‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 128 sur 295 · NOUVELLE RUCHE · texte numérisé non relu

NOUVELLE RUCHE

semblées dans la fig. 176 et il ne nous reste plus qu'à ajouter qu’on place sur les trous semi-Circulaires GGG du socle, qui font com muniquer les boites avec le tiroir et les faux tiroirs, de petits morceaux de fer-blanc, a, percés de trous pour le passage des abeilles, ou pleins b, quand on veut les fermer entièrement, et que c’est aussi avec des feuilles de fer-blanc pleines c, qu’on introduit ou qu’on enlève entre les boites et le pavillon, qu'on intercepte ou rétablit la communication entre les différentes parties.

La construction de cette ruche étant bien comprise, voici la manière nouvelle de gouverner les abeilles. On peuple le pavillon central comme une ruche ordinaire et quand on y place d’abord un essaim toutes les communications avec les autres boîtes doivent être interceptées; on ouvre seulement la feuille de fer-blanc qui établit la communication entre ce pavillon et le tiroir, et on laisse ce tiroir entr'ouvert. Les abeilles se livrent à leurs travaux, rentrent dans le tiroir, de là montent dans la boite comme elles le feraient dans une ruche ordinaire, mais avec cet avantage que les animaux nuisibles ne peuvent y pénétrer aussi aisément que dans les autres ruches. Quand les symptômes de l’essaimage se manifestent, il faut, dit M. Nurr, prévenir la fuite de l’essaim en élargissant le domicile des abeilles, et pour cela on tire la feuille de fer-blanc qui sépare le pavillon de la cloche de verre, et les abeilles, trouvant l’espace nécessaire, n’essaiment pas et demeurent dans cette nouvelle portion de la ruche. Lorsqu’au bout de 15 à 20 jours on reconnait aux mouvements qui ont lieu dans la ruche qu’il va sortir un essaim secondaire, on agrandit encore le domicile en tirant la feuille de fer-blanc qui interceptait la communication entre le pavillon et l’une des boîtes latérales, et le surplus de la population s’installe dans cette dernière au lieu de chercher à essaimer au dehors. Enfin, si les mêmes symptômes apparaissent une 3° fois, on ouvre la communication entre le pavillon et la seconde boîte latérale, et les abeilles s’y établissent de nouveau. Avant d'établir Ja communication il faut frotter l’intérieur des boîtes, surtout dans le voisinage des ouvertures de communication, avec un peu de miel liquide, et comme il devient nécessaire, par suite de l'élargissement du domicile des abeilleset de leur nombre croissant, de leur ouvrir de nouveaux passages, on enlève les feuiHes de fer-blanc qui bouchaient les trous semi-circulaires du socle et on les remplace par les feuilles percées de trous par lesquels les abeilles passent dans les faux tiroirs pour se répandre dans la campagne.

Ce qu'il y a de remarquable, assure M.Nurr, dans ces ruches, c’est que l’essaim peuple d’abord dans le pavillon 46 milieu et continus à peupler même après qu'on a élargi le domicile des abeilles. La cloche, les 2 boîtes latérales servent aux abeilles à apporter la récolte, à l’'emmagasiner, et non pas à déposer des œufs et à élever du couvain. Cette particularité explique comment le miel qu’on obtient est toujours blanc, sans mélange depollen qui, dans les ruches ordinaires , s’échauffe, fermente et colore le miel.

Pour faire la récolte du miel dans cet appareil on enleve la boîte octogone qui recouvre la cloche en verre, on passe entre celle-ci et la planche mobile qui recouvre le pavillon central un fil de métal pour détruire Padhérence qui existe entre ces 2 parties, puis on glisse une feuille de fer-blanc sous la cloche et on l’enlève. On transvase ie produit, on replace la cloche sur le pavillon et on tire la feuille de fer-blanc pour rétablir la communication. Il faut faire attention dans cette opération de ne pas enlever la reine dans la cloche, et s’il en était ainsi, ce qu’on reconnait facilement à l'agitation des abeilles qui viennent se grouper sur cette cloche il faudrait replacer celle-ci et attendre un autre moment favorable et un beau jour pour faire la récolte. Quand on a opéré avec succès on place doucement la cloche à l'ombre, à 12 ou 15 mètres de Ja ruche, en la couvrant d’une étoffe noire et la soulevant un peu pour permettre la sortie des abeilles qui ne tardent pas à l’abandonner et à retourner à la ruchemère.

On en agit de même quand on veut récolter le miel des boîtes latérales; seulement il faut, la nuit qui précède cette récolte, ouvrir en entier les portes F qui ferment les faux tiroirs, pour que les abeilles, frappées par le froid, émigrent dans le pavillon du milieu où la température est plus élevée.

Un des points les plus curieux de la nouveille méthode de M. Nurr est l’emploi de la ventilation et du thermomètre dans le gouvernement des abeilles. Cet habile apiculteur avait remarqué, ainsi que beaucoup d’autres observateurs l'avaient fait avant lui, que les abeilles, surtout dans les temps chauds, agiaient continuellement leurs ailes sans changer de place et avec vivacité pour rafraichir l’intérieur de la ruche et y opérer une douce ventilation. L'abbé DELLA-Rocca, afin de prévenir l’élévation de température qui a lieu quelquefois dans les ruches, soit par suite de la chaleur de l'air intérieur, soit par Faccumulation de la population, avait conseillé de procurer cette ventilation en pratiquant dans la ruche quelques ouvertures pour aérer les abeiïlles, mais 1l ignorait le parti avantageux ques peut retirer d’uneventilation bien entendue et c’est ce que M. Nurr paraît avoir observé avec soin et mis à profit. Afin de régler la température dans l’intérieur de Ja ruche, M. Nurr se sert d’un thermomètre qu'il suspend dans le tuyau de fer-blanc perforé M (fig. 176) ; ce tuyau est placé sur l’ouverture Z pratiquée au sommet des boîtes Jalérales et s'appuie, au moyen de la plaque carrée qui le surmonte, sur la gorge pratiquée sur cette ouverture. Le tout est recouvert du tampon X qui est mobile, de manière qu’en le soulevant on puisse lire le degré marqué par le thermomètre. La règle générale est de ne pas laisser la température intérieure de la ruche tomber au-dessous de 20° C. (16° R.) et monter au-delà de 25 à 300 C. (20 à 24° R.),

ui est celle qui convient le mieux aux abeilles. Dès que cette dernière est dépassée,

il faut ventiler en ouvrant le couvercle X; il s'établit alors un courant d'air qui entre par les faux tiroirs, traverse la ruche et vient sortir par l’ouverture supérieure des boîtes. En hiver, où les abeilles doivent être engour:dies, une température même assez basse ne leur est pas nuisible; il ne faut pas craindre de placer la ruche dans un lieu sec, tranquille et d’une température constamment froide.

Voici maintenant les avantages que procure une ventilation ménagée avec soin, suivant les expériences de M. Nurr.

L'air est renouvelé dans l’intérieur de la ruche et la chaleur y est modérée; les abeilles en sont plus vives et plus actives, et ne sont pas obligées d'employer leur temps à battre des ailes ou forcées de passer en dehors de la ruche, en grappes ou en boules, pendant 20 à 30 jours de la plus belle saison, le temps que, dans le nouveau mode, elles emploient en travaux utiles et productifs pour l’homme.

L’essaimage ayant lieu, suivant la plupart des observateurs, par suite de la haute température qu'une population abondante produit au sein de la ruche, on prévient aussi par la ventilation la fuite des essaims, surtout quand on augmente en même temps létendue de la demeure des abeilles.

En donnant de l’air frais à la ruche par les boîtes latérales, on contraint la reine à demeurer constamment dans le pavillon central, où elle continue à procréer et où se trouve la température la plus favorable a la ponte et à l'éducation des larves. Les autres travaux de la ruche n’exigeant pas une température aussi élevée, les abeilles ne déposent dans la cloche et dans les boîtes latérales que du miel et pas de pollen qui, étant destiné à la nourriture du couvain, est transporté par elles dans la boite du milieu; ce qui donne un produit de meilleure qualité et fort abondant.

M. Nurr qui, dans son ouvrage, a donné un journal assez exact de ses observations sur l'effet de la température et le produit dans les ruches de son invention, fait connaître qu'en 1826 un seul essaim d’abeilles lui a donné en plusieurs récoltes le produit énorme de 296 livres anglaises (134 kilog.) de miel, savoir : le 27 mai, une cloche de 12 livres et une boîte de 42 livres; le 9 juin, uné boîte, 56 livres; le 10 juin, une cloche, 14 livres; le 12 juin, une boîte, 60 livres; le 13, une boîte, 52 livres; et en Juillet une boîte, 60 livres: en tout 296 livres. Mais il n’a pas fait connaître quelle était approximativement la population de son rucher, la qualité et l’abondance du nectar qu’on trouve dans le canton où il était placé, élémens qui auraient permis d'établir avec plus d’exactitude le surcroil de produit uniquement dû à sa ruche et à sa méthode de gouvernement des abeilles, ainsi que les avantages qu'elles présentent l’une et l’autre sur celles déjà en usage. Dans tous les cas cette méthode mérite qu'on l’essaie en France, en faisant usage du même appareil, afin de confirmer ou d'apprécier avec certitude les succès qu’elle a présentés entre les mains de l'inventeur. F. M.

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