‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 109 sur 295 · AUX VERS-A-SOIF · texte numérisé non relu

AUX VERS-A-SOIF

ritable produit de l’éducation et qu’on doit conserver pour en retirer la soie, comme cette opération ne peut se faire tout de suite, il faut tuer les chrysalides dans les cocons mêmes, afin que ceux-ci ne soient pas percés par les papillons. La simple exposition des cocons pendant 3 à 4 heures à un soleil trèsardent suffit pour faire périr la chrysalide ; mais ce moyen, à cause de l'incertitude du climat, est souvent insuffisant, ce qui fait qu'on le met rarement en usage. On préfère ordinairement employer la chaleur des fours que l’on applique assez souvent sans règle bien précise. Les cocons, placés dans de grandes corbeilles,sont mis dans le four après qu'on en a retiré le pain, et on les y laisse plus ou moins long-temps suivant le degré de chaleur, ce dont les ouvriers qui en ont l'habitude peuvent seuls être juges. Comme il n’est pas rare que cette chaleur étant appliquée trop forte cause des accidens qui nuisent à la qualité de la soie et à son produit, on a proposé plusieursautres méthodes:

l'emploi des substances volatiles, comme le camphre ; celui des gaz non respirables et délétères, comme l'acide carbonique, le gaz acide sulfureux ; mais jusqu’à présent les divers essais faits en ce genre n’ont pas encore présenté des résultats assez positifs. M. Fox- TANA à aussi proposé d’élouffer les chrysalides par la vapeur de l’eau bouillante, ou en les plongeant dans l’eau bouillante ellemême; mais, quelques précautions qu’on prenne pour les faire sécher ensuite sur des claies bien aérées, et quelque favorable que soit la saison, le ramollissement du tissu des cocons et l'humidité qui les pénètre font promptement tomber la chrysalide en putréfaction, et sont d’ailleurs très-nuisibles à la qualité et à la beauté des cocons, qui par suite sont souvent tachés; de sorte que l’application d'une chaleur sèche a été en définitive reconnue le meilleur moyen pour faire périr les chrysalides. Pour obvier à l’inconvénient des fours, ce qu’on a imaginé de mieux est un étouffoir qui consiste en une espèce d’armoire divisée en étages formées de caisses plates de cuivre ou de fer-blanc, dans lesquelles on introduit les cocons. La vapeur qui sort d’une chaudière enveloppe chacune de ces caisses qui sont hermétiquement fermées, et les cocons n’éprouvent aucune altération, ni dans leur couleur, ni dans leur tissu. On dit que la chaleur doit être élevée à 75° dans cet appareil; mais nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de porter la chaleur si haut, car, dans un essai que nous avons fait en exposant dans une petive étuve, seulement à une chaleur de 50 degrés, quelques centaines de cocons, il n’a fallu qu'une heure pour en faire périr toutes les chrysalides. Une étuve dans laquelle il est toujours assez facile de graduer la chaleur à volonté, pourrait donc aussiêtre employée pour étouffer les chrysalides dans les cocons. En opérant plus en grand, il serait peut-être nécessaire d’en élever la chaleur à 60 degrés au lieu de 50 qui nous ont suffi pour un petit nombre de cocons. Dans une assez petite étuve, comme celle dont on a donné les dimensions plus haut,on pourrait facilement étouffer 2 ou 3 mille livres de cocons,

L'éducateur de ver-à-soie qui ne tire pas lui-même la soie des cocons qu’il a produits, doit les vendre le plus tôt possible, car chaque jour qu'il les garde après avoir fait périr les chrysalides, ses cocons diminuent de poids, et celte diminution est assez rapide pour que le 3° jour seulement il y ait déjà environ 1/20° en moins, le 12° jour 1/8°. Un mois après la perte est énorme, elle est de près d’un tiers; plus tard encore elle serait de moitié, et enfin des deux tiers.

$ IX. — Septième âge: Naissance des papilions, accouplement et fécondation , ponte, conservation de la graine.

Les papillons sortent des cocons qui ont été conservés pour graine, 18 à 20 jours après que les vers ont commencé à filer, si le lieu dans lequel ils sont est à 16 ou 18°; mais, si la température est plus élevée, il ne leur faut que 15 à 16 jours ; àun moindre degré de chaieur, au contraire, ils ne subiront celte dernière métamorphose qu’en 22 à 24 jours, et même plus. C’est le plus souvent depuis 5 à 6 heures du matin jusqu’à midi que les papillons viennent au jour, rarement sortent-ils dans la soirée et presque jamais pendant la nuit, quoique ces insectes appartiennent à la classe des papillons nocturnes. Dans l’intérieur du cocon même, l'insecte parfait déchire la peau mince dans laquelle il est enveloppé. et débarrassé pour ainsi dire de ses langes, il perce un des bouts de son cocon qu’il a préalablement amolli en l’humectant d’une liqueur particulière, ordinairement jaunâtre, qu'il dégorge par la bouche, et il sort après avoir pratiqué un trou en heurtant fortement avec sa tête jusqu'a ce que le tissu cède à ses efforts réitérés. Nous avons dit qu’il fallait disposer les cocons horizontalement et par lits de deux d’épaisseur, parce que lorsque le papillon est parvenu à porter sa têle etses pattes antérieures en dehors de son cocon, il est facilité pour en sortir tout-à-fait, en s’accrochant par ces mêmes pattes aux autres cocons qui se trouventdevant lui. Aussitôt après que les papillons sont entièrement sortis, ils évacuent par l'anus, avec une sorte d’éjaculalion, un autre liquide à peu près semblable au premier, et qui n’en est probablement que le superflu.

Dès-lors, si on laisse aux mâles la liberté, ils cherchent les femelles pour s’accoupler avec elles. L’accouplement complet s’'annonce par des tremblemens du mâle uni à la femelle (fg. 141). Alors on peut prendre avec précaution l’un des deux par les ailes, et les placer réunis dans des tiroirs ou des boîtes garnis dans leur fond de morceaux de linge ou d’étoffe. Lorsqu'on a rempli une de ces boites ou un de ces tiroirs de mâles et de femelles accouplés ensemble, on en met de même dans un second , dans un 3°, et ainsi de suite jusqu’à ce que tous les papillons soient successivement nés et accouplés. La copulation durerait naturellement 20 à 24 heures, et nous l'avons même vue se prolonger jusqu’à 2 et 3 Jours entiers ; mais, comme on a observé que l’accouplement prolongé, loin d’être

Fig. 141.

avantageux, nuit au contraire à la ponte, parce que la femelle épuisée périt souvent avant d’avoir répandu tous ses œufs, on est dans l’usage d’abréger l’aceouplement, et on sépare ordinairement le mâle de la femelle au bout de 8 à 10 heures; on peut même ne les laisser que 6 heures ensemble, et par ce moyen un mâle pourra facilement suffire à 2 et 3 femelles dans la même Journée. Nous avons fait l’expérience de plusieurs papillons qui ont fécondé successivement jusqu’à 10 et 12 femelles; lun d’eux même en a fécondé jusqu’à 17, et la graine, fécondée par le dix -septième accouplement, s’est trouvée être aussi bonne que ceïle provenant du 1‘.

— Quand les accouplemens durent naturellement trop long-temps, on désunit, comme nous l'avons dit, les conjoints au bout de 6 à 8 heures, et, pour les séparer on les saisit, l’un de la main droite, l’autre de la gauche, par les ailes, en les tirant doucement en sens inverse. Beaucoup de couples se désunissent assez facilement par ce moyen; mais il en est queiques-uns qu'il faut laisser à euxmêmes parce qu’ils sont trop intimement unis, et qu'on pourrait les blesser en les üraillant trop violemment.

Aussitôt que les femelles sont séparées des mâles, on place les 1"* dans des térorrs séparés garnis de linge ou d’étoffe, afin qu’elles y fassent la ponte de leurs œufs, et si, lorsqu’on a opéré la séparation, il reste beaucoup de cocons qui n’alent pas encore produit leurs papillons, on met les mâles en réserve pour les employer au besoin.

Chaque femelle pond environ 500 œufs (fig. 142) dont elle fait ordinairement la plus grande partie dans les premières 36 heures, quelquefois même en beaucoup moins de temps. t Les papillons, ne prenantaucune nourriture, ne tardent pas à s’épuiser ; ils meurent pour la plupart du 10*au 12° jour; mais, le plus souvent, dès que les mâles ont fécondé }es femelles, et dès que celles-ci ont fait leur ponte. on les jette aux poules qui les mangent avec avidité. Au moment où les œufs sortent du corps de la femelle, ils sont presque blancs ; quelques heures après ils deviennent d’un

Fig. 142.

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jaune pâle. Du second au 3° jour le jaune prend une teinte un peu plus foncée; le 4°, cette couleur passe au gris roussâtre et on commence à apercevoir une petite dépression dans le centre de l’œuf dont la forme générale est lenticulaire. Le 7° jour les œufs sont d’un gris roussâtre plus foncé, et on s’aperçoit, en les regardant à la loupe, qu'ils sont tous tachetés de petits points d’un gris encore plus foncé; la dépression qui est dans leur centre est plus forte et paraît former une légère cavité ou fossette. Les jours suivans les œufs ne changent plus. Dès-lors les morceaux de linge ou d’étoffe, sur lesquels les œufs ont été pondus, peuvent être pliés et serrés pour être conservés jusqu’à l’année suivante et jusqu’au moment où il sera nécessaire de les détacher pour en préparer l’éclosion. La seule précaution qu'il y ait à prendre pour leur conservation, c'est de les enfermer dans des tiroirs ou dans une armoire où ils soient à l’abri des souris, et de les placer dans la pièce la plus froide de la maison.

On avait cru jusqu'à ces derniers temps w’il fallait préserver les œufs des vers-à-soie e la gelée; mais ils peuvent supporter des froids très-violens sans être altérés en aucune manière. Dans l’hiver de 1829 à 1830, qui a élé si rigoureux, nous avons laissé pendant plusieurs jours de suite des œufs exposés à un froid de 10°, et cela ne les à pes empéchés d'éclore à la fin du mois d'avril suivant, absolument de la même manière que ceux qui avaient été préservés de la gélée. Pendant le même hiver, M. PoumarÈpr, de la Rogne, département du Tarn, a laissé encore plus longtemps des œufs sur une fenêtre au nord, le thermomètre marquant de 10 à 18° au-dessous de 0. Cependant ces œufs ont éclos au printemps suivant, de même que ceux qui avaient été hivernés; seulement leur éclosion n’eutlieu qu’1 ou ? jours plus tard. Il résulte de ces 2 observations que la graine de vers-à-soie n’a as besoin d’être hivernée; mais pendant l'été, il est indispensable de la préserver des grandes chaleurs ; car on nous a rapporté qu’en 1825. de la graine ayant été placée dans une mansarde exposée au midi, et où la chaleur fut pendant plusieurs Jours de suite de 28 ou 30° et peut-être plus, une bonne partie de cette graine produisit des vers qu’on trouva morts quelque temps après, quand on fut pour examiner dans quel état elle se trouvait.

SOINS À DONNER AUX VERS-A-SOIE

$ X. — Éducations multiples.

Jusqu'à présent on a mal compris les éducations multiples; DanpoLo dit que les tentatives qu'il a faites à ce sujet lui ont prouvé que ce serait le vrai moyen de détruire les müûriers, et, en conséquence. la race des vers-à-soie. Ayant fait de nombreuses expériences, qui Loutes ont été favorables à l’opinion contraire, nous protestons formellement contre ce qu'a dit cet auteur recommandable, quoique plusieurs autres, depuis , aient aussi été de son avis. Nous croyons d’ailleurs être le premier qui ayons trouvé un procédé facile de multiplier les éducations et de le faire avec sûreté el avantage. L'expérience nous a prouvé

u'on pouvait faire chaque année 5 récoltes différentes de cocons; mais les 2 dernières étant plus difficiles et aussi moins productives, nous nous sommes bornés, en dernier lieu, à expliquer comment les 3 premières pouvaient se faire. Obligés d’abréger beaucoup ici ce que nous avons à dire à ce sujet, nous renvoyons les personnes curieuses de plus longs détails, au mémoire intitulé : M4riers et vers-a-sote; Chez madame Huzard.

Paris. 1832.

Pour faire 3 récoltes chaque année, il faut avoir soin de se munir d’une triple provision de graine, dont la 1° n’a besoin d'aucune préparation particulière, étant destinée à éclore à l’époque ordinaire; mais la 2° et la 3° portion doivent être mises, chacune séparément, dans un bocal bien bouché et même luté avec soin, afin que l'humidité n’y puisse

énétrer; aussitôt que la température de a chambre où la graine a passé l'hiver parait devoir s'élever au-dessus de 8 à9 degrés, on place un des bocaux dans une cave, la plus froide qu’on pourra trouver, et le second dans une glacière. La graine du 1°" bocal sera destinée à faire la 2° éducaticn , et les œufs enfermés dans le second serviront à faire la 3°.

La 1° éducation étant commencée comme à l'ordinaire, on retire de la cave les œufs qui doivent servir à faire la seconde, 10 à 12 jours après que les 1°** vers sont éclos, et on ménaue l’éclosion des seconds de manière à ce qu’elle arrive lorsque les 1°" nés feront leur 4° mue. On comprend, sans qu'il soit besoin de le dire, qu'il est facile de: placer la nouvelle graine dans l’étuve qui est restée vide depuis quelques jours. Les vers y écloront et y seront traités ainsi que leurs ainés l’ont été 24 à 25 jours auparavant, el ils les remplaceront dans la chambre moyenne et enfin dans le grand atelier, lorsque celui-ci se trouvera vide après la 1'° récolte, et ils y feront de même leurs cocons, dont le produit formera la 2° récolte.

Quant à la 3°, elle ne présente rien de plus

difficile; elle commence de même lorsque les

vers de la 2° sont au 10° ou 12° jour de leur existence, en sortant d’abord de la glacière le bocal dans lequel la graine est renfermée.

Comme, à cette époque de la saison, la chaleur est souvent assez vive, pour ne pas produire dans la graine une révolution trop subite, c’est de grand matin que nous faisons

quitter la glacière à la possible, nous la plaçons dans une cave où nous la laissons 1 jour ou 2. De là nous la faisons passer dans un des en droits les plus frais de la maison, puis nous l’exposons à la température ambiante, enfin nous la mettons dans l’étuve afin de déterminer son éclosion d’une manière aussi simultanée que possible.

Peut-être plusieurs de ces précautions sontelles inutiles? Le reste va tout seul ; les vers de cette 3° éducation trouveront vides les différentes places de la magnanerie au fur et à mesure que leur accroissement obligera à leur donner plus d’espace. Aussi rien n'est plus facile que de faire, dans la durée de 3 mois, 3 éducations également productives, et, dans un local où l’on ne pourrait élever naturellement que 300,000 vers-à-soie,on pourra en avoir successivement jusqu'à 900,000, ce qui, nécessairement, devra tripler les bénéfices.

Les inconvéniens qu'on a reprochés aux éducations multiples ne sont nullement fondés; ce n’est que parce qu'on s’y était d’abord mal pris pour les faire qu'elles pouvaient présenter beaucoup de difficultés.

Ainsi la méthode proposée par BERTEZEN, li Y a un peu plus de 40 ans, et reproduite dans ces derniers temps par M. MOoRETTI, professeur d'économie rurale à Pavie, avec une race de vers à 3 récoltes, était dans ce cas, et nous en avons fait sentir les difficultés presque insurmontables dans les Annales de la Société d’horticulture , t. VII, p. 165; mais nous croyons que la nôtreen est tout-à-faitexempte, et nous regrettons beaucoup que des circonstances indépendantes de notre volonté nous aient empêché de multiplier nos essais sur ce sujet; mais nous ne pouvons qu'engager les propriétaires qui se trouveront à même de continuer nos expériences, de le faire avec courage. Nous croyons pouvoir leur faire espérer des succès et des profits que nous n’avons fait qu'entrevoir.

Au reste, nous devons dire, avant de terminer, que pour faire plusieurs éducations de vers-à-soie chaque année, il faut commencer par rzultiplier ses plantations de miüriers de-manière à avoir des arbres différens pour chaque éducation, afin que les müriers ne soient dépouillés de leurs feuilles qu'une fois par an, ainsi que cela se pratique ordinairement.

Quant aux moyens de se procurer de Ja feuille jeune et tendre pour les vers qui éclosent au moment où les bourgeons de mûrier ont déjà une certaine longueur et où la plupart de leurs feuilles se trouvent trop dures pour des vers qui viennent d’éclore ou qui sont dans les 3 premiers âges, cela est beaucoup moins difficile qu'on ne pourrait le croire. Pendant ces 3 premiers âges, les vers ne consomment que peu de {feuilles : il ne leur fant, pendant tout ce temps, qu'à peu près la 16° partie de ce qui leur sera nécessaire dans les 2 derniers àges, et ce 16° de nourriture, ou environ 100 liv.

de feuilles pour les vers de chaque once de graine, se trouve facilement dans les sommités des bourgeons développés depuis la feuil- Jaison des arbres; il ne s’agit que de le faire choisir par des femmes où des enfans, en

graine, et, le plus tôt

leur faisant prendre seulement 1es 2 feuilles supérieures pour les vers du 1°" âge, ensuite les 3 dernières pour ceux du second, et enfin les 4 dernières lorsque le 3° âge est arrivé; si ces feuilles se trouvent d’ailleurs un peu grandes, on les fait couper en morceaux plus menus. Parvenus au 4° âge, les vers peuvent manger toute espèce de feuilles. Quant à ce qui reste après en avoir reliré les sommités, et ce reste est toujours le plus considérable ,il est donné aux vers de la 1° éducation, qui sont alors dans le 4° et dans le 5° âge.—Le moyen de nourrir les vers dela 3° éducation est encore plus facile, parce qu'à l’époque où ils naïîtront, les bourgeons de la 2° sève du mürier commenceront à se développer ; on n'aura qu’à les faire cueillir, ils suffiront de reste à la nourriture de cette 3° éducation pendant tout le temps qu’elle pourra durer.—Une considération importante, à laquelle il ne faut pas manquer d’avoir égard, c'est que, comme les arbres qui auront servi en dernier lieu n’auront pas le temps suffisant pour réparer leurs pertes après la cueillette de leurs feuilles, il sera bon de les laisser reposer l’année suivante; par conséquent, pour faire 3 éducations chaque année, il faudra avoir des müriers en assez grande quantité pour que le quart de ces arbres, toujours le dernier dépouillé, puisse se reposer l’année suivante. Avec ces précautions, nous croyons pouvoir garantir le succès de la méthode que nous proposons.

LoisELEUR DESLONGCHAMPS.

Secriron V.— Maladies des vers-à-sotie.

Le ver-à-soie est un animal très-robuste, soil par sa nature, soit par la simplicité de son organisation; mais, réduit à l’état de domesticité, il contracte souvent, malgré l’énergie de sa constitution, diverses maladies, qui paraissent entièrement dues au régime hygiénique défectueux qu'on lui fait suivre, et aux erreurs que l’on commet dans ia manière de le diriger.

Les causes des maladies des vers-à-soie sont nombreuses, mais souvent très-difficiles à déméler; néanmoins, les suivantes paraissent, être celles qui exercent le plus d’influence sur sa santé : — Lorsque le lieu destiné à Ja naissance des papillons, à leur accouplement et à la ponte, est trop chaud, trop froid ou humide, et que l'endroit où l’on conserve les œufs et où on les fait éclore est aussi trop humide, et que l'on garde ceux-ci trop entassés;— Lorsque l'embryon prêt à devenir ver à une température modéree, est exposé toutà-coup à des changemens brusques de température,et que les vers,apres leur naissance, sont soumis subitement à une température plus basse ou plus élevée que celle où ils sont nés ; — Quand l'air de l'atelier est humide et chaud, stagnant, insalubre; que les vers sont entassés sur les claies et ne peuvent ni manger librement, ni respirer un air renouvelé; que les claies exhalent des miasmes dangereux; que la litière non renouvelée s’échauffe, entre en fermentation, dégage en abondance du gaz acide carbonique et des émavations très-insalubres; — Lorsque la

cap. 7°.

feuille du mûrier est de mauvaise qualité, non appropriée à l’âge de l’insecte, qu’elle est rare et donnée en petite quantité, ou que dans une saison pluvieuse on la lui distribue non séchée et encore tout empreinte d’humidité; — enfin, surtout, lorsque, parvenus au 5° âge, la transpiration trachéale et cutanée, les fonctions de la digestion ou de la nutrition sont troublées par une cause fortuite ou par la négligence dans les soins journaliers, ou un écart de régime, etc.

L'organisation, tant anatomique que physiologique, du ver-à-soie à encore été trop peu étudiée pour qu'on puisse, avec quelque certitude, assigner les vérilables causes, le siége, la marche et le traitement des maladies qui l'attaquent pendant sa vie. Ces affeclions, d'ailleurs, paraissent ne pas être les mêmes dans tous les climats, ou au moins ne pas y offrir les mêmes symptômes, et les observateurs ont mis si peu de soin dans l'étude de leur diagnostique, et leur ont même assigné des noms si arbitraires, qui varient avec le pays, qu’il est quelquefois difficile de débrouiller le chaos de toutes celles qui ont élé reconnues jusqu'ici. Nous allons toutefois faire connaitre celles qui se présentent le plus fréquemment, en prenant pour guide les auteurs francais et surtout les écrivains italiens qui ont étudié avec soin les affections pathologiques du ver-à-soie.

1° La muscardine, appelée aussi /a rouge “male del segno, calcinaccio, calcino des Italiens). C’est une affection très-grave qui attaque le ver à tous les âges, souvent après qu'il a formé son cocon, lorsqu'il va se transformer en chrysalide, et mème après cette transformation. Dans les 4 1°" âges, on ne remarque guère que quelques individus isolés qui en sont atteints, mais vers la fin du 5° la maladie attaque parfois un très-grand nombre de vers et fait les plus grands ravages dans les magnaneries.

On a long-temps disputé sur la zature de cette maladie, et on a fait à ce sujet, en Italie, de nombreuses expériences. Il parait à peu près démontré aujourd'hui qu’elle n’est pas épidémique, mais contagieuse, et que la coutagion se propage uniquement par le cadavre; c'est-à-dire que la maladie se transmet d’un individu à un ou plusieurs autres par le contact médiat ou immédiat du cadavre des individus morts de la muscardine. Ce qui rend indispensable la désinfection complète de l’atelier où elle a régné, ainsi que celle de tous les ustensiles, avant d’entreprendre une autre éducation.

Les caractéres de cette maladie sont les suivans :on voit d’abord paraître sur le corps des vers de petites taches pétéchiales, d’un rouge vineux , qui grandissent peu-à-peu, deviennent confluentes, jusqu’à ce que tout le corps soit d'un rouge uniforme plus foncé que celui des taches primitives. Pendant que ces signes se manifestent, les vers perdent leur faculté locomotrice, et s'arrêtent; les tissus de leur corps, perdant leur élasticité et leur mollesse, deviennent résistans sous les doigts jusqu’au moment où l'animal meurt et reste endurci dans la posture oùil se trouvait à cet instant. Quelques heures après la mort, le corps se revêt d'une efflo-

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