‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 229 sur 295 · LIV. Ac · texte numérisé non relu

LIV. Ac

SECTION V. — Soude artificielle.

Cette soude est venue remplacer, dans presque tous leurs emplois, avec d'immenses avantages pour la France, et les potasses exotiques et la soude naturelle qui nous étaient fournies par les Espagnols avant la révolution de 93. On obtenait cette dernière, en France, sans autres soins que ceux donnés à la récolte et à l’incinération des plantes; ce fut alors l'un des objets les plus usuels êt les plus nécessaires que .nous fournissait le commerce étranger. La soude, en effet, est l’une des principales matières premières des verreries. des fabriques de savons, des buanderies, des blanchisseries de toiles, des opérations de teinture; dans plusieurs autres arts industriels on en fait un usage journalier. On ne pouvait la remplacer que par la potasse; mais nous ne pouvions recevoir cette substance, pour la plus grande partie, que de l'étranger, qui nous la refusait, et ce que nous possédions devenait, pour la fabrication du salpêtre, d’une impérieuse nécessité.

Un ingénieux manufacturier, CARNY, proposa, à cetie époque où nous étions privés des ressources du commerce étranger, de publier ses moyens de fabriquer la soude. LEBLANC.

Drzé et Scnée furent les 1er qui formèrent un établissement pour l'extraction économique de la soude du sel marin et dotèrent la France de cette nouvelleindustrie. Dans la belle fabrique qu'ils fondèrent à cette époque, presque tout avait été prévu par eux; une amélioration remarquable fut apportée dans la construction des fours à réverbère par PAYEN et M. Bour- RELIER, qui bientôt après exploitèrent le procédé de MM. LegLanc et Dizé. Depuis lors tous les manufacturiers ont suivi les mémes erremens, à quelques heureuses modifications près, que nous indiquerons dans le cours de cet article et qui furent indiqués par MM. DarcET, CLÉMENF, etc.

Parmi le grand nombre des procédés ingénieux proposés à cette époque, nous citerons, dans l’ordre de vérification qui en fut faite alors :

1° Celui de P. MALHEREE, suivi chez le sieur ALBAN, dans une manufacture sise à Javelle près Paris ; il consistait à décomposer le sel marin par l'acide sulfurique dans des cornues. L’acide muriatique dégagé était condensé dans des ballons et utilisé à la fabrication du chlore. Le sulfate de soude était décomposé dans un four à réverbère sous l'influence du charbon et du feu;

20 Le procédé du sieur ATHÉNAS, fondé sur la décomposition du sel marin par le sulfate de fer;

3° Le procédé anciennement connu en Angleterre, qui consiste à décomposer le sel marin par le plomb et qui fut appliqué en grand par MM..CnapraL et BÉRARD;

4° Le procédé de MM. GuxrTon el Carny, consistant à décomposer le sel marin par l’oxide rouge de plomb.

MM. Guyron et CarNy ont encore proposé la décomposition du sel marin : 5° par le feldspath; 6° par ia potasse. La soude, devenue libre, est rendue caustique par la chaux; le

| muriale de potasse (chlorure de potassium) sé-

cHaPr. 21°,

paré par cristallisation ou De ao , était utilisée par les fabricans de salpêtre. Ce procédé rappelle celui des savonniers allemands, qui obtiennent du savon à base de soude en ajoutant du sel marin à la solution du savon de potasse ;

7° Par l’acétate de plomb, obtenu au moyen de l’acide pyroligneux. Ce procédé est analogue à celui suivi dans ces derniers temps pour obtenir l’acétate de soude et la soude, en décomposant le sulfate de soude par l’acétate de chaux ;

8° Par la baryte;

9° Le sieur RIBAUCOURT a proposé la décomposition du sulfate de soude par le charbon seul ;

10° Le même chimiste a opéré la décomposition du sel marin par la litharge à froid et un broyage dans l’eau. Si le muriate de plomb avait une assez grande valeur, ce procédé pourrait être applicable ;

11° Enfin on a proposé et effectué la décomposition du sel marin par la pyrite martiale (sulfure de fer natif).

Parmi tous ces procédés et plusieurs autres que nous omettons ici, parce qu’ils offraient moins de chances de succès encore, celui de MM. Legranc et Dizé parut à cette époque le plus économique ; c’est aussi celui que nous allons décrire, en prévenant qu’il a eu un tel succès et qu’il a pris tellement d’extension que la valeur des produits fabriqués annuellement en France, tant en soude brute qu’en sel de soude raffinée, dépasse 20 millions de francs.

Ce procédé se compose de 2 parties distinctes: l’une a pour but la préparation du sulfate de soude, et déja quelques arts, celui de la verrerie notamment, utilisent directement la soude du sulfate; l’autre se compose de la conversion du sulfate de soude en soude brute. On pourrait considérer encore comme une 3e opéralion distincte le raffinage de la soude bruie, et comme une 4° fabrication le traitement du sel de soude qui en résulte pour en obtenir le carbonate de soude cristallisé. Enfin, la conversion de ce dernier en carbonate sec ou en bicarbonate.

En effet, la préparation de ces produits a heu dans des ateliers et à l’aide d’ustensiles particuliers. Nous décrirons successivement chacun d’eux.

$ Ier. — Fabrication du sulfate dit des cylindres, et de l’acide muriatique.

On désigne sous le 1° nom, dans le commerce, le sulfate de soude fabriqué dans des cylindres en fonte, en décomposant, à un feu gradué, le sel marin par 80 centièmes de son poids d'acide sulfurique concentré; c'est surtout dans les localités où l'acide hydrochlorique trouve un débouché facile que l’on donne la préférence à ce mode d'opérer.

Les vases cylindriques en fonte sont épais de 15 à 18 lignes ; ils ont 5 pi. de longueur et un diamètre de 18 po. ou de 2 pi. Dans le 1°" cas, la charge de chaque cylindre est äe 80 kil. de sel et de 66 kil. d'acide sulfurique à 66°; dans le 2° cas, on emploie, pour chaque cylindre, 160 kil. de sel’et 130 kil. d'acide.

Un même foyer A(fig. 425) chauffe 2 cylin-

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