‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 194 sur 295 · FILAGE DES MATIÈRES TEXTILES · texte numérisé non relu

FILAGE DES MATIÈRES TEXTILES

grande quantité; ou bien on tire sur un brin par son bout inférieur, tandis que le bout supérieur est amené par les filamens précédens ; alors ce brin vient en double, et encore ces filamens se prennent avec ceux qué les brins de lin ont souvent au milieu de leur longueur, et celui qui est pris ainsi vientaussi en double. Tous ces obstacles, qui rendent la filature du lin si difficile etsi lente, sont évités par l’emploi des peignes ci-dessus et par ce fouvearr mode de filage.

Pour les fils destinés aux batistes, dentelles et linons, la filasse est disposée dans la poupée de manière à prendre les filamens par leurs pointes; mais pour les toiles, on double Le Lin des 2/3 au tiers, et on le place ainsi dans les peignes et brosses, de manière à ce que le pli ne dépasse celles-ci que d’un pouce au plus.

Le fil obtenu par ce moyen a toute la force nécessaire pour faire la chaîne des toiles.

On connait l'effet produit sur le fil de lin par l'humidité que lui procurent les doigts de la fileuse imprégnés de salive, et qu’elle porte continuellement à sa bouche. M. Legec a observé que cette pratique, en facilitant le filage , donne un fl plus uni et plus régulier, mais qu’elle épuise les fileuses an point de les forcer souvent à renoncer à leur travail. L'eau froide et une eau légèrement gommée ne pourraient y suppléer, parce que c’est principalement lachaleuret la viscosité dela salive qui entretiennent dans le lin la souplesse et la

exibilité auxquelles le fil doit sa bonne qualité. Pour remplacer cette méthode par un moyen simple, il fait passer dans la filasse montée sur sa poupée un courant de vapeur d’eau bouillante, et il a reconnu que la vapeur, en se condensant sur le lin, produit le même effet que la salive, amollit lagomme contenue dans le lin, fait entrer dans le fil une grande quantité de filamens plus pressés et mieux tordus , et évite ainsi Lincontédient de faire des toiles creuses. L'appareil est simple; il se compose (fig. 344) d’un support a fixé par 2 vis au socle À du rouet, et muni d’un crochet auquel on suspend un petitréchaud b en tôle, percé de trous à sa partie supérieure, et renfermant une petite lampe qui sert à chauffer une bouilloire posée sur 3 pattes ; un tuyau en cuivre, soudé au couvercle de la bouilloire, dirige sur la filasse la vapeur qui sort par son extrémité; ce tuyau repose sur un anneau à vis g. Un orifice fermé par un bouchon sert pour verser l’eau dans la bouilloire sans ôter le couvercle.

SecrioN VIIL.—Dévidage, ourdissage, encollage, tissage des fils de lin et de chanvre.

Lorsque le fuseau de la fileuse ou la bobine du rouet sont suffisamment chargés de fil, on en opère le dévidage. Cette opération se fait ordinairement au moyen d’un asple ou dévidoir, machine bien connue de tout le monde, et qui se compose d’une roue à plusieurs ailes ou lames, traversée à son centre par un axe à manivelle appuyé sur 2 montans ou des traverses. On attire le fil de la bobine sur l’une des ailes de la roue, et le mouvement continu de la manivelle enroule le fil et en fait un écheveau. Lorsque l’écheveau est de la grosseur ou de la longueur voulue, on l’arrête en

cassant le fil qu'on fait tourner plusieurs fois autour de cet écheveau et en liant les bouts

ar des nœuds pour former ce qu’on appelle Ë centaine.

Dans les grands établissemens, on a des dévidoirs à compte, mis en mouvement par le moteur général] de l’usine, qui dévident un grand nombre de fils à la fois. Le contour de l'asple est précisément égal à 1 mètre, et un compter adapté à la machine avertit par une sonnette ou un coup de masse du moment où on a fait faire 100 tours à l’asple, c’est-à-dire où l’on a dévidé un fil de 100 mètres de longueur ; c’est ce qu’on nomme une échevette.

Un écheveau est composé de 10 échevettes de 100 mètres, et contient par conséquent un fil de 1000 mètres de longueur. C’est le nombre des écheveaux qu'il faut pour peser un 1/2 kil, ou 500 grammes, qui détermine le numéro ou degré de finesse de ce fil. Ainsi, quand on dit qu'un fil est du numéro 24, celasignifie qu'il faut 24 écheveaux de ce fil ou une longueur de 24,000 mèt. pour peser un1/2 kil. Il en est de même pour les fils des n°‘ 30, 36, 40, etc., qui sont formés de fils dont il faut 30 , 36 ou 40,000 mètres, ou 30,36 où 40 écheveaux pour former un 1/2 kilog. Ainsi un fil est d'autant plus fin ou a un plus haut titre qu'il est d’un numéro plus élevé, puisqu'il en faut une longueur plus considérable pour peser un même poids. On voit de même que le poids d’un écheveau détermine le titre du fil, et qu'un écheveau qui pèserait 12 1/2 gram. serait composé de fil du numéro 40, puisqu'il en faudrait ce nombre pour peser 500 gram. On a dans l’usage ordinaire de petites balances fort justes, qui servent à peser les écheveaux et à déterminer ainsi le titre du fil.

Les fils dévidés qu’on destine à la fabrication des toiles sont envoyés au blanchiment ou livrés au tisserand; mais en cet état ils n’ont pas toujours la force nécessaire pour former la trame des tissus, et dans ce cas on les soumet à un retordage léger dans le sens où ils ont été filés ou bien à un doublage et retordage. Quant aux fils à coudre, destinés à être passés a plusieurs reprises à travers des tissus serrés où ils s’écorcheraient et casseraient à chaque instant, on augmente constamment leur force par l’une et l’autre de ces opérations.

Le doublage a pour but de réunir 2 fils en un seul, et le retordage d’enrouler ces fils lun sur l’autre en les tordant dans le sens opposé à celui du 1+ tors donné par la filature. Ces opérations se font à la main dans les campagnes et dans les ménages où l’on fabrique des fils à coudre de lin où de chanvre. Dans les établissemens industriels on se sert pour ces objets de retordoirs ou moulins à retordre, qui accélèrent l'opération, mais qui ne doivent pas nous occuper ici.

Le doublage des fils à la main est fort simple et n’exige pas d'explication. Quant au retordage, il se fait sur le fuseau on sur le rouet: Le 1e moyen ne diffère guère de la filature, et le fil, après avoir été doublé, est tordu, lissé avec de l’eau ou de la salive, et renvidé comme à l'ordinaire. Quant au second, rien n’est plus facile; il suffit d’attacher à la bobine du rouet le bout des 2 fils qu'on tient dans la main droite, et de faire tourner la manivelle. La vitesse relative de l’ailette ou de la broche et

ARTS AGRICOLES : PRÉPARATION DES PLANTES TEXTILES

Liv. IV.

de la bobine donne le degré de tors nécessaire, On peut le faire varier en changeant la grandeur relative des poulies à gorge de la broche et de la bobine.

Nous avons expliqué ci-dessus comment on détermine dans le commerce le titre des fils destinés à la fabrication des tissus; ceux à coudre de diverses qualités ne sont guère connus que par des noms particuliers ou celui des pays qui les fabriquent; nous croyons à cet égard superflu d'entrer ici dans des détails qui nous mèneraient trop loin.

Les fils travaillés au fuseau, au rouet ou par machines, doublés, retordus et blanchis, si cela est nécessaire, sont maintenant propres à la fabrication des dentelles, des tissus ou des toiles. Bornons-nous simplement ici au tissage de ces dernières. Ce tissage se fait dans À grands établissemens qui mettent en mouvement un grand nombre de métiers mécaniques au moyen de la force de la vapeur ou d’une chute d’eau, comme dans la belle fabrique de toiles que M. TEerNaux avait établie à Boubers, département du Pas-de-Calais, ou bien il est exécuté à la main par un tisserand, sur un métier dont nous parlerons ci-après.

Quel que soit le mode de tissage adopté, le fil en écheveaux qui formera la chaîne, doit être bobiné, c’est-a-dire dévidé et transporté, à l’aide d’un bobinoir, sur des bobines, afin d’être ensuite ourdi. L’ourdissage a pour but de disposer les fils qu’on destine à former la chaine des toiles, de manière que ces fils puissent être montés facilement sur le métier de tisserand et être passés avec facilité dans les lisses et dans le peigne. Cette opération se fait au moyen d’un instrument qu’on nomme ourdissoir. La chaine étant ourdie est pliée et livrée à l’encolleur, qui l'enduit d’un parement ou espèce de colle, qui a pour but d’abattre le duvet des fils et de les rendre lisses, afin que la navette glisse facilement, que les fils se cassent moins en froitant dans les dents du peigne, enfin pour leur donner une élasticité suffisante pour résister à la tension qu'ils éprouvent et assez de souplesse pour se prêter à un tissage régulier; c’est ce qu'on nomme parer la chaîne.

Dans les pays où l’on fabrique spécialement les toiles fines, les tisserands placent généralement leurs métiers dans des lieux souterrains, où l'air toujours humide conserve plus long-temps au parement dont leur chaîne est enduite une moiteur qui donne aux fils cette souplesse et cette élasticité qui les fait céder sans se casser à la tension qu’ils éprouvent pendant le travail, et donne en même temps au tissage plus de régularité. Ce séjour prolongé dans des lieux bas et humides porte une atteinte notable à la santé des ouvriers, et on a dù chercher les moyens qui leur permissent de travailler dans des lieux plus salubres, tout en conservant à la trame de leur ouvrage les conditions favorables à une bonne fabrication. On a tour à tour préconisé pour cet objet divers ingrédiens ;.mais celui qui paraît donner les résultats les plus avantageux est le parement au lichen d'Islande, dont on doit la découverte à M. Morin de Rouen.

Voici la recette donnée par l’auteur. On fait bouillir pendant une demi-heure 4 kilog. de lichen d'Islande dans 24 lit. d’eau ; on passe

cuaP. 10°.

avec expression à travers une toile très serrée. Par le refroidissement la liqueur prend up aspect gélatineux; d'autre part on délaie dans 3 lit. d’eau 1 liv. de farine de froment ou de riz qu’on fait chauffer en remuant continue!!ement. On mêle celle-ci avec la liqueur de lichen pour obtenir un mélange homogène.

C’est en ajoutant à ce parement fondamental du parement fait avec de la farine seule, qu'on modifie ses propriétés hygrométriques suivant que l'atmosphère est plus où moins humide.

Ce parement a une teinte grisâtre qui empèêche quelques ouvriers de s’en servir surtout pour certains tissus d’un blanc pur ou qui doivent être teints en couleurs tendres et délicates. L’inventeur à cherché à lui enlever cette teinte grise en faisant macérer le lichen pendant 36 heures dans l’eau, et en ayant soin de le malaxer de temps à autre avant de le faire bouillir dans une nouvelle quantité d’eau. Ce moyen ne remédie pas entièrement à cet inconvénient, et M. TROMMSDORFF en a proposé un autre qui donne un résultat plus satisfaisant. A une livre de lichen d'Islande on ajoute une once de bonne potasse, et on met le tout dans un pot de grès, en versant dessus suffisamment d’eau froide pour en faire une sorte de magma qu'on pétrit de temps en temps au moyen d’un pilon de bois et qu’on laisse pendant l'intervalle dans un lieu tranquille et frais. Au bout de 24 ou 30 keures on jette le tout sur un tamis; il s’en écoule un liquide brun et amer; alors on pétrit le lichen dans le tamis sous un filet d’eau froide jusqu’à ce qu'il devienne incolore et que le

Fig. 348.

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