‹ Maîtres et Élèves: Essai de Psycho-Pédagogie AffecticeChapitre 29 sur 109 · RER ME · texte numérisé non relu

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-peu de son caractère primitif tout sentimental, où l’une des parties joue le rôle de confidente, de conseiller, presque de directeur d'âme, chez qui l’autre trouve la possibilité d’épanchements confiants. Dans ces relations sentimentales, la partie dominatrice doit goûter la sensibilité sans réserve de l’autre, et il ne faudrait pas prendre trop au sérieux les petits reproches adressés à cette sensibilité éxagérée.

Lorsque nous nous trouvons devant un cas de sensibilité souffrante, celle-ci provoque en nous un sentiment de compassion qui, en dernier lieu, se résout, par identification, en une souffrance personnelle. En pareil cas, notre tendance à faire cesser les souffrances d’autrui n’est, au fond, que le désir de supprimer les nôtres. Mais il existe un besoin spécifique, celui de protéger, que l’on fait communément rentrer dans la catégorie de la compassion mais qui est tout autre chose. Ce besoin peut prendre des aspects divers : sentiment paternel ou maternel, protection amicale, direction morale, etc. Sa satisfaction est dans le sentiment de notre propre pouvoir de faire cesser les souffrances d’autrui, de lui faire du bien, en devenant son protecteur, en le dominant (1).

Situation matérielle difficile de la famille de l’élève, d'autant plus qu’on voulait conserver la façade. La mère venait souvent chez la maîtresse demander certains conseils concernant ses enfants ; par suite de la conduite du mari, peu de bonheur.

L'enfant était peu robuste, gentille mais triste ; peu sociable communicative seulement avec ceux en qui elle avait confiance. Un penchant à la neurasthénie dû sans doute à la vie de famille. Intelligente, très travailleuse, obéissante, bonne élève. Aimait beaucoup sa maîtresse, venait chez elle « lorsqu'une peine trop grande lui faisait désirer une présence désintéressée, — sa mère, trop soumise à l'influence du père, délaissait un peu ses enfants”.

Motifs de l'affection : « Enfant très affectueuse et malheureuse ».

La maîtresse connaît aussi la petite sœur de cette élève, mais |: celle-ci « n'est pas sympathique » (cependant, cette enfant, se trouvant dans les mêmes conditions de famille, eût dû s’attirer les mêmes sentiments de compassion que l’aînée). L'élève ayant quitté l’école, la maîtresse continue de s'intéresser à elle. —

SUA4 S (F 35 cél:, — F 11).

Orpheline élevée par ses frère et sœur. Physique agréable. Très gaie et sociable. Intelligente, bonne élève, assez réfléchie, sérieuse. Aimait beaucoup sa maîtresse. Une ou deux fois par an, celle-ci l’a emmenée visiter des musées, la sachant seule les jeudis. Motifs de l'affection : « Sa nature aimante. Enfant très affectueuse, très franche, reconnaissante de tout ce qu’on faisait pour elle ». — No 16 s (F 31 cél., — F 14).

(1) Ce qui est, au fond, le contrepoids d’une autre forme du même besoin, + celle où la domination cherche à se manifester en faisant souffrir le prochain.

ST". à NT

Famille pauvre; mère divorcée et remariée; gens peu recommandables, paraît-il. ae 3 ! ss

Enfant habillé d’un uniforme vilain et démodé. Légères déformations physiques. Assez intelligent, esprit vif, travailleur, bon élève, obéissant. > à

« Enfant sympathique parce que doué et aimable. Très affectueux, il aime beaucoup sa famille où il est cependant maltraité par son beau-père (enfant d’une fille-mère, sourde-muette). Généreux, il aide ses camarades, partage tout avec eux, sait se priver pour leur faire plaisir (détails lus dans son journal confirmant mes observations vieilles de trois ans). Il pense aux malheureux qui ont faim et froid, dans les contes il désapprouve les méchants. Indiscipliné à son entrée en classe, il est complètement transformé au point de vue moral. Il est reconnaissant et confiant. N'a jamais oublié de m'écrire au nouvel an, pendant les vacances, etc., duran ‘quatre années consécutives ». — N° 39 s (M 32 cél.,— M Il). |

Ainsi, il faut noter aussi la reconnaissance (de l’élève; comme facteur pouvant déterminer, chez le maître, une attitude affective. Ce serait de la sympathie pour la sensibilité de l’enfant capable d'apprécier ce qu’on fait poux lui et de se reconnaître redevable à son bienfaiteur. Celui-c en est naturellement flatté, se sent « valorisé », comm protecteur ou patron reconnu et admis. Il en éprouvera par la suite, un renforcement de bienveillance pour celu qui lui accorde cette supériorité. Il y aura ainsi, en fin dk compte, une sorte de «reconnaissance pour reconnaissance» Par contre, on trouve des cas d’antipathie dont la cause es l'ingratitude.

Notons ici, à propos, un fait que nous retrouveron plus d’une fois, à savoir que le maître est très sensibl aux petites marques d’attention dont l’élève peut fair preuve : venir dire bonjour, écrire au nouvel an, envoye! une carte illustrée, etc. Il en est touché, flatté. Par contre il sera toujours un peu blessé en face d’un manque d’égardi à ce point de vue. C’est naïf, c’est puéril, il sera le premie| à en convenir, 1l n’en est pourtant pas maître. C’est que comme nous l’avons déjà indiqué, on oublie trop souven qu'on à affaire à un enfant.

Beau mais de constitution faible. Très intelligent, esprit vil bon élève. Grande douceur dans tous ses rapports avec les cam: rades. Aimait son maître et le craignait, bien qu'il ne fût puni que très rarement (seulement pour travail peu soigné); senta qu'on le préférait aux autres élèves; ceux-ci s’en apercevaiet également mais cela leur paraissait normal, puisque eux-même|| le recherchaïent et lui évitaient les brutalités possibles du je} Est resté attaché au maître même après avoir quitté sa classk Q Il est maintenant en 17e (C. S.) et vient chaque jour me di bonjour dans la cour et me faire ses adieux quand il part vacances. (|

«Son souci Constant est de ne pas faire de peine à ses maîtrd ou à ses parents. Aussi son travail est régulier, réfléchi.

€ Il était et reste d’une très grande franchise. Son caractèk!

na pas changé. Il est toujours l'excellent élève que préfèrent ses camarades, et tous les maîtres qui lui ont fait la classe se sont attachés à lui. | « Beaucoup de délicatesse et d’attentions pévenantes. Un exemple : A six ans il est resté très longtemps sans jouer avec ses jouets préférés qui étaient bruyants (auto-skiff) parce qu’à l'étage au-dessous il y avait une dame malade. Une observation tendre

de sa maman, faite une fois, avait suffi pour cela».—No 3 s (M 30 Imar., — M 7).

Et voici un cas curieux, cette fois entre un jeune professeur de mathématiques et une grande élève à laquelle il donnait aussi des leçons particulières pendant quatre ans. Ici, la sensibilité révélée inopinément à la suite d’un incident tout à fait futile, éveille brusquement chez le professeur un intérêt particulier pour l'élève et une sympathie qui, du reste, comme il nous fut confié verbalement, contenait aussi des éléments érotiques.

, Fille unique de parents très riches. Très belle, robuste. Bonne élève, intelligente mais pas travailleuse. D’apparence très calme, pleine de vie et de forces comprimées, elle faisait l'impression d’une bombe susceptible de dangereuses explosions (sic). Mélancolique, peu sociable, elle était cependant adorée de ses compagnes. Les autres professeurs ne l’aimaient pas du tout, la trouvant orgueilleuse et dure. Elle mettait souvent son professeur en colère « par son inflexibilité, refusant d'apprendre. et de retenir des formules, riant aux éclats au milieu d’une lecon, etc. »

Motifs de l'affection : « Tout son être moral et physique. Il y a eu toutefois un incident qui m’a fait sentir sa sensibilité et a augmenté ma sympathie pour elle.

Elle était incapable d’un raisonnement soutenu et systématique, mais était d’une intelligence très vive. Très ironique mais sans méchanceté, elle aimait à se moquer d'elle-même. D'une grande force physique et morale, elle avait une tendresse extraordinaire pour les faibles. C'est d’ailleurs parce que je l’ai vue un jour se lever brusquement, effarée et soucieuse, au milieu d’une leçon d’algèbre, et aller donner à manger à son petit chat dont elle avait perçu la plainte dans la cour, ce qui m’avait complètement échappé, que je me suis rendu compte pour la première fois, par l'expression de son visage, à quel point elle était tendre et bonne sous des appa-

| rences de dureté et d’ironies perpétuelles. Du reste, la douleur la

touchait et, seule, coupait court à son ironie habituelle».—No30s (M 24 mar., — F 16).

Intelligent, esprit vif, bon élève, travailleur. Réfléchi, surtout avec ceux qui l’engageaient à brider son intelligence et à la régler.

« C'était un enfant müri avant l’âge par le décès de sa mère et du fait de la présence de son père (?). Semblait avoir déjà une certaine petite philosophie de la vie pratique, surtout par la constatation des nécessités sociales. Présentait, cependant, un aspect de santé physique et de spontanéité morale et sentimentale qui contrastaient avec l'aspect débile et morne des « petits vieux » que sont trop souvent les bons élèves. Ne présentait pas d’aptitudes particulières mais, élevé dans un milieu plus aisé, aurait pu arriver à n'importe quelle place dans un plan presque supérieur. k Ë ;

Motifs de l'affection : « Sympathie spontanée renforcée par ses traits de caractère.

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es,

« L'enfant avait un bon cœur, ouvert au sentiment filial;,

était paternel pour sa petite sœur plutôt que fraternel. Spontané, sentimental ». — IVNo 36 s (M 23 cél., — M 13).

Dans les derniers cas nous avons pu découvrir une des vertus communément comprises dans la sensibilité, la bonté. Elle n’était marquée qu’en passant, comme vertu secondaire. Mais dans bien des cas, elle est mise en avant et, parfois, elle est même la seule cause pour laquelle l’élève se fait aimer du maître : bonté envers les faibles, générosité pour les pauvres, dévouement aux petits frères et Sœurs, attachement à la famille, etc. Les indications sur l’élève le moins sympathique, dénotent tout l'opposé du cas précédent (du même maître).

Assez bien habillé, recherchant l'élégance un peu fausse. Santé précaire (bronches, tube digestif, poumons). Intelligent, esprit vif, assez travailleur, très bon élève, réfléchi mais rebelle. Très sournois, assez hypocrite. Hargneux, égoïste, calculateur, ses condisciples avaient pour lui une haine sournoise, aussi était-il isolé complètement.

Motifs du manque de sympathie : « Trop d’intellect, trop peu d’affectivité. Vanité exagérée tirée d'une facilité prise pour de l'intelligence supérieure. Enfant à égoïsme très calculé ; intelligent et supérieur à ses camarades, se croit plus intelligent et plus instruit qu'il ne l’est.

« Insociable, il n’aura pas la force de caractère qui convient à ceux qui s’isolent, comme il le fait sous l’empire de sa vanité. Peut, s’il s’amende de lui-même ou par suite des circonstances, avoir une vie sociale et intellectuelle brillante, sinon est appelé à rester un «garçon intelligent» et à faire un révolté socia».— N°36 a (M 23 cél., — M 15).

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