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une bonde pour vider à volonté les eaux, un bourrelet de 16 pouces de hauteur pour retenir les eaux dans le canal, et une cage en bois couverte d’un filet à mailles très-serrées pour arrêter les laines qui pouvaient être entraînées par le courant par-dessus le bourrelet. Près du bassin était une chaudière montée sur un fourneau et destinée à four-
nir de l’eau chaude à des cuves où l’on met-
tait les laines en immersion. Des grillages en lattes servaient à recevoir et à faire égoutter les laines à la sortie des cuves, et un massif en talus avait la même destination quand
elles sortaient du lavage; voici les opérations qu'on faisait dans ce lavoir, telles que les décrit M. Poiféré de Cère dans son mémoire,
« L'eau élant donnée au lavoir et les laines
ayant été triées, on remplit les cuves d’eau chaude jusqu'aux 2/3 de leur hauteur; cette
eau est tempérée par de l’eau froide versée à volonté. Un homme pour en faire l'essai y plonge une jambe et y fait ajouter de l’eau chaude ou de l’eau froide jusqu'à ce que le degré de chaleur soit tel qu’il puisse le supporter sans être brülé; il donne alors le signal de mettre la laine en immersion : la durée de cette immersion se règle sur l’intervalle qu’il faut pour vider la 2° et la 3° cuve avant de revenir à la 1'*, et chaque fois on renouvelle entièrement l’eau du bain, ce qui est un des traits principaux du lavage espagnol. Un ouvrier descend dans une cuve, retire une certaine quantité de laine, et en remplit des paniers d’osier déposés sur le bord du grillage à égoutter. Des enfans, se tenant à des cordelles, montentsurlalaine contenue dans les paniers, et la pressent de leurs pieds pour en exprimer l’eau du suint dont elleest imbibée, la versentalors sur le grillage où 3 enfans la ramassent, la divisent et la déposent sur le bord du lavoir. Un ouvrier, c’est ‘homme important pour le lavage, placé sur une des marches du lavoir, prend la laine poignée à poignée, la divise encore et la laisse tomber dans le bassin. Deux hommes placés dans ce bassin et appuyant leurs mains sur une traverse solidement fixée dans les parois intérieures, agitent alternativement lajambe droite et gauche pour refouler l’eau et diviser les flocons de la laine. Ily a 11 à 12 pouces d’eau dans le lavoir. Quatre ouvriers placés dans le canalet s’appuyant de leurs mains sur les bords, répètent le mouvement des 2 hommes précédens. Quatre autres ouvriers aussi placés dans le canal ramassent la laine à mesure qu’elle est entraînée par le courant; ils en forment des paquets entiers, sans latordre nila corder, en expriment l’eau et la jettent sur le plancher des bords du lavoir, où unenfant la reprend et la jette sur l'égouttoir ou massif en pente. Deux autres enfans la relèvent et la font successivement passer à un ouvrier qui la ramasse pour la déposer en tas sur le sommet de l’égouttoir, où elle reste pendant 24 heures. Après cela on la porte sur une prairie voisine, qui a été ralissée etmême balayée avec soin, et sur laquelle on l’étend en petites parties jusqu’à ce qu’elle soit bien sèche, ce qui exige ordinairement 3 à 4 jours. La laine qui échappe aux
pp TiIt
104 ARTS A( 4 derniers ouvriers est entrainée dans la cage en bois où 3 hommes la remuent avec les pieds à mesure qu'ils la rassemblent, et en forment de petits tas qu'ils expriment avec les mains et qu'ils jettent sur le plancher où 2 enfans la recoivent dans de petits paniers, l'expriment et la portent sur le grand tas au sommet de l’égcouttoir. »
Quand la laine ne rend plus d’eau, les ouvriers, avons-nous dit, la portent sur le pré, où ils la laissent en petits monceaux. Le lenmalin on la remue en prenant une portion de laine qu'on secoue à la main. On la laisse ainsi une ou ? heures, ensuite on l’étend sur le pré, et on la retourne 3 fois dans le jour jusqu'a ce qu’elle soit sèche. Tandis que la laine est étendue ou qu'on la retourne, les apartadores où trieurs en retirent la laine défectueuse et celle dont la qualité ne répond pas à sa classe.
On voit que, dans le mode de lavage espa-
gnol, la laine est simplement soumise à l’action de l’eau chaude sans addition d'aucune matière alcaline ou savonneuse. On estime que la température du bain, qui est beaucoup trop élevée, est d'environ 60° R., el que la laine des mérinos du pays ainsi trailée, et qui est alors dite en surge, perd 40 p. 0/0 de son poids etconserve encore 15, 20 et 25 p- 0/0 de matière grasse qu’il lui faut enlever par le lavage en fabrique.
2° Lavage francais.
En adoptant en France le lavage espagnol, nous l’avons amélioré sous le rapport de la santé des ouvriers,perfectionné sous celui de la pureté et qualité des produits, et simplifié relativement aux manipulations et à la mise de fonds. En effet, il suffit aujourd’hui, pour entreprendre le lavage des laines fines, d’avoir un magasin pour les laines en suint, un
Fig. 103.
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hangard (fig. 103) pavé ou dallé, placé au bord d'uneeau courante, légèrement en pente vers l’eau, et sous lequel est placée une chaudière montée sur son fourneau et munie d’un robinet, quelques cuviers, et des paniers ou corbeilles. Des baguettes de bois lisses ou des petites fourches, des brouettes, des toiles à sécher et une chambre ou magasin à empiler, emballer et conserver la laine jusqu’à la vente, sont encore nécessaires.
Pour opérer le lavage tel qu'il est pratiqué aujourd’hui, on commence par remplir la chaudière d’eau pure.Cette eau est portée à la température de 30° à 40° R.; lorsqu'elle y est parvenue on en fait écouler une partie dans une cuve placée au-dessous, et on y plonge de la laine qu'on laisse ainsi tremper pendant 18 à 20 heures sans la remuer. Une partie du suint de celte laine se dissout, et cette première eau qui est, à proprement parler, une dissolution de savon à base de potasse,devient le principal agent du dessuintage. Cette dissolution est versée dans des cuves, et on y ajoute autant d’eau chaude qu'ilen faut (un quart environ) pour porter le bain à une certaine température que laimain par l’exercice apprend facilement à mesurer.
On estime que celte température ne doit pas dépasser 45° R. pour les laines primes, 40° pour la 1° qualité, 30° pour la 2°, 25° pour la 3°, etc., et que pour les laines communes elle doit à peine être tiède, parce que ces dernières contiennent moins de suintetsont
plus faciles à épurer. Le bain étant à la température fixée, on y plonge la laine à dessuinter par petites portions, et on l’y soulève continuellement à l’aide d’une petite fourche ou de baguettes lisses, afin d’en ouvrir les mèches et de les pénétrer de liquide. Si on la retournait, elle se cordonnerait. Au bout d’un demi-quart d'heure, ou un quart-d’heure au plus, la laine est suffisamment dessuintée ; on l’enlève alors avec la petite fourche ou les baguettes, par flocons d’un sixième delivre chacun, pour la déposer dans des mannes, paniers ou corbeilles d’osier qu'on tient suspendus un instant au-dessus des cuves, afin de perdre le moins possible d’eau saturée de suint; là elle s’égoutte pendant quelques momens, puis elle est transportée dans les corbeilles au lavoir placé sur les bords d’une eau courante. Depuis quelque temps les laveurs font usage de mannes en cuivre perforées de trous, ce qui prévient la perte assez notable de laine qui s’échappait quelquefois par les ouvertures des paniers d’osier.
Les avis paraissent partagés sur le moment où il faut plonger la laine dessuintée dans les eaux de lavage. Les uns assurent que plus la laine est encore chaude quand on la lave à l’eau courante, plus elle s’épure. Des laveurs et filateurs m'ont assuré au contraire qu'ils laissaient constamment refroidir la jaine avant de la laver, parce que, disent-ils , elle devient plus blanche, et que n'ayant pas été saisie par la différence de
GHXP: 5°.
température, elle a plus de douceur et se file plus aisément. Ce qu'il y a de certain, et ce qui parait avoir éle conslalé par M. Cne- VREUL, c’est que les laines qui ne sont lavées qu'après avoir été refroidies complètement prennent mieux la teinture et ne blanchissent pas par le froitement et l'usure lorsqu’elles sont confectionnées en draps et en habits.
Quoi qu’il en soit, les paniers remplis de laine sont passés aux laveurs placés soit sur le bord de l’eau, soit dans un bateau, soit dans un tonneau défoncé d’un bout et enterré dans le massif du quai ou au milieu mème du courant; ceux-ci prennent les paniers, les plongent dans l’eau jusque près des bords, les tiennent ainsi suspendus au moyen de cordes accrochées au bateau ou au touneau, puis, à l’aide de la fourche ou des baguettes lisses, 1ls promènent vivement la laine , la soulèvent et l’ouvrent le plus
ossible, mais sans jamais la retourner, la Rhatiee ou en déterminer le feutrage.
Lorsque la laine est suffisamment épurée, ce que l’on juge par sa teinte uniforme dans tous les brins, par sa blancheur , par l’eau qui en découle lorsqu'on la soulève et qui ne doit pas être colorée , ou parce que celte laine surnage à la surface sous forme de nuage, on l’enlève par poignée au moyen des baguettes, et on la jette dans des paniers ou sur des claies où elle s’égoutte, ou bien on la dépose sur des brouettes qui servent à la transporter au lieu où doit se faire le séchage.
Ce séchage s'opère ordinairement à l'air libre. Pour cela on étend la laine sur un gazon bien propre et bien fourni, ou bien sur un lit de cailloux de rivière de moyenne grosseur lavés avec soin, ou enfin sur des claies. Dans un grand nombre de lavoirs des environs de Paris, les laines fines sont séchées sur des toiles étendues sur le gazon ousur des filets suspendus par les extrémités. Cette dernière méthode donne la faculté de rassembler et rentrer très-promptement la laine s’il survient une pluie ou un orage. La plupart des agronomes conseillent d’étendre la laine mouillée à l'ombre, parce que, disent-ils , le soleil gâte et durcit le brin en le desséchant trop promptement ; cependant des laveurs des environs de Paris, qui font sécher les laines les plus belles au soleil, ne paraissent pas en avoir éprouvé d’inconvénient, et sont peu disposés à renoncer à une méthode qui accélère le travail et le rend plus complet.
Pendant que la laine est sur les cailloux ou sur le gazon, on la retourne souvent avec des fourches de boisetonlarentre le soir pliée dans de grandes toiles. Si une journée d’exposition sur le séchoir ne suffit pas, on l’étend de nouveau le lendemain; ainsi de suite tous les jours jusqu'a parfaite dessiccation.
Quand les laines ontété enlevées des cuves, on recommence une 2° opération, en ajoutant de l’eau de suint pour remplacer celle qui a été entraînée par la laine, et de l’eau chaude pour faire remonter au degré voulu la température du bain; seulement quand l'eau devient trop bourbeuse, on la soutire et on la remplace par de nouvelle eau de suint.
AGR