VII. Orgueil — Vanité — Ironie — Cynisme
Un autre défaut encore chez l’enfant engendre cette illusion de majorité. C’est l’orgueil. Il va de soi que l’orgueil de l’élève ne s'exprime pas nécessairement par une attitude de dédain à l’endroit du maître lui-même. Ce défaut peut déplaire passablement rien qu’à cause de la manière de réagir à toute désapprobation, à toute observation du maître. L'enfant orgueilleux prend fort mal tout ce qui semble porter quelque atteinte à sa personnalité. Le maître, comme nous l’avons déjà dit, aime bien l'enfant sensible aux reproches, mais la sensibilité de l’orgueilleux est vraiment exagérée. Au lieu de conduire à l'amendement, elle suscite plutôt la rancune, l’animosité, parfois aussi des vengeances improbables. Et, d’abord, elle s'exprime par de l’entêtement et de la bouderie, attitudes des plus détestables à l'école parce qu'’intraitables ; souvent, elles portent atteinte à l'autorité du maître {indocilité, insoumission) et, presque toujours, elles troublent son travail.
L'orgueil de l’élève peut, d’ailleurs, déplaire là même où il ne se marque, en attendant, qu’à l'égard des condisciples. Dans ce cas, il peut assurément y avoir aussi un peu de la sympathie du maître pour les élèves et de l’identification avec eux, identification présente ou future (par anticipation). Mais c’est surtout le caractère insociable de l’enfant qui est déplaisant parce que désorganisant et démoralisant; l'enfant orgueilleux crée en classe une atmosphère de méfiance, de désaccord, au lieu d’une bonne camaraderie franche et joyeuse ; il peut aussi causer facilement des désordres de toutes sortes, des situations désagréables.
Bien mis, beau, robuste, vif et bavard. Orgueilleux, enfant gâté, capricieux; mégalomane, perversité enfantine extraordinaire (?). Ses parents sont instruits mais très orgueilleux.
Elève moyen, désobéissant. N’aimait pas sa maîtresse, sentait aussi le peu d'affection qu’elle avait pour lui et qui s’exprimait par le fait qu'elle le négligeait un peu. Il la mettait souvent en colère, se plaignait d’élle à ses parents, mais elle ne se laissait pas faire (sic).
Enfant antipathique et insupportable à cause de son orgueil, bavardage, etc.
Hors de la classe, la maîtresse évitait de se rencontrer avec lui ; elle ne voulait non plus rien savoir de ce qu’il devenait après avoir quitté l’école (il s’agit d’un grand village où tout le monde se connaît plus ou moins). Quand elle le rencontre par hasard, elle détourne la tête pour ne pas avoir à répondre à son salut, et s’il lui adresse la parole elle a « envie de lui cracher en pleine figure ». — No 63 a (F 25 cél., — M 13).
Ce cas si bizarre est malheureusement décrit d’une façon trop incomplète. Un fait y apparaît cependant : une profonde répulsion pour l’élève à cause dé son orgueil, peut-être aussi son arrogance. Mais que la maîtresse ait pu en être tellement affectée, suppose chez elle une sorte de sentiment d’égalité. Le sentiment net d’une supériorité indiscutable à l'endroit de quelqu'un, ne permettrait pas d’être tellement affecté du fait de son orgueil. Il est vrai que dans le cas présent a pu intervenir un ressentiment de la maîtresse pour l’orgueil des parents de l’élève,
Habillée avec goût, belle. Sociable, meneuse, ses compagnes subissaient sa méchanceté autoritaire. Intelligence lourde ; sournoise, effrontée, bavarde, pas obéissante ; mettait souvent sa maîtresse en colère par le travail qu’elle faisait sans goût, et surtout par son mauvais caractère. Punie, elle boudaït longtemps.
Motifs du peu d'affection : « Son orgueil, son entêtement, son mauvais caractère. nr .
« Elle se montrait pourtant serviable et s’ingéniait parfois à me plaire (elle était dans les travaux du ménage en classe, très adroite et courageuse). (F 20 cél., — F 11).
Bien habillée, maniérée, du goût ; belle. Intelligente, travailleuse, obéissante, placide mais sournoise et hypocrite. Pas communicative ni sociable, ne se liait pas avec ses compagnes,
| mais faisait des « chatteries » à la maîtresse. Cependant elle ne { l'aimait pas et la mettait souvent en colère par ses hypocrisies, enfant malhonnèête trichant pour gagner des points ; punie, elle | allait s’en plaindre à ses parents qui venaient demander des explications avec insolence. La mère venait journellement accompagner à l'enfant, cherchait à faire à la maîtresse « des histoires », croyant
| sa fille parfaite.
Motifs du peu d'affection : « Sa vanité : « je suis la première, je suis la seule de la classe à posséder ces notes ». Son hypocrisie. « Enfant intelligente, douée de grandes facilités pour apprendre, ambitieuse avant tout, sans scrupules. Disait qu’elle vous affec-
tionne, tout en vous jouant des tours. Des paroles mielleuses
cachant une bien vilaine âme enfantine».—N0 24a(F 20 cél.,—F8).
Beau, robuste. Intelligent, travailleur, bon élève mais sournois et hypocrite. Communicatif, meneur, il était aimé surtout des
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filles. L'élève semblait aimer sa maîtresse, la craignait un peu, savait ce qu’elle pensait de certaines de ses actions ; la mettait parfois en colère par ses mesquineries. Etait puni rarement mais se plaignait de l’école à ses parents qui venaient demander des explications au directeur.
« Etait rapporteur, moqueur, voire cynique ; disait du mal de tout le monde, intrigant et méfiant.
« Il était envieux. Changeait souvent de camarades parce qu'il finissait toujours par se disputer. Lisait énormément, aimait | beaucoup les études, mais était superficiel. Dessinait et rédigeait très bien, réussissait surtout dans les descriptions. Mais était vaniteux et cela, en grande partie, par la faute de ses parents ». — No27 a (F 21 cél., — Mu12).
Habillée avec goût, physiquement bien; esprit railleur, fanfa- | ronne, effrontée. Intelligente mais peu travailleuse. N'’aimait pas sa maîtresse, la mettait en colère par sa mauvaise volonté et ses ricanements. Extrêmement nerveuse : mouvements nerveux des mains; ne supporiait aucune observation. |
« Se croit supérieure et prétend qu’on la juge telle».—No57a| (F 25 cél.; — F 17):
Beau garçon, bon élève, travailleur, esprit vif mais désobéissant et effronté.
« Ironie désagréable, l'élève se croyant supérieur à ses cama- | rades ». — No 25 a (F 35 cél., — M 14.) |
Habillée sans goût ni soins (épingles et taches). Pas propre; louche légèrement. Pas intelligente ni travailleuse ; très effrontée, très fanfaronne. Sociable, voudrait être meneuse même des plus petites, « elle trouve facilement des « bons copains » parmi les garçons les plus terribles et les plus sots (1). Raconte des histoires ridicules et dénuées de sens pour se rendre intéressante. Fait valoir ses robes et ses cheveux. Veut dominer les autres, leur expliquer tout. Est bavarde comme pas une. Grossière ».
L'enfant aime sa maîtresse ( « m'a dit plusieurs fois que je suis la maîtresse qu’elle aime le mieux»), mais la met en colère souvent, tous les jours, en bavardant sans arrêt, en mentant sciemment en volant ou en se montrant méchante avec les autres. Est souvent punie.
Motifs du peu d'affection : « Sa bêtise de bavarde et sa prétention ; son effronterie, le mensonge et le vol facile.
« C’est surtout physiquement qu’elle est fatigante et insup- | portable. Il faut redire cinquante fois la même chose avec elle! sans résuitat. Elle met à bout de nerfs. Sa voix et son rire bête même sont exaspérants. Ce n'est peut-être pas sa faute, mais! elle agit toujours à contre-temps ».— No 23 a (F 22 cél., — F5). |
Ainsi, la sensibilité n’est pas seulement caractérisée | par « l’affectuosité », l’attachement, l’expansivité, la reconnaissance, la délicatesse, le dévouement, etc., mais encore par la simplicité, la franchise, la confiance, la droiture. Montrer sa sensibilité, c’est d’abord être franc et sincère, c’est même, à un certain degré, être naïf. C’est en effet, grâce à sa naïveté innocente, autrement dit grâce | à une confiance naturelle qui n’a pas encore été éprouvée} par la ruse et la fausseté, que l'enfant n'a pas honte de sa
(1) Gette maîtresse de maternelle avoue aimer moins les garçons que les filles.
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sensibilité et de ses sentiments, et qu’il est spontané. Il faut, en général, qu’il ait été atteint par la brutalité, la méchanceté et les vices, pour qu’il per e sa confiance en l’homme, qu’il cesse de croire au beau et au bien et commence dès lors à cacher ses vrais sentiments et pensées et à considérer la sensibilité et les bons sentiments comme signes de faiblesse ou de bêtise ; bref, qu’il devienne menteur, hypocrite, cynique.
Certes, un enfant déséquilibré moralement est un anormal, c’est un malade au même titre qu’un malade physiquement atteint d’une déficience physiologique. Ils sont tous les deux à plaindre, et ils ont également droit à un traitement poursuivi patiemment et tout à fait objectivement. Cependant, et c'est ce qui est le plus curieux dans les rapports affectifs entre les êtres humains, on
pardonne bien plus facilement une tare physique qu’une tare psychique, parce que, ici, le fond du mal est invisible - et plus sujet à un soupçon de feinte et de mauvaise volonté. n présence d’une défectuosité physique, on se rend à l'évidence de la non-responsabilité du sujet et on s'incline , devant le mauvais sort. Une infirmité peut, naturellement, | elle aussi être répugnante : elle n’en apparaît pas moins | comme un état involontaire qu’on ne peut pas ne pas con- | sidérer comme un malheur et qui doit inspirer la pitié. } Si un malade se rend parfois antipathique, c’est encore | le plus souvent par son comportement «mental»: caprices, | jalousie ou gémissements et cris qui semblent vouloir exagérer le mal intentionnellement. L'infirmité physique elle-même, pour peu qu'elle laisse supposer la présence ! d’un élément volontaire, fait changer notre attitude envers elle. Ainsi, on supporte déjà moins un tic qu’une con- | formation défectueuse du corps (une bosse, par exemple). Et les parents incultes infligent souvent des corrections cruelles à leurs enfants qui sont sujets à des tics nerveux où qui souffrent d’incontinence, uniquement parce qu'ils [soupconnent un élément volontaire (ou un manque de | bonne volonté, ce qui revient au même) et que l’infirmité ‘Fphysique, ou le conflit moral caché, indépendants de la volonté de l’individu, leur échappent.
Et s’il en est ainsi des actes ou des fonctions physiques iné se trouvant que partiellement sous le contrôle de la conscience, à plus forte raison peut-il en être de même des xltravers de la conscience. Il faut être médecin, il faut être ‘bon psychologue, pour voir un peu clair dans le mécanisme wiintime de la vie mentale inconsciente, pour saisir là encore la fatalité ou le déterminisme et, du même coup, l'irres- Iponsabilité de l'individu et son impuissance d’agir ou de ‘penser, de sentir ou de vouloir autrement qu'il ne fait.
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Il faut avoir nettement conscience de la présence d’ur infirmité réelle, pour n’en être pas personnellement atteir dans son affectivité et pour pouvoir souffrir et traiter sujet avec pitié ou en « philosophe ».