DE LA TOURBE ET DE SON EXPLOITATION
nature des tourbes et de leur origine. On voit: toutefois qu’abstraction faite des 20 parties de cendres qüi sont dues au mélange du limon des marais où la tourbe s’est formée, les 80 parties de matières combustibles laissent à peu près autant de charbon que le bois luimême. La principale différence résulte de la quantité plus considérable de matière huileuse que la tourbe fournit; en général, cette difjérence ne se soutient pas cependant dans toutes les tourbes, quoique leur matière combustible contienne un peu plus de carbone que le bois.
On serait tenté de croire que la tourbe diffère peu du bois, d’après ce qui précède; mais les essais de KLaproTu ne laissent pas douter que la presque totalité des parties combustibles de la tourbe ne soit véritablement de l’ulmine; c'est encore ce qui résulte des expériences plus récentes de M. Braconwor sur la tourbe de la France. Cette ulmine est vraisemblablement en partie à l’état d’ulmate de chaux dans la tourbe ordinaire, puisque toute ou presque toute la matière de la tourbe en est extraite par les alcalis, soude et potasse caustiques en dissolution froide, et il en résulte des solutions brunes d’ulmates alcalins. On peut même dissoudre presque la totalité de la substance combustible , à l’aide de l'ammoniaque (alcali volatil), pourvu qu’on ait préalablement enlevé, par l'acide muriatique (hydrochlorique) ou nitrique étendu d’eau, toute la chaux combinée à l’acide ulmique.
Dans tous les cas il peut rester indissous des débris ligneux non encore réduits en tourbe.
La tourbe dite moulée ou façconnée en brique est employée comme combustible dans beaucoup de pays. La combustion a quelque peine à s'établir dans les petits foyers, mais une fois commencée elle continue tranquillement et peut donner beaucoup de flamme.
Où reproche à ce combustible l’odeur désagréable qu’il exhale, ce qui en limite emploi dans l’économie domestique. Un foyer bien construit peut éviter en partie cet inconvénient; mais il suffit de quelques parcelles échappées à la combustion et tombées dans l'appartement pour répandre une odeur forte et persistante; aussi observe-t-on que, comme chauffage des habitations dans les pays pourvus de bois, il est presque exclusivement consommé par les classes pauvres et par les fabricans. Ceux-ci l’appliquent avec avantage aux évaporations, à la cuisson de la chaux, des briques, des tuiles et même des poteries vernissées. Ces dernières exigent quelquefois un coup de feu un peu vif pour fondre le vernis; dans ce cas la cuisson s'achève avec du bois. On admet en général què, de tous les combustibles, c’est la tourbe qui donne la température la plus égale et la plus constante; ce qu'il y a de certain, c’est qu’une fois allumée elle se brûle sans avoir besoin d’être attisée comme la houille et sans donner une flamme aussi vive que celle du bois; ces qualités sont surtout précieuses dans toutes les opérations où l’on veut chauffer également des vases en fonte au point de les faire rougir, sans toutefois risquer de porter quelques-unes de leurs parties à la température voisine de l& fusion, température qui pourrait promptement détériorer ces vases ; ainsi la fabrication
78 ARTS AGRICOLES : FABRICATION DU CHARBON
du sulfate de soude dans des cylindres en fonte, la revivification du noir animal, soit dans des cylindres, soit sur des plaques en fonte ou en tôle, la cuisson du plâtre en poudre sur des plateaux ou daps des vases métalliques, la distillation du bois, etc. (1), se pratiquent très économiquement, par les raisons
récitées en employant la tourbe comme com- OH. Quant à l'économie réelle que peut présenter la tourbe comparativement à divers autres combustibles, elle est quelquefois assez notable; on en pourra juger par le tableau suivant, qui indique, pour la localité de Paris, dans la ire colonne le poids en kilog. des principaux combustibles commerciaux; dans la 2* le nombre de kilog. d’eau qu'un kilog. de chaque combustible échaufferait depuis la température 0° (glace fondanté ) jusqu’à 100° (eau bouillante); la 3° colonne montre com-
Bonne tourbe compacte, 19 hectolitres. +.
Tourbe ordinaire(mais non mousseuse)25 hect.
Bonne houille de Mons. + . . . . 1 üd.
Coke L2 L 2 L 1 e L2 L2 e L L2 L 2 L] e 1 id. Boisidursrvis bin 18 losmamdisière Charbon:de bois:34.1HitMan SM 2 dhect:
Charbonédeïtourbezi a 1h ust tou cut ide
bien d’eau serait ainsi chauffée par la quantité de chaque combustible en regard; la 4e indique le prix de cette quantité de combustible; la 5° la quantité d’eau au plus que l’on pourrait chauffer depuis 0° jusqu’à 100°, en employant pour une valeur de 1 fr. de chacun.
des combustibles. C’est par cette dernière colonne que lon peut voir la valeur calorifique comparée de tous les combustibles. Il serait facile d’étendre ces données à d’autres loealités en substituant, dans l’avant-dernière colonne, le prix actuel de chaque quantité en regard et établissant les nombres de la dernière colonne d’après ces prix ; si, par exemple, l’hectolitre de bonne houille, pesant, mesuré raz, 80 kilog., coûtait 3 fr. au lieu de4, on verrait que, pour 1 fr., au lieu de chauffer 1,200 kilog. d’eau, on en chaufferait 1,600 kilog.
Pons {kilos d'eau} quantité quantité d’eau des chauffés totale PRix.| chauffée de !
combusti- de d’eau en Où 1000 | bles. O à 1000. | chauffée. \francs. pôur 1 franc | kilog. û kilog. | 1000 30 fois | 30,000 15 2000 | 1000 25 id. | 25,000 15 1666 | 80 60 id. 4,800 4 E200 0 40 66 id. 2,640 B) 880 | 450 27 id. | 12,150 | 18 675 | 25 75.14. 1,875 4 468 | 30 70 id. 2,100 4 525 |
Lorsque des tourbes mousseuses embar- | peut encore enlever 0,10 d'acide ulmique qui
rassent des terrains que l’on voudrait mettre en culture, on ne peut guère en tirer d'autre parti, du moins pour les quantités non utilisables comme combustibles, qu’en les brûlant en tas pour utiliser les cendres, comme nous le verrons en traitant ci-après de la préparation et des usages du charbon de tourbe.
Nous indiquerons ici, d’après des analyses récentes de M. BeRTRIER, la composition de plusieurs variétés de tourbes.