DU CHOIX DES GRAINS
les mettaient au grenier pendant l'hiver, et, aussitôt la saison convenable arrivée, les lavaient et les faisant sécher à l’air libre pour les revendre avec plus ou moins de bénéfices.
Plusieurs de nos plus célèbres économistes, et particulièrement notre DumameL, frappés de l'avantage qui résulterait pour lecommerce. l'agriculture et l'hygiène publique de l’épuration des grains par le lavage, avaient tenté d’employer la chaleur factice au séchage immédiat ; les résultats obtenus ont étésatisfaisans quant à l'épuration en elle-même , mais les moyens employés n'étaient pas manufacturiers, c’està-dire que les frais qu'ils nécessitaient étaient au-delà des avantages qu’on pouvait obtenir, Dans le nord de l’Europe, sur la mer Baltique et particulièrement en Russie, on fait sécher le grain à l’étuve pour lui donner le degré de siccité convenable à son exportation sur mer; mais ces blés sont en général de qualité inférieure, et tout prouve que leur mode de dessiccation est vicieux.
M. de MaurEou vient de prendre (en 1834) un brevet d'invention pour une machine qui semble avoir résolu ce problème depuis si long-temps cherché. Cet appareil lave le grain, l'épure et le sèche dans l’espace de 15 minutes. Sur la fin de l’année 1835, M. de Mau- PEOU a monté à Etampes un de ses appareils, capable de nettoyer en 24 heures 300 hectol, de blé. La meunerie de ce pays si renommée par son habileté, n’a pas tardé de fournir à façon la machine de M. de Maureou.
Le lavage, comme nous l'avons déjà dit, n'était pas difficile à opérer, mais la grande difficulté, la difficulté qui jusqu'ici n'avait pas été résolue, c'était de sécher immédiatement le grain, sans tâtonnement, sans danger de le brûler ou de le laisser trop humide. Pour atteindre ce but, M. de Maupeou a appliqué au séchage la dilatation de l'air, au moyen d'un foyer disposé d’une certaine manière. Ainsi, dans une grande chambre bâtie en briques, de forme pyramidale et faisant cheminée, sont disposés une série de cylindres en toile métallique. Le blé lavé pénètre successivement dans chacun de ces cylindres, dont la disposition intérieure est telle que le grain est constamment maintenu dans un état aérien. Cependant, un courant violent d’air sec dilaté tend à s'échapper par l'ouverture supérieure de la cheminée et enveloppe ainsi les cylindres sécheurs, y pénètre à travers les mailles de l’enveloppe et pompe avec avidité l'humidité des grains.
À l'extrémité de ces cylindres sécheurs se trouve un autre appareil, également de 5 cylindres superposés, dans lesquels le blé, au sortir des fer, se refroidit à l’air libre, en sorte qu'au bout de ces refroidisseurs le grain soit froid et net, et propre à être mis de suite sous les meules ou conservé dans des sacs sans aucune espèce d'inconvénient.
Toutes ces diverses opérations, lavage, épurage, séchage, refroidissement se font sans interruption aucupe, et tout est si bien calcule que les laveurs et les cylindres sont toujours chargés de blé.
Le grand avantage de cette méthode, c’est que, par le lavage, non-seulement le grain se nettoie mieux, mais que tous les corps
plus légers que l’eau, comme paille, cloques, grains mal mûrs ou percées des insectes, montent à la surface de l’eau et sont entraînés dans des réservoirs particuliers, en sorte qu’il ne reste plus réellement à la mouture que les
rains non altérés, opération qu’on est loin
’obtenir complète par l'effet des ventilateurs.
M. de MaurEou prétend aussi que, par suit?
du gonflement que l’écorce du blé éprouve lorsqu'elle se lave et du retrait qui s’opère sur cette enveloppe par l'effet du passage du grain dans un courant d’air sec dilaté, la mouture du grain est plus facile, le son plus lé-
er et, en définitive, le rendement en farine Élanehe plus fort de 3 à 5 p. 0/0. Il y a beaucoup de probabilités en faveur de ces assertions.
Un autre avantage signalé par M. de Mau- PEOU, c’est que le blé ainsi traité est dégagé de tous les insectes et de tous les germes qu’ils ont pu déposer sur le grain; la conservaiion en devient ainsi plus facile et plus certaine.
Tout porte donc à croire que cette méthode sera adoptée dans nos moulins; elle ce moins de force employée que les appareils de nettoyage à sec, et, tout compensé, elle doit présenter de l’avantage au fabricant, condition du reste indispensable et sans laquelle une méthode, quelque ingénieuse qu’elle soit, ne peut jamais devenir manufacturière.
SECTION VII. — De la inouture.
(S Ier. — Mouture américaine ou mouture par pression.
Avant de passer à l'opération de la mouture, faisons connaître la disposition des meules. La fig. 475 représente la coupe verticale d’une paire de meules à l'anglaise, entourée de ses archures A, surmontée de l'engreneur conti G, et supportée par deux colonnes en fonte au milieu desquelles se trouve placé le gros fer T. Le pignon H reçoit l'impulsion du grand hérisson. Une boîte de fonte I, assujétie sur 4 petites colonnes, renferme la crapaudine plate en acier, sur laquelle repose le gros fer; des vis horizontales permettent de centrer cette crapaudine, et une vis verticale placée au-dessous sert à la faire monter ou descendre, pour soulever ou baisser le fer, selon les besoins de la mouture. Une autre vis verticale K, surmontée d’une roue d'angle qui engrène avec une roue d’égal diamètre qui, à l'extrémité de son axe, perte une manivelle, sert à faire tourner la vis sur elle-même; celle-ci traverse un écrou E dont les deux bras prolongés portent les tiges verticales L, qui sont réunies à leur sommet par un cercle M, de telle sorte que le moulin étant arrêté, si l’on veut faire scrür le pignon H du plan du grand hérisson , on tourne la manivelle, et les tiges en montant élèvent le cercle et poussent ainsi le hérisson qui glisse sur le fer, en s’élevant dans le sens vertical.
Nous avons amené le blé jusque dans l’engreneur qui le distribue sous lameulc; voyons maintenant les différentes modifications qu’il va subir pour être réduit en farines propres à la boulangerie de Paris. Nous indiquerons