FABRICATION DU CHARBON DE TOURBE
les gaz dans une série de tonneaux ou réservoirs condensateurs I I.
On commence et l’on dirige la carbonisation dans ce four comme dans les meules à charbon de bois (voy. p. 370 ). Les ouvertures inférieures, en donnant ou supprimant l’accès de l’air et la cheminée centrale fermée à volonté, ainsi que les ouvertures G, permettent d'augmenter ou de ralentir le tirage dans les différentes parties de la masse.
La mobilité du couvercle lui permet de peser constamment sur la tourbe tant qu’elle diminue de volume par le retrait gradué de la carbonisation, et, lorsque celle-ci estcomplète, il est très facile de luter avec de la terre délayée tous les joints, en sorte que l’on puisse complètement étouffer la substance charbonneuse et attendre qu’elle soit suifisamment
La plupart des inconvéniens de la tourbe | refroidie.
disparaissent lorsqu'elle est carbonisée. Le charbon qu'on en retire devient propre à di-, vers usages auxquels la tourbe en nature n’était pas applicable, et notamment au chauffage des appartemens, des fourneaux de laboratoire et des cuisines; d’après ce que nous avons dit sur les produits que la tourbe fournit à la distillation, on concoit que les procédés de la carbonisation du bois puissent également s’y appliquer. Cependant le procédé des meules réussit assez mal. La tourbe en se carbonisant prend un retrait trop considérable; les masses s’affaissent, et il se forme des crevasses tellement nombreuses sur la chemise qu'une grande partie de la tourbe se brüle. Néanmoins dans le Nord on se sert | de ce procédé, et il réussit à l'aide de grandes précautions, pour éviter qu'après la carbonisation le charbon ne s’incinère ; il faut étouffer avec plus de soins et d’exactitude que relativement au charbon de bois.
Ure modification du procédé des forêts qui facilite l'opération, consiste à construire un fourneau cylindrique à murs épais (fig. 417),
Fig. 417.
au bas duquel se trouve une rigole circulaire À communiquant avec l'air extérieur par quatre carneaux B. Cette rigole est recouverte de tuiles où briques mal jointes; on remplit toute la cavité cylindrique C du fourneau, de la tourbe à carboniser, après avoir disposé au centre un pieu D entouré au bas de menus branchages secs; un couvercle mobile E en tôle recouvre toute la masse et entre librement dans le four; un bout d’ajutage au centre laisse passer le pieu. Six ouvertures de 3 po. de diamètre sont distribuées sur ce couvercle et bouchées à volonté, partiellement ou en totalité, par des obturateurs mobiles G. Un tuyau H, introduit dans un carneau traversant la maçonnerie, conduit les vapeurs et
La distiliation de la tourbe en vases métal}iques réussit mieux encore. M. THILLAYE PLA- TEL fit des essais à cet égard en 1786, et ils ont cela de remarquable que l'auteur mit a profit, en même temps que LEBon, les gaz fournis par la distillation comme combustible dans le fourneau carbonisant. L'appareil qu’il employait ne diffère pas essentiellement de ceux qu’on applique à la carbonisation du bois en vases clos. C'était un cylindre en tôle placé horizontalement dans un fourneau, et portant un tube en tôle ou en fonte qui venait se rendre dans un tonneau fermé. Les liquides restaient dans le tonneau, et les gaz étaient ramenés par un autre tube dans le fourneau lui-même, où ils se brülaient; leur quantité était assez grande pour suffire à la distillation une fois qu’elle était commencée. Ces essais ont été faits sur de la tourbe des environs de Gournay. À
Une modification de cet appareil, qui m'a donné des résultats plus avantageux sous le rapport de l'emploi du combustible, est indiquée dans la fig. 418 par une coupe lon-
Fig. 418.
Fig. 419.
gitudinale et dans la fig. 419 par une coupe transversale ; les mêmes lettres, répétées dans les 2 figures, se rapportent aux mêmes parties de l'appareil. On voit que 2 cylindres en fonte À A sont chauffés par un seul foyer B à grille, dans lequel on peut aisément brüler de la tourbe. Les produits de la combustion, après avoir frappé la voûte D, sont forcés d’en-
velopper toute la superficie des cylindres avant de gagner les carneaux inférietirs C,qui les conduisent au-dessus de la voûte sous des plaques en fonte E, où une partie de leur calorique est utilisé pour achever la dessiccation de la tourbe à distiller. Les cylindres étant remplis de tourbe, on allume le feu dans le foyer ; peu à peu la distillation commence, la vapeur d’eau se dégage d’abord par le tube G et se condense dans Îes tonneaux réfrigérans P, communiquant entre eux par les tubes H; bientôt les divers produits volatils de la décomposition se rendent par les mêmes conduits dans les réfrigérans, et la portion non condensée passant dans le dernier tube I est ramenée vers le fourneau et introduite par le cendrier sous la grille, au travers de laquelle le tirage l’entraine ; elle s’y enflamme, contribuant ainsi à soutenir la température utile à la carbonisation.
Des opérations analogues ont été conduites par M. BLavier, ingénieur en chef des mines, et appliquées aux tourbes du vailon de la Vesle,
rès de Reims; l’appareïil employé était semolable à celui qui sert à distiller le bois; seulement la cornue était verticale au lieu d’être horizontalement placée.
Nous ajouterons ici quelques détails sur les produits de ces exploitations. La tourbe de Vesle, employée par M. BLAVIER, lui donnait en petit;
34,7 charbon et cendres,
6,8 goudron.
39,9 eau acide.
18,6 gaz divers et pertes.
Cette tourbe, traitée en grand, donna, en distillant 100 kilog. à la fois, de 40 à 41 kilog. de charbon, dans lequel se trouvait une proportion de cendres qui ne fut pas déterminée, mais qui doit verier pour chaque espèce de tourbe, comme l’indiquent les analyses citées plus haut. Ce charbon revenait en volume à un prix égal à celui du charbon de bois ; à la vérilé on trouva qu'il donnait plus de chaleur, sa compacité étant plus grande. La tourbe de M. TmiLraye lui fournissait en grand 38 à 40 p. 0/0 d’un charbon qui laissait de 13 à 16 parties de cendres par sa combustion.
Quel que soit le procédé mis en usage, il est très important de laisser refroidir complètement le charbon, car il est quelquefois pyrophorique, c’est-à-dire qu’il prend feu au contact de l'air.
Il résulte des essais précités qu'il n’y aurait
ARTS AGRICOLES : FABRICATION DU CHARBON
de l’avantage à distiller les tourbes qu'autant ges seraient d'excellente qualité. Il y a
es tourbes qui laissent du tüers à la moitié de leur poids de cendres; il faudrait les rejeter pour donner la préference à celles qui en donnent le moins possible, c’est-à-dire le septième ou le huitième de leur poids. Cette masse considérable de matière étrangère absorbe de la chaleur inutilement pendant la carbonisation, et occupe de la place en pure perte dans les fourneaux de distillation; enfin elle entrave ultérieurement la combustion du charbon.
Les résultats de la carbonisation préalable de la tourbe ne sauraient être douteux d’après les essais publiés par M. BLavier. Ce charbon a soutenu la comparaison avec celui de bois sous tous les rapports ; il a pu servir à souder des barres de fer d’un fori volume, et il a paru même préférable à la houille.
On s’en est servi avec succès dans les fourneaux d'essais et de fusion, en ayant le soin toutefois d'élargir les grilles pour livrer un passage facile aux cendres qui sont toujours abondantes. Ce charbon se rapproche beaucoup de celui que fournissent les bois denses carbonisés lentement; dans les appartemens on le brülerait à la manière du coke; les défauts accidentels de tirage ne donneraient pas, comme pour ce dernier, lieu au dégagement d'acide sulfureux et en outre sa facile combustion, quicontinue mème dansles morceaux isolés, le rendraient aussi plus commode à employer.
De quelque manière qu'on envisage la tourbe, ce n’en est pas moins un combustible très précieux, en raison de son bas prix, qui en fait une ressource extrêmement profitable pour les classes pauvres, même dans les pays pourvus de bois. Cette ressource devient bien plus utile encore dans les pays peu boisés, comme la Hollande; enfin les résidus de Ja combustion ou ses cendres, contenant en général beaucoup de chaux à l’état d’une grande division, peuvent être considérés comme un bon amendement calcaire, utile surtout dans les terres argileuses et fortes.
On peut en outre profiter de l’état de grande siccité, sous lequel sont obtenues ces cendres, pour les imprégner d’urines ou de jus de fumier et ajouter ainsi à leur utilité, comme amendement, la propriété de fournir un engrais facile à répandre et capable de ceder assez graduellement la matière nutritive qu'on doit le plus s’efforcer de leur procurer.
PAYEN
CHAP. XXI. — DE LA FABRICATION DES SALINS, POTASSES , SOUDES NATURELLES , SOUDES AR- TIFICIELLES , SELS DE SOUDE, CRISTAUX DE SOUDE, BICARBONATES , etc.
SEecrion Ire. — Des potasses et salins.
Le nom de potasse, vient de deux mots anglais réunis pour composer un seul substantif; ce sont les mots : pot et ashes, équivalens en français à pot et cendres, et dont le mot composé, s'applique en effet à désigner un produit de l’incinération calcinéautrefois dans des pots.
La potasse a été long-temps Falcali le plus
usuel, et nous indiquerons plus loin ses divers usages ainsi que ceux que la soude lui enlève maintenant.
A l’état de pureté la potasse est un métal oxidé (protoxide de potassium ). Cet oxide est une des bases les plus puissantes, aussi, le trouve-t-on toujours uni avec divers acides dans la nature; à la température ordinaire 1l est solide, blanc, inodore, excessivement caustique ;
CcHap. 21°.
il est composé d’un atome de potassiUM . . . . . . . . + + « « + + + + 489,90 et d’un atome d’oxigène . . . . . . . . 100
le poids atomique du protoxide de potassium est donc égal à . . .. . . . . 589,90
Ce que l’on connaît dans lecommerce et dans les arts agricoles et manufacturiers, sous le nom de potasse, est en général formé de potasse caustique et de potasse carbonatée, mélangée avec plusieurs sels. "
Les potasses viennent toujours de l’incinération de végétaux, et notamment en Amérique, en Russie, en Allemagne et en Toscane où les arbres sont très abondans sur certains points , et du lavage des cendres qui en résultent. La lessive, chargée de tous les sels solubles quecontiennent lescendres, c’est-à-dire de carbonate de potasse, de sulfate de potasse, de chlorure de potassium (muriate de potasse), etc., évaporée à sec, procure le salin. Celuici, chauffé au rouge, donne la potasse vendable, le résidu insoluble (cendres lessivées)est composé de silice, d'alumine, de carbonate et de phosphate de chaux, d’oxide de fer, d’oxide de manganèse et de quelques parcelles de charbon échappées à l’incinération.
Le salin a presque toujours une couleur brune plus ou moins foncée, qu’il doit à la présence de l’ulmate de potasse, dont la proportion varie avec la température à laquelle il a élé soumis. Par la calcination au rouge, l’acide ulmique se brüle; l’ulmate de potasse se transforme ainsi en carbonate , et la couleur brune du salin disparait, mais alors le résidu vend ordinairement une teinte rouge, ou Étédatee. La première provient de la présence du péroxide de fer, la seconde est due au wanganésiate de potasse, qui prend toujours naissance quand le salin contient du mangauèse et qu'on le chauffe au rouge avec le contact de l’air.
Par une calcination ménagée , la potasse devient blanchâtre, légère et pulvérulente. Si ou pousse davantage le feu, elle fond et produit des masses dures et compactes.
La préparation de la potasse est facile: On réduit d’abord en cendres les végétaux que l’on veut exploiter. Pour cela, on pratique, une grande fosse en terre; le fond et les parois doivent en être bien battus; on y jette successivement les arbres et les plantes que l’on veut brûler, après avoir mis le feu au tas, et on laisse le tout se consumer jusqu’à parfaite incinération, Si le feu était trop vif , il y aurait beaucoup de cendre entrainée par les courans d’air.