V. Sincérité — Franchise — Naïveté
La sensibilité plaît et attire pour une autre raison encore. C’est qu’elle semble mettre devant nous à nu l’âme de celui qui nous intéresse et que nous voudrions attemmdre. Que cette âme soit même chargée de certaines tares, nous aimons à la voir sous son aspect naturel. Nous la comprendrons alors mieux et nous serons plus enclins à pardonner. Peut-être y a-t-il aussi un peu du plaisir de la curiosité satisfaite. Aussi trouvons-nous souvent des cas où la franchise, le caractère ouvert, voire la naïveté, sont mis en avant comme motifs de l'affection. Dans certains cas, Ce Sont même presque les seules qualités que le maître peut signaler dans l'élève le plus sympathique.
Une institutrice viennoise, en nous décrivant l'élève le plus sympathique qu'elle avait eu, garçon d'une très forte volonté et d'une grande fermeté dans ses décisions, mais qui « n’était pas toujours bon élève et n'obéissait que quand il était d'accord »
(et, du reste, que les autres maîtres aimaient moins), motive son affection pour l'enfant par « son être droit, ouvert et sans fards » (Sein gerades, offenes, ungeschminktes Wesen). (F 23 mar.,—M 12).
d Dans un autre cas encore où l'élève ne jouissait pas de la sympathie des autres maîtresses, une institutrice nous explique son affection pour l'enfant uniquement par «sa franchise extrême ».
Et voici quelques autres motifs d’affection :
« Sa franchise, sa loyauté. Aussi son manque de « féminité », mot pris dans son sens péjoratif (1).
« L'enfant avait surtout une belle innocence (vertu qui disparaît vite chez les filles). Cette enfant m'avait raconté, les larmes aux yeux, à la suite d’une leçon que j'avais faite sur la bonté et la maîtrise de soi, que, voulant faire ce que j'avais demandé et ayant reçu un coup de pied d’un camarade — et il était bien envoyé — elle ne s'était pas vengée et n’avait pas pleuré. Je la donnais en exemple aux autres et, pendant huit jours, ce fut une succession de racontars aimables et vécus parmi les bambins.— (F 26 cél., — F 7).
« Très sensible, plutôt timide, un peu naïf, honnête foncièrement, confiant, serviable. Peu exigeant, ne se plaignait jamais (était traité assez durement par son père). Beaucoup plus près de son devoir que de son intérêt ». — (M 50 mar. — M 17).
« Elève gentille, intéressante, en qui on devinait la possibilité d’amitiés vives, de sentimentalité corrigée par la nécessité du travail, naïveté.
« Enfant restée plus « bébé » que ne le permet habituellement son âge, et qui allie à ce caractère un certain développement de son intelligence ». — (F 23 mar. — F 12).
Nous aimons, en général, les enfants « enfantins », pour ainsi dire, les ingénus, de même que nous ne goûtons pas beaucoup les « petits vieux », agaçant avec leurs caractères trop posés, leurs raisonnements interminables et trop intelligents. Ils sont troublants par leur sagesse, du fait non seulement que ce n’est pas normal, mais aussi parce que notre supériorité par rapport à eux semble amoindrie et que nous avons aussi moins à leur apprendre. Il y a là quelque chose de désobligeant…
Pour la même raison nous préférons de beaucoup l'enfant naïf et confiant à l’enfant incrédule, petit sceptique précoce qui doute déjà de la réalité des contes, n'y trouve plus d'intérêt et semble nous considérer nous-mêmes comme un peu naïfs. Devant des enfants de ce genre, l’adulte se sent un peu désemparé et peu sûr de ses avantages intellectuels...
Donc: franchise, droiture, confiance, naïveté, et même le caractère « bébé » ; le mignon, le gentil, la faiblesse, en un mot tout ce qui réclame protection nous plaît, nous attire, nous cause du plaisir, en nous rendant plus
(1) N'oublions pas qu’il s’agit d’une enfant âgée de sept ans.
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sûrs de notre force et de notre intelligence, et en donnant à celles-ci la possibilité de se manifester et de s’affirmer avec succès. Probablement aussi, en éveillant en nous des réminiscences attendrissantes de notre propre age heureux, ou encore, en évoquant devant nous l'idéal d’une humanité naturelle, rassurée et rassurante, d’une pureté innocente et libérée de nos inquiétudes éternelles.