MISE EN BOUTEILLES
forme varie suivant les pays : en Angleterre, le cou est court, écrasé et le corps cylindrique dans toutes ses parties; en France, la forme est arbitraire, chaque vignoble renommé a pour ainsi dire la sienne; ainsi les bouteilles de Bordeaux diffèrent de celles de la Bourgogne et de la Champagne. Quant à la contenance elle n’est pas moins variable, ce qui favorise la fraude. Les bouteilles marchandes doivent contenir trois demi-setiers ou 0,75 de litre; la plupart de celles de nos débitans à la bouteille ne renferment que 6 à 6 1/2 décilitres, c’estun litre de gagné sur 10 bouteiiles. La couleur du verre n'influe en rien sur la bouteille, pourvu que la vitrification soit parfaite, la masse homogène, sans bulles, stries ou cordes. L’embouchure de ce vase doit être plus large à l’extrémité de une à deux lignes de plus qu’au-dessous de l'anneau ou le bouchon doit pénétrer; son ouverture bien ménagée est ronde sans saillie; son cou a 4 po. de longueur au plus; le ventre doit avoir une courbure régulière et conserver une forme cylindrique ou conique pour faciliterle rangement; le verre doit être à cet endroit d’une épaisseur égale; le cul bombé en dedans d'une épaisseur moyenne, ne doit pas former, comme cela n’est que trop commun, un eône rentrant qui occupe la moitié de la hauteur et constitue une véritable fraude. Il faut refuser les bouteilles dont le verre contient trop de fondans ou substances alcalines ; ce que l’on reconnaît en les essayant avec une eau acidulée par l'acide nitrique ousulfurique qui dissout les matières non combinées.
On commence à donner une attention plus sérieuse au choix et à la fabrication des bouteilles, et la Société d’encouragement a proposé un prix à ce sujet; il faut espérer que ce concours provoquera des essais qui amèneront de bons résultats. MM. DARCHE, propriétaires de la verrerie d'Haumont près Maubeuge, et BLum frères, d’Épinal près Autun, ont déjà offert des bouteilles bien confectionnées et qui ont soutenu une pression de 21 à 24 atmosphères à la presse de M. COLLARDEAU; et si, comme M. HaAcneTTE l’a constaté par expérience, une bouteille pleine de vin mousseux confectionné n’a pas éprouvé dans le moment de sa plus grande fermentation une pression qui surpasse 4 atmosphères, on doit penser que la condition de soutenirune haute pression continue n’est pas la seule qui puisse offrir une garantie assurée contre lacasse dans la fabrication des vins mousseux. La qualité du verre, la situation des bouteilles droites ou couchées, l'épaisseur des parties, les variations de températures, sont autant de causes dont on doit se rendre compte, si l’on veut chercher le moyen de remédier à cette perte qui augmente le prix du vin.
Nous devons à M. CocLarDeaAU l'invention d’une machine destinée à l’essai des bouteilles dont on veut constater la force de résistance. Cette pompe ou casse-bouteille est com-
osée d’une grifte à l’aide de laquelle une
outeille, préalablement remplie d’eau, est pincée par son goulot. Une presse hydraulique, dont la communication avec la bouteille est établie par la pression d’une vis sur un obturateur, permet d'en éprouver immédiatement la résistance. Cet ingénieux appareil
d'un savant physicien est désormais indispensable à ceux quise livrent à la fabrication des vins mousseux et aux recherches expérimentales quitendent à perfectionner ce genre d'industrie (1).
Que les bouteilles soient neuves ou non, le premier soin est de les laver. Cette précaution est indispensable surtout pour celles qui sont fabriquées et recuites dans les fourneaux où l’on chauffe avec la houille, dont la poussière s'attache à la surface; pour peu qu’il s’en introduise dans l’intérieur ou qu'il en reste, elle détériorerait le vin. Ce lavage doit avoir lieu jusqu’à ce que l’eau sorte propre etclaire de la bouteille. L'on doit préférer la méthode usitée en Champagne, où cette opération se fait avec de l’eau tirée d’un cuvier monté sur un trépied et muni d’un robinet. On lave d’abord l’extérieur avec une éponge, et ensuite on coule de l’eau dans l’intérieur et on rince à la chaîne en fil de fer préparée à cet effet et dont les bouts de chaque chainon sont armés de pointes qui détachent par le frottement les matières étrangères attachées à la surface intérieure; on place ensuite les bouteilles, le goulot renversé, sur des planches trouées, afin de les faire égoutter. On peut y passer du vin ou de l’eau-de-vie.
Si l’on tient à tirer le vin hors du contact de l'air, on se sert de la cannelle aérifère de M. JuzLren. Les bouteilles une fois remplies, il ne s’agit plus que de les boucher.
Les bouchons dont on se sert se font avec du liége. Il n’y a pas d'économie à se servir de mauvais bouchons qui peuvent occasionner la perte du vin. Un bon bouchon ne doit point avoir de noir; il doit être rond, taillé net et sain; un bouchon mou ne vaut rien; il en est de même d’un liége dur et poreux; on rejetera celui qui est aussi gros par un bout que par un autre. Le bouchon bien fait a 18 Hg. de hauteur sur 9 à 10 lig. de diamètre ; la partie inférieure est plus étroite de 2 lig. que la partie supérieure. Lorsqu'on bouche la bouteille le bas du bouchon doit entrer avec quelque peine dans son ouverture ; c’est à la palette à faire entrer le reste. Avant de placer le bouchon il convient de le mouiller avec du vin ou de l’eau-de-vie faible. Ceux qui lesimbibent d’eau ont tort, parce que ce liquide donne naissance à des fleurs on chènes qui surnagent sur la liqueur et sont désagréables à la vue sans nuire cependant à la qualité du vin. On conserve les bouchons dans un endroit sec et non à la cave.
On a proposé plusieurs machines pour boucher les bouteilles et prévenir les accidens qui n'arrivent que trop souvent quand on se sert d’une batte en bois pour faire entrer le bouchon dans la bouteille qu’on tient à la main; nous décrirons de préférence celle qu’on doit à M. Zerra, de Varèze en Lombardie, parce qu’elle nous semble la plus simple et la plus commode. Cette machine est composée d’un bâtis quadrangulaire en bois( fig. 235 )dans la traverse supérieure À duquel est logé un pignon B qui fait mouvoir la crémaillère C, dont
Fig. 235.
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l'extrémité inférieure porte un cône solideen bois D. Cette crémaillère en descendant fait pénétrer ce cône dans un cylindre court; copique et creux E, placé dans une ouverture de la traverse F, qui sert de point d'appui. On a plusieurs cônes de rechange, de divers diamètres, qu'on substitue les uns aux autres suivant le diamètre du col des bouteilles à boucher et la grosseur du bouchon. G est un cercle de bois mobile sur 2 broches de fer qui traversent le plan H, lequel se fixe avec une tige de fer à la hauteur voulue dans le montant I percé de trous à cet effet et dont on règle ensuite l’inclinaison par le secours du coin Len bois qui entre à frottement dans une rainure pratiquée dans l’autre montantM, et de manière que le col de la bouteille vienne toucher l’exirémité inférieure du cône creux E, et que son ouveriure se trouve au-dessous de celle de ce cône. Pour se servir de la machine on introduit les bouchons, frottés très légèrement d'huile d'olive superfine, dans le cylindre creux E ; on amène le col de la bouteille sous ce cylindre; on tourne le pignon au moyen de la manivelle dont son arbre est muni; la crémailière s’abaisse et lecône solide qui la termine enfonce de force le bouchon sans endommager la bouteille et sans risquer de briser celle-ci, parce que le cylindre creux
ui porte sur la traverse reçoit tout l'effort à la pression à laquelle il résiste mieux que le verre. Cette machine fonctionne avec célérité et exactitude, et la bouteille étaut bouchée, on n’a plus qu’à la goudronner ou à la coiffer d’une capsule métallique comme nous allons l'expliquer.
Pour empêcher toute communication entre le vin et l’uir extérieur, on obvie à la perméabilité du liége et on préserve le bouchon de toute humidité en le couvrant d’un mastic ou goudron, composé de poix-résine, de poix de Bourgogne, de térébenthine et de cire; on y ajoute quelquefois du suif. Le tout est coloré
(4) Le prix de la pompe avec la griffe et autres accessoires, tels que manomètre, etc., est de 300 et 400 fr. On trouve aussi chez M. CoLLARDEAU, rue du Faubourg-Saint-Martin, n° 50, un alambic d'essai en fer-blanc ouen cuivre, ainsi que les alcoomètres, aréomètres, mustimètres, tartrimètres, etc. , établis avec le plus grand
soin,
cHAP. 9e,
r du noir d'os, du vert-de-gris, de l’ocre,
u minium, du vermillon, etc. Le goudron bien fait ne doit être ni trop mou, ni trop cassant; on l’applique à une chaleur modérée; trop chaud il se boursouffle et enduit mal , trop froid il n’adhère pas; ce qui arrive aussi lorsque la bouteille est humide. On peut adopter la formule suivante: Poix-résine, 1 kilog. (2 liv.); térébenthine et cire jaune, de chaque 100 gram. (3 onces); ocre rouge ou ciment fin, suffisante quantité pour donner de la couleur et de la consistance. On fond la résine dans un vase de terre à un feu doux; on la chauffe jusqu’à ce que l’eau soit évaporée; on ajoute ensuite la cire, puis la térébenthine, et enfin la matière colorante bien desséchée; on tient ce mastic en fusion tranquille au baiu-marie, et on trempe dedans le cou des bouteilles jusqu’au-dessous de la bague ou de l'anneau.
M. Durré vient de proposer un nouveau moyen très simple pour remplacer le fil de fer, la ficelle et le goudron employés jusqu'à ce jour pour le bouchage des bouteilles de vins mousseux, vins fins, français et étrangers, ainsi que les eaux gazeuses. Il emploie à cet effet des capsules métalliques très ductiles, et cependant assez résistantes, qui enveloppent le bouchon et s'appliquent exactement sur le verre; elles sont étranglées audessous de la bague. Cette nouvelle méthode de boucher s'exécute au moyen d’une machine très simple et expéditive.Ellese compose (fig 236) d’un chässis en bois monté sur 2 pieds.
Fig. 236. Le bouchon, recouvert de la capsule, est enfoncé dans le cou de la bouteille placée sur une planche par la pression d’une vis A.
Une corde passée préalablement autour du cou et que l’on tend au moyen de la pédale B, forme un
# / premier étranglement de la capsule; on l’achève en saisissant avec la main la bouteille après avoir desserré la vis de pression sans lâcher la corde. Lorsqu'on veut déboucher la bouteille, on