que la veille de toutes les autres mues, le besoin de manger s'éteint totalement, et, l'on peut pendant 24 heures leur supprimer la plus grande partie de la nourriture ordinaire. Quant à l'accroissement d’appétit que les vers éprouvent jusqu'au milieu de leur 4° âge, une augmentation semblable a lieu dans tous les autres âges; on la nomme petite frèze dans les 4 1°"* âges, et grande fréze dans le 5°.
La température de l'atelier pendant le 4° âge n'a pas besoin d’être au-dessus de 16 à 17°; les vers ayant plus de force n’ont pas besoin d’autant de chaleur que dans les âges précédens où ils étaient plus faibles, et quand il arrive que l'air extérieur est naturellement aussi chaud que l’intérieur, on se dispense de faire du feu dans les poëles et les cheminées de l'atelier, et on peut alors ouvrir toutes les fenêtres, surlout si l’atmosphère est calme. Au 4° jour de cette époque il faut avoir soin de déliler les vers ainsi qu'on l’a fait dans la période précédente. Le 6° Jour les vers s’endorment pour la dernière fois, afin de faire leur 4° et dernière mue; c’est pour eux la plus critique et aussi
la plus longue; bien peu de vers n'y emploient que 24 heures, beaucoup ne l’achè-
vent qu’en 30 heures et même plus.
$ VI. — Cinquième âge.
Comme nous avons toujours supposé jusqu’à présent, pour la facilité de l'explication, que toutes les mues se faisaient régulièrement et sans retard, nous dirons que le 7° jour du 4° âge étant passé, les vers ont opéré leur 4° mue et qu’ils sont entrés dans leur 5° âge. Si on les examine alors, on les trouve entièrement changés et presque méconnuaissables; ils ont 20 à 22 lignes de longueur (fig. 138), et pèsent 14 à 17 et même jus-
Fig. 138.
qu’à 20 grains; leur peau est presque partout blanchâtre tirant à la couleur de chair, sans taches, mais elle parait comme recouverte d’une poudre très-fine. Telle est la couleur la plus ordinaire des vers; cepéndant on rencontre presque toujours, dans une éducation un peu nombreuse, quelques vers qui diffèrent d’une manière très-sensible de ceux
ui viennent d'être décrits ; ces vers, au lieu
’être blanchâtres, sont d’un gris foncé et presque noirätre, avec peu ou point de taches blanches.
Au reste, à l’époque dont il est question, on voit dans tous les vers, d’après la couleur de leurs 8 pattes postérieures, quelle sera la couleur de la soie qu’ils fileront ; ces pattes sont jaunes pour la soie de cette couleur, et blanches si le fil de linsecte est blanc. Déjà, pendant le 4° âge, ces signes de la couleur future de la soie pouvaient être entrevus, mais ils sont beaucoup plus distincts au commencement du 5°.
Aussitôt que Les vers ont fait leur 4° mue, on les change de tablettes en les espaçant toujours davantage. C’est alors aussi qu’il faudra avoir ample provision de feuilles, car la consommation que les vers vont en faire pendant leur 5° âge sera énorme; elle devra être au moins 4 fois plus considérable qu’elle n’a été pendant tous les âges précédens, puisque les quantités que nous avons annoncées précédemment ne se montent encore qu’à 300 et quelques livres, et que plus de 1400 vont leur devenir nécessaires. La place que les vers occupent sur Îles tablettes et la quantité de feuilles qu’ils mangent dépendent essentiellement de leur nombre , et ce nombre lui-même est soumis à l’état de santé des vers, qui dépend non seulement des bons soins apportés dans l’éducation, ce dont, il est vrai, on est toujours maitre, mais plus encore sans doute de l’état de l’atmosphère extérieure dont i] est toujours trèsdifficile, pour ne pas dire impossible de modifier les influences à l’intérieur de l’atelier. On voit donc d’après cela qu’il est dif-
ficile de prévoir la quantité de vers qu’on perdra dans le courant d’une éducation; car, quelque heureuse qu’elle puisse être, il mourra toujours des vers par une cause ou par l’autre. DanpoLo, sous le rapport de la conservation , paraît avoir obtenu des succès inconnus avant lui; mais on serait probablement dans l’erreur si l’on croyait qu'il fût facile d'arriver toujours aux mêmes résultats que lui. La preuve en est que même en ne faisant que des éducations peu nombreuses, et dans lesquelles par conséquent, toutes chances égales d’ailleurs, il est plus facile d’obtenir des succès , cependant on va voir par le tableau que nous allons donner des résultats de 39 éducations, combien le produit-en a été variable.
Dans 7 éducations nous avons eu perte de 1/2 Bin UE et vetoyst done Le 0e: TERRES d1S Mae hs LUNETTES 8 ous parhatieten its 14 DORE ER TE PE MMNMRE US ce Lion élire vs el TRUE APE TRIER À bis. oo SERRE RARE RO AT Ge US use 4: ts iS2 ANS STE
D’après cela, lorsqu'on procède par 10 onces de graine, par exemple, la quantité de vers à loger et à nourrir pendant le 5° âge, pourra varier de 10 à 50 et même à 100 mille, si la perte totale doit être d’1/5°, d’1/4, d’1/3 ou même de moitié, ce qui, dans les grandes éducations, est ce qui arrive le plus souvent. Il est donc très-difficile de pouvoir peser 1a quantité de feuilles donnée à chaque repas aux vers pendant toute une éducation. Si on le fait, ce ne peut être qu’un objet de curiosité pour se rendre compte de ce que les vers ont consommé dans telle ou telle éducation, mais cela ne pourra pas servir rigoureusement pout une éducation postérieure, parce que, sielle était moins heureuse, les vers auraient du superflu , et dans le cas où elle serait plus prospère, les vers n’auraient pas assez de nourriture.
Qu'on se borne donc, en délitant les vers au commencement du 5° âge, à les espacer convenablement sur les tablettes de manière à ce qu’ils n’y soient pas gênés, et qu’on leur donne de la feuille 5 fois par jour, en les en couvrant largement au moment de chaque distribution. Comme, à cette époque de leur existence, ils font beaucoup de litière, il faut les changer de place le 4° et le 7° jour, toujours en élargissant l’espace, de manière que les vers d’une once de graine pourront occuper successivement 150, 200 et 250 pieds carrés. Au fur et à mesure qu’on délite les vers, on doit procéder au zettoiement des 1ablettes et des claies. Chaque jour on s’aperçoit alors des progrès que font les vers ; on les voit pour ainsi dire croître à vue d’æil. Le 5‘, le 6°et le 7° jour du 5° âge sont le temps de la grande fréze, ou celui où les vers mangent le plus; ils ont alors une faim dévorante, ils font en mangeant un que l’on a comparé à celui d’une forte pluie. Il est bon à cette époque de leur donner un 6° repas. Après cela l'appétit des vers commence à diminuer, et le 8° et le 9° Jours. ils sont parvenus à leur plus grand dévelop-
bruit
à ee
cHAP. 7°, pement ; 1is sont tout-à-fait blancs ; leur longueur est généralement de 36 lignes, et chez quelques-uns elle est même de 40; leur poids le plus ordinaire est de 72 à 80 grains, et quelquefois de 100 grains et plus. Dès-lors les vers mangent beaucoup moins, ils cessent aussi de croître, et même ils paraissent diminuer un peu, parce qu'ils rendent une plus grande quantité d'excrémens, ils commencent, selon l'expression vulgaire, à se vider. Cela est déjà un 1° signe que les vers approchent de leur z2aturité, et qu'ils vont bientôt faire leurs cocons. On reconnait que cette maturité est complète aux signes SuIVans :
1° les vers montent sur les feuilles sans les ronger, et ils lèvent souvent la tête conime pour indiquer qu’il leur faut autre chose; 2° ils quittent les feuilles et courent le long des claies en cherchant à grimper; 3° les anneaux de leur corps se raccourcissent, et la peau de leur cou paraît toute ridée; 4° leur corps devient d’une certaine mollesse et la peau, surtout celle des anneaux inférieurs, acquiert une demi-transparence et prend uné teinte légèrement jaunâtre, particulièrement dans les vers qui doivent filer de la soie jaune; 5° si l’on regarde les vers avec attention, on voit qu'ils trainent après eux un fil de soie qui sort de leur bouche, et dont on peut tirer un assez long bout sans
lerompre; 6° enfin le ver tout entier annonce |
par sa couleur celle de la soie qu’il produira, et on peut connaître en l’ouvrant s’il devait devenir papillon mâle ou femelle; ceux destinés àétre mâles ne contient qu’une liqueur jaunâtre, ceux qui doivent former des femelles sont pleins d'œufs. Quand on a recounu à ces signes que le teraps où les vers doivent filer leurs cocons est très-prochain, on doit s'occuper du neltoiement des claies en délitant les vers pour la dernière fois.
À part deux circonstances où le ver cherche en naissant sa nourriture,et, quand il est mûr, une place commode pour y faire son cocon. il est très-sédentaire sur la lilière; la faim même ne l’en éloigne pas; nous avons vu plusieurs fois des vers abandonnés sans nourriture, y mourir après plusieurs jours de jeûne, sans avoir essayé d’en franchir les limites. Avant le sommeil qui précède les mues , quelques vers qui sont au bord des claies s'éloignent à 1 ou 2 pouces tout au plus pour s'endormir à l’écart ; mais, la mue faites ils redescendent promptement sur la ire.
$ VII — Formation des cocons.
Le nettoiement des claies étant terminé, il faut s'occuper sans relard de préparer aux vers les moyens de filer leurs cocons avec facilité, ce qu’on fait en leur construisant des haïes, des cabanes ou des rames, ainsi que l’on dit selon les pays; c’est ce qui a été expliqué plus haut.
Lorsque les vers commencent à monter sur les cabanes, on n’a pas besoin de conserver dans l’atelier plus de 17° de chaleur; il convient en outre que l'air soit aussi sec que possible, el, si Pétat de la température extérieure le permel, on peut ouvrir partout
SOINS A DONNER AUX VERS-A-SOIE
portes et fenêtres dans les heures les plus chaudes de la journée.
On croit assez généralement que le t07nerre est contraire aux vers-à-soie, et on redoute d’après cela les orages au moment où ils montent sur les cabanes. La preuve que le tonnerre et les commotions les plus fortes imprimées à l’atmosphère même de l'atelier dans lequel ils sont, ne peut leur être nuisible, c’est que des coups de fusil ont été tirés dans une magnanerie au moment de la montée, sans produire aucun effet fàcheux. Nous avons vu nous-même, le 26 juillet 1824, des vers, étant alors à la fin de leur 5° âge, manger avec la plus grande avidité sans paraître ressentir aucune influence d’un violent orage qui dura environ 1 heure, et pendant lequel les coups redoublés du tonnerre ’étalent pas une minute sans se faire evtendre, et pendant lequel la foudre tomba 3 à 4 fois à peu de distance de la maison de campagne où nous étions. Des vers qui avaient déjà commencé leur cocon, le continrèrent aussi sans aucune interruption.
Quelque temps auparavant nous avions transporté à la campagne une centaine de vers, alors dans leur 3° âge ; nous leur fimes faire ur voyage de 20 lieues sur l’impériale d’une diligence sans qu’ils en éprouvassent la moindre fatigue, et, à notre retour, qui eut lieu 2 jours après l’orage, quelques-uns de nos vers qui étaient sur le point de filer furent mis par expérience dans des cornets de papier fermés par le haut, puis renfermés dans une boîte qui fut placée, comme la 1'° fois, sur l’impériale de la diligence, où elle fit 20 lieues, et malgré les innombrables secousse£ éprouvées pendant dix heures sur une route pavée, tous les cornets ayant été ouverts à la fin du 3° jour, nous trouvâmes quetous les vers avaient fait de beaux et bons cocons, dont lun pesait lui seul 53 grains.
À compter du moment où les vers commencent à jeter leur bave ou bourre, c’est-àdire les 1°" fils de leur soie ( f£g. 138), ceux qui
Fig. 139.
sont sans et vigoureux terminent leur cocon en 3 Qu 4 jours au plus. La première Journée de la montée sur les cabanes on voit rarement
un grand nombre de vers occupés à ourdir leur cocon, c’est le 2° et le 3° Jour qu'ils quittent la lilière de toutes parts, et qu’on les voit grimper à la suite des uns des autres, cherchant une place commode pour leur ouvrage. Plusieurs se fixent tout de suite sans monter bien haut, ce sont les meilleurs, d’autres courent çà et là, parcourent plusieurs branches, quittent les places les plus commodes,ont peine à s'arrêter, et finissent quelquefois par retomber sur la litière. Le 4° ou le 5° jour après que les premiers vers montés aux cabanes ont déjà terminé leurs cocons et que les derniers sontencore occupés de ce travail,ilne reste plus que quelques retardataires donton peutsansdouteespérer encorequelque chose, mais sur lesquels 1l ne faut pas compter comme sur les 1°"*; le retard que ces vers mettent à filer leur cocon annoncant chez eux moins de vigueur, on les enlève de dessous les cabanes et on les réunit sous des cabanes particulières, placées dans une autre chambre où l’air soit sec et la température à 18 ou 19°. Enfin, on peut former dans le même lieu des cabanes plus basses sous lesquelles on dépose les vers faibles ou ceux qui sont tombés du haut des ramées, et on leur donne de la pourriture tant qu'il est besoin, en ayant soin de les resserrer et de rétrécir la place qu'ils occupent a mesure que leur nombre diminue sur la litière. Aux plus faibles on prête le secours de corneis de papier, ou, ce qui est encore plus facile et moins embarassant, on les met dans une grande corbeille, en les couvrant d’une couche légère de copeaux de menuisiers ou de menus rameaux de bruyère, et on en fait ainsi aulant de lits qu’il est nécessaire.
Aussitôt après qu'il ne reste plus de vers à nourrir sous les cabanes, on procède au dernier nettoiement des claies et des tablettes, dont les vers d’une once de graine peuvent, ainsi qu'il a déja été dit, avoir occupé pendant les derniers jours, depuis 200 jusqu’à 250 pi. carrés, selon que l'éducation a été moins ou plus prospère.
$ VIT. — Sixième âge : récolte des cocons ; choix pour la reproduction.
Chacun des âges précédens a commencé toutes les fois que la larve du ver-à-soie a changé de peau ; d’après cela le 6° âge ne commence réellement que lorsque le ver ayant filé son cocon, se raccourcit au fur et à mesure, et se métamorphose à Ja fin en cArysalide après avoir dépouillé sa peau de larve.
La fig. 140 représente en À le cocon terminé et en B la chrysalide hors du cocon. Ce 6° âge se passe tout entier dans le cocon, et la métamorphose n’est point visible, à moins qu'on ne fende le cocon au moment où elle va s’opérer, ce qui.a ordinairement lieu le 4° ou le 5° jour après que le ver a commencé à filer. Quelques vers, dans toutes les éducations, ne font point de soie, ils restent dans la litière ou descendent des cabanes après y être montés, avoir erré pendant quelque temps sur les branches, et ils opèrent leur métamorphose à nu sans être enveloppés d’un cocon. On ne garde jamais ces chrysalides, on les jette ordinairement hors de l'atelier. II
Fig. 140.
serait curieux de savoir, en en conservant pour avoir les papillons, si les œufs de ces derniers donneraient naissance à des vers dégénérés qui ne fileraient point, ou si, ne participant point à l’infirmité de leurs pères, ils produiraient de la soie comme les autres vers.
Revenons à ceux que nous avons laissés filant leurs cocons. Quatre jours après que le dernier ver est monté, on met à bas tous les petits fagots qui ont servi à faire les cabanes, et on en détache à mesure tous Les cocons qu'on jette dans de grandes corbeilles, en ayant soin de mettre de côté tous ceux qui sont imparfaits, mal conformés, mous ou qui sont doubles, c’est-à-dire qui sont l’ouvrage de deux vers ayant filé en commun. Ces derniers se reconnaissent facilement à leur grosseur et à leur poids beaucoup plus considérables.
Si toutes les époques de l'éducation se sont passées heureusement, une once de graine pourra produire 100 et même jusqu’à 120 et 130 livres de cocons ; mais ces dernières récoltes sont fort rares; on s’estime heureux lorsque le produit s’élève au 1°" poids qui vient d'être dit; car il arrive assez souvent qu’on ne retire que 80 et même que 70 livres. Quant aux cocons eux-mêmes, 1ls sont fort beaux lorsque 250 à 260 pèsent une livre poids de marc. — Il résulte des observations faites pendant de nombreuses années dans les pays où l’on se livre depuis long-temps à l'éducation des vers-à-soie, qu’on a eu de bonnes récoltes lorsque les vents du nord ont régné durant l'existence des vers, et qu’elles ont été médiocres ou mauvaïses lorsque, pendant le même temps, les vents ont souffle souvent du sud ou du nord-ouest.
Dès qu'on a séparé les cocons des rameaux qui formaient les cabanes, ou aussitôt qu'on a déramé ou décoconné, comme on dit encore selon les provinces, on choësit les cocons destinés à la propagation de l’espèce. Quatorze onces de cocons fournissent communément une once de graine. D’après cela on met ordinairement à part autant de livres de cocons qu'on veut faire d'onces de graine, et dans le
cHAP. 7°. SOINS À DONNER
choix qu’on en fait on dcnne la préférence à ceux qui sont plus durs, mieux conformés; ceux qui joignent à ces qualités d’avoir une espèce d’anneau ou de cercle rentrant qui les serre dans le milieu (#g. 140 ci- dessus ), sont regardés comme très-bons.—Il n'y a pas de signes bien certains pour distinguer le sexe des cocons; cependant on a cru remarquer que les plus petits, pointus aux deux bouts et serrés dans le milieu, renfermaient souvent des mâles, tandis que les plus ronds, les plus gros, peu ou point serrés dans le milieu et communément plus pesans, contenaient très-ordinairement des femelles : il faut donc choisir parmi ceux qui réunissent ces derniers signes, au moins la moitié et même les deux tiers des cocons qu'on veut garder pour graine ; On aura toujours assez de mâles.
Il est prouvé par l'expérience que lorsqu'on a fait choix de cocons qui étaient tous d’une couleur uniforme, on en obtenait une race de vers qui donnaientexactement des cocons de la même couleur; mais comme beaucoup d’éducateurs de vers-à-soie ne prennent pas ce soin , on a le plus souvent, dans une seule éducation, des cocons de plusieurs couleurs et de plusieurs nuances. Ainsi dans les 2 couleurs principales, le jaune et le blanc, on distingue des cocons d’un jaune très-foncé et d’autres plus pâles; il y en a
ui paraissent fauves clairs ou de la couleur > naukin des Indes, et dont la nuance est aussi plus ou moins intense. Les blancs ne sont pas moins variables, depuis le blanc le plus pur dit blanc sirza où de Chine, dont quelques éducateurs se sont appliqués à conserver la race aussi pure que possible, Jusu’au blanchâtre sale et à la teinte soutrée ont les cocons sont dits verts. Nous regardons ces derniers comme appartenant à une modification du blanc, parce que les vers qui les filent ontles pattes blanches, et parce ue cette race est très-difficile à maintenir ans une éducation subséquente;car,quelque soin qu’on ait pris de ne conserver que les cocons les plus foncés, il s’en trouve toujours un grand nombre qui passe au blanchätre.
La bourre qui se trouve plus ou moins abondante sur la surface des cocons réservés pour la reproduction doit être soigneusenent enlevée, parce qu’elle pourrait gêner les papillons lors de leur sortie, et parce que, tel faible qu’en soit le produit il n’est pas à négliger. Cela étant fait, on place ces cocons dans des tiroirs ou dans des boites, et par lits de l’épaisseur de deux cocons, dans une chambre dont la température ne soil pas moindre de 15 ni plus forte que 18°, si cela est possible, et on attend la sortie des papillons.
Au lieu de choisir pour ainsi dire au hasard les cocons pour graine, ne vaudrait-il pas mieux, dans le courant de l’éducation,
rendre les vers qui auraient toujours fait eurs mues les premiers, qui auraient par conséquent r2ontré plus de vigueur, et les faire filer à part? Il ne serait pas difficile d’essayer si ce nouveau moyen ne donnerait pas des produits plus avantageux; peut-être en obtiendrait-on une race de vers améliorés.
Quant à la masse de cocons qui fait le vé-