‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 283 sur 295 · USAGE DES CENDRES PYRITEUSES · texte numérisé non relu

USAGE DES CENDRES PYRITEUSES

ces expioitations est ordinairement noirâtre, velouté, tendre et friable, à cassure lamelleuse. On y rencontre presque toujours des cristaux de sulfate d’alumine et de fer ou alun de plume. On extrait ce schiste de la terre et on l’expose plus où moins long-temps au contact de l'air; on le grille ensuite. Pour quelques schistes, comme celui de Frienwalde, le grillage n’est même point nécessaire ; il suffit, pour que les réactions utiles aient lieu, d'exposer la substance brute pendant un an à l’air, KLAPROTH suppose que dans ce schiste le soufre n’est pas entièrement à l’état de pyrite.

Dans la plupart des cas. il est nécessaire de griller ; ce grillage se fait en tas , sur une aire battue, et dont le sol a une anse qui aboutit à une rigole, au moyen de laquelle les eaux pluviales se rendent dans un bassin. On dispose d’abord sur le sol un lit de fagots de 3 pi. de long, sur un diam. de 6 po. dans une longueur de 100 pi. et une largeur de 6 ou 7. On recouvre ce lit d’une couche de schiste de 2 pi. d'épaisseur. On allume les fagots au centre du tas, et on dirige la combustion en ouvrant ça et là des évents au moyen de la pioche, pour rendre la combustion plus générale.

On dispose une nouvelle couche de fagots au-dessus du lit de schiste ; on recouvre les fagots d’une 2° couche de schiste et l’on attend qu'elle soit embrasée à son tour pour continuer l'élévation du tas, qui doit se composer de 8 à 10 couches de chaque sorte, el se terminer par une couche de schiste très mepu, destinée à garantir le tas des eaux pluviales.

La combustion dure 6 semaines ou au plus 2 mois. Quand le schiste est suffisamment chargé de bitume ou de houille, le premier rang de fagots suffit; on n’en met donc pas d’autres et, dans ce cas, on charge en schiste dès qu’on voit la flamme apparaitre sur les divers points du tas.

La présence des cendres provenant de la combustion du bois complique les produits de cette opération ; la potasse qu’elle contient donne naissance à du sulfate de potasse, et par suite, à de l’alun de potasse.

On peut remplacer le bois par de la houille dans ce grillage; alors il se forme encore de lalun au moyen de l’ammoniaque qui provient de la houille. On a doncainsi du sulfate d’ammoniaque, et par suite, de l’alun à base d'ammoniaque.

Les produits du grillage sont nombreux et les réactions compliquées. Pendant la calcination, une partie du soufre quitte le bisuifure de fer et s’exhale en vapeurs partiellement brûlées, au contact de l’air; il se dégage donc du gaz sulfureux et du soufre qui sont perdus pour la formation des sulfates d’alumine et de fer; malgré cette perte, le résidu contient beaucoup d’acide sulfurique combiné sous diverses formes. Il renferme en effet, outre le schiste et le sulfure de fer non altérés, du peroxide de fer , du sous-sulfate de per- Bride de fer, du sous-sulfate d’alumine, et probablement de l’alun aluminé, produits insolubles. Il doit contenir en outre des sulfates d’alumine, d’alumine et de potasse, d’alumine et d'ammoniaque, des sulfates de prot-

oxide et de peroxide de fer, du sulfate de protoxide de fer et d’alumine, enfin, du sulfale de peroxide de fer et de potasse ; produits solubles qui ne se rencontrent pas tous à la fois probablement, mais qui peuvent tous résulter du grillage et varier en proportion, se- Jon le temps et la température employés dans l'opération.

Parmi les produits solubles, ceux que lon cherche surtout à recueillir sont : Palun, le sulfate d’alumine et le sulfate de fer. On soumet pour cela le schiste grillé à 3 ou 4 lavages qui s'opèrent par décantation quand la ialière est très divisée, et par filtration à la inanière des plàtres salpêtrés quand elle est en poudre plus grossière. On repasse dans tous les cas, sur des schistes grillés neufs, les eaux de lavages faibles pour les enrichir, etc. On les amène ainsi à 10 ou 12°.

Les solutions, ainsi obtenues le plus fortes possible, sont évaporées dans des chaudières en plomb dont le fond est soutenu par des plaques en fonte garnies de terre; lorsqu’elles sont concentrées au point de marquer 35° on les fait déposer afin d'éliminer plusieurs sous-sels insolubles, notamment parmi ceux à base de sesqui-oxide de fer; puis on achève la première concentration etonles verse dans des vases plats où le refroidissement fait cristalliser une partie du protosulfate de fer; le liquide sirupeux surnageant, ou l’eau-mère, est rapproché dans la même chaudière, au point de se prendre en masse en refroidissant; arrivé à ce terme, on le coule dans des baques Lorsque toute la masse dans chacun d'eux s’est figée, elle offre l’aspect d’un pain de graisse ; on l’expédie en cet état aux fabricans d’alun.

Le résidu de la lixiviation ci-dessus décrite contient encore une petite quantité de toutes les substances solubles que nous avons énumérées, plus la totalité des matières insolubles ; parmi ces dernières, il se trouve du sulfure de fer mis dans les conditions convenables pour produire ultérieurement de nouvelles efflorescences, et se transformer ainsi, sous l'influence de l’air et de l'humidité, en sulfates de fer et d'alumine.

Ce sont ces réactions sans doute qui, mettant en jeu les forces étectriges, donnant lieu à la décomposition du carbonate de chaux sur les terres cultivées , peuvent échauffer quelques points du sol, dégager de lacide carbonique, produire du sulfate de chaux, en un mot, agir de plusieurs manières comme stimulans des forces végétatives. On remarquera aussi

ue ces agens de nature saline, doués même d'une réaction acide, ne sauraient être considérés comme aliments des plantes ou comme de véritables engrais. Il importe beaucoup d'établir cette distinction, afin que l’on comprenne bien le parti qu'on peut tirer de tels auxiliaires, et que l'on évite les mécomptes graves éprouvés naguère par suile de l’emploi exclusif de terres pyriteuses sur des terres argileuses où, soit la marne, soit la chaux, eussent élé utiles et les véritables engrais indispensables.

On peut ranger dans la même catégorie des stimulans les ferres noires pyriteuses qui recouvrent ordinairement les couches de pyrites ferrngineuses. Ces terres, outre des dé-

ARTS AGRICOLES : PRODUITS MINERAUX

bris organiques, de charbon et une matière bitumineuse, contiennent toutes les substances renfermées dans les cendres pyriteuses cidessus ; le sülfure de fer très disséminé s’effleurit lentement à l’air humide et donne peu à peu les solutions précitées. On peut s’en assurer en posant un échantillon de ces terres humectées sur des entonnoirs et observant les solutions obtenues par une filtration d’eau pure, à des espaces de temps différens: les 1res eaux seront beaucoup moins chargées que celles recueillies après une influence plus prolongée de l'humidité sur ces terres. On pourra s'assurer que ces solutions ont une forte réaction acide et qu’elles contiennent une grande quantité de sulfate de fer.

Les cendres noires de Picardie ont été employées avec succès sur les prairies pour détruire la mousse et quelques plantes parasites.

On les a plusieurs fois mélangées avec de véritables engrais pulvérulens de couleur brune analogue

Les schistes pyriteux sont quelquefois incinérés complétement à l'air, alors ils donnent des cendres rouges dans lesquelles il ne reste presque plus rien de soluble; celles-ci ont donc une vertu stimulante très faible, aucune action comme engrais , mais elles peuvent constituer un bon amendement pour les terres fortes , dont elles diminuent la compacité, et sur lesquelles on en fait quelquefois usage.

SECTION IV. — De la chaux et de sa fabrication.

6 Ier. — Des matières qui fournissent la chaux.

On désigne sous le nom dechaux une substance qui, dans l’état pur, est blanche, solide, dont le poids est de 2,3 ( l’eau sous le méme volume réel pesant 1); sa saveur est âcre, caustique, urineuse; elle n’est soluble que dans 635 fois son poids d’eau; le double de cette proportion d’eau est nécessaire pour la dissoudre à la température de 100° (ou l’eau bouillante), On peut l'obtenir cristallisée en hexaèdres à l’état d’hydrate contenant 0,25 d’eau combinée.

Cette substance est l’un des agens les plus utiles de l’agriculture, quoique son usage mal employé ait pu donner lieu à bien des mécomptes; ces considérations justifient l’intérêt puissant attaché à la chaux , et les détails dans lesquels nous allons entrer relativement à son état naturel, son extraction, ses usages, la théorie de ses effets, son dosage et ses différens modes d'application.

La chaux est un composé de calcium et d’oxigène, qu’on désigne sous le nom de protoxide de calcium ; cet oxide plus ou moins impur s’extrait du carbonate de chaux. Elle est d'ailleurs contenue dans une foule de matières abondantes dans la nature : à l'état de sulfate de chaux elle constitue le gypse ou plàtre cru, le plâtre cuit, l’albâtre gypseux, le sulfate des eaux séléniteuses ; combinée à l’acide phosphorique, la chaux forme ce sel neutre insoluble appelé phosphate de chaux, qui compose la plus grande partie de la matière inorganisée des os, Les terres salpêtrées ren-

cHaP. 26°.

ferment du nitrate ou azotate de chaux; on trouve dans différentes parties des plantes la chaux dans les états ci-dessus, et encore combinée aux acides oxalique, malique , tartrique, etc.

La matière fre qu’on emploie le plus généralement pour en extraire de la chaux est une combinaison de cette substance avec l'acide carbonique; elle est plus ou moins compacte, répandue en très grande quantité dans la nature, la craie, les débris d'albâtre calcaire, de marbre, et dans quelques localités les coquilles d'huîtres, offrant les principales variétés usuelles de chaux carbonatée. La chaux que donne le marbre est la plus pure; elle renferme moins d'argile que la chaux préparée avec les autres pierres calcaires. C’est celle que l’on emploie dans les laboratoires et dans certaines fabrications de produits chimiques, et qui est susceplible de produire à poids égal le plus d’effet en agriculture; relativement à cette dernière application, celle qui nous intéresse le plus ici, on doit donc de même que dans les opérations des arts chimiques, rechercher les pierres calcaires qui, contenant le moins de matières étrangères (sable, silice, alumine) plus ou moins divisées, peuvent donner de la chaux la moins impure, dite chaux grasse, celle dont le volume augmente leplus par l'extinction. On l’obtient en employant : 1° un calcaire très compacte des environs de Paris, qui contient près de 0,98 de carbonate de chaux ; 2° les fragmens de la pierre de Chäteau-Landon; ïls contiennent 0,97 du même carbonate; la pierre de Saint- Jacques du Jura, qui en renferme 0,96; celle de l’Ain, équivalente à 0,94,et celle de l’Ardèche à 0,95, etc., tandis que la pierre tendre des environs de Paris ne donne à l'analyse que 0,78 de carbonate calcaireet produit de la chaux maigre. La pierre de Senonches , celles dites à ciment romain, ou ciment russe, comme les galets de Boulogne, et tous les calcaires compactes contenant de 60 à 80 centièmes de carbonate de chaux et 15 à 20 de silice très divisée, au point d’être soluble dans l’acide hydrochlorique, fournissent de la chaux hydraulique très utile pour les constructions, mais d'autant moins bonne pour l’agriculture qu’elle épuise en partie son action en réagissant sur ses propres élémens, formant ainsi des sortes de pétrifications ou silicates de chaux solides, mais sensiblement inertes sur les sols.

& IL. — Théorie de la fabrication de la chaux.

Avant de décrire les procédés usuels de la fabrication de la chaux nous indiquerons la théorie de cette opération afin de mieux faire comprendre l'utilité des préceptes que nous recommandons.

Pendant la calcination delapierre à chaux, la chaleur enlève d’abord en ia vaporisant une partie de l’eau de mouillage qui est interposée mécaniquement dans ces pierres; à une température plus élevée, voisine du rouge blanc, l’acide carbonique qui était combinée à la chaux (dans la proportion de 76 du 1er pour 356 de la 2e) se dégage sous forme de gaz; il reste alors de la chaux vive.

Si l’on pousse trop loin la calcination , on

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