‹ Maison rustique du XIXe siècle ... Rédigé et professé par une réunion d'agronomes et de praticiens appartenant aux sociétés agricoles de France sous la direction du Dr. Alexandre BixioChapitre 74 sur 295 · CHAPITRE IV. — INCUBATION ARTIFICIELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — INCUBATION ARTIFICIELLE

L'incubation artificielle est l’art de faire éclore et d'élever en toute saison toutes sortes d'oiseaux de basse-cour ou d’agrément, et particulièrement des poulets, par le moyen d’une chaleur artificielle et sans le secours de mères couveuses. Cet art, pour étre pratiqué, exige la connaissance des appareils au moyen desquels on supplée à la chaleur de la poule, et celle des méthodes les plus certaines pour élever les poulets nés dans ces appareils.

Secrion I‘. — /)es appareils pour faire couver les œufs.

Ces appareils sont des couvoirs, des fours ou des étuves de diverses espèces.

D’après le témoignage des écrivains de l'antiquité et des temps modernes, les Egyptiens, depuis un temps immémorial, ont exercé et conservé la pratique de l’art de

faire éclore et d’élever les poulets dans des fours en briques appelés MAMALS, dont nous ne donnerons pas la description, parce que c'est un procédé imparfait, et qui n’est pas applicable dans notre pays.

Dans le siècle dernier, RÉAUMUR essaya, ce qu’on avait déjà tenté aussi avant lui, de faire éclore des poulets d'une manière économique au moyen de fours ou tonneaux chauffés par la chaleur qui se dégage de la fermentation du fumier. Ce savant a fait, à ce sujet, des expériences nombreuses qui sont

| restées comme le témoignage de sa saga-

cité et de sa patience, mais qui n’ont fourni aucun procédé réellement applicable. Nons passerons donc à la description d'appareils plus modernes.

$ 1°7.— Couveuse artificielle.

Parmi les appareils simples dont on pourrait faire choix aujourd’hui pour faire éclore

des poulets, un des plus commodes est une petite couveuse arlficielle. Cette couveuse, dont on voit la coupe par le milieu dans la y. 84 est composée de 2 vases cylindriques

Fig. 84.

en fer-blanc, l’un A, de 27 cent. (10 po.) de diamètre, sur 33 centim. (1 pi.) de hauteur, et l'autre B plus petit, mais dans un rapport tel, qu’en le plaçant dans le grand il reste entre eux, en tous sens, un vide de 27 millim. (1 po.) qui doit contenir l'eau chaude destinée à élever la température des œufs placés dans le petit vase.

Six petits tuyaux C de 2 à 3 millim. (1 lig.) de diamètre, percés à la parlie inférieure de l'appareil, et s’ouvrant au dehors, amènent

Semselt l'air nécessaire à l’incubation daus le vase intérieur B. On place au fond de ce dernier un lit de coton, puis les œufs au nombre de 29 où 25, enfin un antre lit de coton pour les préserver du refroidisment, et on ferme l'appareil au moyen d’un couvercle D percé d’un grand nombre de trous très-fins. Quand on fait usage de l’instrument, il faut qu'il perde, par le contact de lair extérieur, précisément autant de chaleur qu'il en recoit par l’influence d'une petite lampe E placée au-dessous, et c’est à quoi on arrive par une étude de quelques jours, au moyen d’un thermomètre F plongé dans l’eau, et qu'on peut faire glisser au dehors dans le bouchon de liége qu'il traverse, et d’un autre thermomètre G dont la boule est placée au milieu des œufs, et dont on peut facilement lire les indications sans ôter le couvercle et découvrir les œufs. On remplit l'intervalle des deux vases avecde Peau chauffée à 36° R. (45 cent.), au moyen de l’orifice H fermé par un bouchon, et on allume la lampe. Si la température s'élève on fait descendre la lampe le long du pied I sur lequel elle peut glisser; si elle s’abaisse, on la rapproche, et l’on arrive bientôt à déterminer la distance qui convient à l'appareil et à la lampe. Les lampes à huile étant sujettes à charbonner leur mèche. et à donner une combustion imparfaite, et par conséquent une chaleur inégale, il vaut mieux faire usage d’une lampe à alcool et à mèche d'amiante.

On obtient ainsi une flamme égale à peu de frais, et qui ne brûle pas 2 onces d'alcool en 24 heures.

$ IL. — Caléfacteur-couvoir de M. Lemare.

Uu autre appareil plus commode que le précédent, est le couvoir dont on voit la vue perspective, et la coupe par le milieu dans la fe. 85. Il se compose de deux parties qui s’emboitent l’une sur l'autre. La partie inférieure est formée, 1° d’un cercle ou cylindre extérieur en bois A dont le fond est en carton ; 2° du réservoir en cuivre ou en zinc B destiné à contenir l’eau qui doit entretenir la chaleur convenable : de ce réservoir partent 2 tubes; l’un C terminé par un robinet, et sur lequel est soudé un tube vertical

ARTS AGRICOLES : CALÉFACTEUR-COUVOIR DE M. LEMARE.

D qui s’élargit à la partie supérieure et par lequel on introduit l’eau ; l’autre est un petil tube recourbé qui sert à faciliter l’introduction de l’eau dans le réservoir à la partie supérieure duquel il est soudé.

Fig. 85.

se répandre sur les œufs. Le tout est terminé par nn couvercle ouaté G. À cet appareil on ajoute un thermoinètre de Réaumur, une lampe à cric et un paquet de mèches.

Le régulateur du feu, qui est fonde sur le principe de la dilatation de l’eau, et dont on voit une coupe sur une plus graude échelle däns la fig. se compose d’un flotteur I, cylindre creux plus léger que l’eau, quise meut dans le grand tube, et d’un registre LE attache au flotteur par une chainette, qui passe par un tube d’un petit diamètre soudé d'un bout sur le robinet, et de l’autre qui traverse le flotteur auquelilsert de guide. La descente de ce registre est bornée par une coulisse inférieure, et sa montée par une autre coulisse semblable.

Pour: se servir du caléfacteur-couvoir, on remplit d’eau chaude le réservoir en cuivre par le tube D. On couvre l'appareil et on introduit un thermomètre par les trous P pratiqués à la partie latérale et supérieure.

Quelques heures après on visite le thermomètre sans découvrir le couvoir. Si celui-ci est encore à une température trop élevée, par exemple 40°, on l’abandonne encore quelque temps, et ce n’est que lorsque le thermomètre ne marque plus que 35 à 36° Réaumur, qu’on met les œufs. Ces œufs et le panier causeront beaucoup de refroidissement; dèslors on visite souvent le thermomètre, et ce n'est que lorsqu'il est descendu à 29 ou 30° qu’on allume la lampe.

On verse doucement un verre d’eau dans le tube D, jusqu’à ce qu'il soit rempli à un pouce près; alors son registre L est monté à son arrêt supérieur, et ne laisse au passage de l’air que le plus petit espace; et c'est, au contraire, le plus grand qu'il doit livrer, puisque le thermomètre ne marque que 30°. On soutire donc par le robinet un pelit filet d’eau qu'on laisse couler jusqu’à ce que le registre soit presque entièrement descendu à son arrêt inférieur, c'est-à-dire qu'il laisse libre toute l'ouverture. La com-

anaP. 4°,

bustion de la lampe H devenant plus active, la chaleur s’accroitra, l’eau augmentera de volume, le registre montera et diminuera proportionnellement à cette dilatation le passage de l'air, et arrivera à son plus haut degré d'ascension ou en approchera. Le thermomètre aussi aura monté de { ou 2°; mais le passage de l’airétantrétréci, la combustion se ralentira, l’eau moins dilatée laissera tomber le flotteur et avec lui le registre, et l’effet contraire se produira, el ainsi de suite.

La lampe s'introduit sous le réservoir par une petite ouverture O qu'on tient fermée avec une porte. À la partie supérieure du réservoir B, est soudé un tube court J, qui passe par un trou pratiqué au fond du panier, et qui est destiné à soutenir un petil godet dans lequel on met un peu d’eau.

La mèche de la lampe doitétre mouchéeune fois le matin et une fois avant qu'onse couche. Ilsuffitaussi d'ymettre de l'huile deux fois par jour. On visite également le iube régulateur de temps à autre, pour voir s'il ne Sest pas évaporé un peu d'eau, et vérifier si le point le plus élevé et le plus bas de la dilatation de l’eau correspondent bien à la plus petile et à la plus grande ouverture du registre.

Au reste, dit M.LEMARE , ces couvoirs ont réussi, quoiqu'ils ne fussent pas munis de régulateurs du feu, et la chaleur s’y conserve très-bien.

$ II. — Étuve Bonnemain.

Les couvoirs déjà décrits ne sont guère propres qu’à une incubation pratiquée sur une pelite échelle; quand on veut faire de cet art l’objet d’une spéculation étendue, il faut avoir recours à des étuves plus vastes, el établies sur un plan différent. Celle qui a donné les résultats les plus avantageux est l’'étuve de BonNNEMaIN, qui s’est occupé, en France, avec succès, de l'incubation artificielle.

Cette éluve est construite sur le principe de la circulation de l’eau, principe fondé sur cette observalion qu’on est à mème de répéter chaque jour, que dans une chaudière remplie d'eau, et sous laquelle on allume du feu, les premières portions du liquide qui sont échauffées deviennent plus légères et montent à la surface, tandis que les portions

ui sont restées froides à la surface vont au ond prendre la place de celles qui s'élèvent. Ce phénomène se renouvelle tant qu'il y a inégalité dans la température des différentes couches d’eau. Ainsi, si à la chaudière fermée A (Ag. 86),on adapte un tuyau B, qui s'élève à une certaine hauteur, et redescende ensuite en faisant diverses sinuosités D, jusque près du fond de la chaudière dans laquelle il rentre en C, qu'on remplisse d'eau tout l'appareil, et qu'on allume du feu sous la chaudière, les

Fig. 86.

ETUVE BONNEMAIN. Bi

1"<< portions d'eau imprégnées de calorique et devenues pluslégères, monteront à la partie supérieure de cette chaudière, puis dans le tube B, où, dépouillées en parlie de leur chaleur par l’air environnant, elles s’'écouleront par le tuyau D, et rentreront en C dans la chaudière. Cette circulation continuera tout le temps qu'il y aura du feu sous la chaudière, et si l’on suppose que les tubes rampent dans l'intérieur d’une chambre ou d’une étuve, l'air intérieur s’échauffera par son contact avec les parois des tubes chauds, et on pourra ainsi élever d'autant plus la temperature qu’on augmentera davantage l’étendue ou la surface des tuyaux. Un appareil de cette nature, employé à chauffer un espace quelconque,senomme un calorifere à eau chaude. On conçoit qu’on pourrait, par des moyens à peu près analogues, faire circuler dans les tubes de l'air chaud ou de la vapeur d’eau bouillante, comme M. BarLow l’a fait en Angleterre pour un établissement d'incubation artificielle.

L'étuve de Bonnemain se compose d’une chambre carrée ou oblongue, dont les parois sont en briques , et qui est chauffée par des séries de tuyaux faisant partie d’un calorifère à eau chaude. Sur la chaudière A (Æg. 87) de

Fig. 87.

ce calorifère, est implanté un tuyau vertical D G réuni avec un tuyau horizontal EF, auquel sont soudés des ajutages à rides B, qui s'adaptent à un égal nombre de tubes & a introduits dans la paroi de l’étuve. Ces tubes

traversent celle-ci sous une pente insensible, et vont sortir par le côté opposé, où, après s'être deux fois recourbés, ils rentrent, 8 à 9 po. au-dessous, dans l’étuve qu'ils traversent de nouveau pour ressortir et renirer encore.

Enfin, après avoir fait dans l’étuve 2 ou 3 circulations semblables, ils se réunissent de nouveau au dehors dans un seul tube transversal H, auquel est adapté un tuyau R qui descend latéralement dans la chaudière jusque près de son fond: ce tuyau, dans sa partie plongée dans la chaudière, est entouré par une enveloppe pleine d'air qui empêche que l'eau descendante ne soit échauffée avant d'atteindre le fond. Il serait sans doute plus convenable de ne faire rentrer ce tuyau que près du fond de la chaudière. Un tube ouvert

:K , élevé au-dessus du point le plus haut du

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