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Habillé très mal (parents ouvriers très pauvres), mal nourri. Intelligence vive, travailleur acharné, bon élève, réfléchi. D’humeur sombre, de caractère indépendant (ni meneur ni mené) mais, en général, aimé de ses condisciples. Aimait son maître, le fréquentait à domicile. Celui-ci avait pour lui non pas une préférence arbitraire (!) mais de l’estime, et se sentait en communion avec lui. : ;
. «Je l’aimais parce que nous étions de la même classe sociale, avions la même destinée, les mêmes espoirs et les mêmes luttes à soutenir ». — N° 34 s (M 27 cél., — M 14).
Citons encore un autre cas d'identification qui avait sa source dans une analogie de vie familiale (1). Il y avait surtout une ressemblance de caractère dans la manière de supporter la souffrance dignement et silencieusement.
Enfant sensible et ouvert à tout ce qui est beau, profondément impressionnable, mais gardant tout en lui tacitement. Bon élève, obéissant, se sentant aimé par la maîtresse mais pas du tout des élèves, à cause de son caractère nerveux et enfermé ; vivait à l'écart de ses condisciples.
Orphelin de père, l'enfant a supporté un grand drame intérieur, vivant çà et là chez des parents éloignés. D’après les aveux de ceux-ci, il ne demandait jamais rien. En classe il était l'ami des pauvres et des faibles, auxquels il pouvait s'imposer. Un idéaliste, ayant la foi en la victoire de la vérité, du bien. Amour-propre maladif, et par suite caractere brusque. Rancunier.
« Je l’aimais pour la multitude de possibilités cachées en son âme, pour sa solitude et le silence orgueilleux par lequel il masquait ses souffrances ». — N° 85 s (F 25 cél., — M 13).
Ici nous avons aussi, à côté d’une identification de caractère, un sentiment de compassion pour une souffrance analogue. Dans le cas qui va suivre nous trouverons la pitié à l’état pur.
Mise pauvre mais propre ; enfant laide, menacée par la tuberculose (est entrée au « sana » à 16 ans et morte à 20 ans). Peu communicative. Très fière, taisant sa misère. Intelligente, müûrie par la misère. Bonne élève mais indépendante. Etait très aimée de ses condisciples et estimée par les professeurs.
Motifs de l'affection : « Grande pitié ; d’abord presque répulsion physique, puis attirance pour sa valeur réelle.
Intelligence et jugement très supérieurs à la moyenne. Etre que la souffrance avait affiné, qui ne se plaignait jamais, oubliant son mal, qu'elle savait grave, pour distraire ceux qu’elle aimait, et cela jusqu’à la dernière minute ». — N°56s(F 25 cél., —F 16).
(1) A proprement parler, la vie en famille de cette maîtresse, également
. connue de nous, était assez différente de celle de l’élève, n’ayant pas été orphe-
line elle-même ; mais souffrant d’une infirmité par trop visible, elle semblait être sujette à un fort sentiment d’infériorité et se sentait un peu étrangère dans sa famille à côté d’une sœur cadette, plus favorisée par la nature et par
jes parents. Elle avait un caractère fermé, méfiant et susceptible mais était
aussi d’une grande sensibilité esthétique et morale.
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Le sentiment confus d'égalité, que nous avons déjà dit être assez commun, ne peut, nous semble-t-il, faire complètement défaut chez le maître qu’en présence d’un sentiment très net de la différence absolue quiexisteentre | l'élève et lui. Ce sentiment doit avoir beaucoup d’analogie avec celui que le médecin est censé avoir à l’endroit du patient. Il n'exclut pas une attitude personnelle envers, celui-ci, mais il comporte une certaine nuance d’étrangeté. C'est peut-être aussi l’attitude des maîtres rééducateurs dans les établissements spéciaux pour enfants anormaux. Ce qui ne veut pas dire du tout qu’une attitude affective en soit toujours absente. On pourrait même rencontrer fréquemment ici un sentiment très généreux tel que la pitié, par exemple. Mais là encore, à une certaine« mentalité professionnelle » spécifique, résultat d’une longue formation par l'habitude, doit suppléer « un tempérament particulier » comme celui qui est signalé dans le cas suivant.
Garçon laid, myxoedème franc infantile ; pas sociable, révolté. « Cet enfant était évidemment disproportionné ; taciturne, désagréable, ne voulant pas qu'on s'occupe de lui, n’acceptant ni louanges, ni contact amical, ni observations. Il n’était aimé de personne (y compris les maîtres), on se moquait de lui. Ses condisciples étaient terribles ; on l’appelait « Petit tonneau » (à cause de son embonpoint et de sa rigidité) ; j'ai fait transformer cette appellation en « Frère Jacques ».
« Au début il m'exécrait ; il ne me craignait pas beaucoup, disait des mots insolents. Quelquefois il me mettait en colère ; une fois, prié de faire un devoir, il a refusé ; après une attente de vingt minutes, je l’ai envoyé chez le directeur ; il s’est couché par terre en m’envoyant des coups de pied ; j'ai dû le traîner au parloir ; là, il dut faire des excuses.
« Je n’ai jamais manqué d'affection pour lui; au contraire, plus je sentais de résistance plus j'allais vers lui. Je n’ai pas eu de préférence pour les autres, mon tempérament propre me permettant d’entourer de sollicitude tout être vivant tombé dans le marasme (sic). C’est pourquoi j'ai recherché les petits, les pauvres et, enfin, les arriérés.
« Get enfant, lorsqu'il est venu au monde, était dans un état physique voisin de l’idiotie. Un traitement opothérapique suivi dans les hôpitaux de Paris, a amélioré son état. Il est venu dans notre établissement vers onze ans et je l’ai eu dans ma classe de quatorze à quinze ans. Ses camarades l’aimaient peu et se moquaient de lui. Je suis parvenue à leur apprendre à le supporter, puis à l'aimer. Je l’ai fait obéir ; et, enfin, il a paru comprendre, peut-être seulement inconsciemment, que la sollicitude valait mieux que la haine ; il a eu confiance et a manifesté un peu plus de joie de vivre. Nous nous sommes quittés bons amis. » — No 40 a (F 38 mère, — M 15).
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