QUALITÉS ET DÉFAUTS DE LA LAINE
les laines fines que les bouts rompus se retirent sur eux-mêmes en reformant leurs ondulations primitives, tandis que les bouts d’une laine commune traitée de la même manière, restent à peu près droits et ne reprennent plus leur forme première. En masse, la laine fine comprimée peut être réduite proportionnellement à un plus petit volume que la laine commune. L’élasticité est une qualité précieuse pour la fabrication, et qu’il faut apprendre soigneusement à apprécier.
5° La longueur. C'est un caractère qu’on
eut prendre en considération. Généralement a finesse et les autres qualités précieuses de la laine ne se sont guère rencontrées jusqu'ici que dans des laines qui ne sont ni courtes ni longues, c’est-à-dire dont le brin étendu a de 2 et demi à 4 pouces de longueur. Les fabricans d’étoffes foulées préfèrent les laines fines et courtes; l’éleveur, au contraire, devrait s’efforcer d'obtenir @es laines fines et longues. Le brin moelleux et transparent d'une laine fine s’'alonge ordinairement, par suite de ses ondulations, des deux tiers environ de la longueur de la mèche.
6° Le moelleux est une qualité qui donne aux étoffes un toucher soyeux, plus recherché quelquefois que la finesse. Une laine est d’autant plus douce et moelleuse que le brin en est plus fin, plus rond , plus égal, et les ondulations plus petites. C’est par le toucher qu on juge de cette qualité. On appelle revéche une laine qui manque de moelleux et de douceur.
7° La souplesse. Une laine élastique et moelleuse cède au plus léger effort de pression, et une laine souple, tirée suivant le sens de sa longueur, s’alonge jusqu'à un certain degré avant de se rompre. Il arrive parfois que les laines d’une moindre finesse sont plus souples que des laines très-fines.Cette propriétéreposesans doute sur la structure organique du brin.
8 La égereté est une qualité qui, dans la laine des animaux bien portans, doit, seton les règles, accompagner la finesse, la douceur, le moelleux et la blancheur du suint. Elle est très-recherchee des fabricans, puisqu'avec un même poids de laine saine on fabrique une plus grande surface d’étoffe, et que le produit est plus léger et mieux corsé. L’éleveur doit toulefois veiller à ce que les toisons de ses animaux ne deviennent pas trop légères, et s'efforcer de suppléer à la légèreté spécifique du brin par la densité et le tassé de la toison. Il ne faut pas confondre cette qualité avec la légèreté des laines mortes ou d'animaux malades.
9° Le lustre, l'éclat ou le brillant. Presque toutes les laines possèdent cette propriété, mais ellese rencontre à un degré éminent dans la laine des mérinos. Ce sont les läines de ce genre les plus fines, les plus moelleuses, celles où les brins courent bien parallèlement, qui la possèdent au plus haut degré et chez lesquelles elle se conserve en grande partie après toutes les manipulations en fabrique. Une laine matte désigne un animal Ed 5
10° Le zerf ou la force. C’est la résistance plus ou moins forte que le brin oppose à la rupture quand on y suspend un poids, ou bien lorsqu'on le prend entre le pouce et l'index de chaque main et qu'on écarte celles-ci assez
vivement l’une de l'autre. Il est vrai que, plus une laine est grosse, plus elle oppose de résistance ; mais la laine fine proportionnellement à son diamètre en oppose davantage, et à grosseur égale, un fil de laine fine filée est plus fort qu’un fil de laine commune. A finesse égale, on doit donner la préférence à la laine qui a le plus de nerf.
11° La faculté de feutrer. C’est une propriété qui dépend de la structure des brins de la laine. Les laines qui possèdent au plus haut degré cette qualité donnent aussi à la filature les fils les plus beaux, les plus égaux, à grosseur égale les plus fins et les plus solides, et après la foule les draps les mieux corsés. Cette qualité ne se rencontre guère dans toute sa perfection que dans les toisons oùles mèches sont courtes et tassées; elle s’allie très-bien à une grande douceur et à beaucoup de moelleux.
12° La pureté ou la netteté. On doit donner la préférence aux toisons pures et propres, et où le sable, la poussière, les impuretés de toute nature n'out pas absorbé le suint et enlevé à la laine sa douceur et sa souplesse. On entend aussi quelquefois par ces mots, que dans une Loison les mèches sont composées de brins bien égaux, entre eux et non pas de poils les uns fins et les autres de nature grossière, comme on le voit parfois chez les métis des premières générations.
13° La mollesse. C’est une propriété distincte de la souplesse, de la douceur et du moelleux , et qu’on apprécie au moyen du toucher. On la recherche dans les laines feutrantes pour les draps les plus fins, et c’est une qualité nécessaire dans les laines de peigne pour la fabrication des cachemires , des mérinos , bombasins, etc.
$ II. — Défauts de la laine:
1° Laine feutrée. On nomme ainsi les toisons où les brins, au lieu de croître parallèlement, s’enchevêtrent et s’enlacent les uns dans les autres, de manière à former une sorte de feutre qu’on ne peut ouvrir sans rompre la laine. C’est un grave défaut qui rend cette substance impropre à la fabrication des étoffes. Les mérinos purs présentent rarement cette imperfection ; on la trouve arfois chez les métis et fréquemment chez es moutons communs.
2° Laine fourchue. C’est le résultat d’une maladie chez l'animal, ou du passage subit d’une nourriture pauvre, prolongée pendant long-temps à une nourriture abondante, salubre et de bonne qualité, ou réciproquement. La laine, arrêtée dans sa croissance ; meurt à son extrémité, mais elle reste unie près de sa racine avec la nouvelle laine qui ousse et forme ainsi un brin double dont es deux filamens se séparent au moindre effort.
3° Laine morte. C’est le résultat de la vieillesse chez les moutons, ou d’une maladie de l'animal, pendant laquelle la laine cesse de croître et meurt. Dans ce dernier cas, lorsque la santé se rétablit, l’ancienne laine est chassée par la nouvelle et se détache avec facilité. Ni l’une ni l’autre de ces deux laines n’ont de prix pour le fabricant ; l’une a perdu ses qua-
lités et prend mal la teinture, l’autre est ordinairement trop courte lors de la tonte, et se perd au lavage, elc.
4 Laine inégale. Cette laine est à son extrémité plus grosse, moins ondulée et moins élastique que dans le reste du brin. et souvent est morte dans cette partie de sa longeur. Un mauvais régime chez les moutons en est souvent la cause. On la rencontre aussi souvent chez les métis des 4 premières générations.
5° Laine vrillée. La laine vrillée, tordue ou cordonnée, est celle dans laquelle les brins , tournant sur eux-mêmes, s’enlacent les uns dans les autres pour former de petits cordons ou écheveaux, dont la réunion forme des sortes de mèches spirales, terminées par un nœud ou bouton ; ce défaut rend cette laine peu propre à la carde. C’est aux épaules qu’il faut surtout la chercher dans une toison.
6° Porls roides ou Percanino des Espagnols.
Ces poils, qu’on rencontre quelquefois même dans les plus belles toisons, sont courts, pointus, luisans, lisses, d’un blanc brillant et plus gros près de leur racine. Ils ne jouissent d’aucune des propriétés de la laine el s’en séparent en grande partie au lavage, au batiage, etc.
Ils n’ont d'autre désavantage que de diminuer la quantité de la bonne laine sur le dos de l’animal, et d'augmenter inutilement le poids des toisons.
7° Les Jarres ou poils de chien. Les jarres sont des poils longs qui s'élèvent au-dessus de la toison et qu’on remarque surtout aux aines, aux cuisses, à la queue et aux plis du cou ; ils sont dépourvus de douceur et ne prennent qu'imparfaitement la teinture. C’estundes plus grands défauts des toisons quand on les rencontre en grande quantité, et une laine jarreuse ne peut servir qu'à des ouvrages grossiers.
8° Laine bourrue. On donne ce nom à des brins qu’on rencontre surtout chez les métis des 1°" degrés, et qui, par suite de leur plus fort diamètre et de leurs ondulations irrégulières, manquent de moelleux. Ils s'élèvent en quantité plus ou moins grande au-dessus des mèches et nuisent beaucoup, en fabrique, à l’égalité, à la douceur et à l’uniformité des produits manufacturés.
9° Laine plate. Cette laine, en fabrique, se prête mal au filage et nuit à la bonté, au feutrage et à la solidité des étoffes ; elle manque d’ailleurs en partie de douceur, d'éclat et de moelleux ; il suffit pour la reconnaitre, quand le toucher est exercé, de rouler quelques brins entre les doigts.
10° Laïne maigre. C’est la suite de la mauvaise nourriture des moutons. Cette laine, au premier coup-d’œil, paraît être fine, mais elle manque des qualités recherchées dans les fabriques; elle est faible, sèche, tendre, matte, terne, et a perdu sa douceur et son élasticité.
11° Laine brouillce. On donne ce nom aux toisons dans lesquelles les brins se croisent et s’entrelacent , et, par suite de l'inégalité de leurs ondulations, ne croissent pas dans une direction parallèle. Cette laine a peu de valeur, parce qu'elle est difficile à travailler, qu’elle ne peut donner des produits de 1'° qualité et prend mal les couleurs claires.
12° Laine sèche et cassante. La sécheresse et la facilité à se rompre dénotent généralement
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cHap, 5°.
une laine grossière et d'une forme irrégulière; elle ne fournit que des étoffes roides, sans élasticité et dépourvues de moelleux.
13° Laine faible et tendre. On la recueille sur des animaux malades, faibles, jeunes ou morts, ou bien c’est une laine 4e bonne nature
ui, après la tonte, a été abandonnée dans un leu humide et a perdu ses qualités; elle n’a presque aucune valeur.
14° Laine colorée. Ce n’est pas, à proprement parler, un défaut, mais un accident qui enlève aux laines fines une partie de leur valeur, surtout pour celles destinées aux étoffes les plus belles et teintes en couleurs délicates et claires. On a remarqué que la laine de couleur était généralement plus grosse, plus dure et moins souple que celle qui est blanche.
SECTION II. — Classement et triage des laines.
Deux opérations sont nécessaires pour assortir et classer les laines suivant les qualités ou les propriétés qui les font rechercher dans les arts et les manufactures. La 1°° est le classement des moutons, ou bien le classement de leurs toisons, après qu’on les en a dépouillés, opération qu'on nomme quelquefois déchiffrage ou détrichage des loisons. La 2° est le triage ou séparation des diverses portions de ces mêmes toisons, suivant les qualités commerciales de chacune de ces parties.
Avant d'entrer dans des détails sur le classement et le triage des laines, nous allons donner un apercu sommaire des noms sous lesquels on distingue les différentes espèces sur le marché de Paris.
On partage d’abord les laines en plusieurs espèces,savoir : laines de toison, ou laines enlevées au moyen de la tonte sur des moutons vivans ; laines de moutons gras, ou celles qui ont été enlevées en toutes saisons sur les moutons, avant de les livrer à la boucherie ; /aines de peaux, ou dépouille de la peau des moutons quiont été abattus, et qui différent des suivantes en ce qu’elles sont recueillies en suint ; Zaines d’abat, pelures, pelades, ou laines enlevées sur les peaux des moutons livrés au boucher, au moyen de la chaux :elles n’ont plus ce moelleux et ce nerf que conservent les laines vivantes; laines mortes, morines, celles abattues sur la peau d'animaux morts d’accident ou attaqués de maladies.
Les laines sonten suënt, surges Où en gras, quand elles n’ont pas été passées au lavage; lavées à dos où sur pied, quand elles ont subi cette opération sur le dos des moutons; et /avées, blanches, où en blanc, quand les toisons ou les laines triées ont été soumises au lavage. Les pelures assorties par qualités par les faveurs, et épurées par le lavage, sont connues sous le nom d’écouailles.
En général les laines, quelle que soit leur origine ou leur nature, sont assorties par qualités. Ces qualités portent, soit des noms, soit des numéros, dont l’ordre est déterminé suivant la finesse du brin; ainsi, parmi les laines indigènes on distingue la prime, c’est-à-dire la laine la plus belle et la plus fine, qu’on récolte sur la toison de nos moutons indigènes; siennent ensuite les 1'°, 2°, 3°, 4° qualités,
CLASSEMENT ET TRIAGE DES LAINES
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quidécroissent ainsi successivement jusqu'aux laines les plus communes. Dans les laines fines on fait encore un plus grand nombre de qualités. Ainsi, on désigne sous le nom d’extraprime où d’extra-fine la laine superfine des races améliorées de moutons français ou étrangers; telles sont les laines du troupeau de Naz (Ain), ou des troupeaux quiensontissus; celles des moutons de la Saxe, de la Bohème, de la Silésie ou de la Moravie importés en France, ou croisés avec nos mélis ou nos merinos de pur sang. Après celte laine vient la prime, qui est encore une laine de choix, récoltée sur quelques parties du corps des mérinos fins, ou sur nos métis, puis une série de qualités désignées sous le nom de 1°°, 2°, 3°, 4°, 5°, etc., qu'on abat sur des mérinos moins fins, sur des mélis dont la toison n’a pas encore atteint un haut degré d'amélioration, elc.
$ 1°. — Classement des moutons ou des toisons.
Pour être à même de classer des moutons ou leurs toisons, il faut d'abord connaitre les principales espèces de laines que produit le sol français. Nous n'avons pas la prétention de classer toutes les laines françaises, travail immepse et très-difficile, mais nous pensons que comme 1'° division elles peuvent être rangées sous les quatre catégories suivantes.
1° Les /aines indigènes. Ces laines comptent un très-grand nowbre de variétés que nous chercherons toutefois à réduire aux trois suivantes.
Les laines grossiéres provenant de moutons indigènes abätardis, malheureusement trèsrépandus encore sur notre sol. Les toisons de ces animaux sont généralement composées d'une laine grossière, mégale, sans ondulations, roide, jarreuse, a plupart du temps brouillée, et qui n’est guère propre qu'à la grosse draperie, aux tapis et moquetles, à la grosse couverture, aux lisières des draps fins etcommuns, à ia grosse bonneterie et passementerie, enfin aux matelas bons et ordinaires.
Les laines communes , moyennes et bonnes sont aussi très-nombreuses en France, et connues sous le nom de beauceronnes, picardes, sologne, médoc, béarnaises, bayonnaises, etc.; elles servent à la fabrication des draps pour l’habillement des troupes, des londrins pour les échelles du Levant, l'Asie et les Amériques, ainsi que pour les couvertures ordinaires et mi-fines , les molletons, les grosses flanelles, les serges, les cadis, les tricots, la bonneterie et la passementerie, etc. Ces laines sont généralement , ainsi que les précédentes, lavées sans triage et conservées en toisons.
Les laines mi-fines, fines et superfines ou refins indigènes, récoltées les 1°*° dans les départemens de l'Hérault, del’Aveyron, del’Aude, des Pyrénées-Orientales, etc. et les autres dans le Gard , les Bouches-du-Rhône, le Var, Vaucluse, et dans les anciennes provinces du Poitou, du Berry, de la Champagne et la Sologne, etc. Ces laines, suivant leur degré de finesse, peuvent souvent être classées avec celles des métis de mérinos et brebis communes des 1°, 2°, 3° ou 4° générations, elles servent à Ja fabrication des draps mi-fins et autres tissus, et ne sont pas généralement livrees au commerce en suint, mais lavées.
9° Les laines des métis où laines indigènes |
perfectionnées, qui diffèrent beaucoup entre elles suivant le degré de perfectionnement où le métis est arrivé, c’est-à-dire depuis le 1°* croisement où une amélioration sensible se manifeste déjà, jusqu’au 30°, où les animaux, si l’on a observé avec rigueur les principes raisonnés de la propagation avec des béliers su-
erfins, sont parvenus à la fixité du type et à a constance du sang, et donnent des produits au moins aussi beaux que ceux des mérinos superfins. Nos métis, avec les races espagnoles, fournissent déjà aux 2° et 3° croisemens des laines comparables aux plus belles ségoviennes, sorianes et estramadures; aux 3° ou 4‘, des laines aussi belles que les léonaises, et aux 4°, 5° et 6°, des produits presque aussi perfectionnés que les mérinos purs.
3° Les /aines de mérinos de pur sang, qui sont celles qui réunissent les qualités les plus précieuses pour la fabrication des draps superfins el des étoffes les plus belles. Ces laines, ainsi que les précédentes, sont maintenant ré-
andues avec assez d’abondance sur le sol de a France, mais toutefois avec les différences qu’apportent la race, la variélé, la famille et le régime.
4° Les laines longues et lisses des moutons anglais des races de Leicester, Dishley, Lincoin, Teeswater, Romney-Marsh , importées récemment en France, ou celles de leurs métis, entre autres ceux obtenus depuis peu à Allort par M. Yvarr avec des brebis artésiennes et mérinos, et qui servent surtout à la fabrication des étoffes rases.
Les quatre catégories précédentes seront généraiement suffisantes,pour classerdes troupeaux, à l’éleveur ou propriétaire qui possède diverses races de moutons et qui vend sa laine en suint; mais quel que soit le degré d'amélioration d'un troupeau , il y a toujours des différences sensibles entre les toisons des animaux qui le composent, et si on veut séparer ces divers degrés de finesse, il faut procéder à une classification plus précise et plus détaillée.
Dans les trois classes de laines indigènes on pourra aisément former des lots de tous les animaux qui se rapprochent le plus par la finesse de leurs taisons. Dans la catégorie des métis on peut subdiviser encore ces animaux suivant le point de perfection où ils sont arrivés, ou bien suivant la quantité de laine prime qu’ils peuvent donner.
Ainsi à la 4° génération un métis adulte issu de béliers superfins donne en moyenne, dans les établissemens bien dirigés, 25 p.° de prime, 50 p. °/, de 1°‘ qualité, et 25 de 2° et 3°. Après 16 à 20 générations, et toujours avec des béliers superfins, un métis donnera 20 p. ‘ d’extra-prime, 50 de prime, 20 de 1'° et 10 de 2° qualité. Quand on ne veut pas multiplier les divisions, on peut simplement classer ces moutons en métis fins, 2°, 3°, 4° croisemens, et en métis surfins, 4°, 5°,6° croisemens.
Quant aux mérinos proprement dits, on
eut les classer : 1° en moutons de race super ine, tels que ceux du troupeau de Naz, ou des troupeaux de Beaulieu (Marne), de Pouy (Yonne), de Pontru (Aisne), etc., qui en sont issus, ou les moutons descendus des races de
la Saxe, dites électorales, importées en France, tels que letroupeau deVillotte Côte d'Or),etc.; 2° en mérinos purs ou moutons des plus beaux troupeaux de la France, mais qui n’ont pas encore atteint le degré de perfection des précédens, tels que ceux de M. de Polignac dans le Calvados, le troupeau de Rambouillet, elc.; 3° en mérinos ordinaires issus directement de races espagnoles et fournissant des laines semblables à celles de ce pays.
Parmi ceux-ci on pourrait distinguer les animaux qui descendent des races léonaises, ségoviennes ou sorianes, qui sont les 3 types qui fournissent les laines les plus fines et qu'on a le plus fréquemment importées en France pour la propagation. La première surtout, qui est la plus perfectionnée , présente encore plusieurs variétés parmi lesquelles celles appelées Infantado, Guadaloupe, Paular, Negretti, Escurial, etc., sont les plus nobles et les plus belles, mais offrent des différences appréciables dans les caractères physiologiques, ainsi que dans la nature des toisons.
Dans les bergeries les mieux tenues de la Saxe et de la Bohème, après que les animaux ont été classés suivant une des catégories précédentes , ou leurs subdivisions, on les sépare encore en brebis, moutons, béliers et agneaux, qu’on lave et qu’on tond séparément. Non seulement la brebis l’emporte sur le mouton et celui-ci sur le bélier pour la finesse de la laine , mais on peut établir comme un fait constant que les plus vigoureux ou les plus jeunes le cèdent sous ce rapport aux plus faibles et aux plus âgés.
Les manufacturiers, indépendamment de la finesse, classent ordinairement les toisons suivant l'emploi que l’on fait de la laine dans les arts. Dans ce système on peut comprendre dans une 1'° division toutes celles dont la laine est fine, courte (2 à 4 po.) et ondée, qu’on nomme aussi aire de carde, et qui, par la facilitéaveclaquelleelle se feutre, estéminemment propre à la fabrication des étoffes drapées; telles sont celles de la plupart des mérinos ou de leurs métis et d’un grand nombre de moutons indigènes.—Dans la 2° division on range les laines de peigne, laines lisses, laines longues et brillantes, qui sont celles qu’on destine à la fabrication des étoffes rases, telles que burats , étamines, bouracans, camelots, popelines, bombasins, étoffes pour gilets, flanelles , passementerie, etc. Ces laines sont généralement à mèches longues (5 à 22 po.), d'un aspect soyeux, brillantes, sans ondulations, susceptibles d'acquérir et de conserver par le peignage et la chaleur un parallélisme parfait entre les brins et ne se prêlant qu'avec difficulté au feutrage. Telles sont les laines fournies par nos moutons de la Picardie, de l’Artois, de la Flandre, du pays de Caux, de la Champagne, de la Bourgogne, du Soissonnais, et par les moutons anglais récemment introduits, ou celles des moutons d’Oostfrise. Dans ces laines la finesse du brin a moins d'importance que la longueur.—On peut former une 3° division pour les laines qui réunissent la longueur à un certain degré de finesse, et qui sont destinées à la fabrication de ces tissus moelleux et solides connus sous le nom de mérinos. On distinguera encore dans cette
CcHAP. 5°.
division les lames propres à la fabrication des châles, au broché, etc., et à la bonneterie d’'Estame, ou objets de bonneterie qui sont le produit de laines longues et lisses préparées à la filature par le peignage.—Enfin on peut établir une 4° division pour des laines propres à la chapellerie et qui ,comme celles de Brème ou bien celles récoltées sur les moutons proveaus du croisement de nos races indigènes avec des béliers égyptiens ou abyssins, se feutrent avec autant d'énergie que les laines ondées, lesquelles donnent un feutre ras, tandis que celles-là ont l'avantage de laisser ressortir l’extrémité des brins pour former le poil du feutre. Ces laines seraient aussi très-propres à la passementerie, à la confection des lisières des beaux draps noirs de Sédan, et à remplacer ce qu'on appelle le poil de chèvre d’Angora dont on fabrique des étoffes légères, etc.
Après que les moutons auront été rangés suivant les catégories ou divisions que nous avons fait connaitre précédemment, on procèdera à la tonte; mais on peut très-bien attendre après cette opération pour classer les toisons. Quoi qu’il en soit, si l’éleveur n’entreprend pas lui-même le lavage de ses laines en toison, il les exposera pendant quelques jours à l'air sur une prairie bien propre et par un beau temps , ou dans des endroits suffisamment aérés, pour les faire sécher ; ensuite il les mettr aen paquets, puis en balles pour les expédier ou les livrer aux marchands, bénéficieurs , laveurs de laines, ou fabricans.
Pour mettre la laine en paquets on étend la toison sur une table, la face quitenait au corps de l’animal en dessous, et on replie tous les bords sur le milieu de l’autre face. On fait du tout un paquet qu’on arrête en alongeant quelques parties de laine que l’on noue ensemble, ou qu'on lie avec des ficelles, de la paille ou de l'écorce de tilleul. Les toisons disposées de cette manière sont livrées, ou emballées, ou cp mises en tas jusqu’au temps de les ven-
re.
Dans les lavoirs à facon, chez les marchands de laine qui s'occupent principalement de l’assortiment et du lavage des laines fines, où l’on reçoit des laines de troupeaux divers qui diffèrent par leurs caractères et leurs propriétés, et où l’on fait enfin un très-grand nombre de qualités diverses pour répondre à tous les besoins des arts et à toutes les demandes du commerce, on doit procéder à l’assortiment et au triage avec plus de soin que les propriétaires.
Les qualités les plus importantes pour les laines de premier choix, celles qui doivent servir de base à l’assortiment, sont la finesse, l'égalité du brin, le moelleux, l’élasticité, le nerf et la qualité feutrante. Généralement la finesse est la qualité qu’on recherche le plus dans la laine ; mais l'égalité du brin a une telle importance pour les étoffes feutrées, qu’à égalité de finesse, et même à finesse un peu inférieure, on donne la préférence à la laine dont le brin est égal dans toute sa longueur. Après ces qualités, c'est pour les uns le moelleux et pour d’autres le nerf ou la qualité feutrante qui donnent le plus de valeur à la laine, suivant l'emploi auquel on la destine.
Pour se guider dans l’assortiment des toisons , outre les caractères de la bonne et de
CLASSEMENT ET TRIAGE DES LAINES
la mauvaise laine que nous avons fait connaitre, on peut avoir recours à quelques autres signes extérieurs, parmi lesquels nous citerons les suivans.
La structure de la toison. Cette structure est ordinairement caractéristique dans les bêtes fines, et avec l'examen du brin elle fournit les notions les plus exactes sur les qualités de la laine. Suivant les éleveurs allemands , une belle toison est celle qui présente une grande homogénéité, et qui est uniforme depuis le chignon jusqu’au bout de la queue, celle où les brins sont fins, moelleux, finenent ondulés, uniformément et régulièrement développés, courant bien parallèlement enire eux, puis se réunissant vers leur extrémité au nombre de 2,000 à 3,000 pour former une mèche distincte, courte, ronde, obtuse au sommet et égale sur toute l'étendue de la toison.
Les ondulations du brin.La laine est d’autant plus finement ondulée qu’elle est elle-même plus fine, et le nombre de ces ondulations peut même servir à déterminer le degré de sa finesse, Nous trouvons dans les auteurs allemauds la table suivante des ondulations contenues dans une longueur d’un pouce pour des laines de la Saxe de diverses qualités:
Super-électa . . 30—36—40 ondulations.
Electa 1°" choix 28 à 34 ==
— | 2% choix 25227 — Prime 1% choix 22 à 24 ==
— 9° choix 19 à 21 — Seconde:..#: : 16à 18 — Troisième . . . . 12à 15 — Quatrième ... 10 à 12 ——
Il y a toutefois des laines d’une grande finesse qui restent lisses et ne forment pas d’ondula- Uuons.
Le tassé de la toison.Les mérinos allemands ont la laine moins lassée que les mérinos francais; cependant le tassé est un caractère qui indique généralement que l’animal est d’une race fine et qu'il était dans une bonne condition au moment où il a été dépouillé. Une toison peu fournie et peu tassée indique qu’une laine est commune, ou que l’animal sur lequel on l’a enievée était malade où succombait sous les coups de la vieillesse.
La couleur de la laine. Ta laine grasse varie dans sa couleur suivant celle du suint, qui est tantôt blanc, tantôt jaune paille, tantôt jaune foncé et même brun et rouge ; néanmoins les éleveurs allemands donnent la préférence aux laines fines dont le suint est de couleur claire et de nature huileuse, parce que non seulement elle se blanchit mieux, mais, suivant eux encore, parce qu’elle prend mieux les couleurs, surtout les plus claires, et qu’elle a plus d'éclat. Bien entendu qu'il ne s’agit ici que des laines fraichement tondues, puisque, après un certain temps, le suint prend par l'exposition à l'air une couleur jaunâtre ou brune, plus où moins foncée. Quant aux laines lavées, la blancheur et l’éclat sont avec la finesse les propriétés les plus recherchées.
Dans le classement on ne doit assortir que des toisons où se trouve de la laine d’une égale finesse, et la laine fine ne peut guère étre associée qu'avec la laine fine. On réussira d'autant mieux dans le classement qu’on assortira des jaines d'animaux d’une même va-
riété, d’une même race, d’une même famille ou d’un même troupeau. On conçoit que l’on ne devrait pas classer ensemble des laines courtes et longues, des laines ondées et des laines lisses, des laines moelleuses et souples avec celles qui sont sèches et cassantes, une laine plate avec une laine ronde; qu'il faut, autant que possible, que les laines qu'on assor-tit serapprochent sous le rapport-de la nuance, de la couleur, etc., etc. Cependant on fait parfois, pour les besoins des arts, des mélanges où l’on cherche, en réunissant des toisons de qualités diverses , à obtenir une laine de qualité moyenne, plus propre et mieux adaplée à la fabrication des tissus qu’on désire obtenir.
$ II. —Triage des laines.
Excepté dans les races de mérinos trèsperfectionnées, telles que les races de la Saxe, dites électorales, celle de Naz, etc., où la majeure partie de la toison est d’une finesse presque égale,même celles des pattes, une toison, la plupart du temps, renferme diverses qualités de laines qu'il s’agit de séparer. C’est le travail nécessaire pour cette séparation auquel on a donné le nom de triage. Cette opération est assez délicate et exige infiniment d'aptitude et d'exercice pour juger et mettre à part dans une toison les diverses qualités qu'elle peut renfermer. Un triage rigoureux donne cependant de la valeur aux laines; le défaut de triage ou un triage négligé est au contraire une cause de discrédit.
Pour procéder régulièrement au triage, oncommence par jeter sur le plancher d’une pièce propre et bien éclairée toutes les toisons assorties d'une même division; on les délie, si elles sont en paquets, puis on les déroule et les étend sur une table. Toutes les loquettes ou mèches et portions détachées sont mises à part. Si les toisons sont trop serrées ou tassées, on les ouvre avec un instrument de fer appelé fourchette, à pointes courtes, écartées et recourbées, en évitant toutefois debriser la laine. Cela fait, on épluche ou netloie la toison, c’est-à-dire qu’on enlève toutes les portions où la laine a subi quelque altération grave, ainsi que les croltips ou bien les corps étrangers d’un certain volume qui s’y rencontrent quelquefois.
Tous ces rebuts, qui contiennent de la laine, sont recueillis pour être lavés à part ou avec les dessous de claies où ordures qui passent à travers les claies au baltage. Après cela on sépare encore de la toison toutes les portions colorées, puis celles souillées par l'urine ou les excrémens et qui sont connues sous le nom de Jaunes. Enfin, ce travail terminé, on déchire la toison pour séparer les diverses qualités qu’elle présente, et qui sont jetées, chacune à part, dans des boites, des cases ou bien des compartimens formés par des claies, en ayant le plus grand soin de ne pas méler les qualités.
Voici maintenant les principes qui peuvent servir de guide dans le triage des toisons de toute nature.
Dans les toisons très-communes on ne distingue guère que trois qualités, la mére-laine,