LAVAGE À FROID DES LAINES
2 ou 3 fois, selon le besoin, tous les mérinos dans l’eau jusqu’à ce que leur toison soit bien imbibée, opération qu’on nomme #rempage, puis on les reconduit à la bergerie aussi rapidement que possible, afin d’un côté qu'ils n'aient pas le temps de sécher, et de l’autre pour que la laine et l'humidité qu’elle contient reprennent promptement la température du corps, circonstance qu’on favorise en fermant dans l’étable toutes les issues qui pourraient donner lieu à des courans d’air et au refroidissement des moutons.
Le jour suivant, on transporte également avec rapidité le troupeau au bord du ruisseau pour procéder au lavage en l’exposant le moins long-temps possible à l'air, pour que les toisons ne sèchent pas, car, dans ce dernier cas, les impuretés qui sont retenues par la matière grasse de la laine ne se détachent plus au lavage à froid, et ont même beaucoup de peine à être enlevées par le dégraissage en fabrique.
La tempéraiure, l’état de l’atmosphère, la race des animaux, servent à déterminer le nombre de fois qu’il faut faire passer les moutons dans le bain, à quelques momens d'intervalle, pour les nettoyer complètement. Les mérinos superfins sont plus difficiles à laver que les métis ou les moutons communs. Trois à quatre fois suffisent souvent pour certains troupeaux, tandis que d’autres ont besoin d’être soumis six à neuf fois à cette opération. Dans tous les cas, on parviendra plus promptement au but si plusieurs laveurs se passent de main en main les moutons dans le bain, ouvrent, nettoient et lavent convenablement la toison, aident les animaux à sortir du baïin, et les empéchent de fléchir sous le poids de Veau qui surcharge leur toison, de tomber et de se salir.
On a cherché à améliorer cette méthode, et on y est parvenu de la manière suivante :
Dans un bassin ou lavoir de forme oblongue, placé près d’un cours d’eau, construit en planches ou en maconnerie(£g.102), où l’on
NS
peut facilement admettre et vider l’eau, et de plus qui est d’une grandeur proportionnée au nombre des moutons qu'on veut laver, on pratique à chacune des extrémilés une vanne disposée de telle maniere que le bassin ne contienne que 2 à 3 pi. d’eau. Aux deux bouts, la profondeur doit aller en dimi-
nuant insensiblement pour que les moutons puissent descendre et remonter facilement.
Suivant M. Perrr, dans un bassin de ce genre de 12 pi. de large, 60 de long, avec un nombre suffisant de travailleurs et une abondance convenable d’eau, on peut laver par jour de 900 à 1900 moutons.
Le trempage a lieu comme précédemment en faisant traverser le bassin à la nage par les moutons, sans laisser écouler d’eau, mais en renouvelant seulement celle qu'ils enlèvent avec leur toison. Pendant ce passage une partie du suint se dissout et forme, avec l’eau du bain tiédie par le soleil, une sorte de dissolution savonneuse qui contribue au nettoyage de la laine dans les immersions suivantes.Cette première opération sert, comme on voit, à humecter et à pénétrer la laine, ainsi que les malpropretés qu’elle contient.
Dès que le dernier mouton sort du bain, on reprend le premier qui avait passé, puis dans le même ordre tous ceux qui l’ont suvi, et on leur fait traverser le bassin une 2° fois. L'eau du bain a dans ce moment acquis toute sa propriété dissolvante et détache la plus grande partie des impuretés des toisons. À cette 2° opération succède une 3° immersion après laquelle ; malgré les maipropretés qui flottent dans le bain, la laine est assez blanche et nette. Quand elle est terminée, les moutons sont reconduits promptement à la bergerie, où on les maintient chaudement sur une litière de paille fraiche et épaisse.
Après le bain on ouvre la vanne d’aval ou de chasse, on vide le bassin qu’on remplit ensuite d’eau nouvelle et pure, qui se renouvelle sans cesse par la vanne d’amont qu’on laisse entr’ouverte à cet effet.
Le lendemain matin dès l’aube du jour on procède au lavage. Des laveurs disposés sur 2 rangs et avec de l’eau jusqu’à la ceinture, se passent les moutons de main en main en sens inverse du courant, chacun pressant la laine et en exprimant le liquide trouble
u’elle contient, et ainsi de suite jusqu’au
ernier placé près de la vanne où l’eau affluente est la plus propre et la plus pure.
Si les localités permettent de déverser l’eau dans le bassin par un certain nombre de filets tombant de quelque hauteur, on place au-dessous de ces petites chutes les moutons au moment de les faire sortir du bassin,
our achever de donner à leur toison une
lancheur et une pureté parfaites, sans qu'il soit besoin, comme dans le procédé précédemment décrit, de faire passer les animaux un grand nombre de fois dans le bain de lavage.
Le trempage parait être aux auteurs allemands une opération si nécessaire pour un bon lavage, qu’ils conseillent, faute de bassins ou lavoirs, de l’exécuter dans des fosses creusées en terre, garnies de planches et remplies d’eau, dans des cuves, des auges, ou tout autre grand vase quelconque; quant au lavage définitif, il faut, autant que pos- Sible, le donner à l’eau courante ou au moins dans une eau dormante très-propre.
Le lavage saxon enlève une plus ou moins grande quantité de suint et de matière grasse,selon qu’il est plus ou moins bien fait. Les laines superfines de la Saxe, traitées ainsi, ont un rendement de 38 p. 0/0, parce que les toisons sont ordinairement très-propres et légères. Elles subissent encore un déchet de 30 p. 0/0 lors du triage et dégraissage à chaud.
Ea France, où les laines fines se vendent
la plupart du temps en suint, on fait peu d'usage du lavage à dos ; en outre, la toison des mérinos français étant plus tassée que celle des mérinos saxons, la laine se lave plus difficilement, les moutons sont plus longtemps à sécher, ce qui est préjudiciable à leur santé.
B. Lavage à froid des laines en toison.
Pour procéder à ce lavage à froid, on jette Ja laine dans des cuves d’eau à la température de nr 1 2 et on l’y laisse tremper environ 24 heures. Elle pourrait, si elle était très-malpropre et impure, y rester 3 ou 4 jours sans que le brin éprouve d’altération. Lorsque l’eau a bien pénétré partout, on procède au lavage, qui se fait avec rapidité, en enlevant la laine, la déposant dans des paniers ou corbeilles, qu’on plonge à plusieurs reprises dans une eau courante, en ayant l'attention de soulever de temps à autre la laine avec un bâton lisse, mais sans latour. ner. Quand elle est ainsi suffisamment lavée, on la dépose sur des claies ou des tables faites en lattes minces, croisées et polies où elles’égoutte. De là elle est transportée sur un gazon bien propre, sur un plancher en bois ou des toiles placées au grand air où elle achève de se sécher; on peut aussi se servir pour cel objet de claies ou de filets élevés au-dessus du sol, ce qui facilite encore l’évaporation de l’eau.
Quand le local ne permet pas de laver la laine dans l’eau courante, on peut y procéder dans des cuves de 4 à 5 pi. de longueur, 2 ou 4 de largeur et 2 de profondeur. Si l’on peut disposer d’un filet d’eau qui renouvelle sans cesse le liquide de ces cuves, la laine en sortira plus pure et plus blanche. Dans une semblable cuve un homme peut laver un quintal de laine par jour.
Dans le lavage à froid des laines, celles-ci perdent à peu près autant que dans les bons lavages à dos, c’est-à-dire qu’il faut encore les dépouiller de 15, 20 ou 25 p. 100 de leur poids pour les mettre en état de recevoir la teinture.
2° Lavages à chaud.
Les lavages à froid ne sont guère pour les laines fines qu’une sorte de dépuration déjà fort utile pour faire apprécier les qualités de la laine, la débarrasser de ses impuretés et de son suint, mais qui n’ont pas le même but que le lavage à chaud, destiné en général à les purger de toutes les impuretés qu’elles contiennent, et à dépouiller le brin de l'excès de matière grasse qui l’enduit. Le lavage à chaud peut aussi se faire de plusieurs manières; nous citerons seulement celles usités dans les pays où la production des laines fines a le plus d’activité.
A. Lavage à dos et a chaud.
«Lelavage à dos et à froid, dit la Société d’agriculture de lIrlande, ne paraît pas suffisant pour purifier les laines quand les brins et les mèches sont agglutinés par une grande quantité de fiente, ou quand le suint est fort abondant. Il vaut mieux, dans ce cas, avoir
GHAP. 5°.
un grand cuvier, rempli d’eau à la température du sang humain (32° R.), dans lequel on plonge l’un après l’autre les moutons jusqu'à ce que la laine en soit bien ouverte.
On les lave eusuite dans l'eau de rivière comme à l'ordinaire. Ce procédé ne serait as d’uneexécution difficile ni dispendieuse; a chaleur du corps des moutons suffirait pour conserver la température du bain, et dans tous les cas quelques chaudronnées d’eau bouillante pourraient rendre à celui-ci la chäleur qu’il aurait perdue. »
Le célèbre BAKEWELL, danssonouvrage sur la laine, est aussi d’avis que tous les mérinos et leurs métis devraient être lavés de cette manière. «Il est impossible de nettoyer convenablement, dit-il, la toison de ces animaux par une simple immersion dans l’eau des rivières, par suite du tassé de leur toison. Le travail, et les frais que nécessiterait ce lavage dans des cuviers avec de l’eau chaude aiguisée d'un peu de lessive de potasse ou de soude, se trouveraient complètement compensés par l'excellent engrais que fourniraient les eaux de lavage. »
« En Suède, dit le baron Scnurz, on fait souvent usage de grands cuviers qu'on remplit d’une partie de lessive de cendres de bois tirée à clair, de 2 parties d’eau tiède et d’une petite quantité d'urine. Les moutons sont d’abord plongés dans ce bain; quand ils en sortent, on les fait entrer dans un second, à lamème température, mais où l’on n’a mêléa l'eau qu’une bien moindre quantité de lessive ; enfin ils sont retournés sur le dos et rincés dans un 3° cuvier contenant de l’eau claire et chaude, et le lavage se termine tou- Jours, après que le mouton est sorti de ce
dernier bain et est sur ses jambes, en versant
sur lui une quantité suffisante d’eau pure, et en exprimant en même temps avec les mains toutes les parties de sa toison. »
B. Lavages des laines à chaud.
Il y a plusieurs modes de lavages des laines à chaud : nous nous contenterons d’indiquer les suivans, en rappelant qu’il y a généralement 3 opérations distinctes dans ce mode delavage, savoir : l’'échaudage, qui consiste à plonger la laine dans un bain quelconque; le lavage, qui se fait dans une eau pure ou courante, et le séchage.
1° Lavage espagnol.
L'Espagne, qui a régénéré nos troupeaux, nous avait aussi enseigné une manière particulière de laver les laines et de les amener au degré d'épuration qu’elles doivent avoir avant de subir les opérations ultérieures en fabrique.
Le plus considérable et le mieux organisé des établissemens formés en Espagne pour nettoyer les laines, élait celui d’Alfaro, à peu de distance de Ségovie, dont M. PoYFÉRÉ DE CÈRE, qui l'avait visité avant sa destruction, nous à laissé une description exacte.
Ce lavoir se composait d’un bassin ellipti-
ue alimenté d’eau par des réservoirs et suivi
’un canal revêtu de madriers. Les berges du bassin et du canal étaient revêtues en ma-