‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 210 sur 295 · DE L'EXTRACTION DES HUILES DE GRAINES · texte numérisé non relu

DE L'EXTRACTION DES HUILES DE GRAINES

par le repos, s’éclaircissent et laissent déposer des quantités considérables de fèces en combinaison avec beaucoup d'huile. Lorsqu'on enlève ces huiles pour les livrer à la consommation, ces fèces sont achetées à bas prix par les épurateurs, qui en extraient une huile propre aux savonneries, qu'ils épurent par l'acide sulfurique, comme nous l’indiquerons dans la sestion des huiles de graines.

Les expéditions d'huile d’olive pour l’intérieur de la France et les autres pays du continent se font dans des futailles de diverses contenances, bien conditionnées et recouvertes sur chaque fond d’une forte couche de plâtre.

L'huile d’Aix se vend au quintal et non à la mesure; les barils en sont tarés avec soin avant le remplissage. A Marseiile, l'huile se vend à la jauge, qui est une verge de fer graduée qui sert à mesurer la capacité des tonneaux.

Les huiles de Provence destinées pour le Levant et les colonies s’expédient en bouteilles de différentes capacités, renfermées en certain nombre dans des paniers ou des caisses de formes variées,

SEcTioN III. — De l'extraction des huiles de graines.

$ Ier. — Des diverses espèces d'huiles de graines.

On donne particulièrement dans le commerce le nom d'huiles de graines à celles qu'on extrait du pavot et des plantes crucifères, tels que le colza, la navette, la moutarde et la cameline. Nous y joindrons, dans les détails où nous allons entrer, les huiles de chenevis, de lin, de faîne et de noix, qui se fabriquent communément par les mêmes procédés.

Nous avons exposé dans le t. II°, page 1"° et suivantes, les procédés de culture des plantes oléifères, la quantité de graine qu’on peut espérer de récolter sur une surface donnée dans différens départemens de la France, enfin les quantités approximatives d'huile extraites communément d’un hectolitre de graine dans une fabrication courante; il ne nous reste donc plus, avant de décrire les moyens employés pour extraire cette huile, qu’à faire connaître les caractères physiques des graines et les propriétés des huiles qu’elles fournissent.

Les graines oléagineuses ont des formes et des qualités différentes qu’on reconnait à l'inspection des grains, à leur odeur, à leur sécheresse, à leur couleur, à celle de leur chair, etc. On apprécie la quantité du principe oléagineux en écrasant quelques grains entre les ongles et les pouces, et par leur consistance plus ou moins grasse et onctueuse on conclut leur valeur.

Voici un tableau donné par M. DUBRUNFAUT des divers caractères des graines oléagineuses et de leur qualité exprimée en huile :

€ ids |hect. pourune forme de couleur de! ouleur de ARS DE d'huile

lagraine.| la graine.| lachair. |, A EAU 58 à 7015 174 à 41f4.

Graine,

es roude | noire(:} |jaune serin roude (2} » »

ronde et| noire et | peuvolorée petite. dure globuies | jaune et irregul. | dure (3; et petits plate, allongée et lisse ronde et très petile

|Colza d'hiver id. de mars OEillette 54 à 60

Cameline jauve

Lin jaune 65 à 74| 4,6 à 4,76.

foncé

peu colorée

Chanvre voire blanche |40 à 65 7 àg.”

Passons maintenant aux propriétés des huiles.

Huile de colza. Purifiée par les moyens que nous indiquerons plus bas, elle n’a presque pas d'adeur; sa saveur est douce, mais peu agréable; sa couleur jaunâtre; elle se coagule à quelques degrés au-dessous de zéro; sa pesanteur spécifique, suivant M. ScnuBLER, est 0,9136 celle de l’eau étant 1. Elle est principalement employée pour l'éclairage et la fabrication des savons noirs, pour enduire les laines de cardes, dans l’apprèt des cuirs , etc.

Huile de navette. Elle ressemble beaucoup, par son aspect et ses propriétés, à celle de colza; on les confond souvent toutes deux dans le commerce et dans les arts où elles sont employées au même usage. Pesanteur spécifique, 0,9128.

uile demoutarde. Inodore, àsaveur douce et couleur ambrée, donnant facilement un savon très solide. Pesanteur spécifique de l’huile de moutarde blanche, 0,914; de moutarde noire, 0,9170. Elle sert aux mêmes usages que celles de colza et de navette.

Huile de cameline. Jaunâtre, douce et un peu moins estimée dans le commerce que les précédentes ; pesanteur spécifique, 0,9252.

Huile d'œillette ou de pavot. Elle diffère des précédentes en ce qu’elle est siccative; sa saveur est douce et rappelle celle de la noisette, son odeur nulle, sa couleur jaune pâle, qualités qui la rapprochent de l'huile d'olive et la font employer pour la table en remplacement de celle-ci, qu’elle sert quelquefois à falsifier. Elle ne se fige pas et n’a pas de tendance à passer à la rancidité. Pesant. spécif., 0,9243.

Huile de lin. Siccative, couleur jaune clair quand elle est exprimée à froid, et jaune brunâtre quand elle l’est à chiaud ; odeur forte, saveur désagréable; pesanteur spécif., 0,9347. Elle devient facilement rance; on s’en sert surtout pour la préparation des vernis gras, des couleurs à l'huile, de l’encre d’imprimerie, et dans l'éclairage, l'apprêt de certains produits, la médecine, etc.

Huile de chenevis. Siccative, jaune verdàtre à l’état frais et jaunissant avec le temps; odeur fade, saveur assez agréable quand elle a été préparée avec soin. Pesanteur spécifique, 0,9276. Peu employée à l'éclairage parce qu'elle forme vernis sur le bord des lampes, on s’en sert en peinture, dans la fabrication des savons noirs, etc.

(1) Les rouges annoncent une récolte avant maturité,

Huile de faine. On la retire de la semence du hêtre de nos forêts; non siccative, consistante, jaune claire, inodore; quand elle est récente, d’une saveur un peu âcre qu’elle perd en vieillissant ou en la faisant bouillir avec de l'eau; elle est alors assez agréable et sert comme aliment; on en fabrique aussi des savons noirs. Pesanteur spécifique, 0,9225.

Huile de noix. Très siccative, sans odeur; saveur douce, agréable, surtout quand elle a été apprêtée sans le secours de la chaleur.

Fraîche elle est verdâtre, mais avec le temps elle devient jaune pâle. L'huile de rebat est surtout employée par les peintres et dans quelques arts. Pesanteur spécifique, 0,9260.

$ IL. — Des procédés généraux pour l'extraction des huiles de graines.

L’extraction des huiles de graines exige u’on les soumette à une série d'opérations ont la plupart sont du ressort de la mécani-

que. L'établissement dans lequel sont réunies les machines nécessaires à cette extraction se nomme moulin à l'huile, tordoir ou huilerie, Ces machines y sont mises en mouvement par le vent, un cours d’eau ou une machine à vapeur de la force de 6 à 10 chevaux et plus, suivant l’importance de la fabrication.

La graine, ayant été récoltée à l’état de maturité parfaite, est étendue dans des lieux secs et aérés jusqu’à ce qu’on puisse la travailler, ce qui ne doit pas dépasser 2 à 3 mois, un retard plus D R la disposant à la rancidité.

Le 1°" soin, quand on veut en extraire l’huile, est de la trier, c’est-à-dire de la débarrasser par des moyens convenables des débris de siliques ou de têtes, de feuilles et de tiges qui absorberaient en pure perte l'huile exprimée. La graine triée ou reçue telle par le commerce est alors soumise à diverses manipulations.

Les appareils propres à l’extraction des huiles ont subi, depuis un certain nombre d’années, des changemens importans adoptés dans toutes les huileries nouvelles. Avant de passer à leur description et à celle des procédés de fabrication, donnons une idée sommaire des travaux nécessaires aujourd'hui pour extraire l'huile des graines oléagineuses.

Les graines dont on veut exprimer lhuile sont d’abord concassées entre 2 cylindres, puis écrasées ou froissées sous une paire de meules verticales. La farine ou pâte qui résulte de ce froissage est exposée à une certaine température dans un appareil nommé chauffoir, puis enfermée dans sacs de laine qu’on enveloppe dans des étendelles de crin, et soumise à l’action d’une forte presse. Les pains ou tourteaux qu’on obtient après l'expression de l'huile sont rebattus sous les meules, chautfés une 2% fois et soumis à la presse, qui achève &’en exprimer toutes les parties buileuses.

Dans plusieurs départemens de la France et principalement dans ceux du Nord, du Pasde-Calais et de la Somme, il existe un grand nombre de moulins à vent destinés à la fabrication des huiles. La plupart sont de l’espèce

a) Ler graines sont souvent plus petites que celles du colza d'hiver. plus p q

(3) La couleur rouge annonce une mauvaise qualité,

[ECS

cHAP. 18°. DE L’EXTRACTION DES

de ceux qu'on appelle saowlins sur attache; ils ont la forme d’une grande guérite tournant autour d’un axe fixe slia la traverse dans le sens vertical. Ces moulins opèrent la trituration des graines par une batterie de 5 pilons et la pression par une seule presse à coins.

L'expérience a constaté que la moyenne des roduits annuels de ces moulins est de 4,000 rect. d’huile.

Depuis quelques années, M. HALLETTE, ingénieur à Arras, a construit pour cet objet des moulins octogones, qui diffèrent des précédens en ce que l’ensemble de l'édifice est immobile sur le sol et que le toit seulement est susceptible d'un mouvement de rotation horizontal. Il a réuni dans ces moulins, à la batterie de 5 pilons employée dans les autres, un système de meules verticales et deux presses à coins. Les principaux avantages de cette usine, qui emprunte son moteur du vent, sont de coûter peu (6 à 7,000 fr. non compris les machines) et de n’exiger qu’un très petit terrain. Ces moulins donnent 6 à 7,000 hect.

d'huile par an, accroissement dû à ce que les meules présentant proportionnellement moins de résistance que les pilons, on peut souvent faire usage des premières avec un vent qui serait insuffisant pour une bonne fabrication avec les autres, et en outre à ce qu’avec les vents forts, on emploie à la fois les pilons et les meules. Par les vents favorables et lorsque la vitesse des ailes est d'environ 13 révolutions par minute, toutes les machines marchent ensemble, et alors l’effet utile du moteur, est de 10 ou 12 chevaux. Si les hommes qui desservent ce moulin sont habiles, il peuvent fabri-

uer 1 hect. d'huile de graine de colza ou ’œiilette en 2 heures 1/2 et tous le feraient en 3 heures.

Dans quelques endroits on fait aussi usage de moulins à manége.

Les pilons sont des tiges en bois de chéêne, armées à leur partie inférieure d’une masse de fonte tournée, pour triturer les graines renfermées dans les mortiers. Ces tiges sont soulevées alternativement par les cames d’un arbre horizontal tournant, ou bien soutenues à l’état de repos, comme nous l’expliquerons en décrivant la presse à coins. Un bloc, composé ‘de 2 pièces, contient les morüiers ou pots. Dans l’une de ces pièces, la plus épaisse, est creusée toute la partie inférieure de ces mortiers, dont le fond est garni d’une pièce de fonte brute. L'autre pièce forme la partie la plus mince du bloc, et permet d’introduire dans chaque mortier le disque de fonte, et de garnir son pourtour intérieur d’une feuille de tôle, qui en prévient la destruction,

Les appareils nouveaux n’ont pas l’inconvéuient de faire un bruit continuel et incommode, comme les pilons; ils permettent d’établir des huileries sur les cours d’eau ou dans un lieu quelconque, en y mettant en mouvement toutes les machines par le secours de la vapeur, de renoncer, par conséquent, aux moulins qui ne peuvent être éta-

blis “é sur des plateaux élevés, éloignés des grands arbres et des habitations, el souvent

fort mal disposés pour les transports, ainsi qu a la puissance motrice du vent, force tou- ‘ours inconstante et inégale.

JHUILES DE GRAINES.

$ TIT. — Du :oncassage et froissage des graines.

La 1re opération à laquelle on soumet les graines, c’est de les concasser, à l’aide de cylindres ou laminoirs, pour les empêcher de glisser sous les meules. Voici la description d'une machine destinée à cet objet.

La machine se compose de 2 cylindres en fonte, creux et bien tournés, marchant en sens inverse, avec une égale vitesse, et conservant entre eux un espace qui est réglée par des vis de rappel, selon la grosseur de la graine. L'un des ? cylindres recoit le mouvement d’un moteur, à l’aide d’un engrenage ou d’une poulie, et le transmet à l’autre par engrenage. (fig. 391). L’appereil est monté sur un bâtis

Fig. 391.

en bois; M, M sont les 2 cylindres en fonte.

Le cylindre Ma un axe prolongé pour recevoir la poulie qui lui transmet le mouvement ou le recoit d’un pignon H. Les coussinets de ce cylindre sont fixes; ceux de l'autre cylindre sont mobiles, à l’aide de dispositions faciles à concevoir. G est une trémie en bois, destinée à recevoir la graine à écraser; elle est fermée à sa partie inférieure par un petit cylindre cannelé F qui, en tournant plus ou moins vite, livre aux cylindres la quantité de graines qu'on désire. Le mouvement est imprimé à ce cylindre cannelé à l’aide d’une poulie à plusieurs gorges fixée sur son axe, et d'une autre poulie fixée sur l'axe prolongé du cylindre M. Les gorges de diamètres inéaux, creusées sur la 1" poulie, permettent de varier la vitesse du cylindre F. Des archures supérieure et inférieure, la 1r° en bois, la 2e en foute,enveloppent les cylindres; PP'sont 2 râclettes ou décrottoirs, pour séparer les graines écrasées adhérentes aux cylindres; elles sont fixées à l'extrémité de2 leviers coudés, qui ont leur point d'appui sur l’archure inférieure; des contre-poids Q Q, du poids de 8hectogram., rèlent la pression de ces râclettes contre les cy- D Le La longueur de ces cylindres est de 27 centimètres (10 po.), leur diamètre de 13 cen- | timètres (5 po.). Une seule machine de cette

espèce,tournantmême lentement, peut broyer par jour 49 décalitres de graines, et fournit assez de graines concassées pour alimenter 2 paires de meules verticales.

Les graines ayant été écrasées sont portées au moulin à écraser ou froisser, dit moulin

n | LE KN cu

SC nn 77 NN

Fig. 393

est une section verticale, faite suivant un plan parallèle aux meules et passant entre elles.

Les meules verticales À sont montées sur un essieu commun B qui passe dans une entaille allongée a, pratiquée dans l’arbre vertical C, par ie mouvement duquel elles sont entrainées. Elles roulent sur une meule dormante D, posée sur un massif en maçonnerie E, et sur lequel se trouve la graine destinée à être froissée. F, caisse circulaire en bois, évidée dans le fond. Cette bordure est encastrée dans la meule dormante et n’en laisse à nu que la partie exposée à l’action des: meules verticales. G, vanne pratiquée dans la bordure circulaire, et qu’on ouvre pour donner passage à la graine écrasée. Sous cette partie de la bordure se trouve enlevé un segment de la meule dormante, de sorte que la graine tombe dans un bassin auquel on donne la forme du segment. H I, râcloirs à frottement sur la meule dormante, qui servent à ramener sous les meules verticales la graine qui s’écarte. Le 1e de ces râcloirs est en tôle, et le 2° en bois. J, ramasseur mobile, puon abaisse ou qu’on soulève au moyen du levier K, et qui sert à ramener la graine vers la vanne G, par où elle tombe. Les râcloirs HI sont maintenus par leurs tiges dans des traverses de fonte P P. Les iiges k, auxquelles se trouve attaché le ramasseur, sont mobiles dans les inèmes traverses, La boite j, qui entoure l’ex-

hollandais. Ce moulin, qui a aussi élé employé àfaire le cidre, écraser les olives, battre le plâtre, pulvériser le charbon, etc., est représenté, dans son état actuel de perfectionnement, dans la fig. 392, en élévation dans le sens de l'épaisseur des meules; la fig. 393 en

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