DU SUINT DES LAINES
leurs, telles que le blanc, le jaune paille, le Jaune foncé, parfois le brun et le rouge. Toutes ces nuances disparaissent en grande parlie par le lavage, et la laine parait uniformément blanche après cette opération. On la rencontre encore sous plusieurs états; tantôt elle est molle, gluante, poisseuse; tantôt elle ressemble à du beurre et à de l'huile, tantôt eufinellea un aspect qui la rapproche del’un ou de l’autre de ces 2 états. A l’état poisseux, elle a le désavantage de ne pas pouvoir être enlevée par le lavage à l’eau froide, qu'elle rend très-difficile en retenant avec force les impuretés. 1: est même rare qu'avec une graisse poisseusc on trouve dans la laine une grande finesse, de la douceur, de la légèreté et du moelleux. Avec la consistance d’une huile, au contraire, la matière grasse a l'avantage de ne pas retenir les impuretés au lavage, d’être en grande partie enlevée pat l’eau froide, et d'annoncer et d'accompagner” souvent dans la laine la finesse, la douceur, le moelleux et l’élasticité. »
« La matière grasse, sur un même animal, est surtout abondante dans les endroits où croit la plus belle laine, tels que les côtés, le cou et le dos,tandis que dans les autres parties du corps, comme l’intérieur des cuisses, les pieds, le Jarret et la nuque, où l’on ne récolte qu’une laine de moindre valeur, elle est peu abondante. Cette graisse paraît être propre à la race des mérinos, car la laine des moutons communs en est exemple. Sa quantité paraît augmenter ou diminuer suivant l’état de santé de l’animal. La laine des mélis ne l’acquiert que par suite du croisement des brebis indigènes avec les mérinos. Quant à sa couleur, elle parait être suivant les apparences, le résultat du régime qu’on fait suivre à ces animaux, puisque en Espagne, chez les moutons transhumans ou voyageurs, de race léonaise, elle est généralement blanche, ce qui n’a pas lieu chez les moutons sédentaires ou estantes de la même faraille. » — On remarque aussi que les moutons de la Crau et de la Camargue, qui voyagent tous lesans des plaines d’Arles aux montagnes du Dauphiné, présentent également un suint blanc.
$ I1.— Opérations qui précèdent le lavage.
Les laines ayant été triées avec soin, il ne reste qu’à les éplucher et à les battre avant de procéder au iavage.
Pour éplucher les laines, on jette sur le plancher d’un atelier bien propre, une des qualités qui ont été formées au triage, puis on en prend une certaine quantité ou poignée, qu’on pose sur une he en bois élevée sur deux tréteaux; on l’étend, on l’ouvre et éparpilleau moyen de la fourchette de fer, puis on enlève à la main les mèches vrillées ou feutrées, les pailles, le crottin et toutes les grosses impuretés.
Cela fait, on procède au battage, qui a pour but de faire sortir la poussière et de séparer toutes les petites ordures que la main n’a pas détachées. Ce battage s’opère sur la claie au moyen de 2 baguettes lisses de bois, dont on frappe alternativement la laine avec les 2 mains, en ayant soin, pour dégager les
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baguettes de la laine, non pas de les relever Pour opérer le lavage à dos, on fait entrer perpendiculairement, ce qui enlèverait en | chaque mouton, dit DAUBENTON, dans une même temps des flocons de celle-ci et les eau courante Jusqu'à ce qu'il en ait au moins projetterait au loin, mais de retirer les bras | à mi-corps; le berger est aussi dans l’eau jusen arrière pour dégager du tas de laine la | qu'aux genoux; il passe la main sur la laine baguette avant de la relever. et la presse à différentes fois pour la bien
On pourrait se servir pour ce battage des | nettoyer. Dans les cantons où l’on n’a pas machines appelées loups dont on fait usage | d’eau courante, où quand on ne possède dans les fabriques de draperies; la laine en | qu'un‘ petit nombre de bêtes, on peut les serait mieux ouverte et plus pure. laver dans des baquets ou auges dans les-
Quel que soit le mode de lavage qu’on | quelles ils plongent, ou en versant l’eau avec adopte pour les laines, il faut, autant que { un pet sur la jaine des moutons en même possible, faire choix d’une eau pure, claire | temps qu’on la presse avec la main. et courante. Une eau dormante qui est pro- Dans tous les lieux où l’on a dans le voisipre peut aussi très-bien servir à cet usage. page soit une mare, un étang ou une rivière,
Les eaux qui cuisent bien les légumes, qui | on doit préférer d'y plonger presqu’en endissolvent facilement le savon, doivent obte- | Lier les animaux, en les y frottant etneltoyant nir la préférence.On doit éviter l’empioi des | avee soin. Quand on est à portée d’une eaux dures, crues, calcaires, séléniteuses, | chute où d’un moulin à eau, on peut placer non seulement parce que les sels calcaires | successivement les moutons sous la vanne de qu’elles contiennent décomposent le suint, décharge; la rapidité du courant suffit seule qui est un savon animal, mais parce que les | pour nettoyer leurs toisons. nouveaux sels insolubles qui résultent de Pour exécuter en Ecosse le lavage à dos {fig cette décomposition se précipitent el se | 101).on fait choix d’un ruisseau assez profond fixent sur la laine, l’incrustent, altèrent son Fig. 101. éclat, la rendent, quoique fine et douce, rude au toucher ou cassante, et nuisent sensiblement à ses bonnes qualités.
On remédie en partie à la dureté et à la crudité des eaux en fes exposant pendant 8 où 10 jours à l’avance au soleil el à lair,en yjettant del’urine humaine putréfiée ou bien des cendres de bois. Dans les eaux séléniteuses, c’est-à-dire qui contiennent du plàtre ou gypse en dissolution, une très-petite quantité de carbonate de soude suffit pour faire disparaître leur dureté. De même, en ajoutant un peu d’ammoniaque à celles q ul sont crayeuses, on parvient à les rendre douces.
$ III. — Des divers modes de lavage des laines.
Il y a deux modes distincts de javages, celui qui se fait à l’eau froide et celui qu’on exécute à l’eau chaude.
pour qu un homme ait de l’eau environ jusqu’à la moitié des cuisses. Trois laveurs au moins et cinq au plus sont placés à peu de distance les uns des autres dans l’eau, le 1°* à la partie inférieure du courant ou aval, et le dernier à la partie supérieure ou amont. Ainsi disposés, on passe un mouton au 1°’ laveur qui de la main gauche le saisit par la cuisse gauche, le retourne aussitôt, la main droite le tenant par la nuque. Alors ce laveur agite à plusieurs reprises l’animal dans l’eau, en le tournant, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, etenluiimprimant en même temps et successivement un mouvement doux en avant et en arrière. Pendant ce mouvement composé, la laine battue par l’eau s'ouvre, se nettoie et se rabat, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Après un certain temps ce laveur passe l’animal au 2° laveur qui estau-dessus de luiet celui-ci, après avoir répété la même opération, le transmet au 3°, et ainsi de suite jusqu’au dernier qui,après avoir examiné la peau et l’état de propreté de la laine, s’il les juge suffisamment nets, plonge le mouton dans l'eau jusque par-dessus la tête, le retourne et J’aide à gagner le rivage.
1° Lavages à froid.
Le lavage à froid peut se faire sur le dos des moutons, c’est ce qu’on nomme lavage à dos où sur pied, où bien avoir lieu après que leurs toisons ont été enlevées, classées, triées, épluchées et battues. Ce lavage, ainsi que nous l’avons dit en parlant du suint, est souvent suffisant pour les laines communes qu’il purifie complètement quand il est exécuté avec soin; mais, pour les laines fines de mérinos, il n’enlève la plupart du temps que le suint proprement dit, et laisse, au moins en très-grande partie, la matière grasse dont il faut ensuite se débarrasser en fabrique par l'opération que nous avons nommée dégraissage.
À. Lavage à dos.
Nous ne discuterons pas ici les avantages ou les inconvéniens du lavage à dos, dont nous traitons autre part dans cet ouvrage, nous voulons faire connaître seulement les méthodes qui devraient être employées quand on adopie ce mode de lavage.
Afin de prévenir les graves indispositions qui résultent pour les laveurs de limmersion prolongée des jambes dans l’eau froide, ainsi que la négligence qu'on apporte souvent dans l'opération du lavage, M. Youxe a proposé de former, au moyen d’un petit barrage, soit dans une eau courante, soit dans un étang, un bassin dans lequel les moutons pourraient. par des plans inclinés ou surfaces en pente, descendre par une extrémité et remonter par l’autre; au milieu, la profondeur serait assez grande pour qu'ils fussent obligés de nager. Le fond de ce bassin serait pavé, et6à7 pieds seraient une largeursuffisante. A l'endroit où les moutons commenceralent a perdre pied, on placerait plusieurs tonneaux ouverts à peu près comme les tonneaux de blanchisseuses, dans lesquels les laveurs, placés à sec, pourraient saisir, au passage, les moutons de la main gauche, puis de la droite, ouvrir et presser la toison mèche par mèche sans la brouiller,etenlever ainsi etexprimer la plus grande partie des impurelésetdesordures qui abandonneraient la laine avec le suint.
Les lavages dont nous avons parlé ci-dessus ont besoin d’être répétés plusieurs fois si l’on veut que la laine soit bien nette et de bon débit. Ils enlèvent à la laine environ 20 à 30 p. 100 de son poids, et la plupart du temps ils sont suffisans pour les moutons communs; mais les mérinos ont des toisons si tassées, qu’il est nécessaire de procéder pour eux au lavage d’une manière différente. A cet égard le mode employé en Saxe et en Silésie nous semble le plus convenable.
Pour opérer le lavage saxon, on fait choix d’un endroit peu profond dans un fleuve ou un ruisseau dont le fond est garni de sable ou de cailloux, et où le courant a une certaine force. La profondeur doit être assez considérable pour que l’animal ne puisse toucher le fond et se blesser. Un barrage en planches soutenues par des pieux ou toute autre disposition est nécessaire pour qu'il n'arrive pas d'accident aux moutons. Tout étant
disposé et le temps favorable, la veille du soir où doit avoir lieu le lavage, on fait plonger