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« Sa maman était elle-même une déséquilibrée, et de cela nous plaignions l'élève, mes collègues et moi, très sincèrement ; mais dès qu’elle s’apercevait qu'on lui portait intérêt, elle concluait à la faiblesse de notre part et devenait « intenable ». II fallait déployer vis-à-vis d’elle une extrême vigilance pour l’em- pêcher de nuire et une volonté implacable pour la « dominer » ; mais ce qui la gênait le plus c'était l'ambiance de confiance heureuse
qui s'établit dès les premiers mois de l’année scolaire dans ma classe et l'impossibilité où elle se trouva bientôt de nuire, se sentant surveillée par nous toutes ». — No 17 a (F 33 mar., — F 12).
Voilà donc un petit « ennemi » social, forcément toléré ou subi, une petite « bête noire » qui, assurément, n’était pas traquée, mais tout de même mise à l’index, en une sorte de quarantaine, ce qui suppose chez la maîtresse la conviction bien établie que l’élève est foncièrement perverse, que toute tentative d’amélioration morale est vouée à l’échec et qu’il n’y a plus qu’à se mettre à l’abri de sa malfaisance.
Situation matérielle de la famille malheureuse ; père inconnu, mère fille publique. L'enfant était antipathique mais à plaindre et à suivre.
Jolie mais pas robuste et très nerveuse. Très intelligente, esprit vif; pas travailleuse ni obéissante. Primesautière, pas réfléchie, incapable de l'être, tarée sûrement. Peu sociable, méchante, jalouse. Meneuse redoutée (ses compagnes avaient peur d'elle). N’aimait pas sa maîtresse, la mettait souvent en colère, était méchante et brutale avec ses compagnes, insolente. Au début, la maîtresse la punissait souvent, ensuite elle l’a laissée faire « rien n’agissant sur elle ». L'enfant allait se plaindre des punitions à sa mère qui la soutenait en insultant la maîtresse.
Motifs du peu d'affection : « Son hypocrisie ; son caractère vindicatif.
« Elle était menteuse, sans crainte ni frein, malgré l'éducation religieuse que lui faisait suivre sa mère ». No 15 a (F 25 cél., F 11).
Peu intelligent, pas travailleur ni obéissant. Placide, sournois, très effronté, hypocrite à l'excès. N'’aimait pas son maître, ne le craignait guère, — il ne craignait personne.
« Il était aussi menteur que peut l’être l’homme le plus hypocrite et le plus lâche.
« Cet enfant avait quelque chose d’équivoque dans la physionomie et l'allure. Il portait sur lui son hypocrisie foncière. Son père, je ne sais pourquoi, évoquait le « Thénardier » des « Misérables » ! L’enfant était antipathique autant que peut l'être un enfant. Car on ne peut que plaindre les enfants quels qu'ils soient ». INo 44 a (M 27 mar., — M 10).
Cette dernière profession de foi, maxime tirée des manuels pédagogiques, n’a pas empêché le maître d’éprouver de la répulsion pour l’élève. On devine même un lien entre cette répulsion et une certaine antipathie pour le père de l’enfant.
Il convient de signaler encore parmi les traits de caractère le plus propres à susciter l’antipathie: le compor-
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lement prémédilé, le manque de spontanéité. L'élève déplaisant est placide, réfléchi plus qu'il n’en a l'air ; c’est cela principalement qui le rend détestable. Sa conduite eût été irréfléchie, immédiate, décidée à la légère et regrettée ensuite, il s’attirerait peut-être encore des sanctions mais il soulèverait moins d’antipathie. Mais ses agissements semblent être calculés, mûris, préparés d’avance et en pleine conscience. Ici encore on a donc cette «illusion de majorité », ce sentiment d’une responsabilité presque adulte dont nous avons déjà souligné le rôle. On supporterait avec plus d’indulgence affective la « perversion foncière », si on avait une notion parfaitement nette de l'irresponsabilité absolue du sujet. Mais la «perversion» nous apparaît presque toujours comme une sorte d’indice d’une majorité prémalurée..