É SAR MESA
chent le plus ces tendresses ardentes de la part de leurs élèves.
Notre correspondante a justement remarqué que ce sont des femmes qui ont eu, en général, une vie sentimentale agitée mais « qui prennent une sorte de retraite du corps ». Elles sont pleines de vie, parfois d’exubérance ; elles excellent à dévoiler un peu d’elles-mêmes mais juste ce qu'il faut pour intriguer, et elles excellent aussi à rester distantes pour exciter la curiosité. Ce sont, en général, des femmes très coquettes, très désireuses de plaire à tous. La bonté n’est pas leur qualité dominante mais elles savent masquer leur sécheresse sous des paroles d’une douceur tendre. Ces femmes ne sont peut-être pas des égoïstes : ce sont plutôt des dilletantes qui vibrent beaucoup mais sans aller jusqu'aux émotions qui font souffrir.
« Ii y a, cependant, écrit notre correspondante, dans les internats, le cas un peu spécial des maîtresses internes. Ces pauvres filles ne vivent pas d’une vie normale, mais plutôt, et sans avoir renoncé à rien, d’une vie monacale. Elles en souffrent, et pour remédier à cette vie trop uniforme, trop réglée, elles cherchent à se créer des émotions. Pour cela, elles essaient de susciter des amitiés passionnées parmi les élèves. Elles aiment, par exemple, à se promener dans le jardin, environnées d’une sorte de cour de jeunes filles. Elles aiment les petits drames scolaires qu'elles compliquent à souhait, sous prétexte de les arranger.
« Malheureusement, très souvent les élèves n'éprouvent aucun sentiment pour les maîtresses internes qui sont très peu séduisantes. Alors celles-ci cherchent à se mêler aux petits drames qui illustrent les « flammes » (1) de ces jeunes filles pour d’autres professeurs. Parfois elles essaient de contrecarrer ces sentiments, éprouvant une sorte de hargneuse envie pour ces femmes si aimées. Parfois aussi elles se posent en rivales des élèves dans l’adoration d’une même personne. Comme elles ont davantage l’occasion d'approcher l’idole, de pénétrer dans sa vie, elles soulèvent les jalousies de toutes les élèves admiratrices qui, sournoisement, livrent une guerre sourde et cruelle à la maîtresse interne. Celle-ci en souffre mais en même temps elle est ravie de souffrir pour l'être aimé, et elle finit par se délecter dans cette lourde atmosphère de sentiments violents. Les adolescentes se surexcitent elles aussi, et toute une classe finit par vivre dans l’énervement et un paroxysme de sensibilité »… À
Quant aux professeurs qui sont l’objet de nombreuses « flammes), «il arrive parfois qu’elles se montrent à leur tour extrémement jalouses des élèves, surtout lorsque ces professeurs sont déjà des femmes âgées qui sentent beaucoup de choses les abandonner. Elles accaparent alors la vie d’une de leurs admiratrices, dont elles veulent être aimées exclusivement, et s’acharnent à détruire tout autre intérêt dans la vie de la jeune fille en question. Elles tâchent surtout de les détourner de l'amour. Elles leur racontent leurs décevantes expériences et elles essaient de les
(1) C’est ainsi qu’est appelée, dans l’argot scolaire, une admiration pas
sionnée.