LIV
bientôt; le sulfate double se dépose, entrainant du sel marin; on l’enlève avec de longs râbles, et on le dépose dans des augets carrés en tôle, connus sous le nom d’augelots, qui sont placés au-dessus de la chaudière. Au bout de 15 ou 20 heures de feu, le sel commence à se déposer lui-même ; cependant on ne procède pas encore au salinage. On ajoute de nouvelle eau provenant des baissoirs et l’on schlote encore pendant 8 ou 10 heures; quand la chaudière est pleine d’eau à 27° de Baum elle est bonne à saliner.
On la porte alors dans la chaudière de salilinage ou de soccage où elle est chauffée modérément; le sel cristallise en trémies ou
| pieds de mouches à la surface du liquide. On | sépare d’abord ur peu d’écume qui se forme, | puis, on ramasse le sel à l’aide d’une grande
écumoire ou pelle trouée et on l’égoutte dans des trémies; de là il passe au séchoir.
Le salinage dure plusieurs jours, il nest arrêté que lorsque le sel devient impur; il reste une eau-mèêre épaisse, visqueuse et odorante que l’on porte dans un réservoir parti-
. culier.
Les analyses de M. BERTHIER prouvent que la pureté du sel va en décroissant, comme on devait le vrévoir.
Les eaux-mères contiennent beaucoup de chlorure de magnésium (muriate de magnésie), du sel marin et du sulfate de magnésie.
Elles contiennent souvent en outre des iodures et des bromures de magnésium que l'on ccmmence à exploiter; enfin elles renferment toujours une matière organique qui parait provenir des fagots. Comme le sulfate de magnésie et le sel marin réagissent l’un sur l’autre, se transforment en sulfate de soude et en chlorare de magnésium à une basse température, on tire parti de ces eaux-mères, en les mettant dans un réservoir où elles passent l'hiver; il s’y forme trois dépôts successifs, le dernier est formé de sulfate de soude presque pur; on le retire et on Île livre au commerce.
La présence du chlorure de magnésium est la cause de grandes pertes; il donne des sels désagréables au goût et déliquescens; il convient de s’en débarrasser et M. BERTRIER y est parvenu à l’aide de l’application très ingén'euse d’une observation de GRENx. Le sulfate de soude et le chlorure de calcium se décomposent mutuellement et donnent du sel marin et du sulfate de chaux ; GRENN a montré en outre que la chaux décompose le chlorure de magnésium, et qu'il en résulte du chlorure de calcium et de la magnésie.
Dans presque toutes les sources salées il existe du sulfate de soude et du chlorure de magnésium, mais en général moins de ce dernier qu'il n’en faudrait. Si l’on ajoute done dans l’eau salée assez de chaux pour décomposer le chlorure de magnésium, on éliminera de la magnésie en produisant du chlorure de calcium qui à son tour décomposera une partie du sulfate de soude; il restera donc un mélange de sulfate de soude, de sel marin et de sulfate de chaux, et après le schlotage on pourrait saliner sans qu'il restât sensiklement d’eau-mère.
Quand on a des eaux-mères à sa disposition, on peut s’en servir pour ajouter à l’eau
mer
le chlorure de magnésium nécessaire à l’entière décomposition du sulfate de soude et alors, après le dépôt du sulfate de chaux, une évaporation brusque donnera du sel marin d’une pureté remarquable.
Pendant l'évaporation du sel, il s'attache au fond des poëles un peu de schlot que l’on est obligé d’enlever à coups de marteau au bout de 12 ou 15 cuites ; on conçoit que sa formation est très fâcheuse, en ce que les chaudières conduisent moins bien la chaleur et qu'on les détériore pour le détacher. Ce dépôt est désigné sous le nom d’écailles, en raison de la forme de ses fragmens lorsaw’il est enlevé au ciseau. |
A Moutiers, pour remplacer en été l’évaporation par le feu, on se sert d’un bâtiment de graduation à cordes, au moyen duquel on obtient directement du sel cristallisé. Ce bâtiment a 90 mètres de longueur, dont 70 sont garnis de cordes ; au sommet du bâtimentsont placés des canaux de 13 centimètres de large, espacés entre eux de 13 centimètres. Des cordes sans fin passent dans des trous percés dans ces canaux et sont maintenues par des solives au bas du bâtiment; elles ont 7 à 8 millimètres de diamètre. Il y a 24 fermes dans l'intervalle desquelles se trouve 12 canaux, et ceux-ci portent 23 cordes chacun, ce qui fait 46 longueurs de cordes pour chaque canal. Cette corde ayant 8 mètres 1/4 de longueur, on voit qu'il a fallu plus de 100,000 mètres de corde pour construire le bâtiment.
L'eau est élevée par une noria dont les seaux la versent dans un canal qui règne dans toute la longueur du bâtiment; celui-ci la distribue dans des canaux qui se trouvent entre chaque ferme, et de là elle passe dans les canaux qui supportent les cordes et qui sont munis d’échancrures par lesquelles l’eau coule sur les cordes.
En été on amène l’eau saturée bouillante sur ces cordes, on l'y fait passer plusieurs fois et le sel marin s’y dépose; quand l’eau devient visqueuse et épaisse, on la conduit au réservoir des eaux-mèeres. Le sel cristallisesur ces cordes qui se recouvrent ainsi d’une couche de plus en plus épaisse ; lorsqu'elles ont